Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte
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5 juin 2015 - lettre commune adressée à Ayotzinapa

lundi 22 juin 2015

Alors que parents et étudiants de l’école d’Ayotzinapa appelaient depuis des mois au boycott des élections, début juin 2015, au milieu du contexte pré-électoral, la tension et les forces policieres s’accumulaient autour de l’école normale.

En porte-á-faux, Ayotzinapa et des habitants de Tixtla décidaient l’organisation du boycott local des élections et la mise en place d’un conseil populaire.

La lettre de solidarité suivante a été écrite et envoyée au Mexique dans ce contexte. La version en espagnole est disponible ici : http://www.tlachinollan.org/comunic... et ici : http://www.radiozapote.org/comunica...

Depuis Paris (France) – 5 juin 2015, en solidarité avec Ayotzinapa

A nos compañeros et compañeras pères et mères de famille d’Ayotzinapa

A nos compañeros étudiants de l’école normale rurale d’Ayotzinapa

A l’Assemblée permanente pour le boycott des élections et au Conseil Populaire Municipal de Tixtla

A nos compañeras et compañeros solidaires avec Ayotzinapa, au Mexique, en Europe et dans le monde entier

A nos compañeras et compañeros zapatistes

A nos compañeras et compañeros du CNI et de la Sexta, au Mexique et dans le monde entier —

Compas, nous souhaitons vous faire savoir que depuis l’Europe, nous suivons avec beaucoup d’attention tout ce qui s’est passé dernièrement à Tixtla et à Ayotzinapa, où la répression, le harcèlement et les menaces sont chaque fois un peu plus fortes contre nos compañeras et compañeros pères et mères des disparus d’Ayotzinapa et nos compañeros étudiants de l’école normale. Bien que nous soyons bien loin du Mexique, nous avons fraternisé avec la lutte pour la réapparition des 43 disparus, et depuis lors, nous assumons que chaque coup contre elles et contre eux est un coup contre nous.

Nous voulons vous dire à tous, que nous considérons inacceptable qu’après toutes les gigantesques mobilisations ayant eu lieu tant au Mexique que dans le reste du monde, les parents des 43 vivent encore dans l’angoisse et dans la douleur de ne pas savoir où se trouvent leurs enfants. Il est inacceptable, de la même manière, que les étudiants survivants d’Ayotzinapa aient encore à craindre que le gouvernement mexicain ne ferme leur valeureuse école.

Nous savons évidemment que bien d’autres personnes vivent la même chose que ce que souffrent les parents d Ayotzinapa, non seulement au Mexique, mais aussi dans le reste du monde. Mais à cause de cela, il n’est justement pas acceptable que malgré tant de soutien, tant d’expectatives et tant de mobilisations, l’impunité, l’injustice, le manque de respect et d’attention continuent encore à leur encontre, et, pire encore ! : que s’accentuent les coups, le harcèlement et les menaces de répression policière et militaire contre nos frères et sœurs parents et éleves d Ayotzinapa.

Huit mois après les évènements terribles d’Iguala, les autorités mexicaines n’arrivent toujours pas à expliquer comment ont pu disparaitre 43 étudiants en une seule nuit, et l’incohérence de leurs explications n’a d égale que l’incroyable refus que l’Armée mexicaine oppose à ce que ses agissements durant les 26 et 27 septembre soient examinés par une commission internationale indépendante. Nous pouvons donc observer, de manière chaque fois plus claire, que le gouvernement ne résout aucun problème, mais bien plutôt que c’est le gouvernement qui constitue le problème.

Bien que toute la classe politique mexicaine ait décidé de tourner la page et de ne plus prêter attention aux parents et aux étudiants d’Ayotzinapa, le reste du monde se rend au contraire chaque fois un peu plus compte à quel point est juste et véridique leur cri de douleur et de rage. Et nous, à leurs côtés, nous nous demandons, nous aussi : comment peut-on accepter un système politique et économique qui permet la disparition de leurs enfants avec une telle impunité ? Comment pouvons-nous accepter de nous taire, de nous résigner et d’oublier, face à des situations de répression, d’exploitation, d’humiliation et de spoliation tellement inhumaines ? Non, nous ne pouvons pas. C’est impossible.

C’est la raison pour laquelle, compañeras et compañeros, tandis que le gouvernement et les partis politiques cherchent à écraser et à faire taire votre voix dans ce contexte électoral, nous, tout au contraire, nous souhaitons vous exprimer toute notre admiration et tous nos remerciements pour votre courage, pour votre résistance et pour votre détermination à faire naître un autre monde, une autre réalité et une autre politique, où nous n’obéiront plus à ceux qui tuent, qui torturent, qui exploitent et qui spolient les gens d’en bas.

Nous ressentons tellement de joie, à savoir que vous avez décidé dorénavant de ne plus permettre que les mêmes narcos et les mêmes politiciens de toujours s’emparent du pouvoir au sein de vos communautés, de vos municipalités et de votre pays ! Votre résistance nous inspire, nous donne de la force et nous fait rêver… pas seulement nous, mais sûrement des milliers et des milliers d’autres personnes comme vous.

C’est la force, la dignité et la fermeté de votre lutte qui fait qu’aujourd’hui, dans toutes les parties du globe, chaque fois plus de gens se solidarisent avec vous afin de manifester contre Peña Nieto, de dénoncer les accords policiers et militaires entre les pays, et de construire une autre réalité. C’est pour cela que nous continuons, et que nous continuerons à crier :

¡Vivos se los llevaron, vivos los queremos ! C’est en vie qu’ils les ont emportés, c’est en vie que nous voulons les revoir !

¡Fue el Estado ! Le responsable c’est l’Etat !

¡Fuera militares, fuera policías, fuera partidos políticos ! A bas les militaires, à bas les policiers, à bas les partis politiques !

¡Viva los consejos populares, viva la rebeldía, viva la libertad ! Vive les conseils populaires, vive la rébellion, vive la liberté !

Nous allons voir comment mettre en œuvre notre solidarité, mais sachez-le dès à présent : bien que nous soyons bien loin de Tixtla, d’Ayotzinapa et du Mexique, nous sommes à vos côtés, compañeras et compañeros !

Signatures : Comité de Solidarité avec les Peuples du Chiapas en Lutte (Paris – France), Collectif Paris Ayotzinapa, Comité de Solidarité avec les Indiens des Amériques (CSIA – Nitassinan, France), Secrétariat international de la CNT (France), Union syndicale “Solidaires” (France), Syndicat SUD Education (France), Alternative liberaire (France), Terre et Liberté pour Arauco (France), Compagnie de théâtre Tamèrantong ! (Paris, France), Coordination des Groupes Anarchistes - Région Parisienne.

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