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22e année de la guerre contre l’oubli

Paroles de l’EZLN le 1er janvier 2016

vendredi 15 janvier 2016

Paroles de l’EZLN durant le 22e anniversaire du début de la guerre contre l’oubli

Communiqué en format brochure :

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Premier janvier 2016,

Bonsoir, bonjour, compañeros, compañeras, bases d’appui de l’Armée Zapatiste de Libération Nationale, compañeros et compañeras miliciens et miliciennes, insurgées et insurgés, responsables locaux et régionaux, autorités des trois instances du gouvernement autonome, compañeros/as promoteurs et promotrices des différentes aires de travail, compañeros, compañeras de la Sexta nationale et internationale, et tous ceux présents.

Compañeras et compañeros, aujourd’hui nous sommes ici pour célébrer le 22e anniversaire du début de la guerre contre l’oubli.

Durant plus de 500 ans nous avons souffert de la guerre que les puissants de différentes nations, langues, couleurs et croyances, ont livré contre nous afin de nous annihiler.

Ils ont voulu nous tuer, soit en tuant nos corps, soit en tuant nos idées.

Mais nous résistons.

En tant que peuples originaires, en tant que gardiens de la terre-mère, nous résistons.

Pas seulement ici, et pas seulement la couleur de la terre que nous sommes.

Dans tous les recoins de ce monde qui a souffert auparavant et qui souffre maintenant, il y a eu et il y a des gens dignes et rebelles qui ont résisté, qui résistent contre la mort qu’impose celui d’en haut.

Le premier janvier 1994, il y a 22 ans, nous avons rendu public le "YA BASTA !" que nous avons préparé en silence dignement durant une décennie.

Taisant notre douleur, nous préparions ainsi le cri de notre douleur.

De feu fut alors notre parole.

Pour réveiller qui dormait.

Pour relever qui tombait.

Pour indigner qui renonçait et baissait les bras.

Pour rebeller l’histoire.

Pour l’obliger à dire ce qu’elle taisait.

Pour révéler l’histoire d’exploitations, d’assassinats, de spoliations, de mépris, et d’oublis qui se cachait derrière l’histoire d’en haut.

Cette histoire de musées, de statues, de livres scolaires, de monuments aux mensonges.

Avec la mort des nôtres, avec notre sang, nous avons secoué la somnolence d’un monde résigné à la déroute.

Ce ne fûrent pas que des paroles. Le sang de celles et ceux tombé.e.s durant ces 22 années s’est ajouté á celui des années, lustres, décennies et siècles antérieurs.

Nous avons alors dû choisir, et nous avons choisi la vie.

C’est pour cela que, depuis lors et maintenant, pour vivre nous mourons.

Simple comme notre sang peignant les rues et les murs de ces villes qui nous méprisent aujourd’hui tout comme ils l’ont fait auparavant, ainsi fut alors notre parole.

Et elle continue à l’être :

Notre drapeau de lutte, ce furent nos 11 demandes : terre, travail, alimentation, santé, éducation, logement digne, indépendance, démocratie, liberté, justice et paix.

Ces demandes ont été celles qui nous ont poussé à prendre les armes, car c’est ce qui nous fait défaut à nous les peuples originaires, et à la majorité des personnes dans ce pays et dans le monde entier.

De cette manière, nous avons démarré notre lutte contre l’exploitation, la marginalisation, l’humiliation, le mépris, l’oubli, et pour toutes les injustices que nous vivons qui sont causées par le mauvais système.

Car pour les riches et puissants, nous ne sommes bons qu’à être leurs esclaves, pour que de la sorte ils soient chaque fois plus riches et nous, chaque fois plus pauvres.

Après avoir vécu tant de temps sous cette domination et sous cette spoliation, nous avons dit :

YA BASTA ! LA PATIENCE S’ARRÊTE ICI !

Et nous avons vu qu’il ne nous restait plus d’autre chemin que de prendre nos armes pour tuer ou mourir pour une cause juste.

Mais nous n’étions pas seuls, pas seules.

Nous ne le sommes pas maintenant.

Au Mexique et dans le monde la dignité a pris les rues, et a demandé un espace pour la parole.

Nous avons alors compris.

A partir de ce moment a changé notre forme de lutte, et nous avons été et nous sommes ouïe attentive et parole ouverte, car depuis le début nous savions qu’une lutte juste du peuple est pour la vie, et non pas pour la mort.

