Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte
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Ayotzinapa et les peuples originaires de l’État de Mexico

mercredi 30 septembre 2015

Ayotzinapa et les peuples originaires de l’État de Mexico : “la seule lutte perdue est celle que l’on abandonne”

Fin juillet 2015, deux semaines à peine après l’annonce par le gouvernement mexicain du décret d’expropriation des terres de Xochicuautla, situées à quelques dizaines de kilomètres de la ville de Mexico, une délégation d’Ayotzinapa rendait visite à cette communauté ñatho ainsi qu’à d’autres communautés indiennes des environs partie prenante du Congrès National Indigène, et toutes très spécifiquement affectées par la spoliation et la répression mise en œuvre par Enrique Peña Nieto et les hommes d’affaires évoluant dans son entourage.

Chronique de « Carolina », publiée dans les médias libres mexicains - radio Zapote, subVersiones et le Centro de medios libres de Mexico -, le 26 juillet 2015.

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Ayotzi CNI brochure
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Ayotzi CNI page par page

C’est dans l’air frais de la communauté de San Pedro Tlanixco, cernés par de verdoyantes collines, qu’a débuté la Rencontre des familles des 43 disparus d’Ayotzinapa avec les peuples originaires de l’Etat de Mexico, le 19 juillet 2015. Là, les infatigables étudiants et parents des disparus de l’école normale rurale Raúl Isidro Burgos d’Ayotzinapa furent reçus au milieu des senteurs de copal, des paroles solidaires, et aux cris de : “c’est en vie qu’ils les ont emportés, c’est en vie que nous voulons les revoir !”.

Par le biais de caravanes, de manifestations et d’activités réalisées tant au Mexique que dans de nombreuses villes d’Europe, des Etats-Unis et d’Amérique latine, ils ne cessent de rechercher le retour vivants des 43 étudiants que l’Etat a fait disparaitre, ainsi qu’obtenir justice pour leurs 3 compagnons assassinés, et les 2 autres toujours sur un lit d’hôpital.

Après leur partage d’expérience avec la communauté de Tlanixco, située dans la municipalité de Tenango del Valle, en lutte contre le saccage de ses sources d’eau – et qui, en conséquence, lutte également depuis 2003 pour défendre 6 des leurs, prisonniers politiques, et 2 personnes, toujours recherchées aujourd’hui, la rencontre s’est poursuivie dans trois communautés de la municipalité de Lerma : Las Rajas Huitzizilapan, San Lorenzo Huitzizilapan et San Francisco Xochicuautla, en résistance contre la destruction de la forêt Otomí-Mexica.

San Pedro Tlanixco

La rencontre fut ouverte par la compañera Yolanda Sánchez, qui lut un message de bienvenue émis par le Mouvement pour la Liberté des Défenseurs de l’Eau et de la Vie de San Pedro Tlanixco exprimant leur solidarité dans la lutte pour obtenir justice pour les étudiants disparus et assassinés d’Ayotzinapa.

“Pour nous, le fait que vous nous rendiez visite est un honneur, nous nous sentons extrêmement contents et joyeux que vous ayez fait cet énorme effort pour être ici à nos côtés… Compañeras, compañeros, dans cette géographie où nous vivons, nous les femmes et les hommes de Tlanixco, la terre-mère nous a fait de nombreux cadeaux… et l’eau en est l’un des plus importants. Nos ancêtres, en tant que gardiens de la forêt, nous ont chargés de la protéger et nous avons vécu heureux ainsi, jusqu’à ce que débarque le capitalisme avec ses entreprises de floriculture, et qu’ils commencent à détruire notre village ; ils le détruisent par leur injustice, par leur répression, par leur idéologie, tout comme ils le mettent à l’œuvre aussi dans des communautés sœurs au travers de leurs disparitions forcées et de l’exploitation de la main d’œuvre bon marché, et au travers de leur porcherie de système de gouvernement…”.

Tlanixco, tout comme Ayotzinapa, connaissent bien les manœuvres de l’Etat et des médias commerciaux afin de criminaliser la résistance. Les élèves d’Ayotzinapa ont, eux, été accusés d’être des vandales du fait de leur résistance contre la disparition des écoles normales rurales. Le digne village de Tlanixco, quant à lui, a été accusé d’être un “village terroriste”, pour avoir organisé un gigantesque blocage d’autoroute et pour leur participation aux tables de dialogue avec les agences étatiques responsables de la protection de leurs droits.

