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Lettres de Luis Fernando Sotelo, condamné récemment à 33 ans de prison

lundi 17 octobre 2016

Lettres de Luis Fernando Sotelo

Luis Fernando Sotelo Zembrano, étudiant de la UNAM et adhérent à la Sixième déclaration de la Selva Lacandona, est reclus à la prison sud de la capitale depuis novembre 2014, suite à sa détention durant la troisième action globale pour Ayotzinapa, accusé sans preuve d’être le responsable de l’incendie d’une ligne de métrobus.

Le 20 septembre dernier, Luis Fernando Sotelo a été jugé de manière expéditive et condamné à 33 ans de prison ainsi qu’à payer une amende gigantesque pour les dommages occasionnés.

Plus bas, une lettre publique écrite depuis par Luis Fernando, au lendemain du lancement d’une grève de la faim collective de sa part et d’autres prisonniers libertaires et anarchistes du Mexique :

***

29 septembre 2016.

Premièrement. Je salue les compas du Congrès National Indigène (CNI) et les compas de l’Armée Zapatiste de Libération Nationale (EZLN). Je remercie énormément leurs manifestations dirigées vers cette embrassade géante qui se nomme solidarité. Pour vous tout mon respect. Merci pour votre parole [1]

Deuxièmement. J’invite à réorganiser les forces, en continuant à mettre en lumière les Révoltes et les Résistances au système de domination et l’état des choses actuel.

Deuxièmement (point 2). Je déclare publiquement que depuis le 28 septembre de cette année je suis en grève de la faim illimitée. Les motifs en sont principalement de me réapproprier depuis mon existence en revendiquant :

-  De saluer les grèves et les protestations des prisonniers aux Etats-Unis.

-  Une embrassade aux révoltes en réponse à la brutalités policières contre les communautés afro-américaines.

-  La lutte et aussi les grèves menées dans la prison Nord du DF par Abraham Cortés Avila et Fernando Barcenas. Ainsi que la lutte et la grève de Jessie Montaño. Ainsi que la lutte et le jeûne de Miguel Peralta Betanzos dans l’Etat de Oaxaca.

Troisièmement. Je réaffirme mon adhésion aux príncipes éthiques proposés par la Sixième Déclaration de la Selva Lacandona. Pour cela je partage que : face à la systématisation de la terreur, et au-delà, de la criminalisation de ma personne, je n’ai pas peur. Je maintiens la camaraderie avec la Sexta. Je salue aussi dans le même sens la travail accompli par le Réseau contre la répression et pour la solidarité (RvsR).

Jamais plus un Mexique sans nous !

Pour toutes les libertés d’en bas à gauche !

Que la Rage soit la même, que le vent souffle, que commence la tempête !

Embrassades, affectueusement

Fernando Sotelo Zambrano.

Source en espagnol sur le site de la Croix Noire Anarchiste de Mexico

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***

Plus bas également, la traduction de la transcription d’un entretien audio avec Fernando Sotelo réalisé le 23 septembre 2016 par le média libre mexicain « Noticias de abajo », dans lequel il revient sur les transformations actuelles du système pénal mexicain et envoie ses salutations à d’autres prisonniers condamnés aux longues peines, et tout spécialement aux 6 de Tlanixco.

Je suis emprisonné dans la prison sud de la capitale depuis à peu près un an et dix mois, accusé de manière concrète d’un incendie. Ils n’ont pas pu jusqu’à présent validé la sentence vu que je vais la contester et que le juge de la cause pénale se prononce sur ma sentence de 33 ans de prison.

La lutte continue.

Aux individus emprisonnés par l’Etat, son pouvoir réel et les institutions émanant de cette société :

I

Les luttes contre la domination sont bien diverses, et la domination prétend être institutionnalisée en mode moderne, mais si nous les prisonniers ils tentent de nous soumettre et bien ils n’y arrivent pas, cette châtiment-là de la prison, cela sert comme avertissement pour terroriser les personnes et former des êtres assimilés par l’empire de la loi, encadrant la conduite humaine dans les limites étriquées des codes pénaux.

