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EZLN / Lettre ouverte au sujet de la répression contre le mouvement populaire à San Cristobal de Las Casas, Chiapas

samedi 23 juillet 2016

Lettre ouverte au sujet de la répression contre le mouvement populaire à San Cristobal de Las Casas, Chiapas

ARMÉE ZAPATISTE DE LIBÉRATION NATIONALE.

MEXIQUE.

21 juillet 2016.

A qui que soit le gouverneur en fonction en ce moment, et autres types de contremaîtres de l’état sud-oriental mexicain du Chiapas :

Mesdames (pfff..) et messieurs (double pfff..) :

Ne recevez pas nos salutations :

Avant qu’il ne vous prenne d’inventer (comme le fait déjà la PGR à Nochixtlán, Oaxaca) que la lâche agression contre le campement de résistance populaire à San Cristóbal de Las Casas, Chiapas, fut orchestrée par ISIS [Daesh], on vous transmet gratis le rapport que nous avons recueilli :

Les paroles qui suivent sont celles d’un frère indigène proche des partis (du PRI) de San Juan Chamula, Chiapas, Mexique :

"A 9 heures du matin (du 20 juillet 2016), ceux du parti des Verts ont été convoqués à sa maison du gouverneur. De là ils sont revenus et il leur aurait dit de faire comme ils avaient fait l’autre jour.

(NOTE : il parle de lorsqu’un groupe d’indigènes du Parti Vert Ecologiste s’était mis des passe-montagnes et qu’ils sont allés faire du bordel sur le blocage de San Cristóbal et à Tuxtla Gutiérrez, capitale du Chiapas. Quand ils ont été détenus par la sécurité de la CNTE, ils ont d’abord dit qu’ils étaient zapatistes (ils ne l’étaient pas, ni ne le sont, ni ne le seront jamais), avant de dire enfin qu’ils étaient membres des partis.

Mais que cette fois-ci ils allaient y aller pour dialoguer, afin que ceux du blocage laissent passer les camions des chamulas qui font du commerce à Tuxtla. Le président municipal (des Verts écologistes) a mis à disposition les patrouilles et l’ambulance locales. Celui de San Cristóbal tant de policiers en plus. Les gouvernements de Tuxtla un bon paquet en plus. Bien évidemment ils avaient fait un pacte avec les policiers, c’est-à-dire qu’ils avaient leur plan quoi. Et donc ils sont arrivés en disant vouloir dialoguer, mais un groupe est parti en vrille et alors ils ont commencé à tout casser, à voler et à brûler, c’est-à-dire qu’ils les ont pris en tenaille. Ensuite, comme ils portaient des armes, parce que les Verts, ils se déplacent armés, et bien ils se sont mis à tirer comme des dingues et des défoncés. Et les policiers ils étaient genre à les protéger, c’est-à-dire que c’était leur soutien. Ce qu’ont fait les verts, là, on n’est pas d’accord avec ça. Parce que maintenant de fait les touristes, ils ont peur de venir au chef-lieu (de San Juan Chamula) et cela ça nuit à tout le monde parce que le commerce, il a beaucoup diminué. C’est pas le blocage, c’est les enfoirés de verts qui niquent tout. Maintenant on va aller manifester à Tuxtla pour qu’ils enlèvent ce président qui est tellement stupide. Et s’ils ne nous prêtent pas attention, et bien on va voir par ici de quel bois on se chauffe."

Au sujet de votre stupide manœuvre de faire enfiler des cagoules aux paramilitaires pour les présenter comme étant des zapatistes (en plus que c’est une vieille astuce déjà utilisée avant par le mange-croquettes Albores [gouverneur du Chiapas à la fin des années 90, NdT]), c’est un échec retentissant. Questionnés au sujet de si ils pensaient que ceux qui avaient attaqué le blocage et foutu le bordel étaient zapatistes, voilà ce que deux personnes du peuple sans filiation politique déclarée ont répondu :

Un commerçant ambulant, d’environ 60 ans répond :

"Non ! Ceux qui ont fait des dégâts hier ce sont des gens payés par le gouvernement, on est bien au courant. C’est pas ceux qui soutiennent les enseignants. Parce que la lutte des enseignants c’est bien, sinon, c’est nous qui allons terminer par payer l’éducation. Et d’où est-ce qu’ils sortent l’argent pour payer les enseignants ? Et bien du peuple. Ce qu’il manque c’est qu’au moins la majorité des états du Mexique se décident à s’y mettre, parce qu’il y a déjà quatre états qui sont déjà sur le coup, mais le autres on ne sait pas c’est pour quand."

