Mexique 2000 : fenêtres ouvertes, portes à ouvrir
A la Lucha insurgée,
qui le 9 septembre,
en mourant, nous légua l'unique
chose qu'elle avait : son exemple
Montagnes du Sud-Est mexicain. Comme toujours, la lune s'est
laissée tomber sur la colline. Un fracas de verre brisé est
suivi d'un murmure. On dirait un ruisseau. On dirait la pluie. Ce
sont des pas. Des milliers de pas. Une armée d'ombres s'efforce
de recueillir les morceaux du miroir brisé. Avec prudence, ils
placent les pièces du casse-tête qui tentera d'être le reflet
de ce fragment de réalité qui qui en doute ? ne
cesse de bouger. Avec une joyeuse inquiétude, ils se rendent
compte qu'il manque quelques pièces. Bien que les morceaux
ramassés aient à peine permis de construire un miroir incomplet
et mal recollé, on arrive à voir dans son reflet, bien que pas
très claires, des figures qui ne sont plus seulement des taches
informes. Doucement, ils lèvent le miroir rapiécé et le
pointent vers l'occident, juste en direction de cet autre miroir
qui brille là-haut, chaque matin, s'obstinant à passer, jour
après jour.
Sans cesser de nous voir, mais en voyant surtout l'autre et les
autres, ceux que nous sommes, guerriers écrivains, nous prenons
la parole.
Là-bas, là-haut, tous tirent sur les pendules.
Mexique 2 juillet de l'an 2000. La nuit. Les médias de
communication électronique, l'IFE, Zedillo, les candidats et les
partis politiques (dans cet ordre), disent ce que l'on avait pas
entendu dans les dernières soixante et onze années : le PRI
perd la présidence de la République.
Il en restera les campagnes électorales des partis politiques
les plus chères de l'histoire et celles du plus bas niveau
politique. Le point commun de ces campagnes a été un profond
mépris du citoyen. Plus proches de la publicité commerciale,
les campagnes pour la présidence ont pris le citoyen comme un
acheteur sans mémoire qui paie comptant, ne pose pas beaucoup de
questions et qui n'exige pas de garantie. Dans sa marche
obstinée dont le cap diverge de celui de la citoyenneté, la
classe politique mexicaine a souffert de la disparité entre ses
offres et les expectatives des gens. Après de consciencieuses
analyses (et un gaspillage en millions pour payer les
consultants), les politiques ont découvert quelque chose
d'incompréhensible : les gens voulaient un changement. C'est
ainsi que les offres se sont concentrées sur le thème du
"changement". Et cest de "changement"
quont parlé les trois principaux candidats à la
présidence de la République.
Mais, aujourd'hui, cest fini. Le 2 juillet, on attend les
réponses de ceux qui n'ont jamais eu le droit de choisir les
questions. On a beaucoup dit, on dit et on dira sur ce qui est
arrivé ce jour, 2 juillet de l'an 2000, mais, pour les
écrivains, il est clair que la réponse a été,
majoritairement, un "NON !".
Avec ce "NON !" fait arme et drapeau, une multitude
anonyme de Mexicains et de Mexicaines ont donné le coup de
grâce à un système politique qui, pendant plus de sept
décennies, a semé l'histoire nationale de catastrophes et de
cadavres. Les morts sur le chemin ont été nombreux : la
justice, la démocratie, la liberté, la souveraineté nationale,
la paix, la vie digne, la vérité, la légitimité, la honte et,
surtout, l'espérance. Ces morts revivent périodiquement : 1965,
1968, 1985, 1988, 1994, 1997.
Pour parler des morts vivants, il n'y a que les écrivains, si
morts et si vivants eux-mêmes. Et ils disent que, ce 2 juillet,
sont morts quelques morts (entre autres : le système de parti
d'Etat) et que d'autres morts ont vécu (entre autres, les
citoyens). Le 2 juillet 2000 na fait que confirmer un
secret de Polichinelle : la crise du système de parti d'Etat. Le
fait que, du nombre total de votants, le compte en faveur du
candidat du PRI n'ait pas été suffisant pour conquérir la
présidence de la République n'est pas ce qui interpelle le
plus. Ce qui attire l'attention, cest que tout l'appareil
d'Etat n'ait pas été capable d'obtenir ce qu'il avait eu (bien
qu'avec une difficulté croissante dans les derniers sexennats)
pendant ces soixante et onze ans : la fraude électorale sous
toutes ses formes. Malgré les menaces, les chantages, les
tromperies, les mensonges et les crimes, plus de 40 millions de
Mexicains ont dit "NON !" au système politique qui,
ventriloque tricheur, avait supplanté la voix des plus nombreux
avec un "OUI !" qui a perdu peu à peu son éclat au
fil des ans.
Cependant, de par sa nature, de par la diversité des causes qui
le motivent, ce "NON !" rend difficile son écoute et
permet que d'autres bruits l'étouffent.
