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agressions contre les médias libres

SUBVERSIONES - Communiqué collectif face aux récentes agressions

vendredi 2 octobre 2015

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agence autonome de communication
Subversiones

Communiqué collectif face aux récentes agressions

Aux organisations sociales d’en bas à gauche,

Aux médias libres mexicains et transterritoriaux,

Aux adhérent.e.s à la Sixième Déclaration de la Selva Lacandona,

Au Congrès National Indigène,

Aux défenseurs des droits humains et de la liberté d’expression au Mexique et dans le monde,

Aux personnes qui nous ont apporté leur confiance et leur soutien.

Le lundi 31 août, dans la ville de Mexico, en plein jour et sur la voie publique, un des membres de ce collectif, Heriberto Paredes Coronel, a été menacé de mort, évènement documenté por l’organisation mexicaine ARTICULO 19.

Au-delà d’Heriberto, deux autres compañeros qui ont décidé de maintenir leur identité privée ont aussi été menacés, raison pour laquelle nous nous maintenons en alerte. Ces faits ne sont pas isolés, depuis mai dernier des participants à ce média indépendant ont été menacés pour des motifs liés au travail de communication que nous réalisons.

En tant que SubVersiones, nous participons au mouvement des médias libres, nous nous concevons comme un collectif, et nous nous régissons par le biais d’assemblées. Nous ne répondons ni aux intérêts économiques ni à ceux de la politique hégémonique, car nous ne sommes pas une entreprise d’information, ni ne prétendons nous enrichir grâce aux contenus que nous générons. Nous sommes un espace d’investigation, de diffusion et d’amplification des paroles de lutte, et un petit espace de lutte en soi.

Notre labeur s’est transformé aujourd’hui en une des activités les plus dangereuses du Mexique, avec les résultats fatidiques que nous connaissons. Durant l’administration de Felipe Calderón, on enregistrait une attaque contre des journalistes toutes les 48,1 heures. Sous Peña Nieto, la moyenne est désormais d’une attaque toutes les 26,7 heures. Dit autrement, la violence contre les journalistes a augmenté, et, sous l’actuelle administration du Parti Révolutionnaire Institutionnel, neuf cas d’assassinat de journalistes étaient documentés de janvier à mars 2015. De la même manière, la brutale attaque contre toutes et tous celles et ceux qui font usage de leur liberté d’expression et de manifestation, comme c’est le cas du récent assassinat de Rubén Espinosa et des féminicides de Nadia Vera, Alejandra Negrete, Mile Martín et Yesenia Quiroz, est totalement indignante. La situation d’extrême violence et de décomposition politique et sociale que traverse le pays – et dans laquelle la violence d’État s’exerce au grand jour et en toute impunité – font que le fait de communiquer, d’informer et de dénoncer la réalité crue et les injustices auxquelles nous sommes confrontées en tant que peuples, impliquent malheureusement désormais d’assumer que ces activités sont à haut risque.

Le fait que nous soyons menacés nous suggère que nous avons dû affecter certains intérêts, même de manière minime, vu que beaucoup de nos couvertures concernent des dénonciations sociales contre des agents de l’État, des injustices, la corruption, l’ineptitude ou la violence, par action, par omission ou par acquiescement. De plus, les cas que nous documentons ne sont pas couverts par les médias commerciaux ou bien, quand c’est le cas, ils sont narrés depuis la perspective officielle, tergiversant les faits selon leurs propres convenances et effaçant les voix des personnes affectées. En tant que média libre, nous cherchons à montrer les luttes et les résistances de manière honnête et solidaire, et toujours depuis les perspectives de l’en-bas que nous sommes.

