LE
CHEVAL DE ZAPATA
10 avril 2000
A Don Félix Serdán, Major Honoraire.
- "Alors il apporta le rapport à Zapata. Celui-ci était en train de manger dans la maison de Santiago Posada, lorsque lui parvint le rapport disant que le gouvernement le traquait. Il sortit sur son cheval et sarrêta dans latelier entouré par quinze hommes armés. Déjà le gouvernement arrivait sur lui avec 400 hommes armés. Il descendit de cheval, pris sa carabine et commença à tirer. Monté sur son cheval, il se retourna avec quelques-uns et sortit. Il s partirent trois, deux plus lui. Il sen fut par la colline et alors commença la lutte".
- Próspero García Aguirre
- Général de l'Armée Libératrice.
- (Extrait de "L'Irruption Zapatiste". 1911" Francisco Pineda Gómez. Editorial ERA au fait, félicitations pour le 40 Anniversaire de la triade Espresate-Rojo-Azorín et la bande qui les accompagne).
Ceci est une histoire pour les enfants et les chevaux. Elle vient à point en ces jours où nous nous souvenons du Général Emiliano Zapata et aussi parce quavril est le mois des enfants. Egalement parce que Zapata venait de létat de Morelos et qu'à Morelos, se trouve une fillette, Ixcel, et un garçon, Balam, qui ont appuyé la consultation dil y a un an. A ce moment là, Ixcel allait sur ses 7 ans et Balam sur ces 3 ans. Pour elle et pour lui, et à travers eux pour tous les enfants, voici cette histoire qui parle dun cheval, du cheval dEmiliano Zapata.
On a beaucoup écrit et dit sur Emiliano Zapata, et ce quil a fait nest pas rien. Il y a cependant dautres aspects de la lutte zapatiste qui sont passés inaperçus aux historiens. Je ne suis pas historien (je suis un guerrier, un peu enfant et beaucoup cheval), mais jai eu les moyens de connaître des histoires grandes et petites qui tournent autour de mon Général. Celle que je vais vous conter maintenant me fut rapportée, à son tour, par un cheval néozapatiste : Marinero.
Marinero nest
pas lunique cheval néozapatiste, beaucoup dautres
forment les files dinsurgés et il y en a même un qui est
Sous commandant (mais ceci est une autre histoire). Jai eu
plusieurs chevaux. Presque tous, invariablement, se sont appelés
"Lucero". Lorsque parfois ils ont coïncidés
dans le temps et lespace, ils ont été renommés de façon
évidente : Lucero", "Lucerito",
"Lucerote", "Lucerón", et ainsi de
suite. Maintenant mon cheval se fait appeler "Lucerotote"
ou "Grande" et, comme son nom lindique,
cest un équidé petit et pataud qui trébuche presque
autant que moi lorsque, ensemble, nous grimpons et descendons des
collines, poussières et boues dans les montagnes du sud est
mexicain. Le cheval de Tacho sappelle "Diamante"
et celui du Major sappelle "Cacarizo". Le
cheval de la cellule "Chómpiras" sappelle
"Marinero". Avant "Marinero" il
y eut "Príncipe", un cheval blanc et de bonne
hauteur qui mourut dune forte douleur de panse, sans que
nous sachions si ce fut à cause des parasites ou pour avoir
écouté à la radio une des déclarations de Zedillo (il est
vrai que " Principe ", n'apprécia
jamais vraiment les mules).
Mais ce que je vais vous raconter n'est pas l'histoire de "Lucero",
ni de "Diamante", de "Cacarizo"
ou de "Príncipe". Ce n'est pas non plus, au
sens strict, l'histoire de "Marinero" (même
s'il en prend une part importante), mais lhistoire du
cheval du Général Emiliano Zapata.
Pour comprendre ce que je vais raconter, il faut être enfant,
cheval ou bien enfant et cheval. Ils disent qu'il y a des chevaux
qui parlent. Je n'en connais aucun, mais ils disent ceci, et
s'ils le disent, c'est pour quelque chose. Ce que je sais par
contre, c'est qu'il y a des chevaux qui savent lire et écrire.
Je sais qu'il y aura des adultes qui, en lisant ceci, feront la
moue et, au mieux, passeront à la section politique nationale,
parce que quant à lire des contes incroyables, il n'y a pas
mieux que ceux que raconte Labatista dans sa campagne
électorale. Mais les enfants comprendront que ces choses
arrivent, je veux dire, qu'il existe des chevaux qui savent lire
et écrire. Alors, comme aval à mon récit, je le dédie
seulement aux enfants et aux chevaux qui savent que le monde est
plein de merveilles qui, le plus souvent, passent inaperçues.