Le compañero Rosario Peralta Sánchez a alors raconté en détail la lutte pour l’eau entreprise par le village, et la répression ayant frappé en conséquence Tlanixco. Suite à la mort accidentelle d’Alejandro Isaac Basso, un représentant des entreprises de floriculture tombé d’une falaise de San Pedro Tlanixco le 1er avril 2003, le village a commencé à vivre sous le règne de la terreur. Le jour suivant l’accident, une cinquantaine d’agents judiciaires recherchaient sur place les principaux porte-paroles de la lutte pour l’eau, pénétrant dans les maisons et dans les écoles, procédant à des perquisitions, et ruant de coups les habitants. Le 22 juillet 2003, plus de 1500 policiers, à bord de 400 camionnettes, envahissaient la communauté. Ceux-ci revinrent ensuite en groupes plus réduits près d’une cinquantaine de fois afin de procéder à des perquisitions. Les comuneros les plus en vue dans la lutte en défense de l’eau et de la forêt ont alors été poursuivis dans une atmosphère de grande furie, et six personnes furent finalement emprisonnées, sans charges plausibles à leur encontre, sans ordre d’arrestation, et en violation de tous leurs droits humains.

Le juge de consigne, durant les procès des compañeros détenus, pris en compte toutes les preuves offertes par l’accusation, mais pas une seule preuve apportée par la défense. Actuellement, trois prisonniers purgent une peine de plus de cinquante ans de prison pour délit d’homicide : Pedro Sánchez Berriozábal, Teófilo Pérez Gonzales, et Rómulo Áreas Mireles. De leur côté, Sánchez Berriozábal, Marco Antonio Pérez González et la señora Dominga González Martínez sont sous mandat de dépôt en attente de leur procès, et tous sont incarcérés dans la prison de “Santiaguito”, située à Almoloya de Juárez.

Et, bien que cela paraisse incroyable, Santos Alejandro Álvarez Zetina et l’ex-commissaire des biens communaux, Rey Pérez Martínez, sont poursuivis de la même manière que les délinquants les plus dangereux et les plus recherchés de l’Etat de México, pour le simple fait d’avoir levé leur voix en défense des eaux, des forêts et de la vie au sein de la communauté de San Pedro Tlanixco.

Yolanda Álvarez, l’épouse de Lorenzo Sánchez, nous raconta pour sa part que la prisonnière et les prisonniers enfermés à Santiaguito sont reclus à 12 ou 15 dans des cellules toutes petites. Les conditions de vie sont dégoûtantes, et la nourriture de mauvaise qualité qui leur est fournie est constamment souillée, car elle leur est glissée par une ouverture au niveau du sol. Et, bien qu’ils aient pu auparavant recevoir des visites comme celle par exemple du compañero Alberto Patishtán, en novembre dernier le nouveau directeur de la prison a décrété que dorénavant les visites seraient limitées à la famille immédiate. Les femmes, quant à elles, sont soumises à des fouilles dégradantes au moment des visites.

Pour le cas de Lorenzo, il y a un brin d’espoir au niveau juridique. On attend maintenant le résultat du dépôt d’un recours qui devrait selon Yolanda être résolu en leur faveur, vu le manque de preuves suffisantes pour son maintien en réclusion. Si cela devait avoir lieu il pourrait sortir, et cela aurait également un impact favorable sur les autres enfermés. Cela fait déjà neuf mois que la cour tarde à remettre sa résolution, et celle-ci ne devrait plus tarder.

Au moment de prendre la parole, le compañero Ayax, étudiant d’Ayotzinapa, remercia le soutien apporté par la communauté, et exprima sa solidarité avec la lutte pour la liberté de la prisonnière et des prisonniers politiques de Tlanixco, ainsi que de toutes les luttes en défense des terres, des forêts et de l’eau.