Les morts morts le 2 juillet laissent beaucoup de vide, et
l'anonymat des morts vivants permet que l'espace principal qui
leur correspond apparaisse également vide. C'est ainsi que
commence la bagarre pour remplir ces vides et s'attribuer le
titre de vainqueur. Et pour cela, l'IFE, Zedillo, Fox, les partis
politiques et quelques intellectuels de lettres et hontes
défuntes se piétinent.
Si la signification réelle de ce qui est arrivé le 2 juillet
était comprise, les médias ne suffiraient pas pour interviewer
les protagonistes : des millions d'hommes et de femmes. Dans la
campagne et dans les rues marche une multitude de héros
anonymes, ceux qu'il faudrait retenir, pour les féliciter de
lacte de rébellion féconde, leur demander un autographe
et une photo, et leur dire d'un ton franc : ne te rends pas !
Comme cela na pas été possible, les médias hésitèrent
pour savoir quel était le protagoniste de cette élection :
l'IFE ? Malgré les poses de son président, cela a à peine
duré quelques heures, personne n'y a souscrit. Zedillo ? Grâce
à l'argent dilapidé à tort et à travers, il a tenu quelques
jours, mais le problème a été qu'il n'avait plus qu'à
accepter les résultats, ou était-ce une option de commettre un
délit en méconnaissant la déroute ? La popularité d'un
personnage ne peut se maintenir sur la base de ce qu'il aurait pu
être un délinquant électoral, et quil ne la pas
été. Fox ? Personne, pas même lui, ne la cru. Alors, qui
a été le protagoniste de ce 2 juillet ? Le pays ? La nation ?
Il est très problématique d'élever un monument à la nation et
il serait étrange délever une statue en l'honneur du
"citoyen inconnu".
2 juillet. C'est le nom du vaincu. Mais le nom du vainqueur
continue d'être vacant. Comme le temps passe, là-bas en haut,
les uns et les autres tirent sur les pendules en criant :
"Un moment ! L'histoire, c'est moi !" Ce cri occulte la
question qu'ils se posent intérieurement : "Que s'est-il
passé?"
Le Parti révolutionnaire institutionnel tire sur la pendule
lorsque l'on découvre le dépouillement d'un règne dans lequel,
on suppose, les sujets auraient été reconnaissants, à tout
jamais, de la bénédiction d'être gouvernés par le PRI. Au
lieu des remerciements et des crécelles, le 2 juillet a laissé
une brèche définitive sous la ligne de flottaison. Comme
l'inertie est également une loi politique, la direction du PRI
baisse la tête et le dos par respect pour palper la décision de
Zedillo de se rendre à une évidence qui, pour la première
fois, remplit les huit colonnes : la majorité des Mexicains
rejette le PRI. La soumission a duré quelques minutes ou
peut-être quelques heures. Rapidement ont surgi les
lamentations, qui ensuite se sont convertis en réclamations et
plus tard en accusations : "Le responsable de la déroute du
PRI est Zedillo." A la question "qui a vaincu le PRI
?", les priistes répondent "Zedillo". Et le petit
homme gris, qui à partir d'aujourd'hui cherchera inutilement un
parapluie qui le protège de l'inévitable, ne fut pas plus qu'un
gris fossoyeur. En tirant sur la pendule et aux cris de "Ce
fut Zedillo!", les priistes oublient quelque chose de
fondamental : leur histoire. Parce que l'échec du PRI est le
produit de leur histoire. Ce que les priistes n'ont pas compris,
cest que la présidence de la République, ils ont
commencé à la perdre en... 1982 ! lorsque Miguel de la Madrid
Hurtado était titulaire du pouvoir exécutif fédéral.
Avec l'arrivée de De la Madrid, une nouvelle classe politique se
fraya un chemin dans le PRI : celui des technocrates. Outre leurs
études supérieures à l'étranger, les technocrates avaient en
commun leur manque de sensibilité face aux problèmes sociaux,
l'absence de militance partisane et une conception de l'Etat qui
différaient diamétralement de celle des "vieux"
priistes. Les technocrates ont pris le pouvoir et, donc, le PRI.
Dans les gouvernements antérieurs, le PRI, ce honteux
secrétariat d'Etat, avait maintenu une relation plus ou moins
stable avec les organisations et les groupes du parti grâce aux
programmes sociaux. Mais l'arrivée des technocrates laissa de
côté la politique sociale et, avec elle, la base dappui
du PRI. Et ce nest pas tout. "Le PRI n'était déjà
plus, d'un autre côté, l'espace où se forgeaient les
carrières politiques, et la nouvelle, connue peu de temps après
larrivée de la technocratie au pouvoir, a eu un fort
impact parmi les priistes. La majorité des fonctionnaires hauts
et moyens du gouvernement de De la Madrid n'avaient non seulement
pas de carrière de parti, mais n'étaient même pas membres du
PRI, et cela a produit un énorme scandale." (Luis Javier
Garrido, "La rupture (1982-1988)", dans Proceso,
édition spéciale : "L'enfer du PRI". Août 2000. p.
