Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte
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Parole de l’EZLN pour le 21e anniversaire du début de la guerre contre l’oubli.

jeudi 15 janvier 2015

Sous-commandant Moisés. Armée Zapatiste de Libération Nationale. Mexique.

31 décembre 2014 et 1er janvier 2015.

Compañeras et compañeros proches des étudiants d’Ayotzinapa assassinés et disparus par la faute du mauvais gouvernement et de ce système capitaliste : Compañeras et compañeros du Congrès National Indigène : Compañeras et compañeros et compañeroas de la Sexta du Mexique et du monde : Compañeras et compañeros Base de soutien de l’Armée Zapatiste de Libération Nationale : Compañeras et compañeros commandants et commandantes, chefs du Comité Clandestin Révolutionnaire Indigène-Commandement Général de l’EZLN : Compañeras et compañeros miliciennes et miliciens : Compañeras et compañeros insurgés et insurgées :

Compas : Par ma voix parle la voix de l’Armée Zapatiste de Libération Nationale. Recevez tous, toutes et tout.e.s qui ont été et sont présents, le salut des hommes, des femmes, des enfants, des anciens et anciennes zapatistes. Que soit bienvenu le pas, la voix, l’écoute, le regard, le cœur collectif d’en-bas et à gauche. Nous avons comme invités d’honneur les familles de ceux qui nous manquent à Ayotzinapa, au Mexique et dans le monde. Nous vous remercions de tout cœur de l’honneur que vous nous faites en étant présents ici aux côtés des peuples zapatistes que nous sommes. Vos silences et vos mots nous honorent également. Votre douleur et votre rage nous rapprochent. Nous, les hommes et les femmes zapatistes, ne perdons pas de vue ni ne refusons l’écoute de la peine et de la colère d’Ayotzinapa que nous montrent et parlent les proches. La peine pour les morts et les disparus. La colère pour les mauvais gouvernements qui cachent la vérité et nient la justice. Ce que nous savons et ce dont nous nous souvenons de cette lutte d’Ayotzinapa c’est que seulement comme peuples organisés nous trouverons la vérité. Non seulement la vérité disparue à Ayotzinapa, mais aussi toutes les vérités qui ont été séquestrées, emprisonnées et assassinées dans tous les recoins de la planète Terre. Sur cette vérité aujourd’hui absente nous pourrons construire la justice. Parce que nous, hommes et femmes zapatistes, nous pensons qu’il ne faut plus avoir confiance dans les mauvais gouvernements qu’il y a partout dans le monde. Ces mauvais gouvernements qui ne servent que les grands capitalistes. Ces mauvais gouvernements qui ne sont que les employés du capital. Les contremaîtres, les majordomes et les caporaux de la grande hacienda capitaliste. Ces mauvais gouvernements ne feront jamais rien de bien pour les peuples. Peu importent toutes les paroles qu’ils peuvent dirent, ces gouvernements ne commandent pas, parce que le véritable Commandeur est le capitalisme néo-libéral. C’est pourquoi il ne faut rien croire des mauvais gouvernements. Tout ce que nous pouvons vouloir en tant que peuples nous devons le construire entre nous. Tout comme les proches des assassinés et disparus d’Ayotzinapa construisent leur recherche de vérité et de justice. Tout comme vous construisez votre propre lutte. Nous voulons dire aux pères et mères des compagnons disparus de ne pas se fatiguer de lutter et de ne pas cesser de lutter pour la vérité et la justice pour les 43. Cette lutte des proches d’Ayotzinapa est l’exemple et l’aliment que vous nous donnez, à nous, ceux qui veulent vérité et justice sur toutes les terres de la planète. Elle veut que nous prenions exemple sur les papas et les mamans, délaissant la maison et la famille pour travailler et rencontrer d’autres familles qui connaissent les mêmes douleurs, rages et résistances. L’espoir n’est pas dans un homme ou une femme individuellement, comme ils nous font croire en disant « votez pour moi » ou « venez dans cette organisation parce que nous allons gagner la lutte ». C’est comme ça qu’ils disent. Mais, quelle lutte ? Oh, nous savons que ce que eux veulent c’est arriver au Pouvoir et après ils oublient tout et tout le monde. C’est pour ça qu’il vaut mieux que nous prenions exemple des proches d’Ayotzinapa dans la manière de nous organiser. Il faut construire et faire grandir des organisations dans chaque lieux où nous vivons. Imaginons comment pourrait être une nouvelle société. Pour ça nous devons étudier comment nous sommes dans cette société dans la quelle nous vivons. Nous, hommes et femmes zapatistes, nous disons que nous sommes dans une société où nous sommes exploités, réprimés, méprisés et dépouillés depuis des siècles par des patrons et des leaders, et jusqu’à maintenant, à la fin de 2014 et aux débuts de 2015, la société continue comme ça. Et depuis lors ils ont voulu nous tromper en nous disant que eux, ceux d’en-haut, sont les plus cool et que nous, nous ne servons à rien. Que nous sommes idiots et idiotes, comme ils disent. Qu’eux savent penser, imaginer, créer, et que nous ne sommes que les péons de ce qu’ils font. « Qu’ils aillent se faire foutre avec ça ! » « Ça suffit ! », comme nous avons dit nous, hommes et femmes zapatistes, en 1994, et nous avons alors dû nous gouverner de manière autonome. C’est ainsi que nous le voyons, nous, hommes et femmes zapatistes, que cet effort dans le travail et dans la lutte avec révolte et dans la résistance avec dignité des proches des compagnons étudiants disparus, c’est qu’ils nous appellent à nous organiser pour qu’il ne nous arrive pas la même chose. Ou pour que nous sachions quoi faire avant qu’il ne nous arrive la même chose. Ou quoi faire pour que n’arrive jamais à personne ce qui leur est arrivé par la faute de ce système dans lequel nous vivons. Parce que les proches d’Ayotzinapas l’ont très bien expliqué. En tant que bons professeurs les proches ont expliqué que le responsable du crime est le système par l’entremise de ces contremaîtres. Et le système a aussi ses écoles de contremaîtres, de majordomes et de caporaux, et à ces écoles appartiennent les partis politiques qui ne cherchent que responsabilités, postes, même de petits postes. C’est là que se préparent les serviteurs des mauvais gouvernements. Là ils apprennent à voler, à tromper, à imposer, à commander. De là, sortent ceux qui font les lois, que sont les législateurs. De là, sortent ceux qui obligent à obéir à ces lois avec violence, que sont les grands présidents, les moyens et les petits, avec leurs armées et leurs polices. De là, sortent ceux qui jugent et condamnent ceux qui n’obéissent pas à ces lois, que sont les juges. Et puis bon, on voit bien que ça n’a pas d’importance que ces contremaîtres, ces majordomes et ces caporaux soient des hommes ou des femmes, ni qu’ils soient blancs, noirs, jaunes, rouges, verts, bleus, cafés, ou n’importe quelle couleur. Leur travail à ceux d’en-haut