Bref, le fait est
qu'il y a des chevaux qui savent lire et écrire. Ils ne sont pas
nombreux ou bien je n'en connais pas beaucoup. "Marinero"
est l'un d'eux. Les chevaux qui savent lire, écrivent ainsi,
comme des gribouillages de tous petits enfants et il semble qu'on
ne les comprenne pas. Ou peut-être que les adultes ne
comprennent pas, mais les enfants, si. Pour donner un exemple, "Marinero"
écrivit un poème qui disait plus ou moins ceci: "Gori,
gori, blfr / titi, titi, ta / Gori, blfr, tita". Il est
clair que la rime et la métrique sont d'une qualité
appréciable, mais je doute qu'il y ait une Académie ou un
cercle de poètes qui ne fassent pas la grimace face à ces vers
sincères. Seuls les enfants et les chevaux pourraient jouir de
la magie que renferme ce "gori" répété. Mais enfin,
ceci n'est pas un traité de poésie chevaline, mais un récit
qui se rapporte au fait qu'il y a des chevaux qui savent lire et
écrire. Pour cela, ils prennent le stylo dans la bouche, serré
dans les dents, et se mettent à la tache jusqu'à remplir des
pages et des pages, bien sur, s'ils ont des cahiers aux feuilles
vierges. Ils ne le font pas devant n'importe qui. Ils montrent
seulement ce qu'ils savent lorsqu'ils sont certains que la
personne est comme eux, seulement si c'est un enfant ou un
cheval, c'est peut-être pourquoi, avec moi, "Marinero"
se dévoile. Mais pas devant tous. Je m'en rendis compte parce
qu'un jour, je réunis la troupe et leur dit. "Ce cheval
sait écrire et lire", et je mis alors un crayon dans la
bouche de "Marinero" qui commença à le
mastiquer et à vouloir l'avaler et que pour finir, comme il
s'étouffait, Tacho vint lui retirer les morceaux de crayon de la
gorge. Tous me regardèrent avec un air de dire "Ah! Ce Sup,
quelle idée de donner un crayon au cheval!". J'avais l'air
idiot, ce qui n'arrive pas si l'on est enfant ou cheval.
Ensuite, je grondais "Marinero" qui m'expliqua
qu'il ne montrait pas ses connaissances devant n'importe qui.
Ainsi si vous, les enfants qui lisez cette histoire, vous trouvez
un cheval qui sait lire et écrire, n'allez pas répandre la
nouvelle et ne lui demandez pas de le montrer à d'autres, parce
que le cheval va avaler le crayon et que tous vont commencer à
dire que vous êtes malades et qu'ils vont vous donner des
sirops, des pastilles et, même pire, des piqûres!
Bon, le fait est que ce cheval sait lire et écrire. Mais ce
n'est pas tout, il envoie et reçoit aussi des lettres. Ce
nest pas pour les mettre en avant, mais "Marinero"
a échangé des courriers avec le cheval de mon Général Zapata.
Oui, je me réfère à Emiliano Zapata, Général en chef de
lArmée Libératrice du Sud (et aussi de lEZLN). Je
vous raconte maintenant comment je lai su.
Parfois, lorsque je sors me promener à l'aube, je rencontre "Marinero".
Il se met au garde-à-vous et salue, car les chevaux qui sont
dans les armées rebelles ont une façon de faire très
militaire. Habituellement je réponds à son salut et continue
mon chemin, après m'être arrêté pour lui demander comment il
va ou s'il y a quelque chose de nouveau. Une de ces fois là se
trouvaient quelques papiers à coté de la main gauche de "Marinero".
Je lui ai demandé de quoi il s'agissait et "Marinero"
pris (ou mordis) le stylo et écrivit sur une feuille propre.
"Lettres". Bien sur il n'a pas mis "lettres",
mais son équivalent en langage infantile. "des
lettres?", lui ais-je demandé.
"Marinero"
se remit à écrire: "Oui. D'un ami, d'un cheval qui est un
ami". Je ne demandais pas à "Marinero"
comment est-ce qu'il recevait des lettres d'un autre cheval,
suffisamment de choses rares arrivent dans ces montagnes pour que
je ne m'attarde pas à savoir le pourquoi de chacune d'entre
elles, aussi je me limitais à lui demander de quel cheval il
s'agissait. "Marinero" répondit, toujours en
écrivant. "Le cheval de Zapata". Je fis la même tête
que vous devez être en train de faire en lisant ceci.
