Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte
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Adresse aux vivants

lundi 1er octobre 2001

"Dans leur monde à eux, ceux qui vivent au pouvoir et qui tuent pour le pouvoir, il n’y a place pour aucun homme, il n’y a pas d’espace pour l’espoir, il n’y a pas où mettre demain. Esclavage ou mort, voilà l’alternative que leur monde à eux nous offre, offre à tous les mondes. Le monde de l’argent, leur monde à eux, gouverne depuis les places boursières. Aujourd’hui, la spéculation est à la fois la principale source d’enrichissement et la meilleure preuve de l’atrophie de la capacité de travailler de l’être humain. Il n’est pas nécessaire de travailler pour produire la richesse, la spéculation suffit.

Des crimes et des guerres se réalisent pour que les Bourses mondiales soient mises à sac par certains.

Et, en même temps, des millions de femmes, des millions d’enfants, des millions d’Indiens, des millions d’homosexuels, des millions d’êtres humains, de toutes races et de toutes couleurs, ne participent aux marchés financiers que comme monnaie dévaluée, sans cesse à la baisse, la monnaie du sang produisant les bénéfices.

Globaliser les marchés, c’est effacer les frontières pour la spéculation et le crime, et les multiplier pour les êtres humains. Les pays sont obligés d’effacer leurs frontières extérieures pour la circulation de l’argent, mais ils multiplient les frontières intérieures.

Le néolibéralisme ne convertit pas tous les pays en un seul, mais chaque pays en beaucoup de pays.

Le mensonge de l’unipolarité et l’internationalisation deviennent un cauchemar de guerre, une guerre fragmentée tant de fois que les nations sont réduites en poussière. Dans ce monde, que le pouvoir globalise pour éviter les obstacles à ses guerres de conquête, les gouvernements nationaux se convertissent en sous-officiers d’une nouvelle guerre mondiale contre l’humanité.

De la stupide course aux armements nucléaires, destinée à annihiler l’humanité d’un seul coup, on est passé à l’absurde militarisation de tous les aspects de la vie des sociétés et des nations, destinée à annihiler l’humanité en lui assénant plusieurs coups, partout, de bien des façons. Ce que l’on appelait auparavant des "armées nationales" se convertissent en simples unités d’une armée globale, que le néolibéralisme arme et dirige contre l’humanité. La fin de la guerre dite "froide" ne freine pas l’armement du monde, elle ne fait que changer le modèle de la marchandise mortelle en des armes de toutes tailles et aux goûts de tous les criminels. Sans cesse, on arme non seulement les "armées nationales", mais aussi les armées dont les trafiquants de drogues ont besoin pour asseoir leur empire. Plus ou moins vite, les sociétés nationales se militarisent, et les armées, supposées destinées à garder les frontières face à un ennemi extérieur, tournent les canons de leurs fusils vers l’intérieur.

Il n’est pas possible que le néolibéralisme se réalise dans ce monde sans la mort que répandent les armées institutionnelles ou privées, sans la morsure qu’infligent ses prisons et sans les coups et les meurtres que commettent policiers et militaires. La répression nationale est la prémisse nécessaire à la globalisation que le néolibéralisme impose.

Plus le néolibéralisme avance en tant que système mondial, plus s’accroissent l’armement et le nombre d’hommes en armes dans les armées et les polices, plus s’accroissent le nombre de prisonniers, de disparus et d’assassinés dans tous les pays.

Une guerre mondiale, la plus brutale, la plus complète, la plus universelle, la plus efficace.

Chaque pays, chaque ville, chaque campagne, chaque maison, chaque personne est un champ de bataille plus ou moins grand. D’un côté, le néolibéralisme, son pouvoir répressif et sa machine de mort. De l’autre, l’être humain.

Il y en a qui se contentent d’être un numéro de plus dans la gigantesque Bourse du pouvoir. Il y en a qui se contentent d’être esclaves. Avec cynisme l’échelle horizontale fait de certains esclaves les maîtres d’autres esclaves. En échange d’une vie difficile et des miettes du pouvoir qu’on leur laisse, il y a en a qui sont satisfaits, qui se rendent et se vendent. Partout dans le monde, il y a des esclaves qui se disent contents de l’être. Partout dans le monde, il y a des hommes et des femmes qui cessent d’être humains et occupent leur place dans le gigantesque commerce des dignités.

Mais il y a ceux qui ne s’en contentent pas, il y a ceux qui se sentent mal, il y a ceux qui ne se rendent pas, il y a ceux qui ne se vendent pas. Partout dans le monde, il y a ceux qui refusent d’être annihilés dans cette guerre. Il y a ceux qui ont décidé de se battre.

En tout lieu, à tout moment, un homme ou une femme se rebelle et déchire l’habit que le conformisme lui a tissé et que le cynisme a teint de gris. Un homme ou une femme, n’importe qui, de quelque couleur ou de quelque langue que ce soit, dit aux autres et à soi-même Ya basta !

Ya basta ! assez du mensonge, assez du crime, assez de la mort.

"Assez de la guerre", dit un homme ou une femme, n’importe qui.

Et quelque part sur l’un des cinq continents, un homme ou une femme, n’importe qui, entreprend de résister au pouvoir, de construire son propre chemin, qui n’implique pas la perte de sa dignité et de l’espoir.

Un homme ou une femme, n’importe qui, décide de vivre et de lutter sa part d’histoire. Ce n’est plus le pouvoir qui lui dicte ses pas, ce n’est plus le pouvoir qui administre sa vie et décide de sa mort.

Un homme ou une femme, n’importe qui, répond à la mort par la vie. Au cauchemar, il répond en rêvant. A la guerre, il répond par la lutte. Au néolibéralisme, il répond par l’humanité...

Parce que nous luttons pour un monde meilleur, nous sommes tous encerclés, menacés de mort. L’encerclement est global. Sur chaque continent, dans chaque pays, dans chaque province, dans chaque ville, dans chaque campagne, dans chaque maison, l’encerclement guerrier enferme les rebelles, que l’humanité remercie toujours.

Mais les cercles se rompent. Dans chaque maison, dans chaque campagne, dans chaque ville, dans chaque province, dans chaque pays, sur chaque continent, les rebelles, que l’histoire de l’humanité trouve toujours pour assurer l’espoir, luttent et l’encerclement se fissure.

Les rebelles se cherchent entre eux. Ils marchent les uns vers les autres. Ils se trouvent et, ensemble, ils rompent d’autres cercles. Dans les campagnes et les villes, dans les provinces, les nations et les continents, les rebelles commencent à se reconnaître, à se savoir égaux et différents. Ils continuent leur marche fatigante, ils cheminent comme l’on doit cheminer aujourd’hui : en luttant."

Le 3 août 1996, ces paroles étaient prononcées à La Realidad, Chiapas, au nom de l’Armée zapatiste de libération nationale, à la Rencontre intercontinentale pour l’humanité et contre le néolibéralisme. Le Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte les dédie à celles et ceux qui manifestent dans les rues de Paris, en cet automne 2001, pour l’humanité, contre la guerre mondialisée, contre la mort qui nous gouverne.

33, rue des Vignoles 75020 Paris (réunion le mercredi à partir de 20 h 30)

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