Cela dit, la prémisse révolutionnaire consiste elle à connaître les lois et leur nature, non pas pour continuer à privilégier le despotisme et la tyrannie, mais pour aller vers la réalisation des libérations absolues. C’est dans le contexte de la sophistication qu’on peut comprendre la reconfiguration actuelle du système de justice mexicain. On peut parler au moins de deux phénomènes, le premier, c’est l’assimilation des conduites au sein des codes pénaux sur le modèle gringo, qui repose sur la logique de niveler les pressions effectuées par les secteurs de pouvoir, et le second, au contraire de ce qui est stipulé dans les réformes au sujet des droits humains, qui consiste à généraliser les mandats de dépôt, et à faire justice par le biais d’arrangements économiques, d’amendes, de caution, de peines etc.

Il faut du coup se rappeler qu’avant la mise en place du nouveau système de justice, combien d’extorsions, de dessous de table et de pots-de-vins ont été capitalisés par les fonctionnaires corrompus du pays, et si la population d’en-bas qui est la plus vulnérable aux sanctions juridico-pénales a dû souffrir autant de la part de groupes et d’individus particuliers, le mauvais gouvernement se demande : pourquoi ne pas mettre en place cela même sous d’autres noms, comme celui de juge des contrôles ou de la modernité ?

Au vu de ce qui précède, il n’y a que nous les prisonniers qui puissions porter dans nos cœurs les nouveaux mondes, ces mondes ne peuvent venir pour rien au monde de ce que propose la structure de l’Etat, raison pour laquelle il faut réorganiser l’espoir.

Nous nous défendrons chacun au niveau individuel en nous défendant au sein des collectivités distinctes et en opposition à l’exploitation, au mépris, à la répression et à la spoliation.

II

Vu que les velléités de lutter pour ces nouveaux mondes et les luttes mêmes ont déjà donné des enfants dignes d’exister, célébrons ces vies-là présentes dans la résistance. Pour ne mentionner que cela, les habitants de Tlanixco mènent depuis 1989 une lutte constante pour défendre l’eau qui surgit des montagnes entre leurs forêts, et pour s’opposer à la gravissime destruction de leur écosystème, nos salutations et nos embrassades. Courage compas Dominga, Lorenzo, Marco, Pedro, Rómulo et Teófilo. A Oaxaca nous saluons Álvaro, Alejandro, Emilio, Sebastián et Santiago, que ne faiblisse pas notre courage, nous restons présents dans la lutte et la résistance.

Je fais un appel public et général à ce que soit rendu visible ces exemples de résistances ainsi que d’autres, il manque des noms et des histoires de personnes qui, bien qu’emprisonnées, ont leurs cœurs et leur esprit libérés du joug étatique.

Agitons-nous pour eux et elles, luttons pour tous !

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Luis Fernando Sotelo

Notes

[1] Dans un communiqué appelé "rapport de guerre #44" émis le 26 septembre 2016, à l’occasion des grandes mobilisations ayant eu lieu deux ans après la disparition des 43 étudiants d’Ayotzinapa, le CNI et l’EZLN avaient exigé sa libération immédiate : "Au mensonge, à la simulation et à l’impunité, le mauvais gouvernement rajoute les atteintes aux droits et les injustices commises contre ceux qui se sont solidarisés et se sont manifestés en soutien à la lutte des familles et des compañeros des 43, comme le jeune Luis Fernando Sotelo Zambrano, solidaire de toujours avec les luttes des peuples originaires – comme celles de Cherán, la tribu Yaqui, los indigènes prisonniers, les communautés zapatistes-, et qu’un juge a condamné à 33 ans et 5 mois de prison pour le sextuple délit d’être jeune, étudiant, pauvre, solidaire, rebelle et conséquent.".

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