"Marinero" remua la tête pour acquiescer et
commença à m'écrire une explication que je ne compris pas
entièrement. Cependant, je pus tirer au clair que le cheval de
Zapata changeait de nom, ou peut-être ne s'appelait-il pas comme
on l'appelle mais prend-il un nom clandestin parce que, si l'on
savait qu'il est le cheval de Zapata, alors il n'en finirait pas.
Je ne compris pas d'où écrivait le cheval de Zapata, mais il ne
m'importait pas beaucoup de le savoir parce que je compris tout
de suite que la discrétion était importante. "Marinero",
je crois, apprécia mon geste et, en retour, me montra quelques
lettre que lui avait envoyée le cheval de Zapata.
Ce que je lus était long et merveilleux. Ici, par manque
d'espace et de temps, je vous transcris seulement quelques-unes
unes des choses que raconte le cheval de Zapata. Bien, allons-y.
"Mon Général
n'était pas encore Général lorsque je galopais avec les
chevaux. Mon Général aimait beaucoup les chevaux, bien qu'il
n'était pas encore mon Général. Et il savait beaucoup sur les
chevaux, il savait comment leur parler et il savait les
comprendre. Mon Général avait beaucoup de jugeote. Moi, il me
connaissait lorsque nous allions aux taureaux. Parce que mon
général aimait beaucoup toréer. Une fois, il affronta un
taurillon de bonne taille qui lui abîma une jambe. Mais mon
général se massa seulement un peu et alla manger avec les
siens. Moi je vis là que mon Général, en plus d'avoir beaucoup
de jugeote, avait ce courage que l'on ne soupçonnait pas et qui,
pour cela, n'en brillait que davantage.
A peu de temps de ce taureau que je vous conte, nous nous sommes
soulevés en armes contre le mauvais gouvernement
Nous nous
sommes soulevés parce que l'injustice dont souffraient les
nôtres était grande ainsi que la misère des indigènes. Nous
n'avions rien lorsque nous nous sommes soulevés contre le
gouvernement et mon général disait que " (
) lorsqu'il
s'était lancé dans la révolution il avait laissé à la
maison, pendus à un clou, les vieux pantalons avec lesquels
était resté le peu de peur qu'il ait eu dans sa vie" (Ibid.)
Je me rappelle qu'une fois où nous passions par l'état
de Puebla nous avons attaqué Atlixco y Metepec.
L'entreprise textile "Compañía Industrial de Atlixco,
S.A." avait 3 étages (un de filature et de tissus, un autre
de blanchissage et le troisième d'impression). Dans le combat de
Metepec, beaucoup d'ouvriers se sont incorporés dans nos rangs.
Je me souviens, au fait, qu'un ouvrier du textile, Fortino
Ayaquica, arriva au grade de général dans notre Armée
Libératrice du Sud. Et je sus que se trouvait par ici un
révolutionnaire espagnol qui s'appelait Sebastián San Vicente
sans que je sache où il était passé après, jusqu'à ce que je
le retrouve, organisant des ouvriers dans ce même état de
Puebla. C'était un homme bon ce Sebastian, je te raconterais
dans une autre lettre ce que je sais de lui. Le fait est qu'avec
nous, en plus des paysans, il y avait des ouvriers. Et même
quelques diplômés, de ceux qui ont leurs études et leurs
grandes paroles, mais qui ne rechignaient pas à l'heure de
mettre la main à la carabine où aux bombes de
"cuero", lorsqu'il s'agissait d'affronter les tueurs du
vieux don Porfirio.
Notre armée, la Libératrice du Sud, était une armée très
grande. Je ne me réfère pas seulement au grand nombre que nous
étions, mais à ce qu'il y avait des gens de tous genres et de
pensées très diverses.
Ce que nous avions tous
en commun, hommes, femmes et chevaux, était le courage pour
avoir vu tant d'injustice et tant de pauvreté dans les gens du
peuple, et tant d'orgueil et tant de richesse dans les maisons de
quelques-uns.
