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Nous ne courons pas, nous marchons tranquillement, parce que nous avons du chemin

Communiqué d’Ayotzinapa - 12 juin 2015

lundi 22 juin 2015

Ayotzinapa, Guerrero, 12 juin 2015. - Le processus électoral [du 7 juin 2015] organisé par le narco-Etat mexicain et la classe politique avec le soutien des oligarchies et des élites économiques, a buté sur l’inconformité générale de millions de mexicains, ayant protesté chacun à leur niveau : certains ne sont pas aller voter, d’autres ont annulé leur vote, d’autres encore ont boycotté les élections. Nous reconnaissons, nous admirons et nous remercions le courage et la détermination de tous ceux qui, d’un bout à l’autre du pays, ont décidé de protester face à cette farce électorale organisée par les puissants, leurs médias et leurs larbins, avec ou sans uniforme.

Cela n’a passé été une mince affaire que de s’affronter à un Etat délictueux, à tout son appareil de contrôle social, politique et idéologique, ainsi qu’à ses forces répressives. Les résultats des agressions de l’Etat sont visibles : plus de 100 compañeros de Oaxaca ont été détenus, 25 sont toujours en prison, des centaines d’actions pénales sont en cours, les manifestations publiques ont été sujettes á de violentes dissuasions, à des blocus policiers et militaires, ainsi qu’au lâche et vil assassinat de notre compañero Antonio Vivar Díaz.

Nous vivons une caricature de démocratie, où les oligarchies nous obligent par tous les moyens à participer à un processus électoral dont les personnages n’ont aucune représentativité et sont liés au crime organisé. Les proches de notre compañero Antonio Vivar, assassiné à Tlapa, se demandent : “En quoi consiste cette démocratie, où on te tire dessus et on t’assassine en toute impunité si tu protestes contre un processus que tu considères illégitime ?” Il n’y a pas de réponses claires et convaincantes à cette interrogation. Mais il est évident que le régime prétend imposer sa vision propre et ses formes d’organisation politiques et sociales. La construction d’autres mondes et de modèles d’organisation pour la classe pauvre est considérée comme illégale et subversive, et proscrite en conséquence des coordonnées et des schémas du système politique et économique capitaliste.

Pour le régime, le système des élections et des partis constitue la base et la colonne vertébrale de la démocratie bourgeoise, qui est elle-même la fondation sur laquelle repose un modèle économique générant l’inégalité, la souffrance, l’appauvrissement et la mort.

Le harcèlement, la persécution et l’assassinat que vivent ceux qui protestent contre le processus électoral sont dus à cela, et à rien d’autre.

En proposant le boycott des élections, le mouvement pour la présentation en vie des 43 étudiants disparus d’Ayotzinapa a mis le doigt dans l’engrenage de ce système. Les puissants ont pris peur et se sont jetés sur nous. Les médias, les analystes officiels au service du régime, la Police et l’Armée sont alors entrés en scène, afin de condamner, de censurer et de réduire nos voix au silence.

Malgré ce qui a été dit précédemment, le mouvement pour l’exigence de présentation en vie de nos 43 compañeros disparus a mis ce débat au centre de l’échiquier national et en a marqué le sens des élections, parvenant à provoquer un réveil des consciences et à mettre en doute un système d’élections vicié et corrompu, d’où surgiront des fonctionnaires insensibles, corrompus et tout-puissants, qui s’enkysteront dans des institutions n’apportant aucune réponse aux problèmes structuraux que nous subissons.

Ce qui a été mis en lumière, c’est un processus électoral marqué par la trace indélébile de la corruption, de la relation des politiciens avec le crime organisé et de l’impunité ; les mêmes circonstances à l’origine de la disparition de nos 43 compañeros. Cette classe politique, et tous les partis et les institutions qui exigent aujourd’hui la paix et tentent de stigmatiser les pères de famille, sont les mêmes que ceux qui ont consenti à ce qu’un personnage lié au crime organisé devienne maire de la ville d’Iguala, tout comme d’autres de la même espèce accèdent en ce moment au pouvoir dans différentes mairies.

Ceux qui prétendent affirmer que le processus électoral s’est déroulé en toute normalité se trompent. Pour nous, le peuple du Mexique et du Guerrero, il est clair que le système des partis et la classe politique sont insensibles aux graves violations des droits humains que constituent les exécutions extra-judiciaires et les disparitions forcées, et c’est ce qui s’est exprimé au travers de manifestations telles que celles qui ont eu lieu à Oaxaca, à Tixtla, à Tlapa, à Ayutla et dans de nombreux autres endroits du pays.

Les protestations ont rempli leurs objectifs. Nous ne nous joindrons pas aux disputes post-électorales des partis bourgeois et socio-démocrates complices de ce système politique et économique. Nous appelons tous les Mexicains et les habitants du Guerrero à participer à notre prochaine Assemblée Populaire Nationale, le prochain jeudi 13 juin 2015, dans la normale rurale d Ayotzinapa, à 10 heures, où nous mettrons en place la dynamique en vue de la réalisation de notre Troisième Convention Nationale Populaire, afin de mettre en place les Conseils Populaires Municipaux, dont l’axe fondamental repose sur la présentation en vie de nos 43 étudiants disparus.

Au vu de ce qui a été dit précédemment, nous exigeons :

-  La présentation en vie de nos 43 fils et étudiants disparus.
-  La condamnation des auteurs intellectuels et matériels des assassinats de nos 5 compañeros étudiants de l’école normale, abattus le 12 décembre 2011 et le 26 septembre 2014.
-  Que soit délivrée une attention médicale de qualité à nos étudiants gravement blessés.
-  La condamnation des auteurs matériels et intellectuels de l’assassinat de notre compañero Antonio Vivar Díaz.
-  La garantie de la permanence et du fonctionnement de l’école normale “Raúl Isidro Burgos” d’Ayotzinapa, Guerrero.
-  Notre total soutien aux professeurs de la Coordination Nationale des Travailleurs de l’Education (CNTE) en lutte contre la réforme administrative et des conditions de travail (appelée à tort “réforme scolaire”), ainsi que la suspension des évaluations éducatives.
-  Que soit mis immédiatement un terme à l’encerclement policier et militaire dont souffre l’école normale rurale “Raúl Isidro Burgos depuis le 1er juin.

BIEN A VOUS

POUR LA LIBÉRATION DE LA JEUNESSE ET DE LA CLASSE EXPLOITÉE !

COMITÉ ÉTUDIANT DE L’ÉCOLE NORMALE RURALE D’AYOTZINAPA, GUERRERO

PARCE QUE C’EST EN VIE QU’ILS LES ONT EMPORTÉS, ET C’EST EN VIE QUE NOUS VOULONS LES REVOIR !

COMITÉ DES PARENTS DES 43 ETUDIANTS DISPARUS

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