est de ne pas nous laisser respirer, nous, ceux qui sont en-bas. Parfois celui qui ordonne de tuer a la même couleur de peau que celui qui est tué. Parfois l’assassin et la victime ont la même couleur et la même langue. Et ni le calendrier ni la géographie n’ont d’importance. Ce à quoi nous fait penser la lutte des familles et camarades d’Ayotzinapa c’est que ceux qui séquestrent, assassinent et mentent sont les mêmes. Que celui qui prêche le mensonge ne cherchera pas la vérité. Que celui qui impose l’injustice ne rendra pas justice. Et c’est que nous pensons que cela ne peut pas durer ainsi et toujours, de toutes parts et à tous les niveaux. Et c’est ce que nous enseignent les proches d’Ayotzinapa, qu’il vaut mieux que nous nous cherchions et que nous nous trouvions, nous qui souffrons de cette maladie qu’on appelle capitalisme. Par la main des proches d’Ayotzinapa nous cherchons les disparues qu’il y a dans tous les mondes que nous sommes. Parce que les disparues et les assassinées de chaque jour et de chaque heure et de toute part ce sont la vérité et la justice. Par la main des proches des 43 nous comprenons qu’Ayotzinapa n’est pas dans l’état mexicain du Guerrero, mais que c’est partout dans le mode d’en-bas. Par leur main nous comprenons que l’ennemi commun au champ et à la ville c’est le capitalisme, non seulement dans un pays mais dans le monde entier. Mais cette guerre mondiale capitaliste trouve dans tous les recoins des gens qui se révoltent et qui résistent. Ces gens en révolte et en résistance s’organisent selon leur propre pensée, selon leur lieux, selon leur historie, à leur manière. Et dans leurs luttes de révolte et de résistance ils apprennent à se connaître entre eux et ils trouvent des accords pour parvenir à ce qui est voulu. Ils se connaissent mais ne se jugent pas entre eux. Ils n’entrent pas en compétition pour voir qui est meilleur. Ils ne se demandent pas qui en a fait le plus, qui va devant, qui est l’avant-garde, qui commande. Ce qu’ils se demandent entre eux c’est si il existe quelque chose de bien dans ce que fait le capitalisme. Et comme la réponse qu’ils trouvent c’est que NON il n’y a rien de bien, mais tout au contraire, qu’il nous fait souffrir mille maux, il est donc logique que nous ayons mille formes de répondre à ce mal. C’est à dire que la question devient : comment on fait pour se révolter contre le mal ? Comment on résiste pour que ce mal du capitalisme ne détruise pas ? Comment on fait pour recommencer à construire ce qui a été détruit de façon à ce que ça ne soit pas pareil mais mieux ? Comment se relève celui qui est tombé ? Comment retrouve-t-on le disparu ? Comment se libère le prisonnier ? Comment vivent les morts ? Comment se construisent la démocratie, la justice, la liberté ? Il n’y a pas une seule réponse. Il n’y a pas de manuel. Il n’y a pas de dogme. Il n’y a pas de credo. Il y a de nombreuses réponses, de nombreuses manières, de nombreuses formes. Et chacun avance en regardant ses résultats et en apprenant de sa propre lutte et d’autres luttes. Pendant que ceux d’en-haut s’enrichissent en paies, ceux d’en-bas s’enrichissent d’expériences de lutte. Et, frères et sœurs, nous vous disons clairement que nous, les hommes et les femmes zapatistes, nous avons appris en nous regardant et en nous écoutant, et en regardant et écoutant le monde. Ça n’a jamais été, ce n’est pas et ce ne sera pas par un ou une individu.e que nous viendra le cadeau de la liberté, de la vérité, de la justice. Parce que finalement, amis et ennemis, la liberté, la vérité et la justice ne sont pas des cadeaux, mais des droits qu’ils faut conquérir et défendre. Et ce sont les collectifs qui font ça. Nous sommes les peuples, les femmes, les hommes et les autres du champ et de la ville nous sommes ceux qui devons prendre par la main la liberté, la démocratie et la justice pour une société neuve. Voilà ce que nous proposent les pères et mères des camarades disparus. De mille formes nous allons devoir lutter pour conquérir cette nouvelle société. Avec différents degré d’engagement nous allons devoir participer à cette société neuve. Nous devons tous accompagner dans la lutte les proches d’Ayotzinapa dans la recherche de la vérité et de la justice, juste et simplement parce que c’est le devoir de n’importe qui étant d’en-bas et à gauche, Et nous disons accompagner, parce qu’il ne s’agit pas de les diriger, de les manipuler, de les utiliser, de les mépriser. Il s’agit de lutter à leurs côtés. Parce qu’aucun être humain honnête ne peut se réjouir de cette douleur et de cette rage, de cette injustice. Sœurs et frères proches des absents d’Ayotzinapa : Les zapatistes, hommes et femmes, nous vous soutenons parce que votre lutte est juste et vraie. Parce que votre lutte doit être celle de toute l’humanité. C’est vous et personne d’autres qui avez mis le mot « Ayotzinapa » dans le vocabulaire mondial. Vous, avec votre parole simple. Vous sans autre caudillo que votre cœur endolori et indigné. Et ce que vous avez montré nous a donné beaucoup de force et de courage à nous les gens simples d’en-bas et à gauche. Parce que là-bas dehors ils se dit et se crie que seules les grosses têtes savent comment, que seulement avec des leaders et des caudillos, que seulement avec des partis politiques, que seulement avec les élections. Et ils sont là dans leur cris sans s’écouter entre eux, sans écouter la réalité. Et alors est apparue votre douleur à vous, votre rage à vous. Et vous nous avez alors appris que c’était et que c’est aussi notre douleur, que c’était et que c’est aussi notre rage. C’est pour ça que nous vous avons demandé d’endosser notre représentation en ces jours du Premier Festival Mondial des Résistances et révoltes contre le Capitalisme. Nous désirons non seulement que soit atteint le noble objectif du retour en vie de ceux qui nous manquent encore. Nous continueront également à soutenir de nos petits forces. Comme zapatistes nous sommes sûrs que vos absents, qui sont les nôtre aussi, lorsqu’ils seront à nouveau présent ne s’émerveilleront pas tant de voir leurs noms repris dans bien des langues et en de nombreuses géographies. Pas plus que parce que leurs visages ont parcouru le monde. Ni parce que la lutte pour leur réapparition en vie a été et est globale. Ni parce que leur absence a fait tomber le mensonge fait gouvernement et dénoncé la terreur faite système. Oui ils s’émerveilleront, mais en se rendant compte de la stature morale de leurs proches, de vous, qui à aucun moment n’avez laissé tomer leurs noms. Et que, sans se rendre, sans se vendre, sans faillir, vous avez continué à les chercher jusqu’à les retrouver. Alors, ce jour ou cette nuit-là, vos absents vous donneront la même accolade que celle que nous, les hommes et femmes zapatistes, nous vous donnons maintenant. Une accolade tendre, respectueuse, d’admiration.