48.).
Le PRI sest transformé alors en une agence de placement de
techniciens de l'administration publique.
Ce nest pas tout. L'omniprésence du PRI au pouvoir a fait
que l'alternance (car l'arrivée de Fox, c'est cela et uniquement
cela) s'est présentée comme une transition. Les derniers
titulaires du pouvoir exécutif et leurs cabinets respectifs,
leurs politiques économiques et sociales, leurs manipulation de
budget et leurs liens avec le narcotrafic sont coupables de ce
que, pour la majorité des citoyens, la démocratisation du pays
soit liée à la chute du PRI. Sont coupables également les
gouverneurs et maires priistes qui ont construit des
"caciquats" régionaux sur les cadavres de leurs
opposants et sur la pauvreté de leurs gouvernés ; les députés
et sénateurs qui ont regarder, impassibles, comment l'Etat
social se démantelait et qui ont appuyé les initiatives
néolibérales pour une poignée de billets ; les
"alchimistes" électoraux qui ont fraudé encore et
encore, sur le dos de millions de citoyens ; les juges corrompus
et vénaux ; les policiers voleurs ; l'armée criminelle ; les
chroniqueurs déguisés en journalistes. Enfin, les coupables de
ce que des millions de Mexicains aient vu le PRI comme un
obstacle au bien-être et à un bon gouvernement ont été... les
priistes (Zedillo inclu).
Ont tiré sur la pendule le PRD et le néocardénisme lorsqu'ils
ont découvert que la chute du PRI n'impliquait pas la victoire
du PRD.
Habitués à penser avoir le monopole de l'opposition au PRI, les
perrédistes ne concevaient pas la fin du parti d'Etat sans eux
à sa tête. Et cest alors que le PRI a perdu la
présidence et que le PRD ne la pas gagnée. Arrêtez donc
la pendule pour essayer de comprendre ce qui se passe. Ou
plutôt, qui est responsable que l'histoire ne se soumette pas
aux statuts du parti ? Dans les premiers jours, pour quelques
intellectuels néocardénistes, les coupables étaient les
votants qui n'avaient pas suivi Cárdenas Solórzano. Se sentant
"trahis" par le peuple, avec rancur, ils ont
promis toutes sortes de fléaux et de maux pour le pays :
"Maintenant vous allez voir ce qu'est la répression,
maintenant vous allez voir ce qu'est le néolibéralisme,
maintenant vous allez voir ce qu'est le fascisme, oui
maintenant..." Mais quelqu'un appela à la sagesse et,
heureusement ! commença alors à se poser la question que tous
les perrédistes se posent : "Pourquoi avons-nous perdu
comme nous avons perdu ?"
Dans la campagne électorale, la gauche parlementaire a montré
que la possession du pouvoir politique est aussi la possession
des fantasmes qui lentourent. Pour le PRD, toute
mobilisation sociale qui n'était pas sous sa férule, toute
inconformité plus ou moins organisée hors de son influence et
toute critique faite sur un ton autre que celui du silence
faisaient partie d'une conspiration qui prétendait ruiner les
aspirations de son candidat présidentiel, Cuauhtémoc Cárdenas
Solórzano. Ainsi a-t-il abordé la grève étudiante de
lUNAM (1999-2000), les dénonciations pour fraude dans le
processus électoral interne (1999), les plaintes citoyennes pour
les déficiences des travaux gouvernementaux du District
fédéral (1997-200) et les critiques que la presse honnête a
faites à lencontre de son gouvernement (1997-2000) (bien
qu'il ne faille pas oublier que les médias se sont auto-érigés
en "Sainte Inquisition" en obéissant à des intérêts
illégitimes : la révérence devant le prince en exil ou la
défense du présentateur narco).
Il est préoccupant que, pour la direction du PRD, le changement
démocratique ne sera effectif que lorsque ses candidats seront
au pouvoir. Préoccupant, parce que, en y arrivant, un de ses
premiers décrets sera de mettre un terme à la lutte pour la
démocratie et que quiconque osera lever ce drapeau sera taxé
(et poursuivi, parce que tel est le but de l'appareil d'Etat) de
sabotage, d'être un agent de la droite ou du surnom qui sera à
la mode à ce moment-là.
La campagne présidentielle du PRD a commencé obsédée par le
centre (qui en politique, n'est autre que la droite en passe de
s'asseoir), puis elle a glissé vers la gauche. Mais sur le
chemin de cette glissade, elle a fait plusieurs victimes : la
crédibilité, la confiance, la cohérence et l'espérance.
