Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte

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Rencontre des ConSciences : paroles d’ouverture de l’EZLN

vendredi 17 février 2017

Paroles du Commandement Général de l’EZLN au nom des femmes, hommes, enfants et anciens zapatistes au début de la rencontre "Les Zapatistes et les ConSCIENCES pour l’humanité" .

Bonjour.

Compañeras, compañeros du Mexique et du monde :

Sœurs et frères du Mexique et du monde :

Avant tout, au nom des compañeras et compañeros bases de soutien de l’Armée Zapatiste de Libération Nationale, nous remercions les compañeros du CIDECI, qui de nouveau nous ont mis ces espaces à disposition pour que nous nous rencontrions ici, les peuples originaires zapatistes et les scientifiques, comme un commencement à regarder et à marcher vers ce qu’il faut faire dans le monde dans lequel nous vivons, qui se fait détruire par le capitalisme.

Nous remercions aussi les compañeros qui ont travaillé sur les inscriptions et la coordination de cet évènement.

Nous remercions aussi les compañeras et compañeros de l’équipe de soutien chargé du transport.

Et avant tout compañeras et compañeros des équipes des collectifs, vous remercier du taf que vous vous êtes envoyés pour mener à bien cette rencontre. Merci beaucoup.

Pour nous, les femmes et les hommes zapatistes, a commencé aujourd’hui notre long chemin en recherche des autres, femmes ou hommes, avec qui nous pensons avoir une grande responsabilité, celle de défendre et de sauver le monde dans lequel nous vivons, par les arts des artistes, les sciences des scientifiques et les peuples originaires avec ceux d’en-bas du monde entier.

Parce qu’une poignée de quelques personnes appelés "néolibéraux capitalistes" ont décidé d’en finir en détruisant tout sauvagement, sans se soucier du tout de la maison où on habite.

Donc cela nous fait réfléchir, et nous nous demandons, nous les femmes et les hommes zapatistes : où allons-nous vivre, nous les pauvres de ce monde, parce que eux, les riches, peut-être qu’ils vont aller vivre sur une autre planète ?

Que faire maintenant, vu qu’on le voit bien comment ils sont en train de la détruire, notre maison ?

Imaginez, s’ils nous emmènent sur une autre planète pour être leurs esclaves ?

Après y avoir songé plein de fois, nous avons conclu :

Vraiment tout en bas, il y a des femmes et des hommes qui étudient la science, la scientifique, la bonne science. Mais arrivent les mauvais capitalistes, et ils l’utilisent, cette science, pour faire du mal à celui qui a découvert cette science.

Quel est le mal ?

1. Elle est utilisée pour rendre le riche plus riche, cette science.

2. Le riche change le destin pour laquelle elle a été créée, il lui donne un autre usage, à son convenance. Il tue et il détruit avec ça.

Pire maintenant, ils l’empirent, et cet empirement se fera encore plus fort contre nous les êtres vivants et la mère nature.

C’est ainsi qu’a commencé à naître tout le mal, et ça continue, et ça continuera. Aujourd’hui ce mal est en train d’arriver à un point vraiment grave.

C’est comme ça que ça s’est passé, et comme ça qu’ils utilisent ausi ceux qui font l’art des artistes, tout a été emporté par le capitalisme pour lui faire du mal à la société, et pour son bien à lui, le capitalisme.

Ce qui était naturel, de nature, et ceux qui vivent en elle, c’est-à-dire les peuples originaires, ils sont là pour être détruits, ensemble avec la mère nature.

Donc : Inventons, pensons, imaginons.

On peut s’organiser, travailler et lutter, nous défendre comme le ciment que nous sommes, pour que ce monde, cette maison dans laquelle nous vivons, ces capitalistes ne nous la fassent pas disparaître. Maintenant l’heure est venue, frères et soeurs, compañer@s, compañeroas. Personne ne viendra porter secours. C’est nous qui sommes concernés.

Mettez-vous à rêver, et vous vous rendrez compte que contre le capitalisme, on ne peut y arriver à bout qu’avec la bonne science scientifique, et l’art de l’artiste, et les gardiens de la mère-nature, avec les en-bas du monde entier. Nous avons cette responsabilité.

Ça ne veut pas dire que nous sommes les seuls qui devons lutter, non, mais retournons-nous pour voir comment vont les choses, et nous nous rendons compte que tout ce que nous avons qui sert dans les maisons, ça vient de la science comment elles sont nées, et toutes les figures de la maison, et les figures dans les chambres, c’est par l’art des artistes, et d’où sont sortis ces matériaux, c’est de la mère-nature, là où vivent les peuples originaires.

Donc, c’est comme si nous étions le "germe" de cela.

Plus clairement.

Qui a imaginé comment faire un téléphone portable le plus moderne aujourd’hui ? Et cela des milliers de marchandises qu’il y a maintenant, qui sont là pour le bien du riche, et non pour celui qui en a eu la science, ni pour le peuple.

Qui a imaginé faire ces images qu’il y a dans nos téléphones, qui maintenant sont manipulées à tout va ?

D’où sont sortis ces matériaux avec lesquels sont faits nos téléphones ? Et cela pour des milliers d’articles.

Le capitalisme a converti ces sciences pour un mauvais usage : pour sa grande accumulation de richesse, de manipulation à sa convenance, et il ne porte pas la responsabilité de la destruction qu’il fait avec ça.

Nous savons ce qui va se passer.

Une autre chose bien évidente de plus.

C’est que nous sommes le sang du riche pour qu’il vive, nous sommes la chair et les os pour qu’ils soient vivants, et ils vivent pour nous faire du mal dans ce système capitaliste.

Les autres organes qui manquent, c’est nous les consommateurs.

C’est mis à découvert, là où nait le mal dans lequel nous maintient le système capitaliste.

Notre survie, elle est entre nos mains, l’autre construction d’un monde nouveau.

Aujourd’hui nous sommes ici, non pas pour nous dire ce que nous devons faire, mais pour nous connaitre, quelle est notre fonction que nous a mis le capitalisme dans ce monde, et pour voir si c’est du bien ce que nous fait faire le capitalisme pour ce monde dans lequel nous vivons, avec les êtres humains et les êtres vivants.

Et si nous découvrons que c’est totalement mauvais, le mauvais usage que fait le capitalisme de nos sciences, donc nous devons nous rendre responsables et alors nous devons décider ce que nous devons faire.

Avant de terminer, compañeras et compañeros, sœurs et frères, aujourd’hui 26 décembre, nous n’oublierons pas qu’il nous manque des vies, la vie des 46 jeunes absents d’Ayotzinapa, Guerrero.

Ensemble avec les familles et les proches qui continuent de les chercher, et ne se rendent pas ni ne se vendent, nous, femmes et hommes zapatistes, nous exigeons aussi justice et vérité. Aux mères, pères, sœurs et frères des absents, nous adressons notre meilleure embrassade collective.

Ainsi donc, bienvenuEs à cette rencontre, à ce long chemin des autres sciences, et qu’il n’y ait pas de répit, que le répit marque quelque chose, car l’autre monde nouveau est déjà construit, et si il n’y a pas ça, il n’y aura pas de repos.

Que vos savoirs à vous, femmes et hommes scientifiques, se rencontrent et embrassent notre envie d’apprendre et de connaître les mondes.

Merci beaucoup.

Depuis le CIDECI-Unitierra, San Cristóbal de las Casas, Chiapas.

Sous-commandant insurgé Moisés.

Mexique, 26 décembre 2016.