Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte

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Positions du CNI au sujet de la vague de répression contre les peuples

mercredi 25 mars 2015

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POSITION DU CONGRES NATIONAL INDIGENE (Mexique) AU SUJET DE LA VAGUE DE REPRESSION EN COURS CONTRE LES PEUPLES

Aux peuples originaires du Mexique et du monde

A la Sexta mexicaine et internationale

A l’Armée Zapatiste de Libération Nationale

A la mémoire de Don Félix Serdán Nájera, Frère principal.

Réunis au sein de la communauté Amatlán de Quetzalzoatl, municipalité de
Tepoztlán, Morelos, nous, les peuples, nations et tribus qui composons le
Congrès National Indigène, analysons la vague de répression en cours de la part des narco-gouvernants capitalistes qui tentent de prendre le contrôle de notre patrie.

Les fracas qui s’abattent contre nous ne sont pas liés à la couleur des partis
qui en haut nous gouvernent, ni à la forme et la manière dont ils sont élus
ou imposés, vu qu’ils ont tous pour but d’administrer la spoliation imposés
par ceux qui sont plus au-dessus. Elle n’est pas liée au mensonge
électoraliste qu’ils nomment démocratie ; elle n’est rien de plus qu’un
reflet de la décomposition au coeur du sanguinaire capitalisme néo-libéral,
qui engendre ce qu’ils appellent les « réformes structurelles », qui sont
imposés à la survie de nos peuples endoloris, tant à la campagne qu’à la
ville, et cela au prix de la douleur, de la liberté et de la vie des nôtres.

La répression que les mauvais gouvernements ont exercée contre nos
peuples est la réponse à notre décision de ne pas mettre un terme à notre
résistance visant à continuer à exister, cela malgré le labeur de la cruelle
guerre d’extermination. Cela n’est pas simplement lié à la persécution
politique, car c’est une réaction de ceux qui en haut planifient la spoliation
afin de consolider leurs intérêts, qui sont basés sur l’exploitation, la
spoliation, la répression et le mépris, et qui peuvent prendre différentes
figures et différents reflets :

Aujourd’hui nous manquent toujours 46 compagnons de l’école normale
rurale Isidro Burgos d’Ayotzinapa, qu’ont assassiné et fait disparaitre les
trois niveaux des mauvais gouvernements et tous les partis politiques, qui
font de la terreur un négoce et une manière de gouverner. Alors que cet Etat criminel parie sur l’oubli, nous les peuples, nous parions sur le fait de
reconstruire, cela sans oublier ni pardonner, parce que ce qui est en jeu
c’est le futur, qui, tout comme l’histoire, nous appartient.

La communauté tzeltale de San Sebastián Bachajón, située dans la
municipalité de Chilón, Chiapas, a dû affronter les forces répressives du
mauvais gouvernement, qui prétendent lui spolier les cascades d’Agua Azul
afin de les confier aux intérêts capitalistes. Tout juste ce 21 mars dernier,
plus de 600 éléments des forces de sécurité gouvernementales ont
incendié le siège régional de nos frères à San Sebastián, et les médias libres s’étant solidarisés avec leur lutte ont été agressés par les forces de sécurité publiques. De leur côté, la police de l’Etat du Chiapas et l’armée mexicaine ont intensifié l’occupation du territoire en appui aux groupes
paramilitaires.

La communauté nahua de Santa Maria Ostula, sur la côte de l’Etat du
Michoacán, a dû affronter depuis 2009 les menaces de soi-disant groupes
du crime organisé liés à tous les niveaux du mauvais gouvernement, le coût en étant la disparition de 5 comuneros d’Ostula et l’assassinat de 32
autres. Le 16 mars dernier, la marine militaire a tenté d’expulser et de
désarmer la police communautaire qui maintient un barrage sur la route
longeant la côte, au niveau de la localité de Xayakalan, territoire récupéré
en 2009 dernier. La communauté a répondu à cette action en bloquant la
circulation sur cette route, car permettre que la police communautaire soit
désarmée signifie se livrer aux mains des narco-paramilitaires, et
consolider par là même la spoliation dont est victime la communauté du
fait de ces mégaprojets mortifères que sont le narcotrafic, le tourisme
transnational et l’exploitation minière. Tout cela sous les auspices et la
protection des mauvais gouvernements.

Sont toujours emprisonnés nos compagnons Mario Luna et Fernando
Jiménez, porte-paroles de la tribu Yaqui, dans l’Etat du Sonora, sur la base
de délits fabriqués, qui reposent sur la non-reconnaissance des formes
ancestrales d’organisation des peuples ainsi que de la juridiction du
gouvernement traditionnel yaqui. Actuellement existe toujours un mandat
d’arrêt contre le compañero Tomás Rojo, et la prétention d’utiliser la
division et la trahison comme mécanismes de guerre. Tout comme les
menaces de mort et les tentatives d’homicide contre Lauro Baumea, dont le
véhicule fut incendié à l’extérieur de son domicile, en plus des menaces de
porter atteinte à la vie de membres de sa famille. Tout cela pour mener à
bien le vol de l’eau du fleuve Yaqui.