Et en plus, nous vous donnons 46 baisés, un pour chacun des absents :
- Abel García Hernández
- Abelardo Vázquez Peniten
- Adán Abraján de la Cruz
- Antonio Santana Maestro
- Benjamín Ascencio Bautista
- Bernardo Flores Alcaraz
- Carlos Iván Ramírez Villarreal
- Carlos Lorenzo Hernández Muñoz
- César Manuel González Hernández
- Christian Alfonso Rodríguez Telumbre
- Christian Tomás Colón Garnica
- Cutberto Ortiz Ramos
- Dorian González Parral
- Emiliano Alen Gaspar de la Cruz.
- Everardo Rodríguez Bello
- Felipe Arnulfo Rosas
- Giovanni Galindes Guerrero
- Israel Caballero Sánchez
- Israel Jacinto Lugardo
- Jesús Jovany Rodríguez Tlatempa
- Jonás Trujillo González
- Jorge Álvarez Nava
- Jorge Aníbal Cruz Mendoza
- Jorge Antonio Tizapa Legideño
- Jorge Luis González Parral
- José Ángel Campos Cantor
- José Ángel Navarrete González
- José Eduardo Bartolo Tlatempa
- José Luis Luna Torres
- Jhosivani Guerrero de la Cruz
- Julio César López Patolzin
- Leonel Castro Abarca
- Luis Ángel Abarca Carrillo
- Luis Ángel Francisco Arzola
- Magdaleno Rubén Lauro Villegas
- Marcial Pablo Baranda
- Marco Antonio Gómez Molina
- Martín Getsemany Sánchez García
- Mauricio Ortega Valerio
- Miguel Ángel Hernández Martínez
- Miguel Ángel Mendoza Zacarías .-Saúl Bruno García .- Julio César Mondragón Fontes .- Daniel Solís Gallardo .- Julio César Ramírez Nava .- Alexander Mora Venancio