“Qu’il y ait justice pour les prisonniers de Tlanixco. Au Guerrero, il y a aussi la compañera Nestora Salgado, qui était récemment en grève de la faim. Au sein de la normale, il y a 43 casiers vides. Il y a aussi les compañeros assassinés. Et ils ne nous ont toujours pas rendus justice. Nous avons tenté de dialoguer avec le gouvernement, mais il ne nous prête aucune attention. C’est la même chose dans le cas de Tlanixco, en lutte pour leur eau et pour leurs prisonniers politiques ; il y a aussi le cas de la déforestation au sein de la communauté de Xochicuautla, là où ils cherchent à construire l’autoroute. Je n’ai rien de plus à vous dire que de résister, et de défendre votre droit sur vos terres, parce qu’elles vous appartiennent, elles n’appartiennent pas au gouvernement… Votre lutte est aussi notre lutte, et comme nous avons coutume de le dire, la seule lutte perdue est celle qu’on abandonne. Nous autres, nous ne pensons pas abandonner la nôtre. Nous espérons que vous non plus.”

NOUVELLES D’OSTULA. C’est à ce moment que nous avons reçu les nouvelles alarmantes au sujet de la détention de Cemeí Verdía, Commandant de la Police Communautaire de Santa María Ostula y Coordinateur Général des Autodéfenses des municipalités d’Aquila, Coahuayana et Chinicuila. Nous fûmes mis au courant qu’“en ce moment même, des soldats sont retenus par la communauté, et la tension est extrême. Cemeí a été arrêté à La Placita, Michoacán, et n’a été présenté à aucun commissariat, raison pour laquelle il faut être attentif à la situation. Des compañeros des polices communautaires de Xayakalan et del Duin ont également été détenus”. Signalons au passage qu’Ostula est membre du Congrès National Indigène (CNI), tout comme les peuples originaires participant à la rencontre.

La parole a ensuite été confiée à la señora Bertha Nava Martinez. La mère de Julio César Ramirez Nava, étudiant de la normale rurale abattu le 26 septembre, insista sur le fait que près de dix mois après les faits, le gouvernement n’a rien fait d’autre que de répandre des mensonges sur les faits déroulés à Iguala durant la nuit du 26 septembre 2014. Doña Bertha mis en lumière quelques-unes des contradictions dans les déclarations des autorités : “si selon leur version les gosses sont morts sur le chemin, dans les camionnettes, demandez-vous : pourquoi disent-ils après qu’ils leur ont tiré une balle dans la tête, en haut de la pente, depuis où ils disent les avoir jetés au fond de la décharge ?... Pourquoi disent-ils tant de mensonges ? Si c’était le cas, pourquoi n’y a-t-il pas de morceaux des corps ? Pourquoi n’y a-t-il pas de bouts de tissu de leurs tee-shirts ? Pourquoi n’y a-t-il pas de tennis par exemple ? Pourquoi n’y a-t-il pas de sandales des gosses ?

“…moi je ne peux pas rester assise à la maison, ou n’importe où ailleurs. J’ai besoin de voyager constamment et de demander : « que s’est-il passé ? Où sont-ils détenus ? » Parce qu’ils sont en vie. Ils sont vivants. S’ils n’étaient pas vivants, le gouvernement ne nous offrirait pas un million et demi ou deux millions de pesos pour nous taire…”

“Le monde entier a le regard porté sur ce que nous faisons et voit bien que nous avons raison. Pas la raison de l’Etat, qui cherche seulement à en finir avec cette école. Cette école est une école de lutte. C’est une école pour apporter aux gens la conscience… Aujourd’hui, nous luttons pour que reviennent nos enfants, les 43 disparus, et les milliers d’autres. Nous luttons pour la justice pour nos enfants assassinés, pour nos enfants dont les vies ont été détruites, comme c’est le cas d’Aldo Gutiérrez, qui reste avec une balle fichée dans la tête, et comme Edgar, qui a reçu une balle dans le visage. Mais nous luttons aussi pour ceux que nous avons toujours en vie au sein de l’école”.

Tomás Ramírez Jiménez, le père de Julio César Ramírez Nava, a quant à lui lancé un “Ya basta” devant tant de morts, tant d’enlèvements, tant d’assassinats, et a questionné : “combien de temps encore va-t-on permettre qu’ils nous écrasent ? Maintenant ils disent que l’Etat du Guerrero est sûr et sans danger, et que le gouvernement du Guerrero accomplit ses promesses. Mais quelles promesses ? Assassiner. Séquestrer. Faire disparaitre. Tuer et faire disparaître les étudiants. Pourquoi ? Pourquoi eux ?... Ya Basta, compañeros. Nous ne voulons pas d’injustices supplémentaires. Nous ne voulons plus d’autres morts. Nous voulons pouvoir vivre dans des familles entières, que les enfants soient dans leurs foyers. Nous ne voulons pas sentir une absence dans nos maisons, comme celle que nous vivons du fait qu’il nous manque un fils… Et qui sait où il se trouve. Comment vont-ils ? Nous n’en savons rien. Mais si, par contre, nous allons continuer à lutter compañeros. Ceci est notre lutte… Nous défendons nos fils, les 43 disparus, les 3 étudiants abattus, et les 2 qui sont toujours sur un lit d’hôpital, compañeros. C’est pour cela que nous allons continuer à lutter. Nous sommes de nouveau debout et décidés, compañeros. « ¡Vivos se los llevaron. Vivos los queremos ! » [C’est en vie qu’ils les ont emportés, et en vie que nous voulons les revoir !].”