Une indigène chamula, commerçante ambulante, répond :

"Nannn !!!" C’est pas eux, eux ils se comportent pas comme ça ! Eux (les zapatistes) si, ils soutiennent les enseignants et ceux d’hier ils veulent se faire passer comme eux, mais c’est pas eux, ils se mettent juste leurs passe-montagnes, mais ils se comportent pas pareil.

- et c’était qui, les gens d’hier ?

- c’est des autres, ils les paient.

- et vous voyez comment le truc des enseignants ?

- et bien c’est vrai qu’il faut les soutenir"

-*-

On est sûrs que vous, vous l’ignorez (c’est cela, c’est-à-dire que les bêtises que vous faites c’est pour la même raison, c’est-à-dire parce que vous êtes bêtes), mais il se trouve que le dénommé "conflit enseignant" surgit à cause de l’arrogance stupide d’un aspirant grisâtre au titre de policier, qui officie toujours au Secrétariat de l’Education Publique (SEP, pour leurs initiales en espagnol. Non, de rien, pas de raison de vous donner d’excuses). Après des mobilisations et la réponse du gouvernement à ces mobilisations par le biais de menaces, des licenciements, des coups, de la prison et des assassinats, le mouvement enseignant en résistance a obtenu que le gouvernement fédéral se mette à s’asseoir pour dialoguer. C’est, du coup, un dossier fédéral. C’est au gouvernement fédéral et au mouvement enseignant en résistance qu’il incombe de dialoguer et d’arriver ou non à des accords.

Vous vous sympathisez avec l’absence d’ouverture du policier grisâtre. Nous, femmes et hommes zapatistes, nous sympathisons avec les demandes du mouvement enseignant et nous les respectons. Et pas seulement avec la CNTE [Coordination Nationale des Travailleurs de l’Education] mais aussi et surtout avec tout le mouvement populaire qui s’est levé autour de leurs exigences. En tant que zapatistes que nous sommes, nous avons rendu publique notre sympathie en les aidant, en plus de la parole, avec le peu d’alimentation que nous avons pu rassembler sur nos tables.

Vous, vous croyez que ce mouvement, déjà populaire, vous allez le vaincre avec des expulsions, même déguisées en « indignation citoyenne » ? Et bien vous avez déjà vu que non. Tout comme l’ont fait les peuples originaires frères à Oaxaca, si vous les expulsez, ils reviennent s’installer. Et ça, sans cesse. Parce qu’il se trouve qu’ici en bas, on est pas fatigués. Vos patrons à vous ont calculé que le mouvement enseignant en résistance allait s’essoufler à cause des vacances. Vous avez déjà vu que vous vous êtes trompés (mmm, ça fait déjà plus de 3 fautes à l’évaluation, si on vous appliquait la « réforme éducative » vous seriez déjà licenciés, en train de chercher un emploi chez Iberdrola au côté de l’autre psychopathe).

Le mouvement ne fait que grandir et rencontrer des sympathies, tandis que vous, vous ne faites que convoquer des antipathies et du rejet.