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Compas, tous, toutes, et tout.e.s : Vous êtes ici avec nous, les frères et les sœurs des peuples originaires qui luttent dans la grande entente que l’on nomme Congrès National Indigène. Depuis plus de 500 ans nous nous sommes cherchés comme peuples originaires sur les chemins de la révolte et de la résistance, Depuis plus de 500 ans ont été la douleur et la rage et la nuit sur notre chemin. Depuis plus de 500 ans notre acharnement a été de conquérir la liberté, la vérité et la justice. Depuis plus de 18 ans nous nous sommes rencontrés en tant que Congrès National Indigène par la main de la défunte Commandante Ramona. Depuis lors nous avons essayé d’être les élèves de son savoir, de son histoire, de son acharnement. Depuis lors nous révélons, ensemble, l’avancé du funeste carrosse du capitalisme sur nos os, notre sang, notre histoire. Et nous nommons l’exploitation, la spoliation, la répression et la discrimination. Et nous nommons le crime et le criminel : le système capitaliste. Mais pas seulement, avec nos os, notre sang, notre histoire aussi, nous nommons la révolte et la résistance des peuples originaires. Avec le Congrès National Indigène nous levons la digne couleur de la terre dont nous sommes. Avec le Congrès National Indigène nous avons appris que nous devons savoir nous respecter, que nous aurons tous notre place dans nos revendications. Nous comprenons qu’en ce moment le plus urgent est la vérité et la justice pour Ayotzinapa. Aujourd’hui le plus douloureux et le plus indignant c’est que les 43 ne sont pas avec nous. Nous ne voulons pas que demain il nous arrive la même chose, c’est pour ça que nous en parlons ici dans nos peuples, nos nations, nos quartiers et tribus. Nous appelons nos peuples à ne pas permettre qu’ils continuent à nous tromper avec de misérables miettes, seulement pour nous maintenir muets et que les Commandeurs continuent à s’enrichir à nos frais. Nous unissons nos rages et nous organisons et luttons dignement sans nous vendre, sans nous rendre et sans faillir pour nos prisonniers politiques, qui pour avoir lutter contre les injustices dans lesquelles nous vivons sont en prisons. En tant que peuples originaires nous nous battons pour ce qui est notre droit, nous savons comment faire cela, ainsi que nous l’ont enseigné nos trisaïeuls qu’ils n’ont pu achever en tant qu’originaires que nous sommes de ces terres. C’est pour ça que nous existons dans tant de langues, parce qu’ils surent, nos aïeux, comment ne pas se laisser achever, maintenant c’est à notre tour. Nous devons tous dire NON aux transnationales. Dans nos peuples, nations, quartiers, tribus, nous devons tous penser à ce que nous allons faire, comment nous allons le faire, nous devons penser comment nous devons communiquer sur ce que nous font les mauvais gouvernements. Souhaitez que nous nous organisions et que nous veillions les uns sur les autres. Parce qu’ils vont vouloir nous acheter, ils vont nous offrir des miettes, ils vont nous offrir de petits postes. Ils vont chercher toutes les façons de nous diviser et de faire que nous nous battions et que nous nous tuions entre nous. Ils vont vouloir nous dominer et nous contrôler avec d’autres idées. Ils vont nous espionner et ils vont vouloir nous insuffler tous types de peurs. Et ils vont nous tendre mille pièges, de ceux qui nous feront tomber et arrêter de lutter pour notre peuple. Mais peut-être allons-nous permettre qu’ils continuent encore 520 ans à nous traiter comme leurs ordures ? Nous voulons seulement vivre en paix, sans exploitation de l’homme par l’homme, nous voulons l’égalité entre hommes et femmes, le respect de la différence, et que nous décidions ensemble de notre destin, le monde que nous voulons au champ et à la ville. Certainement sommes-nous ceux qui sauront la meilleur façon de vivre que nous voulons différente de celle qu’ils nous imposent. Nous, les hommes et les femmes zapatistes, nous voulons demander aux peuples originaires du Congrès National Indigène qu’ils embrassent les proches d’Ayotzinapa en les recevant sur leurs territoires. Nous leur demandons d’inviter leurs pas et leurs cœurs. Nous leur demandons pour eux de nous faire l’honneur de leur parole et de leur écoute. Grande est la sagesse qui habite dans les cœurs des peuples originaires, et elle grandira plus en partageant la parole de la douleur et de la rage avec ces personnes. En tant que gardiens et gardiennes que nous sommes de la terre mère, nous savons bien que notre pas est long et qu’il nécessite de la compagnie. Il y a encore tant à marcher et nous ne pouvons pas nous arrêter. Nous continuerons donc à avancer. En tant que peuples originaires nous connaissons bien la terre, nous travaillons la terre mère, vivons de ce qu’elle nous donne, sans que nous n’exploitions. Nous veillons, nous aimons et nous reposons en paix en elle. Nous sommes les gardiens et gardiennes de la terre mère. Avec elle nous pouvons tout, sans elle tout se meurt inutilement. Comme peuples originaires notre heure est venue maintenant et à jamais.