Mais nous avons nos armes de côté, nous ne les abandonnerons pas, elles seront avec nous jusqu’à la fin.

Car nous avons vu que là où notre ouïe fut cœur ouvert, le Commandeur opposa sa parole de duperie, son cœur d’ambition et de mensonge.

Nous avons vu que la guerre d’en haut s’est poursuivie.

Son plan et ses objectifs étaient et sont de nous faire la guerre jusqu’à nous exterminer. C’est pour ça qu’au lieu de résoudre les justes demandes, il a préparé et il prépare, il a fait et il fait la guerre avec leurs armements modernes, il forme et il finance des groupes paramilitaires, il offre et il repartit des miettes, profitant de l’ignorance et de la pauvreté de certains.

Ces dirigeants d’en haut sont bêtes. Ils ont pensé que ceux qui étaient prêts à écouter, étaient aussi disposés à se vendre, à se rendre, à abandonner.

Ils se sont trompés alors.

Ils se trompent maintenant.

Car pour nous les femmes et les hommes zapatistes, il est bien clair que nous ne sommes pas des mendiants ou des inutiles, qui attendent que les choses se résolvent toutes seules.

Nous sommes des peuples dotés de dignité, de détermination et de conscience afin de lutter pour la véritable liberté et la justice pour toutes, pour tous, pour tou/te/s. Quel que soit leur couleur, leur race, leur genre, leur croyance, leur calendrier, leur géographie.

C’est pour ça que notre lutte n’est pas locale, ni régionale, ni même nationale. Elle est universelle.

Parce qu’universelles sont les injustices, les crimes, les spoliations, les mépris, les exploitations.

Mais sont aussi universelles la rébellion, la rage, la dignité, le désir d’être meilleurs.

C’est pour cela que nous avons compris qu’il était nécessaire, nous les femmes et les hommes, de construire notre vie nous-mêmes, avec autonomie.

Au milieu des grandes menaces, des agressions militaires et paramilitaires, et des provocations constantes du mauvais gouvernement, nous avons commencé à former notre propre système de gouverner, notre autonomie, avec notre propre éducation, notre propre santé, notre propre communication, notre forme de protéger et de travailler notre terre-mère ; notre propre politique en tant que peuple et notre propre idéologie de comment nous voulons vivre en tant que peuples, avec une autre culture.

Là où d’autres, femmes et hommes, attendent que depuis en haut une solution soit apportée pour le bas ; nous, les femmes et les hommes zapatistes, nous commençons à construire notre liberté comme on sème, comme on construit, comme on grandit, c’est à dire : depuis en bas.

Mais le mauvais gouvernement essaye de détruire et d’en finir avec notre lutte et notre résistance par une guerre qui varie d’intensité tout comme varie sa politique de duperie, avec leurs mauvaises idées, avec leurs mensonges, en utilisant leurs médias pour les diffuser, et en distribuant des miettes dans les villages indigènes où il y a des zapatistes, pour ainsi diviser et acheter les consciences, en appliquant de cette manière son plan de contre-insurrection.

Mais la guerre qui vient d’en haut, compañeras, compañeros, sœurs et frères, c’est toujours la même : elle n’amène que la destruction et la mort.

Ils peuvent changer les idées et les drapeaux avec lesquelles elle arrive, mais la guerre d’en haut toujours détruit, toujours elle tue, jamais elle ne sème autre chose que la terreur et le désespoir.

Au milieu de cette guerre nous avons dû marcher vers ce que nous voulons.

Nous ne pouvions pas nous asseoir et attendre que comprennent ceux qui ne comprennent même pas qu’ils ne comprennent pas.

Nous ne pouvions pas nous asseoir et attendre que le criminel se renie lui-même et renie son histoire, et se convertisse une fois repenti en quelqu’un de bien.

Nous ne pouvions pas attendre une longue et inutile liste de promesses qui seraient oubliées quelques minutes après.

Nous ne pouvions pas attendre à ce que ce qui est autre, différent mais égal en douleur et en rage, nous regarde et en nous regardant se voit.

Nous ne savions pas comment faire.

Il n’y avait et il n’y a pas de livre, de manuel ou de doctrine pour nous dire comment faire pour résister et, en même temps, construire quelque chose de nouveau et de meilleur.

