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Lettre de l’EZLN à Doña Emilia Aurora Sosa Marín, compagne du Major Insurgé Honoraire Félix Serdán Nájera. Sous-commandant Moisés et Sous-commandant Galeano

mercredi 25 février 2015

ARMÉE ZAPATISTE DE LIBÉRATION NATIONALE MEXIQUE. Février 2015.

Pour : Doña Emilia Aurora Sosa Marín.

De : Sous-commandants Insurgés Moisés et Galeano. EZLN, Chiapas, Mexique.

Compañera Emilia :

Voici quelques heures, nous avons appris la nouvelle. Nous ne savons pas combien de temps mettront ces lignes à parvenir entre vos mains, mais nous savons que, sans qu’importe le calendrier, vous saurez y lire l’accolade collective que nous vous donnons.

Parce qu’ici aussi nous fait mal et nous peine la mort, le matin du 22 février dernier, deDon Félix Serdán Nájera, officier honoraire de notre Armée Zapatiste de Libération Nationale. Ici nous nous souvenons du regard tendre et ferme de Don Félix, mais aussi de votre présence. Comme si en l’un et l’autre se complétait la marche. C’est pourquoi nous vous disons que son absence nous fait mal. Mais aussi que nous souffrons de la douleur qui blesse votre cœur, Doña Emilia.

C’est pour ça qu’avec ces mots nous ne voulons pas simplement saluer la mémoire du camarade Félix Serdán, nous voulons aussi vous embrasser.

Lui et vous nous avez montré en vie, que l’engagement et l’être conséquent ne se vante pas, qu’il ne se mesure pas en scènes, reflets, grands discours et dates fatidiques.

Parce que la lutte n’est pas un éclair conjoncturel qui illumine tout puis disparaît sans plus. C’est une lumière qui, bien que petite, doit être alimentée chaque jour et à toute heure. Une lumière qui ne se prétend ni unique ni omnipotente. Une lumière qui a pour objectif de s’unir aux autres, non pour éclairer un monument, mais pour illuminer le chemin et que nous ne nous perdions pas.

En quelques mots : la lutte ne se vend pas, ne se rend pas et ne vacille pas.

Lui, comme vous, nous avez toujours parlé et nous parlez avec les mots simples et vrais de ceux qui partagent des rêves, des douleurs et des engagements.

Et quand nous l’écoutions, nous vous écoutions tous les deux. Et c’est les deux que nous voyions, et que nous voyons, à nos côtés sur le vaste chemin de la résistance.

Car bien qu’il n’existe pas de mots qui puissent calmer la douleur, vous deux nous avez transmis l’engagement d’être zapatiste jusqu’au dernier souffle.

Votre exemple, de vous deux, qui se répète et se reflète dans des femmes, des hommes et autres dans tous les coins de la planète, nous demande et nous oblige aux deux pas sur lesquels nous insistons, nous, ceux qui luttons pour la justice, la liberté et la démocratie : la résistance et la révolte.

Et ainsi en vous regardant, nous nous voyons dans votre regard. Parce que vous deux avez été de ce côté sans dépendre des modes et conjonctures. Vous êtes là parce que vous avez reconnu que le chemin d’ici et celui de là-bas ont le même destin.

Sans s’user dans les regards et les paroles d’en-haut, vous deux avez toujours eu le cœur ouvert pour celles et ceux comme nous. Pour celles et ceux qui ne font confiance pour rien au monde au système qui nous opprime, nous trompe, nous attaque. Pour celles et ceux qui, avec la même rage tendre qu’on devinait dans les yeux du Major Insurgé Félix Serdán et dans les vôtres, Doña Emilia, construisent sans simagrées, sans cérémonies inutiles et sans déclarations fracassantes, les milliers de reflets de la liberté.

Nous avons vu qu’un drapeau, celui rouge et noir de l’EZLN, couvrait le repos éternel de notre compagnon. Avec lui et en lui nous avons été et nous sommes, nous, femmes, hommes, enfants et ancien.ne.s de l’Armée Zapatiste de Libération Nationale. Avec lui et en lui nous sommes avec vous, Doña Emilia.

Et en celles et ceux qui s’abriteront sous ce drapeau, continuera votre exemple. La lutte continuera. Parce qu’il est certain que la mort ne trouve pas d’apaisement si notre regard s’éteint à la fin. Mais ici nous pensons que la mort ne se soigne que par la vie, et la vie ne vaut la peine qu’en luttant. Et la lutte n’est fertile que collectivement.

C’est pourquoi nous ne mourront pas avec Don Félix. Par sa vie nous vivons. Par sa vie et par celle de beaucoup d’autres, qui meurent en résistant et en se révoltant. Parce que, bien que personne ne semble tenir les comptes des absences, il y a des gens de peu pour ne pas oublier. Recevez notre accolade qui, bien qu’elle ne guérisse pas les absences, soulage en vous confirmant, à vous et à Don Félix, que vos regards ici se réfléchissent parce que nous marchons aussi du même pas.

Depuis les montagnes du Sud-Est Mexicain.

Au nom des femmes, des hommes, des enfants et des ancien.ne.s de l’Armée Zapatiste de Libération Nationale.

Sous-commandant Insurgé Moisés Sous-commandant Insurgé Galeano.

Mexique, Février 2015.

P.S.- D’après ce que nous disent les compas de l’Équipe de Soutien de la Commission VI de l’EZLN, ils vous ont remis une petite aide que nous vous avons envoyé lorsque nous avons appris la triste nouvelle. Avec cette lettre vous en sera remise une autre. Ce n’est pas grand-chose parce que nos possibilités sont réduites. Mais le soutien entre compas ne se mesure pas. Nous savons bien que ceci ne soulage pas la douleur de l’absence, mais nous savons aussi que vous souffrez de difficultés économiques suite à la longue maladie de notre camarade. Nous sommes certains que les compas de laSexta dans le monde entier, seront, comme nous, prêts à vous soutenir dans la mesure du possible.


Note de l’Équipe de Soutien de la Commission Sexta.- Le compte bancaire pour si vous souhaitez soutenir la camarade est de la Banorte, au nom de Aurora Sosa Marín, numéro de compte 0245483284. 9676 Plaza Cuernavaca, succursale 2507 Jojutla, clé 072544002454832840

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