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Paroles de l’EZLN durant la clôture de la Seconde étape du cinquième congrès du CNI

mercredi 22 février 2017

Paroles de l’EZLN durant la clôture de la Seconde étape du cinquième congrès du CNI

ARMÉE ZAPATISTE DE LIBÉRATION NATIONALE.

MEXIQUE.

PREMIER JANVIER 2017.

Soeurs et frères du Congrès National Indigène :

Compañeras, compañeros et compañeroas de la SEXTA nationale et internationale :

Peuples du Mexique et du monde :

Il y a 23 ans, nous nous sommes soulevés en armes contre l’oubli.

L’indignation et le désespoir nous obligèrent à nous préparer à mourir pour vivre,

Pour vivre de l’unique forme qui vale la peine de vivre, avec liberté, avec justice, avec démocratie.

Le peuple du Mexique nous a regardé et nous a parlé, il nous a dit que notre lutte et nos demandes sont justes, mais qu’il n’est pas d’accord avec la violence.

Lorsque furent peu à peu connues les conditions inhumaines de notre vie et de notre mort, on fut partout d’accord sur le fait que les causes de notre soulèvement ne pouvaient pas être remises en question, bien que pouvait l’être la forme prise pour manifester notre inconformité.

Aujourd’hui les conditions des peuples du Mexique à la campagne et à la ville sont pire qu’il y a 23 ans.

La pauvreté, le désespoir, la mort, la destruction, ne sont plus seulement pour ceux qui ont originellement peuplé ces terres.

Maintenant le malheur atteint toutes et tous.

La crise affecte aussi ceux qui se croyaient saufs et pensaient que le cauchemar était seulement pour ceux qui vivent et meurent en bas.

Les gouvernements vont et viennent, de différentes couleurs et avec différents drapeaux, et la seule chose qu’ils font, c’est d’empirer les choses.

Avec leurs politiques, les seules choses qu’ils font c’est que la misère, la destruction et la mort atteignent de plus en plus de gens.

Maintenant nos soeurs et frères des organisations, quartiers, nations, tribus et peuples originaires organisés au sein du Congrès National Indigène ont décidé de crier leur YA BASTA [il y en a marre].

Ils ont décidé qu’ils n’allaient pas permettre qu’on continue de détruire notre pays.

Ils ont décidé qu’ils n’allaient pas laisser que le peuple et son histoire meurent de cette maladie qu’est le système capitaliste.

Un système qui, dans le monde entier, exploite, spolie, réprime et méprise les êtres humains et la nature.

Le Congrès National Indigène a décidé de lutter pour rendre sains nos sols et nos cieux.

Et ils ont décidé de le faire par des chemins civils et pacifiques.

Leurs causes sont justes, et indéniables.

Qui mettra aujourd’hui en question le chemin qu’ils ont choisi et auquel ils nous appellent toutes, tous et toutEs ?

Si on ne respecte pas, si on ne salue pas, si on ne soutient pas leur lutte et le chemin qu’ils prennent, alors quel message donnez-vous comme société ? Quels chemins laissez-vous à l’indignation ?

Il y a 23 ans nous avons commencé notre soulèvement, mais notre chemin était excluant, toutes et tous ne pouvaient pas participer.

Aujourd’hui, le Congrès National Indigène nous appelle à une lutte à laquelle nous pouvons participer tous et toutes ; qu’importe l’âge, la couleur, la taille, la race, la religion, la langue, la paie, la connaissance, la force physique, la culture, la préférence sexuelle.

Ceux qui vivent, qui luttent et meurent à la campagne et à la ville ont aujourd’hui un chemin de lutte où s’unir avec d’autres femmes, avec d’autres hommes.

La lutte à laquelle nous appelle et nous invite le Congrès National Indigène est une lutte pour la vie avec liberté, avec justice, avec démocratie, avec dignité.

Qui oserait dire que c’est une mauvaise lutte ?

Il est temps que tout le peuple travailleur, aux côtés des peuples originaires, sous le drapeau du Congrès National Indigène, qui est le drapeau des originaires, s’unissent dans cette lutte qui est pour ceux qui n’ont rien, rien d’autre que la douleur, la rage et le désespoir.

C’est l’heure des peuples, de tous, de la campagne et de la ville.

C’est cela, ce que nous dit le Congrès National Indigène.

Il nous dit que ça suffit d’attendre que d’autres veulent nous dire que faire et comment, qu’ils veulent nous commander, qu’ils veulent nous diriger, qu’ils veulent nous tromper avec des promesses et des mensonges éhontés.

Il nous dit que chacun dans son lieu, à sa manière, à son rythme, se commande soi-même, lui, elle ; que ce soit les peuples eux-mêmes qui se dirigent eux-mêmes, qu’on en finisse avec les mensonges, les tromperies, les politiciens qui ne voient leur travail de gouvernement que comme une richesse à voler, à trahir, à se vendre.

Il nous dit qu’il faut lutter pour la vérité et la justice.

Il nous dit q’uil faut lutter pour la démocratie, qui veut dire que c’est le peuple même qui commande.

