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article de l’agence SubVersiones

Déploiement de l’armée contre la communauté nahua de Santa María Ostula

samedi 25 juillet 2015

Cela ressemble à une vengeance, et il est impossible de ne pas y penser. Depuis que la communauté de Santa María Ostula a récupéré près de 1000 hectares de terres appartenant à son territoire, le 29 juin 2009 – date à laquelle fut fondée la démarcation agraire de Xayakalan – jusqu’à présent, les agressions n’ont jamais cessé. Que ce soit de la part des différents corps de police du Michoacán, de l’Etat fédéral, des troupes de la marine, de l’armée de terre, des cartels des Zetas, de la Familia Michoacana ou du cartel des Cabelleros Templarios, un bourreau a toujours été présent.

Ce qu’on ne pardonne pas à Ostula, c’est d’avoir osé s’organiser et avoir commencé à tracer son propre chemin, loin des partis politiques et des manipulations électorales. Avec des hauts et des bas, mais toujours avec clarté et décision, la communauté nahua de Santa María Ostula a lutté pour la récupération de son territoire, reprenant le contrôle de ses terres fertiles, dont le sous-sol rempli de minerais était convoité par différents entreprises minières étrangères et par différents groupes du crime organisé, qui pensaient y construire un nouveau port d’accès afin de pouvoir y débarquer méta-amphétamine, cocaïne et divers autres produits. C’est là aussi que s’entrainaient des centaines de tueurs à gage et que venaient se divertir différents chefs de cartel de la région.

Lorsque les terres de Xayakalan furent récupérées et que fut fondé le village de Xayakalan, c’est la force et l’organisation de la communauté qui furent démontrées, et la réponse fut à la mesure : ce seul processus spécifique a provoqué l’assassinat de 32 habitants et la disparition de 6 autres personnes de la communauté. Ce n’est pas la première fois que des enfants sont assassinés sur ces terres. Déjà auparavant, le cartel des Caballeros Templarios avait assassiné une enfant, simplement pour faire savoir aux habitants qui étaient les chefs dans la région. Mais ce 19 juillet, ce n’est pas les tueurs à gage du cartel qui ont tué un mineur, mais l’armée mexicaine qui a tiré sur des habitants désarmés. C’est sous les ordres du colonel Samuel Nares Hernández, du 65e bataillon d’infanterie – à peine inauguré le 24 février 2015 dernier à Coalcomán, durant une cérémonie en présence de tout le cabinet présidentiel mexicain – que fut réalisé l’opération policiaco-militaire.

Après avoir discuté avec différentes personnes ayant assisté aux évènements, il nous a été possible de reconstruire de manière minimale les faits survenus. Aux alentours de 10 heures du matin, Semeí Verdía, commandant de la police communautaire d’Ostula et Héctor Zepeda, son équivalent au sein de la municipalité de Cohuayana, se sont présentés à un rendez-vous pris au sein du bourg de La Placita, où la Marine mexicaine tient un check-point depuis 5 ans. Le motif en était la soi-disant vérification des véhicules blindés. C’est là cependant que les militaires procédèrent à l’arrestation de Semeí, sans que Zepeda ne puisse quant à lui être détenu. Après quelques heures d’incertitude, il fut corroboré que Semeí avait été transféré à Morelia, où il fut conduit aux installations de la Procurature Générale de la République de la capitale de l’Etat du Michoacán.

Semeí Verdía est accusé d’avoir violé la loi fédérale sur les armes et les explosifs, vu qu’il aurait apparemment été en possession d’armes de gros calibre non enregistrées ; bien qu’il ait également été mentionné qu’une enquête serait en cours pour délits électoraux, en l’occurrence l’incendie d’urnes et de bulletins de vote, le 7 juin dernier. Le commandant de la police communautaire compte dès à présent sur un avocat, mais on ne dispose pas de plus d’informations à ce sujet pour le moment.

Peu de temps après la détention, des effectifs de l’armée de terre et de la marine se sont dirigés vers les hameaux de Xayakalan et del Duin, où, selon ce qu’a fait savoir le groupe de solidarité avec la communauté nahua, “les membres de l’armée ont tiré et forcé les barrages de contrôle de la police communautaire, et essayé d’arrêter différents membres de la communauté présents sur place”. En réponse, les habitants d’Ostula ont encerclé et arrêté plusieurs militaires. Durant ce premier épisode, les éléments de la police et de l’armée tentèrent d’arrêter le trésorier de la communauté, sans succès.