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Compañeras, compañeros et compañeroase de la Sexta nationale et internationale : Ces jours-ci, en étant là ou en n’y étant pas, a été réalisée un échange qui n’est qu’un pas de plus que nous devons faire ensemble en tant que Sexta et chacun en son propre espace de lutte, à sa façon, avec son histoire. Parfois l’histoire qui avance nous met face à quelque chose qui nous unit, sans que compte la géographie où marchent nos rêves et sans que ne compte le calendrier de notre lutte. Ayotzinapa a été un point où nous nous sommes réunis. Ça ne suffit pas. Nous travaillons, nous nous organisons et nous luttons pour nos camarades disparu.e.s et nous luttons pour nos prisonnier.e.s. Nous formons un tourbillon de vents dans le monde, pour qu’ils nous rendent nos disparus vivants. Oui nous ne formons qu’un. Nous ne sommes qu’un en tant qu’êtres humains, mais il y a quelques bêtes qui nous font disparaître, ce sont les capitalistes. Nous ne formons qu’une vague et nous enveloppons ces bêtes et nous noyons ces méchants qui nous ont fait tant de mal dans le monde. Nous comptons les uns pour les autres comme nous l’enseigne les proches d’Ayotzinapa. Sans repos comme eux, sans en profiter pour en remettre une couche pour d’autres intérêts. Compañeros et compañeras, enlevons de nos têtes le mauvais sens du mot « profiter ». Nous pensons au bon sens du mot, nous profitons de notre bien commun. Nous avons bien vu le mal que font ceux qui ont profité en nous exploitant. Et toujours ils nous font disparaître, nous torturent, nous emprisonnent. Liberté, justice, démocratie et paix est notre destinée. Il est temps maintenant que nous les pauvres du monde commencions à construire un autre monde plus juste, où nous laissions prêtes les générations qui n’ont pas permis que revienne le sauvage capitalisme néo-libéral. Nous entendons le cri des 43 camarades jeunes étudiants, qui nous disent « cherchez-nous et trouvez-nous, ne permettez pas qu’ils couvrent notre cri, nous les 43 qui sommes les mêmes que vous, qui fumes privés de notre liberté, qui voyons si vous luttez pour nous et si vous ne luttez pas, ça veut dire que vous ne lutterez pas pour ce qui va arriver d’autres aux vôtres ». Le cri des 43 camarades nous dit « aidez, accompagnez, luttez, organisez, travaillez, bougez avec nos proches, qu’on laisse seuls maintenant qu’approchent les élections, c’est ce qui fait qu’on nous oublie ». Nous ajoutons aux luttes que nous avons, la lutte pour les disparus et disparues. Nommons les absents. Signalons clairement le crime. Signalons le criminel. Les proches d’Ayotzinapa ont nourrit notre force de révolte et de résistance, ils ont ouvert nos yeux un peu plus et ont fait grandir notre digne rage. Eux sont en train de montrer un chemin et nous disent que donner leur vie ne compte pas pour eux si c’est nécessaire pour leurs disparus. Et ils nous montrent également qu’il faut nous organiser, nous tous qui avons des disparus et aussi ceux qui n’ont pas encore de disparus, mais qui vont en avoir si nous ne nous organisons pas, parce que c’est comme ça que fonctionnent les narco-gouvernements. Ils nous montrent qu’il faut lutter, que ça n’a pas d’importance si nous n’apparaissons pas dans les médias de communication à gages, ce qui compte c’est la vie et qu’il n’y ait plus de morts et de disparus. Ils nous montrent qu’il est temps de nous organiser. Qu’il est temps que nous décidons, nous, de notre destin. Comme ça, aussi simple que compliqué. Parce que ça demande organisation, travaille, lutte, révolte et résistance. Seulement avec des mouvements et des organisations, nous, ceux d’en-bas, pourrons nous défendre et nous libérer.