Sont toujours en prison les compañeros loxichas dans l’Etat de Oaxaca,
séquestrés depuis 18 ans par les mauvais gouvernements dans le cadre de
leur politique terroriste de contre-insurrection, au milieu des grands
projets miniers des transnationales, de la même manière que les frères
nahuas de San Pedro Tlanixco dans l’Etat de México, qui sont emprisonnés
depuis 12 ans pour empêcher que l’eau leur soit volée au bénéfice des
champs agro-industriels.

La spoliation des communautés et des ejidos dans les Etats de Morelos,
Puebla et Tlaxcala par le biais du dénommé « Projet Intégral Morelos » est
accompagnée de persécution contre les villages du volcan Pocatepetl qui se
refusent à céder leur territoire, leur sécurité et leur eau à des
transnationales cherchant à imposer des routes, des aqueducs et des
centrales thermoélectriques, sous la protection de tous les niveaux
répressifs du mauvais gouvernement. Actuellement il existe de nombreux
mandats d’arrêt contre ceux qui ont élevé la voix contre cette destruction,
laquelle est soutenue par des policiers et des militaires accompagnant les
engins de chantier ; ce qui s’est justement manifesté ces derniers jours
durant les travaux d’entubification de la rivière Cuautla, visant à satisfaire
les besoins de la centrale thermoélectrique de Huexca au détriment des
ejidos de la municipalité d’Ayala.

La communauté de San Francisco Xochicuautla, dans l’Etat de México, se
maintient en lutte contre la spoliation de son territoire au travers de la
construction d’une autoroute privée, et les comuneros ont même perdu la
liberté de discuter durant leurs assemblées communales, qui ont été
occupées par des dizaines de troupes anti-émeutes venues consolider la
spoliation agraire.

Tandis que nous résistons à la spoliation dans nos communautés, des
milliers de compañeros doivent émigrer afin de trouver des alternatives
afin de répondre à leurs besoins. Beaucoup d’entre eux arrivent dans des
camps de concentration où ils sont exploités et réduits en esclavage,
comme c’est le cas à San Quintin, dans l’Etat de Basse Californie du Sud, où les mauvais gouvernements répriment les mobilisations cherchant à
améliorer les conditions de travail de milliers de journaliers agricoles. La
majorité d’entre eux sont d’origine indienne.

Nous sommes convaincus que pour arrêter cette guerre, les slogans ne
sont pas suffisants ; que cela ne sera pas renversé non plus en regardant
les calendriers, les géographies et les manières de ceux d’en haut. Nous
avons bien plutôt besoin d’un nouveau pays, d’un nouveau monde.

Les puissants le savent eux aussi, eux qui ont intensifié le harcèlement
militaire autour des caracoles zapatistes de La Realidad et d’Oventik, et les
agressions paramilitaires de groupes promus, financés et entraînés par les
mauvais gouvernements, comme c’est le cas de Pojcol, de la CIOAC
Historique et de l’ORCAO, qui exercent une violence systématique contre
les communautés des bases d’appui zapatistes. Celles-ci, avec leur
organisation autonome, font briller l’horizon, et constituent un espoir
civilisationnel, plongeant ses racines anciennes dans les cultures qui sont
les nôtres en tant que peuples originaires.

Pour tout ce qui a été dit auparavant, nous déclarons :

- Que nous n’allons pas cesser de lutter pour la reconstruction et
pour notre reconstitution en tant que peuples originaires, car notre
lutte est pour la vie et pour continuer à exister.

- Que nous allons intensifier la lutte pour la liberté des
prisonniers politiques, pour la présentation des disparus et pour
qu’il y ait justice pour les assassinés.

- Que la vague répressive en cours est la réponse à cette résistance
contre la spoliation que est sans fin, car cette résistance trouve son
origine dans l’origine du monde, et qu’elle n’ait par conséquent pas
négociable.

- Que nous continuerons à tisser depuis en bas à gauche un
nouveau monde possible et nécessaire, car seulement de cette
manière, pourra briller la liberté pour nos peuples et la fin de la
répression.

Nous saluons la réalisation de l’hommage aux compañeros Luis Villoro
Toranzo et au maître zapatiste Galeano, hommage qui aura lieu dans le
caracol d’Oventik, Chiapas, le 2 mai 2015 prochain.

Amatlán de Quetzalcoatl, Tepoztlán, Morelos

22 mars 2015

Pour la reconstruction intégrale de nos peuples

Jamais plus un Mexique sans nous

Congrès National Indigène