Et, après la lecture d’autres messages de solidarité, les femmes de Tlanixco nous invitèrent à déguster de délicieuses fèves, de succulents champignons à la sauce verte (bien fraîche, spécialité de la maison), et leurs tortillas faites main.

Las Rajas et San Lorenzo Huitzizilapan

Á Huitzizilapan, la délégation d’Ayotzinapa fut reçue avec un joli autel, une purification de copal, et les bénédictions des anciens de la communauté. “Chacun des 43 élèves est encore en vie, parce qu’ils sont dans nos cœurs”, exprima une compañera. “Nous sommes avec vous. Huitzizilapan et les villages voisins sont aussi avec vous. Écoutons les applaudissements, mesdames et messieurs. Merci beaucoup pour votre visite”.

Doña Bertha Nava Martinez, mère de Julio César Ramirez Nava, remercia le soutien de Huitzizilapan, et expliqua ce que signifie perdre son fils, assassiné dans la nuit du 26 septembre 2014, tout comme Daniel Solís Gallardo et Julio César Mondragón, qui fut lui vilement torturé, et dont la peau du visage fut écorchée. “Nous ne verrons plus jamais nos enfants”, partagea Doña Bertha, remémorant également les douleurs des parents d’Aldo Gutiérrez, en mort cérébrale, et d’Edgar Andrés Vargas, toujours soumis à des opérations de chirurgie.

Le compañero Ayax, de l’école normale d’Ayotzinapa, parla de l’absence des compañeros disparus et assassinés. “Ce 26 septembre est resté imprimé dans nos vies, dans nos cœurs et dans nos esprits, car ils nous ont quitté définitivement trois compañeros, et ils en ont emporté 43 autres avec eux”.

Le compañero d’Ayotzinapa fit savoir qu’il était totalement faux que le visage de Julio César Mondragón avait été écorché et que ses yeux lui avaient été arrachés du fait de son appartenance au crime organisé, comme la rumeur avait circulé dans la presse. Au contraire, il s’agissait d’un étudiant noble, père de famille, et qui pensait étudier durant quatre années afin de devenir maître d’école.

Le compañero démentit également les disqualifications du gouvernement et de la presse, les accusant d’être des délinquants pour le fait de “voler des autobus”. Au contraire, dit-il, “lorsqu’il nous manque un autobus pour mener à bien nos tâches éducatives ou solidaires, nous dialoguons avec les chauffeurs”. C’est dans cette optique que ce 26 septembre, les étudiants de l’école normale s’étaient rendus à Chilpancingo, la ville voisine, afin de récupérer les autobus et les ressources nécessaires à la participation de l’école à la marche commémorative du massacre de 2 octobre, à la capitale. Il était prévu que les étudiants de toutes les écoles rurales de Mexico s’y rendent ensemble depuis Ayotzinapa, dit-il. Mais, de retour par Iguala, les policiers les prirent en chasse et leur tirèrent dessus. Les compañeros restés à bord des bus furent embarqués dans les patrouilles. Il n’y a pas le moindre doute, dit-il. LE RESPONSABLE, C’EST L’ÉTAT.

Et que se passe-t-il à Huitzizilapan ?

Des porte-paroles locaux expliquèrent alors que le village otomí-ñatho de Huitzizilapan, situé dans la municipalité de Lerma (Etat de Mexico), lutte quant à lui contre la destruction en cours et la spoliation de la forêt Otomí – Mexica, du fait des intérêts des entreprises privées et du gouvernement qui cherchent à s’emparer des sources d’eau situées dans la forêt, ainsi qu’à y exploiter des mines de granit. Les responsables de la dévastation sont le groupe Higa et la SAASCAEM (Système d’autoroutes, aéroports et services connexes et auxiliaires de l’Etat de Mexico), et cela avec l’aval du décret d’expropriation illégitime émis par Enrique Peña Nieto en juillet 2015, sans consultation de la communauté. Le groupe Higa cherche toujours à imposer la construction de l’autoroute sur 6 hectares de forêts déjà détruites par leurs soins, appartenant à la communauté de Huitzizilapan.