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Compañeras et compañeros de l’Armée Zapatiste de Libération Nationale : Ce fut une année difficile. La guerre continue contre notre volonté de paix. Le Commandeur continue à vouloir tuer notre liberté. Le mensonge continue de vouloir cacher notre acharnement. Notre sang et notre mort continuent à abonder dans nos montagnes. Comme depuis un bon bout de temps, la douleur et la mort qui avant n’étaient que pour nous continuent de s’étendre à d’autres partie et touchant d’autres du champ et de la ville. L’obscurité se fait plus ample et pesante sur le monde qui touche chacun de nous. Oui nous le savions. Oui, nous le savons. C’est pour ça que nous nous sommes préparés durant des années, des décennies, des siècles. Notre regard ne porte pas seulement au plus près. Il ne porte pas seulement sur le présent, ni non plus sur notre seul sol. Nous regardons loin dans le calendrier et la géographie et ainsi nous nous pensons. Nous nous unissons à toujours plus d’autres par la douleur, mais aussi par la rage. Parce que maintenant et depuis longtemps, nous voyons que dans bien des recoins s’allument des lumières. Lumières de révolte et de résistance. Parfois petite comme la nôtre. Parfois grandes. Parfois elles tardent. Parfois seulement par une étincelle qui s’éteint rapidement. Parfois elles tiennent et tiennent, sans s’éteindre dans la mémoire. Et de toutes ces lumières on devine que le lendemain qui vient sera très différent. Oui, nous le savions il y a 21 ans, il y a 31 ans, il y a 100 ans, il y a 500 ans. Oui, nous savons que nous devons lutter chaque jour, à toute heure, en tous lieux. Oui, nous savons que nous ne nous rendrons pas, que nous ne nous vendrons pas et que nous ne faillirons pas. Oui, nous savons que manque ce qui manque.

