Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte
Accueil du site > médias libres mexicains > Expulsion et reprise du blocage enseignant et populaire à la sortie de San (...)

Expulsion et reprise du blocage enseignant et populaire à la sortie de San Cristobal de las Casas

vendredi 22 juillet 2016

Presque un mois jour pour jour après le massacre de Nochixtlan, Oaxaca, perpétré contre le mouvement enseignant et populaire en lutte contre les réformes structurelles néo-libérales, une nouvelle attaque s’est produite ce 20 juillet dernier contre le blocage de route indéfini en poste à la sortie de San Cristobal, Chiapas.

Depuis le 27 juin dernier, un blocage enseignant et populaire massif est installé à l’ouest de San Cristobal sur l’autoroute reliant la capitale de l’Etat du Chiapas à la ville et plus avant, à la frontière guatémaltèque.

Dans le cadre du mouvement de résistance du corps enseignant au Mexique, en grève indéfinie depuis le 15 mai contre des réformes néo-libérales de l’éducation, le 27 juin dernier, 8 blocages de routes avaient été installés dans l’Etat du Chiapas, en écho aux blocages équivalents mis en place à Oaxaca, en soutien au rapport de force en cours entre la Coordination Nationale des Travailleurs de l’Education (CNTE) et le gouvernement fédéral mexicain, après le massacre opéré à Nochixtlan, Oaxaca.

Bien que ces blocages aient été levés le 8 juillet dernier suite à une décision de l’assemblée des sections chiapanèques de la CNTE, à San Cristobal l’"Assemblée Populaire Régionale" formée le 7 juillet avait quant à elle décidé de maintenir un blocage à durée indéfinie à la sortie de la ville, alimenté et dirigé par le mouvement populaire régional, en lien avec les autres blocages encore en cours dans le reste du pays.

Alors que la décision prise par l’EZLN début juillet d’envoyer plusieurs dizaines de tonnes de vivres aux enseignants en grève, l’ouverture le 12 juillet de tables de négociation au niveau fédéral entre la CNTE et le gouvernement s’étalant tout au long du mois, et la mise en place sur la barricade de San Cristobal d’une journée artistique de "pARTage" le 19 juillet, un mois après l’attaque de Nochixtlan, témoignaient toutes d’une force renouvelée du mouvement social enseignant et populaire dans les Altos du Chiapas, le 20 juillet, au matin, une attaque fut perpétrée par plusieurs centaines d’hommes armés et encagoulés, encadrés et protégés par la police locale, contre le blocage de route régional.

Les enseignantEs de la CNTE ont dénoncé à ce sujet l’usage d’une "stratégie paramilitaire" pour procéder à l’expulsion du campement. "Des groupes de choc ont dit qu’ils allaient faire une démarche administrative à Tuxtla Gutierrez. Ils étaient plus de 200 personnes, avec un camion à l’avant et les gens encagoulés", ont expliqué les personnes agressées. Ils venaient du village de San Juan Chamula, et ont répondu aux personnes se faisant passer pour des touristes qu’ils allaient "défoncer les enseignants" et leurs pancartes appelaient à expulser les enseignants" (Radio Pozol). Un enseignant, Romualdo Guadalupe Urbina Estrada, fut blessé par le projectile d’une arme à feu et interné dans un hôpital de San Cristobal. Plusieurs autres personnes furent également blessées.

"En arrivant, ils ont commencé à brûler les campements, accompagnés par la police municipale, étatique et nationale", suivant le témoignage d’enseignants de la CNTE. "Ce n’est pas possible qu’alors que nous mettons en place une négociation nationale pacifique, eux fassent autre chose. Cela veut dire que Nuño [secrétaire de l’éducation publique] et Peña Nieto ne sont pas en mesure de résoudre le problème de la réforme éducative, mais seulement de l’imposer". Face à l’agression, l’appel fut alors lancé à se regrouper sur la place centrale de San Cristobal. Suite du récit traduite d’un communiqué des médias libres publié le soir du 20 juillet.

Enseignants et société solidaire reviennent au blocage à San Cristobal, après avoir été expulsés violemment par des groupes de choc et par la police.

traduction d’un article de Radio Pozol

San Cristóbal de las Casas, Chiapas México. 20 juillet. Face à la violente expulsion du blocage citoyen en soutien au mouvement enseignant, des enseignantEs, des organisations sociales et la société civile solidaire se réorganisent et se positionnent à nouveau à la sortie à l’ouest de San Cristobal afin de montrer clairement leur rejet de l’auto-dénommée « réforme éducative » que l’administration de Peña Nieto et Velasco Coello prétendent imposer à la société mexicaine.

L’envoi de groupes de choc violents protégés par les 3 niveaux de gouvernement n’a pas été suffisant pour que le gouvernement arrive à faire céder la manifestation de la citoyenneté, mécontente des réformes néolibérales mises en œuvre sans aucune consultation au sein du pays. Cette fois la population a dit NON et le maintient avec plus d’un mois de blocage dans la ville touristique située dans les Altos de Chiapas.

Après une manifestation très concourue partie du parc central de San Cristóbal, une assemblée populaire fut installée sur le site où fut expulsé le blocage durant la matinée et où les discussions continuent pour savoir quel serait tout à la fois les actions à continuer tout comme le lieu où le blocage serait maintenu au vu de la proposition de le déplacer vers le centre de la ville.

On ne sait pas encore si le retour au blocage sera permanent, mais ce qui par contre fut mis au clair est la participation de l’Etat que la société civile organisée dénonce comme ayant été responsable de l’agression opérée par des groupes civils armés. Cette fois ce fut par le biais de groupes de choc dénoncés, tel que : l’Association de Locataires des Marchés traditionnel du Chiapas (ALMETRACH), présente à San Cristóbal de las Casas ; et un groupement commandé par le président municipal de San Juan Chamula, Domingo López González.

Ces groupes, clairement identifiés et aux méthodes violentes, sont un exemple d’une stratégie qui n’est pas nouvelle de la part des autorités, car elle a été utilisée de manière récurrente dans les Altos de Chiapas centre l’EZLN et l’organisation de la société civile « Las Abejas », pour ne citer que quelques exemples. Néanmoins, tout comme la stratégie de violence employée par le gouvernement est désormais limpide, les réponses de la société civile démontrent que la patience touche à sa fin face aux agressions constantes des trois niveaux de gouvernement.

Durant une conférence de presse, ce 21 juillet, des représentants du mouvement enseignant ont signalé qu’ils avaient accepté une table de négociation avec le secrétaire du gouvernement de l’entité du Chiapas, afin de solliciter la médiation de Fray Gonzalo Ituarte, durant laquelle 4 points ont été mis à l’ordre du jour :

- la sécurité des personnes qui participent au mouvement

- la destitution du président municipal Marco Cancino

- l’incarcération des groupes de choc ayant participé à l’agression

- justice pour Juan Carlos, assassiné le 24 mars de cette année.

Les enseignants se sont également désolidarisés des actes de vandalisme survenus durant la nuit à San Cristóbal. Ils ont expliqué que la « protestation sociale est un droit à exercer » et que le mouvement enseignant a suivi une voie pacifique, et que ces actes ont pour intention politique de discréditer le mouvement enseignant, et forment partie intégrante du manuel de contre-insurrection américain appliqué au Chiapas depuis le soulèvement armé en 1994.

Photo : Subversiones y Regeneración Radio

trad 7nubS

SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0