Peut-être pas parfait, peut-être différent, mais toujours nôtre, de nos peuples, des femmes, hommes, filles et anciens qui avec leur cœur collectif recouvrent le drapeau noir avec l’étoile rouge à cinq pointes et les lettres, qui ne leur donnent pas seulement un nom, mais aussi un engagement et un destin : E Z L N

Et alors nous cherchons dans notre histoire ancestrale, dans notre cœur collectif, et cahin-cahas, avec des erreurs et des échecs, nous avons construit ce que nous sommes, et qui non seulement nous maintient en vie et en résistance, mais qui de plus nous rend dignes et rebelles.

Au cours de ces 22 années de lutte de Résistance et de Rébellion, nous continuons à construire une autre forme de vie, en nous gouvernant nous-mêmes comme les peuples collectifs que nous sommes, sous les 7 principes du commander en obéissant, en construisant un nouveau système et une autre forme de vie en tant que peuples originaires.

Un système où le peuple commande et le gouvernement obéit.

Et notre cœur simple voit bien que cela c’est le plus sain, parce que cela naît et grandit à partir du peuple même, c’est à dire que c’est le peuple lui-même qui opine, discute, pense, analyse, propose et décide ce qui est le plus dans son intérêt, suivant l’exemple que nous ont laissé nos ancêtres.

Comme nous allons l’expliquer après, nous voyons que dans les communautés liées aux partis politiques règnent la détresse et la misère, que c’est l’oisiveté et le crime qui commande, que la vie communautaire est brisée, déjà mortellement blessée.

Le fait de se vendre au mauvais gouvernement non seulement n’a pas résolu leurs besoins, mais a au contraire rajouté plus d’horreurs.

Là où avant il y avait la faim et la pauvreté, aujourd’hui elles sont toujours présentes, mais en plus il y a le désespoir.

Les communautés liées aux partis politiques se sont transformées en groupes de mendiants qui ne travaillent pas, ils ne font qu’attendre le prochain programme d’aide sociale du gouvernement, c’est à dire en somme qu’ils attendent la prochaine campagne électorale.

Et cela n’apparaîtra dans aucun rapport du gouvernement municipal, du gouvernement de l’État ou du gouvernement fédéral, mais c’est la vérité qu’on peut voir dans les communautés liées aux partis : des paysans qui ne savent déjà plus travailler la terre, des maisons en parpaings vides, car ni le ciment ni les tôles ne peuvent se manger, des familles détruites, des communautés qui se réunissent uniquement pour recevoir les aumônes gouvernementales.

Dans nos communautés peut-être qu’il n’y a pas de maison en ciment, ni de télévisions digitales, ni de camions dernier modèle, mais nos gens savent travailler la terre. Ce qu’ils mettent sur leurs tables, les vêtements qui les habillent, la médecine qui les soulage, le savoir qui s’apprend, la vie qui s’écoule est LA LEUR, produit de leur travail et de leur savoir. Ce n’est un cadeau de personne.

Nous pouvons le dire sans peine : les communautés zapatistes ne se portent pas seulement mieux qu’il y a 22 ans. Leur niveau de vie est supérieur à celui de ceux qui se sont vendus aux partis de toutes les couleurs.

Avant pour savoir si une personne était zapatiste, on voyait si elle portait un foulard rouge ou un passe-montagne.

Maintenant il suffit de voir si elle sait travailler la terre ; si elle prend soin de sa culture ; si elle étudie pour connaître la science et la technique ; si il y a du respect pour les femmes que nous sommes, si son regard est sain et tourné vers le haut ; si cette personne sait qu’elle commande collectivement, si elle voit les rersponsabilités des gouvernements autonomes et rebelles zapatistes comme un service, et non comme un négoce ; si, lorsqu’on lui demande quelque chose qu’elle ne sait pas, elle répond : "je ne sais pas... pas encore" ; si, quand ils se moquent en lui disant que les zapatistes n’existent plus, qu’ils sont très peu, elle répond : "ne t’en fais pas, nous allons être plus nombreux, parfois ça tarde, mais si, nous allons être plus nombreux" ; si elle regarde loin dans les calendriers et les géographies, si elle sait que le lendemain se sème aujourd’hui.