Les compañeros menacés ont réalisé des reportages dans différents États du pays documentant, par exemple, le surgissement des auto-défenses au Michoacán et au Guerrero ; les problématiques ayant provoqué la division des polices communautaires dans ces deux États ; les disputes entre différents groupes du crime organisé ; tout comme la spoliation des terres et des ressources naturelles de communautés paysannes et urbaines. Ils ont documenté la disparition forcée de nombreuses personnes ; les menaces contre d’autres journalistes et activistes sociaux ; ils ont pris la parole et mis les projecteurs sur la persécution et la prison politique, afin de la rendre plus visible ; ils ont montré la violence de la répression face à des manifestations pacifiques, et ont dénoncé la face criminelle de l’État et ses facettes multiples. Tout leur travail se trouve concrétisé sur notre site web —subversiones.org— qui constitue un effort de nombreuses autres personnes afin de construire une alternative de communication.

De là leur volonté de nous faire fléchir, de nous effrayer et de tenter de nous faire taire au travers de menaces téléphoniques et de rencontres impromptues ; c’est la seule raison qui peut expliquer le fait qu’advienne ces situations générant peur, incertitude, malaise et insécurité. En tant que collectif, nous continuerons à effectuer les tâches de communication et de diffusion tels que nous les avons réalisé jusqu’à aujourd’hui. Nous n’allons pas permettre qu’ils nous fassent taire par le biais de menaces. Partie de nos principes éthiques consiste dans le fait que nous communiquons de manière honnête, depuis nos subjectivités, avec des idéaux d’autonomie, de liberté et de justice, afin de rompre le cercle médiatique généré par la manipulation massive des médias commerciaux qui invisibilisent les luttes sociales et les processus d’émancipation et d’autogestion qui prennent place dans un pays où refuser de se soumettre est le pire des délits. C’est la raison pour laquelle nous vous faisons savoir que face aux menaces, notre réponse consistera à communiquer plus, mieux organisés, et plus unis.

Nous condamnons les attaques, la criminalisation, les incarcérations, les disparitions, les assassinats et les autres formes de répression. Nous savons que l’État se manifeste de nombreuses formes, parfois sous la forme de groupes du crime organisé, parfois sous la forme de groupes paramilitaires, parfois sous la forme d’agents négociateurs. Nous n’avons pas confiance dans le “Mécanisme de protection pour les personnes défendant les droits humains et les journalistes”, ni dans le “Parquet spécial pour l’attention des délits commis contre la liberté d’expression”, car certains d’entre nous sont déjà passés par ces instances et cela n’a rien résolu, nous n’y avons rencontré qu’ineptitude et burocratie. Nous savons qui sont les ennemis, et face à cela nous disons que ni la vérité, ni la justice ne viendront de la part des agresseurs. Ainsi, nous faisons nôtre la parole exprimée dans le dernier communiqué de l’Armée Zapatiste de Libération Nationale : “D’en haut, les seules choses auxquelles on peut s’attendre, c’est la simulation, la tromperie, l’impunité, le cynisme”.

C’est pour cela qu’il est urgent et nécessaire de construire une protection qui ne vienne pas des institutions, mais des gens, des organisations sociales, des personnes qui nous ont montré durant ces cinq années de travail ce que signifient la lutte et le soutien mutuel, afin de ne pas offrir plus de victimes et de martyrs à ce pays. Nous considérons que toutes et tous devons-nous organiser afin de résister à la violence qui nous frappe pour le fait de dire et d’exprimer ce que nous communiquons ; nous allons chercher à continuer notre travail de manière libre et critique, à partir de l’attention mutuelle, de la préparation et de la construction de mécanismes qui répondent réellement aux nécessités que nous avons.

Nous continuerons à lutter afin de coopérer à la génération d’une communication qui ne soit ni au service de l’État, ni au service des grandes corporations, et continuerons à construire une communication depuis en bas.

C’est à eux qu’est la nuit, l’aurore est nôtre.

SubVersiones, Agence Autonome de Communication

source du texte original : http://subversiones.org/archivos/118339

traduction 7nubS

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on ne tue pas la vérité en tuant des journalistes
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Heriberto Paredes Coronel
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