Il nous dit qu’il faut lutter pour la liberté.

Ils sont savantes et savants, ceux qui sont dans le Congrès National Indigène.

Cela fait des siècles qu’ils résistent et luttent pour la vie,

Ils en savent long sur la résistance, ils en savent long sur la rébellion, ils en savent long sur la lutte, ils en savent long sur la vie.

Ils savent qui est responsable des douleurs qui s’abattent sur toutes, partout et tout le temps.

Le Congrès National Indigène, pour cette lutte qu’il démarre aujourd’hui, ils vont l’attaquer, ils vont le calomnier, ils vont vouloir le diviser, ils vont vouloir l’acheter.

Ils vont chercher par tous les moyens à ce qu’ils se rendent, qu’ils se vendent, qu’ils renoncent.

Mais ils ne vont pas y arriver.

Cela fait plus de 20 ans que nous nous connaissons personellement, et plus de 500 ans que nous nous connaissons dans la destruction, la mort, le mépris, le vol, l’exploitation, dans l’histoire.

Sa force, sa décision, son engagement ne vient pas d’eux ni d’elles-mêmes.

Elle vient des organisations, des quartiers, des nations, des tribus et des peuples originaires dans lesquels ils sont nés et se sont formés.

Nous, femmes et hommes zapatistes, nous nous sommes préparés pendant 10 ans pour débuter notre lutte un premier janvier, il y a 23 ans.

Le Congrès National Indigène s’est préparé 20 ans pour arriver à ce jour et nous montrer le bon chemin.

Si nous le suivons ou pas, ce sera la décision de chacun.

Le Congrès National Indigène va parler avec vérité, va écouter avec attention.

Ce n’est pas un jeu, la lutte du Congrès National Indigène.

Elles et eux nous ont dit qu’ils vont lutter pour tout, pour toutes et pour tous.

Et cela veut dire que :

Ils vont lutter pour le respect des droits humains.
Ils vont lutter pour la libération de toutes et tous les prisonnier.e.s politiques.
Ils vont lutter pour la présentation en vie des disparues et disparus.
Ils vont lutter pour la justice pour ceux qui ont été assassinés.
Ils vont lutter pour la vérité et la justice pour les 46 absents d’Ayotzinapa
Ils vont lutter pour le soutien aux paysans et le respect de la terre-mère.
Ils vont lutter pour un logement digne pour tous ceux d’en-bas.
Ils vont lutter pour une alimentation suffisante pour tous les indigents.
Ils vont lutter pour un travail digne et un salaire juste pour tous les travailleurs de la campagne et de la ville.
Ils vont lutter pour une santé totale et gratuite pour tous les travailleurs.
Ils vont lutter pour une éducation libre, gratuite, laïque et scientifique.
Ils vont lutter pour la terre à ceux qui la travaillent
Ils vont lutter pour le respect du commerce informel, et du petit et moyen commerce.
Ils vont lutter pour le transport public et commercial de ceux qui conduisent les véhicules.
Ils vont lutter pour la campagne aux paysans.
Ils vont lutter pour la ville aux citadins.
Ils vont lutter pour le territoire aux peuples originaires.
Ils vont lutter pour l’autonomie.
Ils vont lutter pour l’autogestion.
Ils vont lutter pour le respect de toute forme de vie.
Ils vont lutter pour les arts et les sciences.
Ils vont lutter pour la liberté de pensée, de parole, de création.
Ils vont lutter pour la liberté, la justice et la démocratie pour le Mexique d’en-bas.

C’est à ça qu’ils nous appellent.

Chacun pourra décider si cette lutte est bonne, si l’idée est bonne, si elle répond ou non à cet appel qu’ils font.

Nous, femmes et hommes, comme zapatistes que nous sommes, nous répondons : oui nous allons avec vous, oui nous allons avec le Congrès National Indigène.

Nous verrons les manières de les soutenir de toute notre force.

Nous vous soutiendrons parce que la lutte que vous proposez, soeurs et frères du Congrès National Indigène, est peut-être la dernière opportunité que ces sols et ces cieux ne disparaissent pas au milieu de la destruction et de la mort.

C’est pour cela que nous voulons seulement vous dire ceci :

Ecoutez le cœur, la douleur et la rage qu’il y a dans tous les recoins de ce pays.

Marchez et qu’à vos pas la terre tremble jusque dans ses entrailles.

Que s’obscurcissent ces sols mexicains.

Que les cieux vous regardent avec surprise et admiration.

Que les peuples du monde, dans la décision et la détermination qui est la vôtre, apprennent et se motivent.

Et par-dessus tout, qu’importe ce qu’il se passe, ni tout ce qu’il y a en face, qu’importe qu’ils vous attaquent de toutes les formes, quoi qu’il arrive ne vous rendez pas, ne vous vendez pas, ne lâchez rien.

LIBERTÉ !

JUSTICE !

DÉMOCRATIE !

Depuis les montagnes du sud-est mexicain.

Au nom des femmes, hommes, enfants et anciens de l’EZLN

Sous-commandant insurgé Moisés.

Mexique, janvier 2017.