Les discussions avec le PAN pour présenter une candidature
commune et la rupture postérieure, l'ardeur à se montrer
"compatible" avec le pouvoir de Zedillo (cet
incompréhensible adieu de Cárdenas à Zedillo après avoir
laissé le gouvernement du District fédéral), le (pour le
moins) pas très sain processus électoral interne pour élire le
président du PRD, pour n'en mentionner que quelques-uns, furent
quelques exemples parmi dautres, de la dangereuse
proximité du PRD avec les pratiques politiques contre lesquelles
il lutte.
Sur sa dénommée "crise interne", cest le PRD
qui a la parole. Il nous suffit de dire que le fait que
Cuauhtémoc Cárdenas ait maintenu sa candidature, sans céder à
la prétention de renoncer à celle-ci en faveur de Fox, est ce
qui permet aujourd'hui, de parler d'une crise du parti. S'il y
avait renoncé, il n'y aurait même plus de parti.
Malgré tout, la survivance d'un courant de gauche à
l'intérieur du PRD alimente encore lespoir que l'option
électorale de gauche ne fasse pas naufrage dans la tempête du
marché politique. Il y a des dirigeants, des cadres moyens et,
surtout, des militants de base qui savent que les forteresses se
construisent en commençant par la base et que les aspirations
qui alimentent leur lutte dépassent de beaucoup les limites d'un
parti politique.
Pour linstant, le PRD peut prendre son temps pour se
réorganiser ou se refonder. On ne voit rien à l'horizon
politique qui puisse lui disputer sa place de gauche électorale.
Pourvu que ce manque de contrepoids à la gauche électorale du
PRD ne permette pas que l'aimant de la droite ne lui fasse
quitter la place qui est la sienne.
Tire également sur la pendule, le Parti d'action nationale
lorsqu'il se rend compte quil défait le PRI dans
l'élection présidentielle et que, par contre, il n'a pas le
pouvoir. Après que, durant des décennies, il a été spolié de
triomphes légitimes, le PAN revient affronter une dépouille,
mais ce n'est plus maintenant le parti d'Etat ou le gouvernement
qui lui vole le triomphe. Tout d'abord, une structure parallèle
(les "Amis de Fox") lui a arraché l'initiative de
décider qui serait son candidat à la présidence. A peine
arrivé au PAN, il y a douze ans, Vicente Fox a créé une
équipe extra-parti (qui na pas tardé pas à se convertir
en supra-parti) pour stimuler sa précandidature, et promouvoir
ensuite sa candidature à la présidence. Happés dans le rythme
donné par les Amis de Fox, la direction paniste na pas
tardé pas à se tordre les mains et, dans une élection interne
semblable à celle des partis républicain et démocrate de
l'Union américaine, elle sest limitée à ratifier ce que
les Amis de Fox avaient déjà décidé.
A l'égal du PRI, les politiciens traditionnels ou historiques du
PAN (les "doctrinaires") sont déplacés par une
portée de néopoliticiens qui non seulement se sont mués de
chefs d'entreprise en politiciens (les dénommés
"barbares"), mais qui ont aussi apporté leurs
méthodes de chefs d'entreprise et les ont appliquées au travail
du parti. Le PAN d'aujourd'hui n'a plus grand-chose à voir avec
celui de González Morfín et de Gómez Morín. La résistance
tenace du panisme d'hier, réticent aux contraintes et aux
intrigues de cour, est remplacée par le pragmatisme de
concertations secrètes. La politique en tant que commerce à
deux (je te donne, tu me donnes) et non comme exercice citoyen et
collectif. Avec ce PAN, la table était servie pour que Fox
utilise comme tremplin une histoire et une structure solide, avec
prestige et efficacité. Peu d'organisations politiques peuvent
se flatter d'avoir l'homogénéité et l'esprit de corps du Parti
d'action nationale d'hier, et peu se sont autant détériorés
sur ces aspects et en aussi peu de temps, que le PAN
d'aujourd'hui.
La politique conservatrice d'Action nationale était
considérée, depuis quelque temps, comme un refuge par la droite
modérée. Avec l'ascension de Fox, tout d'abord à l'intérieur
du PAN, puis au cours de sa campagne et maintenant avec le
triomphe, lextrême droite a vu le parapluie, le projecteur
et la tribune qu'elle cherchait. Ainsi, autour d'Action
nationale, une lutte sourde se mène entre les ultras et les
modérés de la droite. Au cours du différend, le parti se
délite, en perd son identité et, semble-t-il, n'apporte plus
que deux choses à un Fox triomphant : la couleur bleue et le
corps qui devra être responsable des erreurs du nouvel exécutif
fédéral. Bien qu'il y ait des ingénus qui soutiennent que le
PAN a gagné la présidence de la République, les militants
d'Action nationale savent qu'il n'en est rien et que, maintenant
plus encore que lorsque le PRI était omnipotent, il sera plus
difficile d'y arriver.