Comme nous l’avons signalé depuis déjà presque deux mois, le mouvement rassemble déjà différents secteurs sociaux et, évidemment, leurs demandes spécifiques. Par exemple, vous n’êtes pas là pour le savoir, mais ils demandent déjà la destitution de Cancino (le soi-disant président municipal de San Cristóbal de Las Casas, ville qui, peut-être l’ignorez-vous, se trouve dans l’état du Chiapas, Mexique) ainsi que l’incarcération de Narciso, le chef paramilitaire de la ALMETRACH [Association de Locataires des Marchés traditionnels du Chiapas, identifiée comme l’un des groupes paramilitaires intervenus le 20 juillet, NdT]. Cela, et d’autres choses qu’ils exigent, qu’on peut résumer en une seule chose : bon gouvernement. Combien de temps vont-ils tarder à se rendre compte que vous tout-e-s, vous gênez, que vous n’êtes rien d’autre que les parasites qui rendent malades la société entière en haut et en bas ?

Mais il se trouve donc que vous vous sentez très sûrs de vous et que vous envoyez vos chiens pour voler le peu d’affaires qui appartiennent à ces personnes qui sont en train de manifester PACIFIQUEMENT. Bon, et bien nous, les femmes et les hommes zapatistes, nous allons rassembler de nouveau des aliments et les ustensiles que vous leur avez enlevé, et nous allons leur renvoyer de nouveau. Et ça, sans cesse.

Au lieu de faire des déclarations ridicules (comme celle de se désolidariser de la lâche attaque perpétrée contre le campement POPULAIRE à San Cristóbal), vous pourriez contribuer à quelque chose dans la distension nécessaire afin que ce dialogue et cette négociation suive le chemin déterminé par ses acteurs (dialogue qui, nous vous le rappelons, se déroule entre le Gouvernement Fédéral et la Coordination Nationale des Travailleurs de l’Education), et vous feriez bien d’attacher vos chiens (prénommés Marco Antonio, Domingo et Narciso). Vous n’avez qu’à les siffler en agitant un paquet de billets et vous allez voir comme ils obéissent.

Et un conseil gratuit : ne jouez pas au feu à San Juan Chamula, le mécontentement et la division que vous êtes en train de fomenter au sein de ce village avec vos conneries peut provoquer un conflit interne dont la terreur et la destruction ne pourrons pas être étouffées ni par des bots sur les réseaux sociaux, ni par des annonces payantes dans les journaux, ni avec le peu d’argent que Manuel Joffrey Velasco Baratheon-Lannister a laissé dans la trésorerie de l’état du Chiapas [1].

Donc tranquilles. Patience et respect. Nous espérons que le gouvernement fédéral dialogue et négocie avec sérieux et engagement. Pas seulement parce que les exigences enseignantes sont justes, aussi parce que peut-être que celle-là fait partie des dernières fois où il y aura quelqu’un avec qui dialoguer et négocier. La décomposition à laquelle vous en êtes arrivés est telle que, bientôt, vous ne saurez même plus qui calomnier. En plus, bien sûr, du fait qu’il n’y aura personne de l’autre côté de la table.

Compris ?

Donc retournez à vos affaires, c’est-à-dire au Photoshop, aux pages des trucs sociaux, aux fêtes de célébrités, aux publicités monumentales, aux courriers du cœur, à la frivolité de celui qui est dépourvu d’intelligence.

Gouverner ? Allons, cela même les médias commerciaux n’y croient plus !

Mettez-vous plutôt de côté et apprenez, parce que vous êtes au Chiapas, et le chiapanèque c’est beaucoup de peuple pour un gouvernement si misérable.

-*-

À qui est concerné :

En tant que zapatistes que nous sommes c’est notre conviction, et nous œuvrons en conséquence, qu’il faut respecter les décisions, stratégies et tactiques du mouvement. Et cela vaut pour tout le spectre politique. Ce n’est pas légitime de chercher à chevaucher sur un mouvement afin de tenter de l’emmener dans une direction étrangère à sa logique interne. Ou bien pour la freiner, ou bien pour l’accélérer. Ou bien sinon, dites clairement que ce que vous recherchez c’est d’utiliser ce mouvement pour vos fins et vos objectifs particuliers. Si vous le dites, peut-être que le mouvement va effectivement vous suivre, peut-être que non. Mais c’est plus sain d’en parler clairement au mouvement sur ce qui y est recherché. Comment voulez-vous diriger si vous ne respectez pas les gens ?