A la
Présidence du Mexique se trouvait un tyran nommé Porfirio
Díaz. Ce monsieur n'était que trop resté, faisant des lois et
commandant des troupes, toujours portant préjudices aux pauvres,
toujours bénéficiant aux riches. De même que maintenant, bien
qu'au lieu d'une personne ce soit aujourd'hui un parti, le PRI,
celui qui se charge que tout aille bien pour les puissants, bien
que cela signifie que tout sera pire pour les humbles.
Díaz ne put se maintenir en place et dut s'en aller. Arriva
alors le señor Madero, mais les choses ne changèrent pas et mon
Général Zapata dit que nous devions continuer jusqu'à ce que
soit accompli ce que nous voulions: Terre et liberté! Je me
souviens que lorsque nous assiégions Cuautla, Morelos, les
combats furent très durs, nous y allions dur et eux aussi. Par
ici allait quelqu'un qui se nommait Octavio Paz Solórzano. Il
avait ramassé des témoignages de ces luttes et, par la suite,
s'incorpora à nos rangs.
Le manquement à sa parole du señor Madero provoqua beaucoup
d'affronts dans nos troupes. Je me souviens que là-bas, vers
août 1911, le señor Madero vint nous voir à Morelos. Il
voulait nous calmer et que nous cessions la lutte. Nous allâmes
le recevoir à la gare. Alors il grimpa (Madero) en haut d'un
wagon de train et commença à nous haranguer, à dire:
Compagnons de l'état de Morelos, je vous suis reconnaissant de
m'avoir aidé à renverser le gouvernement de don Porfirio Diaz,
mais, en même temps, je veux vous dire que les terres sont
celles des propriétaires et que celui qui veut une terre, qu'il
travaille." C'est ce que dit Madero et alors tous les
zapatistes, hommes, femmes et chevaux lui crièrent: A mort
Madero! (Ibid. Félix Vázquez Jiménez.
Major de la Cavalerie de l'Armée Libératrice du Sud). Et
le señor Madero continua comme un entêté, essayant de
convaincre mon Général de se rendre. Bien mal en pris au señor
Madero parce que nous les zapatistes, nous ne nous rendons pas,
nous ne vendons pas.
C'est pourquoi, bien que nous ayons projeté le petit señor Diaz
sur la chaise présidentielle, nous repartîmes pour la sierra.
Nous allâmes donc à Ayoxuxtla. Je me souviens bien de la date.
C'était le 25 novembre et l'année 1911 s'en allait. Mon
Général seul faisait les cent pas et disait à celui qui
écrivait: "Que manque t-il, compère, que manque
t-il?" Mais par la suite il sembla qu'il ne manquait plus
rien parce qu'il nous a appelés et nous a dit: "Voici, ici
se trouve ce que nous sommes, ce que nous voulons, et cela
s'appelle le Plan de Ayala. Alors les 7 généraux zapatistes
signèrent, et ensuite, Zapata nous dit à tous, "Señores,
que celui qui n'a pas peur vienne signer, mais vous savez que
vous allez signer le triomphe de la mort". Moi, j'allais
passer pour le signer, mais je ne le fis pas parce qu'après ils
allaient penser du mal de moi, un cheval qui sait lire et
écrire, c'est pourquoi je hennis seul, pour bien marquer que
j'étais aussi d'accord pour la lutte et pour que personne ne
soupçonne que j'étais un cheval qui savait lire et écrire.
Mon Général continua donc la lutte. Le señor madero croyait
encore qu'il allait le contenter avec de petites paroles, qu'il
s'était déjà arrêté, que nous avions gagné, qu'il resterait
calme, mais mon Général se mit en colère et écrivit une
lettre très dure et très belle. J'en ai eut connaissance car
c'est moi qui la porta vers son destin. Dans le peu de temps
qu'il me donna, j'eus la chance de pouvoir copier quelques
paroles. Voici ce qu'elles disaient: "Moi, comme je ne
suis pas politicien, je ne comprends rien à ces triomphes à
demi; à ces triomphes où les vaincus sont les gagnants; à ces
triomphes où, comme dans mon cas, on m'offre, on exige de moi,
qu'après être sorti triomphant de la révolution, je parte non
seulement de mon état, mais aussi de ma patrie
Je suis résolu à lutter contre
tout et contre tous sans autre bastion que la confiance,
l'affection et l'appui de mon peuple, faites le donc savoir à
tous; et à don Gustavo (Madero) il dit en réponse, ce que
j'approuvais, que l'on n'achète pas Emiliano Zapata avec de
l'or. Aux compagnons qui étaient prisonniers, victimes de
l'ingratitude de Madero, il leur dit de ne pas faire attention,
qu'il y avait encore ici des hommes qui avaient honte et que
l'espoir de leur rendre leur liberté n'était pas perdu" (Emiliano
Zapata à Gildardo Magaña, 6 décembre 1911. Ibíd.)