Mais c’est vrai, nous reconnaissons qu’il y a encore beaucoup à faire, il nous manque de nous organiser plus et mieux encore. Pour cela nous devons faire plus d’efforts pour nous préparer pour réaliser encore plus et encore mieux nos travaux pour nous gouverner, car c’est de là que surgit de nouveau le mal des mals : le mauvais système capitaliste.

Et nous devons savoir comment l’affronter. Nous avons déjà 32 ans d’expériences de lutte de Rébellion et de Résistance.

Nous sommes déjà ce que nous sommes.

Nous sommes l’Armée Zapatiste de Libération Nationale.

Nous sommes, bien qu’ils ne nous nomment pas.

Nous sommes, bien qu’avec silences et calomnies ils nous oublient.

Nous sommes, bien qu’ils ne nous regardent pas.

Nous sommes, dans le pas, dans le chemin, dans l’origine, dans le destin.

Et dans ce que nous sommes, nous voyons, nous regardons, nous écoutons des douleurs et des souffrances proches et lointaines sur les calendriers et les géographies.

Et nous regardons auparavant, et nous regardons maintenant.

Une nuit sanglante, plus sanglante encore si cela était possible, se tend sur le monde.

Le Commandeur non seulement s’entête à continuer d’exploiter, de réprimer, de mépriser et de spolier.

Il est décidé à détruire le monde entier, si cela lui procure bénéfices, argent, solde.

C’est clair que le pire arrive pour toutes, tous, tou/t/e/s.

Car les grands riches multimillionnaires d’un petit nombre de pays ont toujours pour objectif de saccager toutes les richesses naturelles dans le monde entier, tout ce qui nous donne vie comme l’eau, les terres, les forêts, les montagnes, les rivières, l’air ; et tout ce qui est en-dessous du sol : or, pétrole, uranium, ambre, soufre, charbon et autre minéraux. Parce que eux ne la considèrent pas elle, la terre, comme source de vie, mais comme un négoce, et ils convertissent tout en marchandise, et la marchandise ils la convertissent en argent, et c’est comme ça qu’ils veulent nous détruire complètement.

Le mal et le mauvais ont un nom, une histoire, une origine, un calendrier, une géographie : c’est le système capitaliste.

Qu’importe comment ils le peignent, qu’importe le nom qu’ils lui donnent, qu’importe la religion qui l’habille, qu’importe le drapeau qui est hissé.

C’est le système capitaliste.

C’est l’exploitation de l’humanité et du monde qu’elle habite.

C’est le mépris envers tout ce qui est différent et qui ne se vend pas, ne se rend pas, qui ne cède pas.

C’est lui qui poursuit, enferme, assassine,

C’est lui qui vole.

Face à lui surgissent, naissent, se reproduisent, grandissent et meurent des sauveurs, des leaders, des chefs de troupe, des candidats, des gouvernements, des partis qui offrent la solution.

Comme une marchandise de plus, les recettes sont en promotion pour résoudre les problèmes.

Peut-être que quelqu’un croit encore que d’en haut, de là d’où viennent les problèmes, viendront les solutions.

Peut être qu’il y a encore des gens pour croire en des sauveurs locaux, régionaux, nationaux et mondiaux.

Peut-être qu’il y a encore des gens qui espèrent qu’une personne fasse ce qui nous revient à nous-mêmes de faire.

Se serait très bien, c’est sûr.

Tout ça facile, commode, sans gros efforts. Juste la main à lever, cocher un bulletin, remplir un formulaire, applaudir, crier un slogan, s’affilier à un parti politique, voter pour en jeter un, et qu’un autre prenne place.

Peut-être, c’est ce que nous disons et nous pensons, nous, femmes et hommes zapatistes, que nous sommes ce que nous sommes.

Se serait très bien comme ça, mais ce n’est pas le cas.

Car ce que nous avons appris comme zapatistes que nous sommes et sans que personne ne nous l’ait appris, rien qui ne soit notre propre pas, c’est que personne, absolument personne ne va venir nous sauver, nous aider, trouver des solutions à nos problèmes, soulager nos douleurs, nous offrir la justice dont nous avons besoin, et que nous méritons.

C’est seulement ce que nous faisons nous, hommes et femmes, chacun selon son calendrier et sa géographie, suivant son nom collectif, suivant sa pensée et son action, son origine et son destin.

Et nous avons aussi appris, comme zapatistes que nous sommes, que c’est seulement avec de l’organisation que c’est possible.