Selon les jeunes de la communauté, l’autoroute bénéficie du double du “droit de passage” normal, c’est-à-dire qu’au lieu des 50 mètres de largeur généralement attribués pour les autoroutes, cette fois, ce sont 100 mètres de largeur qui seront attribués aux concessionnaires. Et c’est ainsi que les droits du village indigène sur son territoire communal sont violés par une entreprise privée et par le gouvernement de l’État. Cependant, des comuneros et des activistes expliquent que le décret présidentiel est rempli d’incohérences, et qu’ils vont le faire annuler.

Ils racontent que, le 6 juillet 2014, le village fut encerclé par plus de mille policiers anti-émeutes. L’objectif était de mettre en place une assemblée illégitime de soi-disant comuneros, afin d’approuver le changement d’usage du sol. Toutefois les gens se rendirent au lieu de réunion, et en bloquèrent l’accès afin d’empêcher la tenue de l’assemblée. Les policiers anti-émeutes chargèrent femmes, jeunes et enfants, mais, malgré toutes leurs stratégies d’intimidation, ils furent expulsés du village. Par quatre fois, les policiers anti-émeutes tentèrent d’imposer la réalisation de cette assemblée illégale, et, à quatre reprises, les gens de la communauté ont empêché les manœuvres visant à changer l’usage du sol.

NOUVELLES D’OSTULA. De nouvelles informations plus horribles arrivèrent alors en provenance d’Ostula. Ce lundi-là, nous apprîmes que l’armée mexicaine avait ouvert le feu contre la population, assassinant un enfant de 12 ans, Herilberto Reyes García ; Neymi Natali Pineda Reyes, de 6 ans, et Melesio Cristiano, de 60 ans, et blessant de même d’autres personnes [on sût par la suite que seul Herilberto Reyes García décéda de l’impact des balles, les autres ayant pu être soignés à temps]. Tout un village condamné, pour avoir osé récupérer leurs terres à Xayakalan et organisé leur propre défense contre le crime organisé et le gouvernement. Ignacio del Valle, figure de la lutte d’Atenco, prit alors la parole pour aviser du type de développement urbain que les grandes entreprises pensaient mettre en œuvre dans son village et dans les villages de l’Etat de Mexico, une fois les terres détruites. “Mais nous ne voulons pas de club de golf. Nous ne voulons pas d’un nouveau Santa Fe. Devenir des domestiques aéroportés ne nous intéresse pas”, dit-il, provoquant l’hilarité générale. “Ici, comme là-bas, la patrie nous appelle” dit-il, “les droits humains, nous les gagnons au fil de la lutte… Mais cela ne peut pas marcher seulement dans une région. Il faut nous unir ! Il y a des pleurs de tristesse dans nos cœurs, mais jamais le pardon, ni l’oubli”.

Des mots d’ordre furent alors lancés : « Peña Nieto, délinquant, on te fera ton compte ! Frères d’Ayotzinapa, vous n’êtes pas seuls ! Votre douleur est la nôtre ! Parce que c’est vivants qu’ils les ont emportés, et vivants que nous voulons les retrouver ! Ayotzi vive ! Tlanixco vive ! ¡Xochicuautla vive ! ¡Huitzi vive ! ».

Et, alors qu’une trombe d’eau s’abattait sur le village, nous nous sommes régalés de fruits mûrs et de délicieux plats préparés, tandis que Jorge Salinas nous incitait à danser et à chanter le corrido de Gabino Barrera et bien d’autres issus de son ample répertoire musical.

San Francisco Xochicuautla

Le campement de la digne résistance, qui se trouve dans la montagne de San Francisco Xochicuautla, fut le dernier lieu de réception de la délégation d’Ayotzinapa, élargie le dernier jour avec l’arrivée d’autres élèves et parents de la normale, qui rendaient auparavant visite à d’autres endroits. Ce furent 43 + 3 enfants qui reçurent la délégation, portant avec grâce les photos encadrées de semences des 43 +3 étudiants de la normale. Nous avons fortement remercié les délicieux champignons, fèves, riz, haricots et autres plats qui nous attendaient durant cette après-midi pluvieuse.