Nous, femmes et hommes zapatistes que nous sommes, nous n’allons pas dire aux enseignantes et aux enseignants actuels (celle et ceux de la CNTE et des villages, quartiers et colonies qui les soutiennent) ce qu’il faut faire et ce qu’il ne faut pas faire. Cela doit être bien clair pour toutes ces nobles personnes qui luttent : TOUT MOUVEMENT FAIT PAR LE ZAPATISME AU SUJET DU MOUVEMENT POPULAIRE EN COURS (ou ceux qui surgiront après) NOUS LE FERONS SAVOIR PUBLIQUEMENT DE MANIÈRE ANTICIPÉE et toujours, en respectant vos temporalités et vos modalités. La Coordination Nationale des Travailleurs de l’Education, tout comme les mouvements des peuples originaires, des colonies et des quartiers qui soutiennent le corps enseignant doivent comprendre que,quelle que soit votre décision, et quel que soit ce que vous décidez sur la marche, la destination, la tournure, les étapes et la compagnie, elle recevra notre respect et notre salutation.

Le truc de « se déguiser » en zapatistes et de crier des slogans qui engagent d’autrEs gens, c’est bien pour se divertir un moment et avoir une mini-médaille dans son curriculum, mais ça n’en cesse pas pour autant d’être faux et malhonnête. Nous, nous ne nous soulevons pas pour distribuer de la bouffe industrielle volée, mais pour la démocratie, la liberté et la justice pour toutEs. Si vous croyez que c’est plus révolutionnaire et que cela aide plus le mouvement de briser des vitrines et de voler de la bouffe qui n’alimente même pas, et bien, que le mouvement en discute et le décide. Mais précisez que vous n’êtes pas zapatistes. Nous, cela ne nous ennuie pas ni ne nous énerve si vous nous dites que nous ne comprenons pas le mouvement conjoncturel, ou que nous n’avons pas de vision des avantages électoraux, ou que nous sommes petit-bourgeois. La seule chose qui nous intéresse c’est que cette enseignante, cet enseignant, cette dame, ce monsieur, ce jeune ou cette jeune ressentent qu’ici, dans les montagnes du sud-est mexicain, il y en a qui les aime, les respecte et les admire. Même si dans les grandes stratégies électorales ou révolutionnaires, ces sentiments n’entrent pas en jeu.

Parce que le corps enseignant en résistance et, comme cela est chaque fois plus le cas, et comme ça devient chaque fois plus fréquent, le mouvement populaire qui prend corps à son entour, affrontent des conditions adverses très difficiles. Ce n’est pas juste que, au milieu de tout cela, ils aient à composer non seulement avec les barreaux, les matraques, les boucliers, les balles et, maintenant, les paramilitaires ; mais aussi avec des « conseils », des « orientations », et des ordres « avec-tout-le-respect » qui leur disent ce qu’ils devraient faire ou pas, s’il faut avancer ou reculer, c’est-à-dire ce qu’il faut penser et décider.

Nous, les femmes et les hommes zapatistes, nous n’enverrons pas de la bouffe industrielle à ceux qui luttent, mais des tortillas grillées de maïs non transgénique, non volées mais résultat du travail de milliers d’hommes et de femmes qui savent qu’être zapatiste ce n’est pas se masquer le visage, mais montrer son cœur. Parce que les tostadas zapatistes, réchauffées, soulagent la faim et alimentent l’espoir. Et cela, ça ne se trouve pas dans les magasins de circonstance, ni dans les supermarchés.

Depuis les montagnes du sud-est mexicain.

Sous-commandant Insurgé Moisés. Sous-commandant Insurgé Galeano.

Source originale en espagnol : Enlace zapatista

Notes

[1] on vient d’apprendre, ce 23 juillet, que le président municipal de San Juan Chamula, le syndic municipal et deux autres personnes viennent d’êtres abattues lors d’un affrontement entre des chamulas venus de plusieurs dizaines de villages exiger l’argent public des oeuvres municipales, et la présidence municipale liée au parti Vert...

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