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ATENCO Le bord de l’Eau en défense de la terre : l’histoire continue de s’écrire...

samedi 4 juin 2016

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Atenco mai 2016
communiqué FPDT

ATENCO - MEXIQUE

Le bord de l’Eau en défense de la terre : l’histoire continue de s’écrire...

Depuis le 11 avril 2016, l’invasion a avancé au Bord de l’Eau - à Atenco et à Texcoco-. Cela s’est d’abord produit sur les terres collectives ejidales de Nexquipayac où des travailleurs de l’entreprise mexicaine Geosol, protégés par un tank et des membres de l’armée mexicaine, s’apprêtaient à s’installer afin de réaliser de soi-disant travaux topographiques ; deux semaines plus tard, d´autres travailleurs de l´entreprise Cypsa Vicey tentèrent de faire la même chose avec des engins de chantier : faire des relevés topographiques et installer des piquets afin de commencer à délimiter la zone que le gouvernement pense être déjà en sa possession.

Dans les deux scénarios on peut souligner la présence de l’armée et de la police fédérale venus assurer la protection de ces travailleurs et de la même manière, des entreprises employant ces travailleurs : Geosol et Cipsa Vice.

Les faits ont provoqué l’alerte au sein des communautés qui constituons le Front des Villages en Défense de la Terre, et s’en est suivi l´installation en conséquence de campements et de groupes de garde sur les terres collectives ejidales de toute la zone.

La tension a de nouveau augmenté , et, malheureusement, l’incertitude au sein de la population aussi, ainsi qu’une vague d’abondance et de gaspillage d´argent public distribué aux personnes les plus inconditionnelles de la mafia priiste, mais aussi à ces familles pour qui 5000 pesos en liquide, des fêtes en grandes pompes, des selfies avec le président municipal le plus inculte qu’ait connu Atenco ou ne serait-ce qu’un sandwich ne leur font pas de mal en temps de crise financière et de crise d’amnésie.

Il suffit, pour en avoir la preuve, d’avoir la capacité de ressentir l’empoisonnement par lequel ils sont en train de transformer les gens qui défendaient hier la terre alors qu’aujourd’hui, beaucoup d’entre eux se sentent enhardis et aliénés par l’argent qu’ils reçoivent. C’est le prix pour ouvrir la voie aux entreprises destructrices, aux militaires et à la Police Fédérale. Sans parler des grandes révérences adressées à ceux qui les manipulent et qui sont en train de mettre en marche la grande spoliation qui, dans moins de temps qu’ils ne le pensent, les fera sombrer dans la misère économique et pire, dans la misère morale.

C’est avec une grande tristesse et un sentiment d’impuissance que nous dénonçons le fait que, lundi 23 mai dernier, le campement situé sur la colline de Huatepec a été envahi par un groupe de choc du PRI dirigé par Alejandro Santiago López, alias “el oaxaco”, et des inconditionnels d´Andrés Ruiz Méndez, président illégal d’Atenco, qui avaient déjà agi de la sorte en d’autres occasions, comme cela s’est produit lors de la destruction de la fresque emblématique d’Atenco en décembre 2013 et durant l’assemblée du 1er juin 2014, pour en mentionner quelques-unes. Par une action sournoise,bien alimentés en packs de bières et en jeunes drogués, ils ont ouvert le chemin à des personnes inconnues et à des dizaines de travailleurs venus poser des blocs de béton et du barbelé afin de délimiter le périmètre de l’aéroport mortifère, tandis que la Police Fédérale et la Marine qui survolaient au ras de la colline assuraient leur protection afin qu’ils s’installent et restent sur place une fois opérés les préjudices.

Deux jours plus tard, ce 25 mai, durant une opération similaire, au moins trois camionnettes de la Police Fédérale équipés d’armes lourdes et de cagoules, et deux autres de plus transportant des travailleurs qui portaient des gilets avec les insignes du ministère des Transports et des Communications, sont à nouveau entrés sur le territoire en passant par une parcelle communale d’Atenco appelée El Paraíso. Des compañeros et des compañeras sont arrivés sur place pour les virer et leur faire bien comprendre que leur présence viole à nouveau les recours. C’est l’imposition et l’illégitimité de la majeure partie des autorités traîtresses au droit de décider de NE PAS VENDRE ET DE NE PAS CÉDER LA TERRE QUI APPARTIENT AU PEUPLE DIGNE, À SES ENFANTS ET À SES PETITS-ENFANTS.

Il est clair que le gouvernement fédéral fait de nouveau comme s’il ne nous voyait pas, et comme si nous, les opposants à sa barbarie, nous n’existions pas. Même s’ils continuent de piétiner l’Empire de la Loi dont ils se vantent tellement, il convient de rappeler que nos villages, de manière organisée, font usage de tout ce qui est en notre pouvoir, c’est à dire en faisant recours à la mobilisation sociale mais aussi en faisant recours à la défense légale puisque face à ce nouvel assaut visant à imposer cet aéroport mortifère, nous avons déposés des recours légaux : contre la construction de l’aéroport, contre la spoliation qu’a mené à bien la Commission Nationale de l’Eau (CONAGUA), contre l’assemblée illégale de l’ejido qui s’est tenue à Atenco le 1er juin 2014, contre tout chantier portant atteinte aux terres collectives de l’ejido et à la terre communale de nos villages.

Même si ces recours et ces procédures légales n’ont pas abouti à l’émission d’une décision de justice de la part des instances correspondantes, il ne faudrait pas non plus croire et accepter que les travaux, les invasions et les spoliations exercées sur le territoire d’Atenco et de Texcoco soient valides au niveau légal.

La dernière intrusion illégale date d’aujourd’hui, mercredi 25 mai, à midi. Jusqu’à maintenant, cela n’a pas engendré plus de conséquences mais, nous, les villages et les organisations sœurs, nous déclarons très clairement à l’opinion publique et aux organismes des droits humains nationaux et internationaux que :

En tant qu’habitants originaires et en tant qu’êtres humains, nous exerçons notre droit à la libre détermination sur notre territoire, notre forme de vie et notre identité ; et que ce sont l’État mexicain, ses représentants de tous les niveaux, ses institutions vendues et les entreprises venues saccager qui sont en train de commettre ce préjudice contre nos droits les plus élémentaires, les droits humains, ceux de notre mémoire et de notre identité. C’est pourquoi nous exigeons des garanties pour notre intégrité et pour celles de nos familles. Nous exigeons que le gouvernement fédéral, étatique et municipal respectent les procédures et les durées légales. Nous exigeons que la présence de toute entité policiaco-militaire disparaisse de notre territoire, car leur seule présence et leur pression stigmatisent et approfondissent encore plus l’injustice et l’impunité qui règnent au Mexique.

Nous alertons l’opinion publique, nos frères de lutte, les médias et les organismes des droits humains nationaux et internationaux de la menace permanente et de l’avancée de l’invasion et de la spoliation de notre territoire.

Notre posture reste inébranlable : LA TERRE NE SE VEND PAS, ELLE S’AIME ET SE DÉFEND. Et si demain nous devons rendre des comptes à nos enfants et petits-enfants, nous leur dirons fièrement que notre dignité n’a jamais été à vendre, que jamais nous ne lui avons donné de prix et que nous avons suivi le chemin fidèle et conséquent hérité de nos grands-parents, qui nous l’ont donné en héritage en la défendant.

La terre n’est pas à vendre, elle s’aime et se défend !

Zapata est vivant, la lutte continue !

Front des Villages en Défense de la Terre

México, 25 mai 2016

(traduction collective)

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