Le compañero José Luis Fernández, de Xochicuautla, adressa un message de bienvenue spécial aux compañeros d’Ayotzinapa.

“Tout d’abord, dans l’Etat de Guerrero, nos frères d’Ayotzinapa. Dans l’Etat de México, Tlatlaya. Xochicuautla. Et hier, dans la nuit, de graves nouvelles d’Ostula, impliquant l’Etat mexicain. C’est nous, le peuple, les communautés indigènes, les peuples originaires, qui devons dire Basta. C’est nous, qui devons chercher entre nous l’unité. Et marcher ensemble. Lever ensemble le poing, et rassembler nos rages.

Pourquoi cette réunion, ici, dans ce campement de résistance ? Parce qu’ici, c’est là où commencent cette résistance et cette lutte. Et toujours, nous avons manifesté depuis nos propres tranchées, ici dans l’Etat de Mexico, aux côtés de nos compañeros de Huitzizilapan, aux côtés de nos compañeros de San Pedro Tlanixco, aux côtés de tous ces compañeros qui, comme nous, sont indigènes, et qui avons exprimé avec rage que nos compañeros d’Ayotzinapa ne sont pas seuls. Et qui avons dit qu’ils sont 43, et 3 de plus. Nous n’exigeons pas la vengeance, compañeros, parce que cela n’est pas le chemin. Nous crions, et exigeons justice. Nous disons au gouvernement que nos 43 frères doivent réapparaître. Et nous disons au gouvernement que justice doit être rendue pour ceux qu’ils ont assassinés…

“Nous devons continuer à nous prendre la main en tant que peuples. Lorsque nous n’apparaîtrons plus dans les médias, et lorsque Xochicuautla ne fera plus évènement, ce sera à Xochicuautla, à Ayotzinapa, à Huitzizilapan, à Tlanixco et à toutes les communautés indigènes de nous prendre par la main et faire avancer notre résistance et nos projets, parce que les projets que nous transportons avec nous sont des projets de vie. Leur manière de nous criminaliser est très claire pour nous, nous qui défendons la vie, et qui sommes contre ces projets de mort. C’est pour cela que nous devons nous rassembler.

“Et c’est pour cela aussi que nous nous devons d’être à Ayotzinapa et à Ostula. Nous devons être présents à Atenco avec nos compañeros qui continuent à résister, et qui continuent à être un exemple pour nous dans l’Etat de México, et pour beaucoup d’autres endroits. Nous avons pris des décisions importantes, qui consistent à ne pas laisser passer ces projets mortifères, telles que l’autoroute privée Toluca-Naucalpan, ou l’aéroport qu’ils prétendent construire sur le territoire de nos frères de San Salvador Atenco.

“Et de continuer à exiger la liberté de tous les prisonniers politiques, tels que nos frères Yaquis, tels que nos frères de San Pedro Tlanixco, et tels que tant de jeunes incarcérés, pour avoir levé la voix durant les manifestations là-bas, à la capitale”.

“Les vérités doivent sortir, parce qu’il faut que nous sachions où se trouvent nos 43 compañeros d’Ayotzinapa”.

« En vie ils les ont emportés, en vie nous voulons les revoir ! Xochicuautla n’est pas à vendre, mais à aimer et à défendre ! Atenco vive, la lucha sigue ! Ayotzinapa vive, la lucha sigue ! Prisonniers politiques, liberté ! ». Différents compañeras et compañeros ont alors remémoré les huit ans de résistance au projet d’autoroute Toluca-Naucalpan, concessionné à l’entreprise Autovan filiale du groupe Higa, propriété de l’homme d’affaires Juan Armando Hinojosa, ami intime d’Enrique Peña Nieto.

“Ils ont détruit des maisons, des récoltes, et des croix religieuses”, a fait savoir le compañero Eugenio. “Avec leur engins de chantier, ils ont fait disparaître des magueyes, des arbres, des champignons, du maïs, et des petits animaux qui vivent ici : des lapins, des écureuils et des musaraignes”. Les habitants ont parlé du rejet du projet par les assemblées communautaires, de l’imposition de fausses assemblées à l’aide de centaines de policiers anti-émeutes, de l’arrivée sur place de ces policiers anti-émeutes afin d’accompagner les engins de chantier et s’assurer que les travaux puissent avoir lieu, de l’incarcération de 14 compañeros en 2013 du fait de leur opposition aux travaux, de la détention de 8 autres comuneros en novembre 2014, de la violation des recours déposés, et du survol régulier d’hélicoptères – ce qui, de fait, était le cas durant toute l’après-midi où nous étions réunis sur place.

