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A neuf mois de la répression de Nochixtlan (Mexique), des dizaines de médias libres se réunissent...

dans la communauté, à l’appel de La Combativa radio

samedi 15 avril 2017

A neuf mois de la répression de Nochixtlan (Mexique), des dizaines de médias libres se réunissent dans la communauté à l’appel de la Combativa radio

Article d’Angel Espa publié le 27 mars sur le site de Radio Zapote, traduction 7NubS

Ville de Mexico, 20 mars 2017.- Sous le pont de Nochixtlan, au kilomètre 178, telles des statues dévastées par le temps et par le feu sans fin de ce 19 juin dernier, gisent différents autobus, camions et voitures qui avaient alors servi de barricades contre l’attaque perpétrée par la police fédérale, la police de Oaxaca et la Gendarmerie. Des vestiges qui nous rappellent que 8 compañeros ont été assassiné et des centaines de personnes blessées, qui sont toujours en convalescence. Ce jour-là, le village mixtèque de Nochixtlan défendit sa place et sa dignité face au refus de dialogue de l’Etat, mais aussi pour défendre l’éducation gratuite pour les millions de mexicaines et de mexicains.

« 23 ans qu’il souriait tout le temps, qu’il réalisait le rêve de tout père ; voir grandir sa fille et aller avec elle à la crèche et à l’église… pour ceux qui prétendraient l’oublier, il s’appelait Oscar Luna ; Jesús Cadena souriait en disant qu’il serait prêtre, architecte ou chef de cuisine ; Yalid Jiménez, en même temps qu’il avait le poste de regidor de son village, s’occupait d’élever ses 3 filles ; Omar González préservait les forêts Palo de Letra et tandis qu’il vendait des fleurs, il rêvait de faire reverdir les montagnes ; Oscar Nicolás se dédiait à semer du maïs, des haricots et du blé, appréciant l’aurore et le crépuscule ; Anselmo Cruz était footballer, il s’occupait d’une pharmacie de Tlaxiaco et se consacrait à veiller sur sa familleet malgré cela ils nous l’ont assassiné ; Silvano sosa était le pilier de sa famille, il travaillait pour ses cinq enfants, avec l’espoir qu’ils deviennent architectes ou enseignants ; Jován Galán Mendoza était mécanicien, les voitures et les tournevis étaient son rêve ». (Surco Informativo, Muñoz 2016).

Neuf mois après ces actes de répression, la PGR, le Parquet Général de la République mexicaine, cherche à disculper la Police Fédérale. La PGR n’a pas réalisé tous les relevés, elle n’a pas pris de déclaration des victimes à part celle des familles de ceux qui ont été assassinés. Le Parquet a formulé sa théorie sur les faits à partir des seuls témoignages des policiers. Selon l’avocat chargé du cas, Antonio Araujo Rivapalacio, l’enquête est dissociée des traces et des preuves de la vérité.

Ce jour-là, les forces de police avaient réussi à rompre le blocage d’autoroute que maintenaient les habitants au bout de 15 minutes du début de leur intervention ; cependant, ils n’ont pas réussi à expliquer la raison pour laquelle un déploiement de forces aussi disproportionné fut alors réalisé, incluant jusqu’au centre-même de la communauté ; au départ il a été dit que la police avait reçu des tirs d’armes à feu de la part de « groupes radicaux », mais des 8 assassinés et des centaines de blessés, aucun n’appartient à quelque groupe politique que ce soit : au contraire, ils sont tous majoritairement travailleurs ou étudiants.

Face à ces violations du processus d’enquête, le 17 mars dernier les proches des victimes ont sollicité à la Cour Interaméricaine des Droits de l’Homme que le cas Nochixtlan soit caractérisé comme crime de lèse-humanité en conséquence de l’opération planifiée et exécutée le 19 juin 2016. Le gouvernement fédéral cherche à inculper deux policiers de l’Etat comme étant les responsables des tirs, limitant la responsabilité à la police de Oaxaca. Si il faut en arriver à la CIDH, c’est que les victimes se trouvent confrontées à un abandon de la part de l’Etat, elles sont mêmes attaquées et la PGR ne fait rien. La vie des victimes et des proches des personnes tuées à Nochixtlan est en danger.

Durant les semaines postérieures, des fonctionnaires du Parquet vinrent visiter les foyers des victimes avec agressivité, revictimisant des personnes qui dans certains cas étaient encore en sale état. Le 5 mars 2017, Santiago Ambrosio, président du COVIC, le Comité des victimes, et le professeur Felipe Montesinos Sánchez ont subi un attentat important sur le trajet entre Nochixtlán et la communauté de La Cumbre. A environ 7 kilomètres de Nochixtlán, une personne a surgi de l’obscurité et comencé à tirer à l’arme lourde sur le véhicule. Sur le côté droit deux tirs pénétrèrent à l’intérieur à travers le pare-brise et deux autres au niveau de la portière, blessant le professeur Santiago Ambrosio à la jambe droite. Le 19 mars, alors qu’était en cours la clotûre de la troisième rencontre des médias libres et des radios communautaires dans la municipalité d’Asunción Nochixtlan, le compañero Felipe Montesinos est à nouveau agressé ; une camionette suburban ouvrait le feu face à son domicile.

A neuf mois de la répression et des crimes de lèse-humanité commis par l’Etat, les survivants de Nochixtlan résistent aujourd’hui depuis la combative radio communautaire mise en place par les victimes et leurs proches, qui exprime les demandes de justice à travers les ondes libérées et qui a convoqué les 16, 17 et 18 mars dernier plus de 40 organisations de médias libres et de radios communautaires du Mexique et de quelques autres médias internationaux. Ici, la déclaration surgie de la rencontre.