Nous avons appris que si un, une, un/e s’indigne, c’est bien.

Que si s’indignent plusieurs, plusieurEs, plusieur/E/s, beaucoup d’hommes et de femmes, une lumière s’allume alors dans un recoin du monde et sa lumière arrive à éclairer pour quelques instants toute la face de la terre.

Mais nous avons aussi appris que si ces indignations s’organisent....Ah ! Alors ce n’est pas une lumière momentanée, celle qui illumine les chemins terrestres.

C’est alors comme un murmure, comme une rumeur, comme un tremblement qui commence à retentir timidement tout d’abord, plus fort par la suite.

Comme si ce monde allait accoucher d’un autre monde, un meilleur, plus juste, plus démocratique, plus libre, plus humain...ou humaine... ou humain/e.

C’est pour cela qu’aujourd’hui nous débutons cette partie de nos paroles avec une parole déjà ancienne, mais qui continue d’être nécessaire, urgente, vitale : nous devons nous organiser, nous préparer pour lutter, pour changer cette vie, pour créer une autre forme de vie, une autre forme de nous gouverner, nous-mêmes, les peuples.

Car si nous ne nous organisons pas, nous seront encore plus réduits en esclavage.

Il n’y a vraiment plus rien à espérer du capitalisme. Absolument rien. Son système, nous l’avons déjà vécu des centaines d’années, et nous les avons déjà subies, ses 4 roues de son carrosse du capitalisme : l’exploitation, la répression, la spoliation et le mépris.

Il ne reste plus que la confiance entre nous-mêmes, là où nous, hommes et femmes, savons comment construire une nouvelle société, un nouveau système de gouvernement, avec la vie juste et digne que nous voulons.

Parce que maintenant personne n’est à l’abri de la tempête de l’hydre capitaliste qui détruira nos vies.

Indigènes, paysan-e-s, ouvrier-e-s, maitre-sses, femmes au foyer, intellectuels, travailleurs et travailleuses en général, car il y a beaucoup de travailleurs qui luttent pour survivre dans leur vie quotidienne, certains avec un patron et d’autres non, mais qui tombent dans les mêmes griffes du capitalisme.

C’est-à-dire qu’il n’y a pas de salut dans le capitalisme.

Personne ne va nous diriger, ceux qui nous dirigent c’est nous-mêmes, hommes et femmes, en prenant en compte notre propre avis sur comment résoudre les choses dans chaque situation.

Car si nous pensons qu’il y en a qui nous dirige, et bien, nous avons déjà vu comment ils nous ont dirigé durant les centaines d’années d’avant et dans le système capitaliste, ça n’a servi à rien pour nous, les foutus pauvres. Pour eux oui c’est sûr car là oui, ils ont gagné de l’argent pour vivre en étant juste assis.

A tous ils leur ont dit " votez pour moi", je vais lutter pour qu’enfin il n’y ait plus d’exploitation, et alors quand enfin ils trouvent un poste où on gagne de l’argent sans suer, automatiquement ils en oublient tout ce qu’ils avaient dit, ils commencent à créer plus d’exploitation, à vendre le peu qui reste de la richesse de nos pays. Ces vendeurs de patries sont des inutiles, des hypocrites, des parasites qui ne servent à rien.

C’est pour cela, compañeros, compañeras, la lutte n’est pas terminée, nous sommes à peine en train de commencer, on en est à peine à 32 ans, desquels 22 ont été publics.

C’est pour cela que nous devons plus nous unir, mieux nous organiser pour construire notre bateau, notre maison, c’est à dire notre autonomie, parce que c’est celle qui va nous sauver de la grande tempête qui se rapproche, nous devons renforcer plus nos aires de travail et nos travaux collectifs.

Nous n’avons pas d’autre chemin que de nous unir et de nous organiser pour lutter et nous défendre de la grande menace du mauvais système capitaliste car les méchancetés du capitalisme criminel qui menace l’humanité, il ne va respecter personne, il va balayer tout le monde sans distinction de race, de parti ni de religion, car ils l’ont déjà démontré durant beaucoup d’années qu’ils ont toujours mal gouverné, menacé, poursuivi, enfermé, torturé, fait disparaître et assassiné nos peuples de la campagne et de la ville dans le monde entier.