Après vint la trahison de Victoriano Huerta et le señor
Madero fut assassiné. Les années passèrent. Nous les avons
passé à combattre contre Huerta et il fut promptement
renversé. Mais alors un monsieur Carranza mit son acharnement à
prendre le pouvoir sans faire cas des demandes du peuple, des
paysans, qui avait fait leur le plan de Ayala. Dans le nord, le
Général Francisco Villa avait fini par briser l'armée
huertiste à la bataille de Zacatecas. D'un autre coté, Carranza
et ses généraux se voyaient déjà gouverner sans que personne
ne les "estrobar". Mais les révolutionnaires qui
étaient avec le peuple se réunirent pour s'assurer qu'un bon
gouvernement arrive et guide notre Patrie sur le bon chemin. A
Aguascalientes, les principaux chefs révolutionnaires se
réunirent et ils donnèrent à leur réunion le nom de
"Convention". Aux débuts de la Convention
d'Aguascalientes, nous les zapatistes n'étions pas présents,
mais ensuite, ceux qui étaient réunis ici décidèrent
d'envoyer une commission pour nous inviter. J'étais présent
lorsque le Général Felipe Angeles, à la tête du groupe,
arriva jusqu'au quartier zapatiste pour inviter mon Général
Zapata.
Mon Général
envoya Paulino Martínez, un homme droit, bon de cur et de
paroles. Je n'y suis pas allé, mais d'autres me dirent que don
Paulino parla bien la parole zapatiste et, rapidement, la
Convention fit sienne notre plan de Ayala.
Les Conventionnistes allèrent voir le señor Carranza, chef des forces armées qui s'appelaient "constitutionnalistes", pour lui demander d'abandonner ses ambitions et de remette le pouvoir qu'il avait pris de force. Selon ce que disait notre Plan de Ayala, le nouveau président devait sortir d'un accord des chefs révolutionnaires et il fallait organiser une élection pour que le peuple choisisse son gouvernement. Carranza fit comme s'il était d'accord, mais sa ruse fit qu'il voulait extraire de la lutte et du pays les Généraux Francisco Villa et Emiliano Zapata. Carranza savait que, sans eux, personne ne l'empécherait de prendre le pouvoir.
Par l'ambition de Carranza il n'y eut pas d'accord, et alors le
désordre continua, désormais entre conventionnistes et
constitutionnalistes. C'est ainsi qu'ils se nommaient, mais en
vérité c'était la guerre entre ceux qui voulaient que les
choses changent pour le bien du peuple, c'est à dire Villa et
Zapata, et ceux qui voulaient que tout continue comme avant,
c'est à dire Carranza et Obregon.
Nos troupes avancèrent
vers la capitale du pays et, après que mon Général ait
rencontré Villa à Xochimilco, nous sommes entrés dans la ville
de Mexico le 6 décembre 1914. Nous étions là, seulement pour
faire demi-tour, puisque nous n'étions pas entrés en lutte
parce que nous voulions le gouvernement, ou de l'argent, ou pour
avoir des choses. Non, nous avions lutté pour la terre et la
liberté. C'est pourquoi ensuite nous sommes sortis de la ville
de Mexico, pour continuer à nous préparer pour la lutte.
Les années suivantes ne furent pas faciles. Carranza eut l'appui
des réactionnaires et put armer convenablement ses armées.
Obregón vaincu Villa à la bataille de Celaya et l'armée
constitutionnelle devint la plus puissante. Pour essayer de
gagner plus de monde à ses cotés, Carranza promulga la loi du 6
janvier 1915, qui reconnaissaient quelques-unes unes des demandes
agraires de notre peuple, non parce qu'il pensait les accomplir,
mais bien parce qu'il voulait tromper les zapatistes. Carranza
arma aussi des groupes d'ouvriers pour combattre la révolution.
Au total, les choses devinrent de plus en plus difficiles pour
nous et notre lutte. En 1917, Carranza organisa une nouvelle
Constitution, ce qui représente les lois les plus grandes d'un
pays. La, grâce à la forte lutte des zapatistes, quelques
droits des peuples paysans furent reconnus.
