Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte

Témoignage de Starhawk

mercredi 1er août 2001

Gênes, Italie : témoignage de Starhawk, Américaine, sur la descente de police au centre de médias indépendants dans la nuit du 21 au 22 juillet 2001

Je pense que je suis calme, que je ne suis pas en état de choc, mais, quand j’écris, mes doigts tremblent. Nous étions à l’étage, dans l’école qui sert tout à la fois de centre pour les médias, de centre médical et de formation. Nous venions de finir notre réunion, nous passions des coups de fil quand nous avons entendu des cris et des sirènes, des hurlements et des bruits de casse. Les flics sont arrivés, ils attaquaient le centre.

Nous n’avons pas pu sortir, il y avait trop de gens à la porte. Lisa a pris ma main et nous avons monté en courant les cinq étages, jusqu’en haut. Jeffrey nous a rejointes. Les gens avaient peur et cherchaient où se cacher. Ce n’était pas la panique, mais mon cœur battait et je respirais difficilement. Nous avons trouvé une pièce vide, des tables, et nous nous sommes mis des sacs de couchage sur la tête au cas où nous serions battus. Nous avons attendu. Nous entendions les hélicoptères tourner autour de l’immeuble, les portes claquaient, des cris en bas, puis plus rien. Quelqu’un est entré, a fait le tour, est parti. J’avais le souffle court et un toussotement que j’ai eu du mal à contrôler.

J’étais par terre et je me suis rappelé qu’il y avait des tas de gens qui nous apportaient amour et protection, et j’ai retrouvé mon souffle. Quelqu’un a allumé. Par une fente entre les tables, je pouvais voir un casque et un visage. Un grand flic italien, avec un gros ventre, nous regardait. Il nous a dit de sortir, il n’avait pas l’air décidé à frapper, mais on est resté où on était, à essayer de lui parler en anglais et en espagnol, et le peu d’italien que je connais : "paura", peur, "pacifisti". Il nous a fait descendre au troisième où beaucoup de gens étaient assis, alignés contre les murs. On a attendu. Les avocats sont arrivés et les flics sont partis. Par quelque mystère de la loi italienne, nous nous trouvions dans une salle de presse, ce qui nous donnait certains droits à y être, bien que l’école de l’autre côté de la rue ait été aussi un centre de presse et qu’ils y aient pénétré et frappé des gens.

Nous sommes restés à regarder par la fenêtre. Nous les avons vus sortir des gens sur des brancards, un, deux, une douzaine, et plus. La foule s’était rassemblée et hurlait "assassins , assassins !". Ils ont fait sortir les blessés qui marchaient, ils les ont arrêtés, ils les ont isolés. On a eu l’impression qu’ils ont sorti quelqu’un d’un sac.

La foule en bas défiait les flics, et les flics défiaient la foule. Et tout à coup, les médias sont arrivés et on a fait un grand cercle dans la lumière brillante des caméras. Marina, chez qui nous logeons et qui fait partie du Genoa Social Forum, est venue et nous a trouvés. Elle avait appelé les ambassades et les médias et nous a sans doute épargné d’être battus quand les flics en ont eu fini avec le premier bâtiment.

Pendant tout ce temps, les hélicoptères vrombissaient et éclairaient violemment le bâtiment. Quelques hommes courageux repoussaient la foule en colère qui paraissait prête à charger le cordon de flics anti-émeute qui était formé devant l’école, boucliers en l’air, masques à gaz au visages. "Calmez-vous, calmez-vous !" disaient-ils, les bras levés, préservant la foule en colère d’une charge suicidaire. J’étais dans la salle du téléphone, passant de la fenêtre au téléphone. Finalement, les flics sont partis.

Nous sommes descendus au premier, nous sommes sortis pour entendre ce qui s’était passé. Ils sont entrés dans les pièces où les gens dormaient. Les gens ont mis les mains en l’air, en criant "pacifisti, pacifisti". Les flics les ont tous frappés à leur faire sortir la merde, on ne peut pas dire ça autrement. Nous sommes allés voir dans l’autre bâtiment. Il y avait du sang partout où l’on dormait, des flaques même parfois, le bordel total, les ordinateurs et les équipements bousillés. Nous étions tous en état de choc, errants, s’empêchant de penser à ceux qui avaient été arrêtés, à ceux qu’ils avaient amenés à l’hôpital. On sait qu’ils ont arrêté tous ceux qu’ils ont amenés à l’hôpital, qu’ils ont mis des gens en prison et qu’ils en ont torturé. Vendredi, un des jeunes Français de notre formation, Vincent, a été violemment frappé à la tête dans la rue. En prison, ils l’ont conduit dans une pièce, lui ont tordu les bras dans le dos et lui ont tapé la tête contre la table. Un autre gars a été amené dans une pièce couverte de photos de Mussolini et d’images pornographiques. Il a subi une torture psychologique démente faite d’une alternance de coups et de grandes embrassades. Pour le cas où l’on n’aurait pas compris qu’il s’agit de fascisme. La variété italienne, mais ils s’approchent de vous. Voilà jusqu’où ils vont aller pour défendre leur pouvoir. Dire que la globalisation signifie la démocratie est un mensonge. Je peux vous le dire maintenant, ce soir : la démocratie ne ressemble pas à cela.

Je dois arrêter maintenant. Je serai en sécurité quand nous pourrons rentrer où nous logeons. Appelez l’ambassade d’Italie, allez-y, faites-leur honte ! Nous ne pouvons organiser une nouvelle manifestation tant que la situation reste aussi dangereuse.

S’il vous plaît, faites quelque chose !

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