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article de SubVersiones

Tlanixco : ces terroristes qui défendent l’accès à l’eau

samedi 7 novembre 2015

Bref retour de SubVersiones sur l’histoire de la répression contre la communauté nahua de San Pedro Tlanixco, participant au Congrès National Indigène, dont six membres sont actuellement enfermés dans la prison de sécurité maximale d’Almoloya (État de Mexico, près de Toluca), et condamnés pour trois d’entre eux à des peines de plus de 50 ans d’emprisonnement.

La guerre pour le contrôle de l’eau, plus connue ces derniers temps sous le nom d’“or bleu”, a provoqué la déstructuration de centaines de communautés indiennes, laissant derrière elle une liste sans fin de violations des droits de l’homme, d’assassinats, de disparitions forcées, de répression et d’incarcérations abusives, comme c’est le cas des six indiens nahuas de la communauté de San Pedro Tlanixco (Etat de Mexico) considérés comme terroristes et condamnés à purger des peines de plus de 50 ans de prison.

La communauté de Tlanixco – nom qui en náhuatl signifie “à la surface de la terre”- se trouve lovée au sein des paysages magnifiques de la cordillère du volcan « Nevado de Toluca », connu auparavant sous le nom de Chicnauhtécatl – les neuf eaux, ou les neuf sources-. Cette communauté indienne, pour avoir défendu ses terres et ses cours d’eau, a été cataloguée comme « village terroriste » par les rapports d’investigation menés par la Procurature Générale de Justice mexicaine (PGR/TOL/V/017/2002).

Ces villages indigènes ont été déstructurés et pourchassés pour ne pas avoir accepté les projets leur promettant d’amener la modernité et le développement. La communauté de Tlanixco a opposé une résistance féroce dès les années 80, durant lesquelles elle s’est opposée à la construction de l’autoroute Tenango - Ixtapan de la Sal, et plus récemment, en s’opposant à la spoliation des sources de la rivière Texcaltengo, livrées en concession aux investisseurs privés des monocultures horticoles de la municipalité de Villa Guerrero, où siège l’ASFLORVI (Association des Floriculteurs de Villa Guerrero).

« On s’est rendu compte que le gouvernement cherchait à ce que nous rentrions en conflit avec les communautés voisines, et après nous avoir trompé en nous construisant un puit artisanal à usage domestique, ils ont concessionné l’eau, et l’ont remise dans les mains des entreprises de floriculture » explique Rosario Peralta Sánchez, membre de cette communauté.

En 2001, la Commission Nationale de l’Eau (CONAGUA) annulait la concession dont bénéficiait jusqu’alors les ejidatarios de cette communauté, la déclarant nulle, tel que stipulé dans le rapport BOO.E.12.1.0.2.-00971… raison pour laquelle les habitants de Tlanixco décidèrent de bloquer l’autoroute Tenango - Ixtapan de la Sal. Après différentes négociations ouvertes avec le gouvernement, au cours d’une provocation dans le village, l’ingénieur Alejandro Cárbaso perdit la vie, motif pour lequel, le jour suivant, les représentants du village en lutte pour la défense de l’eau furent arrêtés de manière extrêmement violente.

« Ça a été une répression vraiment moche, ils ont perquisitionné énormément de maisons, à un moment on a calculé qu’avaient débarqué près de 1500 agents de police avec une violence extrême, exercée tant sur les hommes que sur les femmes et les enfants. C’est comme cela qu’ils ont détruit le tissu social de nos communautés » ajoute Peralta Sánchez.

Le résultat de ces détentions, c’est l’incarcération depuis plus de dix ans de six des représentants de la communauté, ainsi qu’une série d’ordres d’arrestation toujours valides aujourd’hui, raison pour laquelle plusieurs personnes continuent à devoir vivre dans l’anonymat et la clandestinité afin de ne pas être emprisonnées.

Pedro Sánchez Berriozábal, Teófilo Pérez Gonzales et Rómulo Áreas Mireles ont été condamnés à plus de cinquante ans de prison pour délit d’homicide, tout comme Lorenzo Sánchez Berriozábal, frère de Pedro, Marco Antonio Pérez González, frère de Teófilo, et Dominga González Martínez, qui sont pour leur part toujours en attente de jugement, enfermés dans le même pénitencier.

Leurs frères indigènes ont décidé de lancer un appel, destiné à la société civile et aux organisations non gouvernementales, pour la libération de ces personnes injustement emprisonnées.

Selon des chiffres des Nations-Unies, chaque jour, près de 5000 enfants meurent faute d’eau potable, soit plus de deux millions d’enfants par an. Ce type de terrorisme contraste fortement avec celui des « terroristes » de Tlanixco, qui eux, cherchent à défendre les cours d’eaux, non pas comme leur propriété privée, mais comme un élément fondamental de la vie.

Les concepts d’ « Or Bleu », de modernité et de développement ne correspondent en rien à la vie quotidienne de ces communautés indiennes, car, tout comme la terre, l’eau est pour eux un bien commun qui doit être respecté, et ne peut avoir de valeur monétaire.

Article de Santiago Navarro, 19 février 2014, publié par l’agence autonome de communication SubVersiones ici.

traduction 7NubS

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