Mais Carranza ne peut oublier que mon Général Zapata est un
révolutionnaire, qui ne va pas cesser de se battre jusqu'à ce
que le Plan de Ayala soit accompli. C'est pourquoi il fait un
plan pour assassiner mon Général Emiliano. Comme ils ne
pouvaient l'acheter avec de l'or, ou lui faire peur avec la
guerre, ni le vaincre avec tant d'armées, il monte un plan de
trahison. Le général carranciste Pablo González ordonna à un
subordonné, le colonel Jesús María Guajardo, de faire comme
s'il désertait les rangs gouvernementaux et passe du coté des
zapatistes. Mon Général n'y crut pas vraiment et remis diverses
preuves à Guajardo, jusqu'à ce qu'il le convainque un peu.
Alors arriva ce qui se passa à Chinameca, dans le courant de
l'année 1919, et c'était le mois d'avril.
Dans l'Hacienda de Chinameca, Morelos, il ne s'est pas passé ce
qu'ils disent qu'il s'est passé. Ou bien si, cela se passa
ainsi, mais pas seulement ainsi. Il est vrai que le dénommé
Guajardo retourna sa veste et tendit un piège à mon général,
mais il n'est pas sur que celui-ci mourut ici, ce 10 avril 1919.
Non, mon Général fut méchamment blessé, c'est certain, mais
j'ai été doué pour le tirer et nous enfuir ensuite comme des
dératés, profitant de la confusion et de la poussière que tant
de tirs des tueurs soulevaient.
Les choses se passèrent ainsi. Le 9 avril, Zapata fut élevé au
grade de Général par Guajardo et celui-ci, pour le remercier,
lui offrit un cheval alezan et l'invita à manger à l'hacienda
de Chinameca. Tandis qu'il se rendait au repas, parvinrent des
rumeurs qu'un homme de Carrancia appelé Ríos Certuche, rodait
dans l'hacienda. Mon général demanda à faire une
reconnaissance et ne trouva personne. Mais alors, je me rendis
compte que quelque chose n'allait pas bien et j'allais roder vers
le centre de l'hacienda. Mon Général entre, monté sur l'alezan
offert par Guajardo. J'entends clairement que les trois coups de
clairon sont sonnés pour le salut militaire. Le troisième coup
s'éteint à peine que la fusillade commence. Rapide, sans
réfléchir davantage, je me lance vers la porte et entre au
galop. Mon Général était à terre et à ses cotés était
tombé Agustín Cortés, son assistant. Je ramassais mon
Général et m'en fut en le tirant. Ces idiots crurent
qu'Agustín Cortés était Zapata et ils continuèrent de lui
tirer dessus, et dans la confusion, je partis en tirant mon
Général avec les dents.
Je ne le tirais pas vers le campement, parce que je pensais que,
sûrement, les hommes de Carrancia se rendraient là-bas. Ce que
je fit alors fut de l'emporter vers la maison de quelques
indigènes et je le laissais là pour qu'ils le soignent. Je m'en
allais parce que, si je restais dans le coin, ils me
reconnaîtraient sûrement et trouveraient mon Général. Je sus
après que mon Général Zapata s'était bien remis et s'était
traîné vers le sud est, mais ceci est une autre histoire.
Comme ci comme ça, j'allais d'un coté et de l'autre et
maintenant je suis ici, attendant que mon Général m'appelle et
que nous chevauchions de nouveau ensemble. Durant ce temps, j'ai
toujours été du coté des plus mal foutus, ceux que personne
n'écoute, ceux dont personne ne fait cas. C'est pourquoi je sais
que notre lutte n'est pas terminée, qu'il faudra encore beaucoup
lutter pour arriver à ce que nous avons dit dans les montagnes
de Morelos et qui fut, et est, notre drapeau: Terre et Liberté!
Bon Marinero, je te quitte. Allez.
Mes meilleures salutations.
Le Cheval d'Emiliano Zapata.
C'est ce que j'ai lu dans la lettre du cheval. Lorsque je
demandais à "Marinero" s'il en savait plus, il prit le
crayon et écrivit:
"Par ici va le cheval de Zapata. Il dit qu'il ne
cherche pas un cavalier qui le monte. Non, il dit qu'il cherche
celui qui comprend."
Je dit adieu
à "Marinero" et retournai vers la plage de blé où la
mer se repose.
Depuis les montagnes du sud est mexicain.
Sous Commandant Insurgé Marcos.
Mexique, le 10 avril 2000, pour lanniversaire de mon Général Emiliano Zapata.