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Compas, tous, toutes, tout.e.s : Ces prochains jours, semaines, mois, nous ferons connaître plus de nos paroles, de notre pensée sur comment nous voyons le petit monde et le grand monde. Ce seront des paroles et des pensées difficiles tant elles sont simples. Car nous voyons clairement que le monde n’est plus le même qu’il y a 100 ans, et bon même plus le même qu’il y a 20 ans. En tant que zapatistes que nous sommes, bien que petits et petites, nous pensons le monde. Nous l’étudions dans ses calendriers et ses géographies. La pensée critique est nécessaire à la lutte. Théorie disent-ils de la pensée critique. Pas la pensée fainéante, qui se conforme à ce qui existe. Pas la pensée dogmatique, qui se fait Commandeur et impose. Pas la pensée tricheuse, qui argumentent à coup de mensonges. Mais la pensée qui interroge, qui questionne, qui doute. Pas même dans les conditions les plus difficiles il ne faut abandonner l’étude et l’analyse de la réalité. L’étude et l’analyse sont aussi des armes pour la lutte. Mais ni seulement la pratique, ni seulement la théorie. La pensée qui ne lutte pas, ne fait rien de plus que du bruit. La lutte qui ne pense pas, répète les erreurs et ne se lève plus après être tombée. Et lutte et pensée s’unissent dans les guerrières et guerriers, dans la révolte et la résistance qui secouent aujourd’hui le monde bien que son bruit ne soit silencieux. Nous pensons et nous luttons, nous, les hommes et les femmes zapatistes. Nous luttons et nous pensons au sein du cœur collectif que nous sommes.

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Compañeras, compañeros, compañeroas : Il n’y a pas un unique chemin. Il n’y a pas un pas unique. Tous ceux qui luttent n’ont pas la même manière de le faire. Le marcheur n’est pas un. Les temps et les lieux sont divers et nombreuses les couleurs qui brillent en-bas et à gauche sur la terre qui souffre. Mais le destin est le même : la liberté. La Liberté. LA LIBERTÉ.

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Compañeros, compañeras, compañeroas : Sœurs et frères : 21 ans après le début de notre guerre contre l’oubli, telle est notre parole :

VÉRITÉ ET JUSTICE POUR AYOTZINAPA ! VÉRITÉ ET JUSTICE POUR LE MEXIQUE ET LE MONDE ! QUE MEURT LA MORT QU’IMPOSE LE CAPITALISME ! QUE VIVE LA VIE QUE CRÉE LA RÉSISTANCE ! POUR L’HUMANITÉ ET CONTRE LE CAPITALISME ! RÉVOLTE ET RÉSISTANCE !

Depuis les montagnes du Sud-Est Mexicain. Pour le Comité Clandestin Révolutionnaire Indigène-Commandement Général de l’Armée Zapatiste de Libération Nationale. Sous-commandant Insurgé Moisés. Mexique, janvier 2015

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