Non satisfaits d’avoir arrêté Semeí Verdia, une opération conjointe de la marine, de l’armée de terre (des 65 e et 86 e bataillons) et de la police fédérale fut déclenchée. Cette opération de près de 1000 effectifs a avancé le long de l’autoroute 200 longeant la côte pacifique, afin de procéder à la levée des postes de contrôle mis en place par la communauté en son long depuis plus d’un an. Durant cette opération, l’armée a volé les équipements radio des policiers communautaires, tentant de provoquer par leur biais des affrontements entre l’armée et la police locale avalisée par la communauté ; les troupes ont également volé le tampon de la commission de vigilance de Santa María Ostula, agissant de manière violente durant toute l’opération.

Au lieu connu sous le nom d’Ixtapilla, un peu après Xayacalan et El Duin, le long de la même route côtière, l’armée est arrivée en tirant des rafales en l’air et en lançant des gaz lacrymogènes. C’est à cet endroit qu’ont été blessés Yeini Natali Pineda Reyes, 6 ans, Horacio Valladares, 32 ans, Melesio Cristiano, 63 ans, et Antonio Alejo Ramos, 17 ans. C’est la police communautaire qui réussit à freiner l’attaque et à faire reculer l’armée. Peu après, tous les éléments de l’opération se sont dirigés vers le chef-lieu de Santa María Ostula, point nodal de cette communauté, où les éléments du bataillon arrêtés précédemment furent libérés par les militaires.

Tension

Ce sont plusieurs heures de tension qui furent vécues sur les terres d’Ostula, suite à l’opération menée par les troupes de l’armée de terre, de la marine et de la police fédérale. L’opération conjointe avait pour but de détruire les points de contrôle mis en place afin de garantir la sécurité des habitants par la police communautaire. Au final, à la suite de différentes provocations de la part des corps fédéraux, Idalberto Reyes García, enfant âgé de 12 ans originaire la démarcation agraire de La Majahuita perdit la vie.

L’équipe de SubVersiones est arrivé sur place aux alentours de 4 heures et demi du matin, moment où un convoi de troupes de la marine tentait de pénétrer de nouveau au sein de la communauté. Mais le village, furieux suite aux évènements survenus, s’était réuni sur place, et avait déjà rétabli les postes de contrôle communautaires, obligeant la marine à repartir en direction de la base navale de Lázaro Cárdenas.

Suite aux dénonciations ayant circulé le 20 juillet sur les réseaux sociaux au sujet de l’attaque opérée par les membres des forces armées contre la population civile, Germán Ramírez, nouveau commandant de la police communautaire d’Ostula, souligna le bilan des agressions : “Un enfant mort et trois blessés : Yeini Natali Pineda Reyes, 6 ans, originaire du hameau del Duin ; Melesio Cristino Dircio, 63 ans, originaire de La Palma Sola, et Horacio Valladares Manuel, de la communauté El Zapote Madero”.

Les habitants d’Ostula ont fermement maintenu leur détermination à ne pas céder aux provocations ayant succédé à la détention de Semeí Verdía, et ont signalé que lorsque celle-ci avait eu lieu, le commandant de la police communautaire s’apprêtait à déjeuner suite au rendez-vous mentionné auparavant, et ne portait sur lui qu’une arme de poing. Les habitants continuent quant à eux de maintenir bloquée la route fédérale 200 dans l’attente d’une réponse des autorités, tout en manifestant qu’ils ne répondront pas par la violence : “cette guerre, nous la gagnerons au travers des médias et des réseaux sociaux”.

Germán a souligné qu’en plus de Semeí Verdía, les militaires avaient également embarqué quatre autres personnes sans présenter d’ordres d’arrestation pour cela, bien qu’aucun détail supplémentaire ne soit connu à ce sujet, à part le nom de l’un des détenus : Refugio Serrano. Le lieu de détention des 4 personnes est inconnu, tout comme les accusations portées à leur encontre, ou bien les raisons à l’origine de leur détention par l’armée.

Les habitants ont également dénoncé la collusion des autorités avec le crime organisé, tout particulièrement avec le cartel des Cabelleros Templarios, afin de désarticuler une police communautaire ayant accompli son devoir de protection des habitants, sans avoir pour autant étendu leurs actions au-delà de leur municipalité. Subversiones publiera bientôt à ce sujet une enquête spécifique au sujet des fonctionnaires publics précisément impliqués auprès du crime organisé dans cette municipalité. Bien qu’apparemment dépourvus d’armes, les habitants d’Ostula soutiennent fermement ne pas vouloir tomber dans les provocations, tout en manifestant leurs exigences de justice pour les détenus arrêtés arbitrairement, et afin que tout le poids de la loi tombe sur les assassins de l’enfant Idalberto Reyes.

Article de l’agence de communication autonome SubVersiones, publié mardi 21 juillet 2015, écrit par Alejandro Amado y Heriberto Paredes, traduit par Siete Nubes.

Photographies d’Alejandro Amado

Source originale de l’article : http://subversiones.org/archivos/117214

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