Tirent sur la pendule, les partis politiques lorsqu'ils se sont
rendu compte que le 2 juillet leur a démontré qu'ils n'avaient
pas de grandes différences avec un club social. Les dernières
élections fédérales ont ratifié ce que les années passées
avaient insinué : ni la militance partisane ni les propositions
de programme ne sont plus nécessaires. La mémoire partisane est
maintenant supplantée par les campagnes commerciales et le
meilleur politicien est en fait, le meilleur trapéziste.
Les trois plus grands partis politiques du Mexique ont vu que les
principes doctrinaires sont aussi éternels que les équipements
informatiques : ils ne durent que quelques jours. Ainsi, les
vieilles références de géométrie politique servent très peu
à l'heure d'essayer d'expliquer les sauts continuels des
politiciens d'un drapeau à un autre.
Si, hier, les partis politiques étaient conçus pour former des
militants par lesquels se diffusaient les propositions
politiques, on grandissait et on arrivait au pouvoir, aujourd'hui
cela a changé de façon substantielle. Les partis continuent
d'être les instruments pour arriver au pouvoir, mais maintenant
cela ressemble plus à un tremplin qu'à une école. Des
personnages en tout genre déambulent d'un parti à un autre sans
que les changements les marquent un tant soit peu et sans se
préoccuper du fait que les principes, les programmes et les
statuts des organisations dans lesquelles ils transitent sont non
seulement différents, mais se contredisent ponctuellement.
Combien de panistes de carrière sont dans le cabinet de Fox ?
N'est-il pas lui-même un "débutant" avec à peine
douze ans de militance au parti ? Par quel parti n'est pas passé
Porfirio Muñoz Ledo ? A part López Obrador, quel autre
gouverneur perrédiste n'était-il pas priiste à la veille de la
sélection des candidats ? Au Tabasco, l'attaque la plus
virulente contre le candidat du PRI nest-elle pas venue
d'un priiste (Arturo Núñez) ? Les señores Jorge
Castañeda et Adolfo Aguilar Zinzer n'étaient-ils pas
consultants d'un parti opposé au señor Fox il y a à
peine six ans ? De l'équipage de la barque coulée zedilliste,
combien ont leur carrière politique au PRI ?
Cest de manière accélérée et non pas à pas que les
partis politiques se convertissent en coquilles vides qui ne
servent qu'à donner une identité commune à un groupe de
citoyens, tout comme ont une identité commune les supporters
d'une équipe sportive. Les grands idéologues et les analystes
politiques ne se forment pas à l'intérieur des partis
politiques, mais à leur périphérie. PRI, PAN et PRD ont
invariablement recours à des personnes extérieures à leur
parti pour demander conseil, assistance, orientation ou pour que,
carrément, elles leur disent quoi faire. En tirant sur la
pendule, les partis politiques oublient qu'ils tirent sur le
miroir : le présent du PRI leur montre leur futur.
Tire sur la pendule, le président de l'IFE lorsqu'il s'attribue,
à lui et à son budget multimillionnaire, le mérite de la
déroute du système de parti d'Etat. Assourdi par ses tirs,
l'IFE "oublie" plusieurs choses : le grand
déséquilibre de l'accès des partis politiques aux médias ;
l'usage de ressources publiques pour induire le vote en faveur du
PRI ; les délits électoraux dont le PRI, leader incontesté et
sans véritable concurrent proche, na pas eu lapanage
exclusif ; le rôle des observateurs électoraux nationaux et
internationaux ; la digue érigée par quelques médias contre la
probable résistance du PRI et du gouvernement à reconnaître
les résultats (attention : "quelques-uns" seulement,
d'autres, comme Excélsior de Díaz Redondo, étaient
prêts à tout pour une somme modique) ; surtout, il oublie les
citoyens.
La vantardise du président de l'IFE prétend escamoter quelque
chose de substantiel dans le dernier processus électoral : des
millions de Mexicains et de Mexicaines ont résisté à la
machine électorale d'Etat et ont marqué leurs bulletins selon
leurs préférences. Sans déprécier les avances en matière
électorale (citoyennisation de l'IFE, plus grande ouverture dans
les médias, observation électorale), le plus important de ce 2
juillet est la rébellion de millions de gens.
Tire sur la pendue, la Foxi-équipe lorsqu'elle se voit au
pouvoir et quelle découvre cette loi de la dialectique qui
dit : "Une chose est une chose et autre chose est une autre
chose." Faire une campagne électorale et préparer une
équipe et un programme de gouvernement ne sont pas la même
chose. Et, dans la Foxi-équipe, ils sont en colère. Au lieu de
reconnaissance et de caravanes de vénération, ils sont tombés
sur une presse vigilante et critique, avec des citoyens qui
s'entêtent à continuer d'être des citoyens. Ils voient avec
déception et colère que les grands problèmes nationaux
nont pas été résolus par la seule annonce de leur
arrivée au gouvernement. Ils découvrent avec angoisse que les
choses ne peuvent plus s'affronter avec des monosyllabes
("Ya ! ya ! ya !", "Hoy ! hoy ! hoy!"), et
que ce qui a fonctionné comme slogan de campagne ne fonctionne
plus comme plan de gouvernement. Ils voient avec impuissance que
la vieille politique a encore des réseaux étendus, contre
lesquels la mentalité entrepreneuriale ne peut rien ou si peu.