“La destruction de la forêt a des conséquences sur tout notre mode vie”, expliqua une dame. “Mais ce n’est pas tout. Cette forêt est une forêt d’eau, c’est une grande source d’eau qui alimente une zone gigantesque, dans la vallée de Toluca et dans celle de la ville de Mexico. Il y a même une rivière souterraine qui en découle, la rivière San Lorenzo, qui alimente le District Fédéral en eau potable, imaginez un peu !”.

“Les comuneros racontent que le 9 juillet dernier, Enrique Peña Nieto a émis un décret pour exproprier une partie du territoire communal de Xochicuautla afin de construire l’autoroute. Et bien que le décret précise qu’une consultation a été faite au sein de la communauté, tout comme cela est exigé par la loi, c’est complètement faux”, explique un jeune participant au campement. Ce qui a lieu ici, c’est un attentat contre l’environnement. C’est un acte de spoliation contre le village, et les responsables devraient être en prison. Nous allons mettre bas à ce décret”.

Durant l’évènement qui s’est déroulé dans le campement de la digne résistance, différentes déclarations ont été émises en solidarité avec la communauté de Santa Maria Ostula, confrontée aux attaques de l’armée et de la police fédérale. Un communiqué a également été lu au sujet de l’incarcération d’Antonio Arce Avendaño, et un meeting de soutien annoncé pour le lundi 21 juillet devant le reclusorio Norte [1]. Heureusement le compañero a été libéré depuis, même s’il est encore sous le coup d’un procès. Durant l’évènement, de multiples déclarations de soutien et de solidarité mutuelles ont été faites entre Ayotzinapa et les peuples originaires en lutte pour leur eau et pour leurs forêts. Une mobilisation a été fixée pour le 28 juillet à 4 heures de l’après-midi : la première marche en défense de la terre-mère et de la forêt sacrée, qui démarrera de la porte des lions (devant le “monument” baptisé “stèle de lumière”, à Chapultepec, et qui se dirigera vers le siège du secrétariat du gouvernement fédéral.

Épilogue

(Un bref dialogue entre les compañeros José Luis Fernández, de Xochicuautla, et Omar García, d’Ayotzinapa :

––Je m’appelle Omar García. Nous venons d’Ayotzinapa. Nous voulons voir comment ça va pour vous à Xochicuautla, comment est la situation ici, et ce qu’il se passe avec le décret.

––Merci frère, et bonne après-midi à vous. Nous remercions la visite que vous nous faites. Et bien ici, nous continuons à avancer. Nous allons bien. Nous avons ce problème des engins de chantier, mais nous sommes toujours déterminés.

––Les gens vous soutiennent ?

––Si, le campement grandit.

––C’est tendu. Ils viennent à peine d’emprisonne le compañero du CNI, là-bas, à Ostula.

––Oui, ce n’est pas vraiment facile. Vous arrivez à peine de l’évènement à Huitzizilapan. Effectivement, nous on se sent très consternés par les évènements d’hier. Cela montre que le gouvernement continue à pratiquer le terrorisme d’Etat. Il y a un enfant blessé très gravement, plusieurs blessés, et le pire c’est qu’ils disent que ce n’est pas l’armée, alors même qu’il y avait des témoins et que les habitants indigènes d’Ostula disent qu’effectivement c’est l’armée la responsable. Une fois de plus, l’Armée mexicaine contre nous.

––Qu’est-ce que nous allons faire ? Il faut continuer.

––Oui, il faut continuer à aller de l’avant.

(Dialogue extrait d’une vidéo tournée par les habitants de l’okupa Chanti Ollin)

Source du texte original : http://www.centrodemedioslibres.org...

Traduction 7nubS

Notes

[1] José Antonio Arce Avendaño était accusé d’avoir lancé un coktail molotov sur la police durant la manifestation du 26 mai 2015. Accusé sur la base de photos flues et arrêté à Huitzo, Oaxaca, en ce mois de juillet 2015, il a été libéré peu après, au vu du manque de preuves à son encontre, NdT

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