C’est pour ça que nous vous disons compañeros et compañeras, garçons et filles, jeunes et jeuneEs, que vous les nouvelles générations, vous êtes le futur de nos peuples, de notre lutte et de notre histoire, mais vous devez comprendre que vous avez une tâche et une obligation : suivre l’exemple de nos premiers compagnons, de nos compagnons âgés, de nos parents et de grands-parents et de tous ceux qui ont commencé cette lutte.

Elles et eux nous ont déjà marqué le chemin, maintenant c’est à nous de continuer et de maintenir ce chemin, mais on arrivera seulement à cela en nous organisant à chaque génération et par génération, comprendre cela et s’organiser pour ça, et ainsi de suite jusqu’à arriver au bout de notre lutte.

Parce que vous en tant que jeunes, vous êtes une part importante de nos peuples, c’est pour cela que vous devez participer à tous les niveaux de travail qu’il y a dans notre organisation et dans toutes les aires de travail de notre autonomie, et que vous soyez les générations qui continueront à diriger notre propre destin avec démocratie, liberté et justice, tout comme nous l’enseignent aujourd’hui nos compañeros et compañeras les premiers.

Compañeras et compañeros, vous tous et toutes, nous sommes sûrs que nous allons arriver un jour à ce que nous voulons, tout pour tous, c’est à dire notre liberté, car maintenant, notre lutte avance petit à petit et nos armes de lutte sont notre résistance, notre rébellion et notre parole véritable à laquelle aucune montagne ni aucune frontière ne pourront barrer la route, car au contraire elle arrive jusque dans les oreilles et les cœurs d’autres frères et sœurs du monde entier.

C’est à dire que nous sommes chaque fois plus, ceux qui comprenons la lutte contre la gravissime situation d’injustice dans laquelle ils nous maintiennent, causé par le mauvais système capitaliste, dans notre pays et dans le monde.

C’est clair aussi pour nous qu’au cours de notre lutte il y a eu et il y aura des menaces, répressions, persécutions, spoliations, contradictions et moqueries de la part des trois niveaux des mauvais gouvernements, mais nous devons être clairs sur le fait que si le mauvais gouvernement nous haït c’est parce que nous sommes sur le bon chemin ; et que s’il nous applaudit, c’est qu’on est en train de dévier de notre lutte.

Nous n’oublions pas que nous sommes les héritiers de déjà plus de 500 ans de lutte et de résistance. Dans nos veines coule le sang de nos ancêtres, ils nous ont donné comme héritage l’exemple de lutte et de rébellion et d’être gardien de notre terre-mère, car c’est en elle que nous sommes nés, en elle que nous vivons et en elle que nous mourrons.

 -*-   Compañeras, compañeros zapatistes :

Compañeros, compañeras, compañeroas de la Sexta : Soeurs et frères :

Ceci est notre première parole de l’année qui commence.

Plus de paroles viendront, plus de pensées.

Peu à peu sera dévoilé notre regard, notre cœur que nous sommes.

Pour le moment nous voulons juste terminer en vous disant que pour honorer et respecter le sang des nôtres tombés au combat, ce n’est pas suffisant de simplement s’en rappeler, les regretter, pleurer, prier... Mais nous devons suivre l’exemple, et continuer la tâche qu’ils nous ont laissé, réaliser dans la pratique le changement que nous voulons.

C’est pour ça compañeros et compañeras, pour ce jour si important, c’est le moment de réaffirmer notre conscience de lutte et de nous engager à continuer de l’avant, quel qu’en soit le prix et quelles qu’en soient les conséquences, ne permettrons pas que le mauvais système capitaliste détruise ce que nous avons conquis et le peu que nous avons pu construire avec notre travail et nos efforts durant plus de 22 ans : notre liberté !

Maintenant ce n’est pas le moment de reculer, de nous démotiver ou de nous fatiguer, nous devons être plus déterminés dans notre lutte, et continuer à faire vivre les paroles et les exemples que nous ont laissé nos premiers compañeros : de ne pas se rendre, ne pas se vendre, et ne pas céder.

DÉMOCRATIE !

LIBERTÉ !

JUSTICE !

Depuis les montagnes du Sud-est mexicain.

Pour le Comité Clandestin Révolutionnaire Indigène - Commandement Général de l’Armée Zapatiste de Libération Nationale.

Sous-Commandant Insurgé Moisés. Sous Commandant Insurgé Galeano.

Mexique, Premier janvier 2016.

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