Ils ont découvert que le scénario dans lequel ils présentent
leur uvre "Je suis l'Alternance, mais appelez-moi
Transition" ne tient que par des épingles. Combien de temps
pourra être soutenu l'effort présentant un changement de
gouvernant comme si c'était la transition démocratique ?
En tirant sur la pendule, la Foxi-équipe crie : "Un moment
! maintenant que j'ai le pouvoir, je veux que les choses
continuent comme avant, que les gens reviennent à la passivité
et au conformisme, que les médias sen retournent à leurs telenovelas,
aux heures musicales et aux séries comiques, que les rebelles de
toute une vie se transforment en personnes soumises et
obéissantes, que la Louve redevienne agneau et que les
paramilitaires renient leurs patrons, les généraux, que
les indigènes renoncent à leurs demandes et se contentent de
"voiturette du peuple, télé et petite épicerie", que
les femmes laissent tomber les maléfices comme celui de
prétendre à décider de leurs corps, que les jeunes attendent
avec patience et résignation leur place dans le cauchemar, que
les homosexuels et les lesbiennes s'auto-exilent dans des
toilettes collectives (bien éloignées, bien sûr), que les
ouvriers découvrent leur erreur et se transforment en de
prospères capitaines d'industrie, que les paysans abandonnent ce
mot historique absurde qui dit : "la terre est à celui qui
la travaille" et fassent de leur travail au ranch de San
Cristóbal (ou son équivalent) leur plus grande aspiration, que
les instituteurs, les étudiants, les colons, les chauffeurs de
taxis, les employés et les et cetera qui peuplent la réalité
nationale ne fassent des manifestations que pour acclamer les
nouveaux sauveurs de la patrie et pour demander quils
restent au moins soixante et onze ans".
La Foxi-équipe crie et tire, mais personne ne l'écoute. Ou
plutôt, tous l'entendent très bien et cest bien pour cela
quils répètent le "NON !" qui est à l'origine
de tout ce désordre.
Là-bas, là-haut, presque tous tirent sur la pendule pour
arrêter l'heure. En bas, quelques-uns sourient et manipulent la
pendule. Non pas pour la retarder. Non pas pour l'arrêter. Non
pas pour qu'elle aille plus vite. Seulement pour la remonter et
qu'ainsi l'heure arrive comme elle doit arriver, c'est à dire,
avec tous et à temps...
Contredisant la physique, en politique le vide est aussi un
espace d'action.
Le 2 juillet, le PRI na pas seulement perdu la présidence
de la République, mais il a subi aussi une défaite historique.
Cette défaite est le produit de beaucoup de luttes. Le fait de
ne pas le reconnaître et de ne pas se comporter en conséquence
est une mesquinerie.
L'échec du système de parti d'Etat a laissé un vide. Et il
faut remplir ce vide. C'est-à-dire qu'il ne suffit pas seulement
de réclamer le titre de vainqueur historique, mais aussi (et
surtout) d'occuper l'espace que le PRI a laissé vacant. Et bien
que cet espace signifie dégouvernement, désordre et
désorganisation, il signifie aussi que beaucoup de forces se
sont retrouvées libres de contraintes et de logiques perverses.
Cinq mois après ce 2 juillet, l'espace continue d'être vacant.
La relève d'une classe politique par une autre ne pourra se
faire selon les "vieilles règles". Pendant ces mois,
la confusion, le désordre et le chaos ont prévalu. La mal
nommée "transition de velours" a la douceur de la lime
sur le fer.
Il n'y a pas de transition démocratique. Il y a alternance. Et
la preuve que le système de parti d'Etat continue d'être
vacant, c'est que le programme de la nouvelle classe politique
(ou commercialo-politique) qui monte avec la Foxi-équipe n'est
pas d'opérer l'alternance (Zedillo leur a servi la table mal
certainement, comme tout ce qu'il a fait-), mais de convaincre
les gens qu'ils doivent revenir à leur passivité antérieure et
"laisser le gouvernement gouverner".
La difficulté que la Foxi-équipe rencontre pour occuper
l'espace laissé par le PRI s'explique parce que, bien que l'on
ne puisse pas parler de "transition démocratique", il
y a bien un changement radical dans la culture politique des
citoyens. Et pas seulement en eux, également dans quelques
médias. Ce qui sera le nouveau "caillou dans la
chaussure" de l'exécutif fédéral, comme le révèlent les
gestes de Martha Sahagún, prétend être affronté avec des
méthodes on ne peut plus "démocratiques" : une
structure de communication présidentielle qui, plus qu'informer,
se charge de "protéger" l'information ; une
législation qui "contrôle" (c'est à dire,
"censure", mais on évite le mot) la presse.
L'offensive de la droite (la pénalisation de l'avortement des
femmes violées à Guanajuato, la belligérance de Pro Vida), la
réponse organisée de groupes féministes, la résistance
citoyenne à accepter sans broncher les intentions dimposer
la TVA sur les aliments et les médicaments, le scandale du
registre national de véhicules (Renave), l'offensive de Salinas
et la contre-offensive de Zedillo, les mobilisations des
travailleurs au service de l'Etat et le ridicule de la PGR dans
ses actions contre les paramilitaires au Chiapas ont révélé à
la Foxi-équipe que, dans le panorama national, presque personne
n'a cru à la transition démocratique.
Pour ce que l'on peut voir du cabinet de Fox, ses signaux et
tendances indiquent qu'il y aura peu de politique et beaucoup
d'administration. En fait, il y a peu de politiques-politiciens
dans le cabinet. Par contre, les gestionnaires abondent. Si le
nouvel exécutif fédéral a renoncé à faire de la politique,
alors, ce travail (indispensable dans l'art de gouverner) devra
être abordé par les autres pouvoirs de l'Union, concrètement,
par le Congrès de l'Union (la Chambre des députés et des
sénateurs).
Pour accomplir cette tâche (ce que Fox ne pense pas faire) que
laisse le vide produit par la déroute du PRI, le Congrès de
l'Union a un défi multiple.
La tâche principale est de ne pas permettre que le
présidentialisme se recompose, même avec un exécutif d'un
autre sigle politique comme titulaire. La véritable vie
républicaine a besoin, entre autres choses, dun réel
équilibre des pouvoirs. Le lieu que le pouvoir législatif doit
occuper dans la République ne sera pas octroyé par la grâce de
l'exécutif fédéral, mais par la lutte que mèneront les
députés et sénateurs dans ce sens. Il ne s'agit pas de
mépriser les avancées des deux dernières législatures.
Le Congrès de l'Union devra retourner l'inertie d'être la
caisse de résonance de l'exécutif. L'équilibre dans la
composition des deux Chambres obligera les législateurs au
dialogue en tant que représentants populaires et non comme
représentants de partis. Le pouvoir législatif ne doit pas se
transformer en un ring de boxe politique (parfois il n'est pas
seulement politique) entre ses représentants. Non pas parce
qu'ils renoncent à leurs différences et à leurs antagonismes,
mais parce que l'espace de confrontation de ces différences et
antagonismes est sur le terrain électoral, face aux citoyens. En
tant que législateurs, leur devoir nest pas à
légard du parti qu'ils représentent ni même des
électeurs qui ont voté pour eux, mais dun pays qui finit
de se débarrasser d'une lourde charge et doit se construire un
avenir.
Il devra surmonter le contrôle-remplacement des dirigeants des
partis politiques. En tant que partie d'un système politique qui
a été balayé le 2 juillet, existe le remplacement auquel ont
trop souvent procédé les directions de parti. Nombreuses ont
été les lois qui, dans un passé récent, ont été négociées
entre l'exécutif et les directions des partis politiques,
laissant aux législateurs le rôle de recevoir "la ligne à
suivre", les uns de l'exécutif et les autres de leur parti
politique. La logique de dirigeant de parti n'est pas la même
que celle du législateur. Nous ne disons pas que l'une est
"bonne" et l'autre "mauvaise", seulement
qu'elles sont différentes. Le dirigeant de parti fait ce dont
son organisation a besoin, le législateur doit faire ce dont le
pays a besoin. Ce n'est pas la même chose.
Il devra avoir une vision d'Etat. Non seulement parce qu'il sera
inutile de l'attendre de l'exécutif, mais aussi parce que
l'impact du travail législatif porte au-delà du sexennat.
Tandis que les actions de l'exécutif dépasseront difficilement
le temps de son gouvernement, celles des législateurs (en tant
que "faiseurs de lois") vont beaucoup plus loin que les
trois ou six ans que dure leur mandat.
Il devra être sensible aux grands problèmes nationaux. La
majorité des législateurs sait que les points principaux de
l'agenda national ne peuvent s'affronter avec des critères de
chefs d'entreprise, que sont nécessaires au dialogue la
construction de ponts et la recherche d'accords. Le rendement
productif, la baisse des coûts et l'ouverture des marchés sont
des paramètres qui peuvent difficilement orienter la tâche
suprême de faire les lois nationales.
Pour apporter une solution aux grands problèmes, il est besoin
d'intelligence, de créativité et d'audace. Autrement, le
travail législatif se convertit en une instance de
"rafistolages et de raccommodages". Et, pour éviter
cela, il ne devra pas céder à la tentation (si chère aux
régimes antérieurs) d'administrer les conflits et de doser les
solutions.
Il devra contre-légiférer et légiférer de façon à ce que la
souveraineté nationale soit sauvegardée et puisse affronter
l'émergence des vieilles-nouvelles réalités (indigènes,
femmes, ouvriers, paysans, homosexuels et lesbiennes, jeunes,
enfants, femmes au foyer, colons, petits et moyens propriétaires
et commerçants).
Mais si le Congrès de l'Union a un rôle important dans la
réalisation, maintenant oui, de la transition démocratique, la
possibilité de la transition réelle se trouve dans la
mobilisation de la société, dans son refus de n'être citoyen
qu'aux dates électorales. Etre citoyen ne consiste pas seulement
à payer des impôts et à respecter les lois. C'est aussi
demander satisfaction, exiger des résultats et surveiller le
respect des engagements.
Avec des citoyens à temps complet, avec une démocratie non
seulement électorale, le Mexique ne sera pas le meilleur des
Mexique possibles, mais pourra décider collectivement de sa
destinée, et ce sera cela la transition démocratique.
Que cette transition soit pacifique, dépendra de ce que les
pouvoirs de l'Union abandonnent le miroir, soit pour se lamenter,
soit pour s'admirer, et se confrontent à la réalité de la
seule façon qui vaille la peine : avec l'intention de la
transformer.
Le triomphe de Fox ouvre des espaces pour l'extrême droite.
Cette belligérance ne doit pas être contemplée avec la
placidité du "je vous lavais bien dit", mais il
faut laffronter par la mobilisation et la raison
argumentée. Des faits apparemment isolés peuvent se convertir
en "politique d'Etat" (attaque des uvres
artistiques, pénalisation de l'avortement des femmes violées,
ségrégation des homosexuels et des lesbiennes, persécution du
corps, satanisation de tout ce qui est sexuel, belligérance des
soutanes, le protagonisme politique de la hiérarchie
ecclésiastique et l'essor des groupes qu'elle parraine). La
gauche doit faire attention à ne pas reproduire ces méthodes
(sous la pression du rating), comme se fut le cas du District
fédéral, au sujet des dénommés "virements
occultes".
Cela fait déjà longtemps que la politique a cessé d'être un
travail honorable, créatif, audacieux, imaginatif. Maintenant,
c'est l'inertie, l'autocomplaisance et l'autisme. La politique ne
se dicte (ni ne se dispute) déjà plus dans les Chambres ou les
maisons de gouvernement, mais dans les grands centres financiers.
Dans la destruction de la vieille classe politique, la
globalisation laisse momentanément des vides. L'échec du PRI
ouvre un grand espace pour l'action politique partisane et
citoyenne. L'effondrement du système de parti d'Etat laissera
libres beaucoup de forces qui peuvent et doivent s'orienter vers
la transformation du pays en une nation libre et souveraine.
Les organisations politiques et sociales doivent le comprendre
ainsi. La crise finale du parti d'Etat (et non le triomphe de
Fox) présente une opportunité que la pièce retombe du côté
de la transformation.
Si, comme on le voit, le souffle que la vie politique nationale a
reçu le 2 juillet continue, ceux qui en ont été les
protagonistes (les citoyens) reviendront, encore et encore,
prendre la place qui leur revient. Cest en eux quest
l'espoir que tout ne finisse pas en une lamentable comédie (bien
qu'avec des teintes tragiques), de celles dont l'histoire a
lhabitude de sanctionner les uvres inachevées.
"Transition démocratique". Le terme s'entend beaucoup
maintenant là-haut, parmi la classe politique. Mais que cela
devienne réalité dépend de la mobilisation de la société,
non des décrets que le pouvoir édicte.
Remonter la pendule et montrer une fenêtre (mais en pensant à
une porte). Dans la pendule de lhistoire mexicaine, l'heure
est encore à la dispute : entre la classe politique et les gens.
Dans le calendrier, la feuille qui marque "2 juillet"
tombe enfin.
Une fenêtre s'est ouverte, quelques-uns s'entêtent à la fermer
de nouveau, d'autres en appellent à se contenter de la
contemplation.
Mais d'autres, les plus nombreux, cherchent déjà la façon
d'ouvrir une porte et de sortir.
Parce qu'une maison sans porte pour entrer et sortir n'est rien
d'autre qu'une cage noire où la réalité se reflète toujours
inversée et convainc ceux qui l'habitent que ce monde inversé
et absurde est le seul possible.
Eh bien non, plus maintenant.
NON !
Depuis les montagnes du Sud-Est mexicain.
Sous-commandant insurgé Marcos.
Mexique, juillet-décembre 2000.