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Atenco : Comuniqué à 11 ans du mai sanglant

jeudi 18 mai 2017

documentaire sur la répression des 3 et 4 mai 2006 à Atenco

Atenco_Romper el cerco vostfr from clca nddl nonaéroport ! on Vimeo.

Atenco : Comuniqué à 11 ans du mai sanglant

Il y a onze ans de cela, étant alors au poste de gouverneur de l’Etat de Mexico, Enrique Peña Nieto ordonnait de laisser cours à la barbarie contre Atenco avec la bénédiction de Vicente Fox [alors président du Mexique] et de Nazario Gutiérrez [ex-président municipal de Texcoco, où la répression avait débuté]. Les trois instances de gouvernement et leurs filiations partidaires respectives : le PRI, le PAN et le PRD, rendaient honneur à l’horreur en lâchant plus de 3500 monstres en uniforme sous le commandement de Wilfrido Robledo Madrid et d’Ardelio Vargas Fosado, entre autres gendarmes sans âme ayant agi énergiquement pour faire disparaître de la face de la terre le Front des Villages en Défense de la Terre. Car – pensaient les bourreaux – c’était le seul moyen pour semer la terreur et la mort, et faire accepter que la lutte constituait le pire crime pouvant être commis, dans un pays où seule une poignée de gouvernants mafieux, amants du pouvoir et de l’argent, peuvent continuer à jouir dans une aussi généreuse impunité.

Ils ont planifié méticuleusement jusqu’au dernier détail : tirer à bout portant, prendre les femmes comme butin de guerre, les violer et les torturer ; saccager et perquisitionner les maisons et les âmes, laisser le visage de la terreur et du cauchemar ; embarquer toute personne qui paraissait avoir de la dignité et les emmener au cachot ; expulser du pays les personnes qui paraissaient « étrangères », non pas pour leur nationalité, mais pour être partisanes de la solidarité et de la vie ; pourchasser en chiens rageux tout ce qui pourrait renaître depuis le moindre endroit, la moindre tranchée, et remettre ça par le biais de peines de prison infâmes, ne pouvant être accomplies qu’en y laissant la vie. Tout cela, et bien plus encore, pour donner un châtiment exemplaire, pour se venger, pour soumettre la dignité.

Sans le moindre doute, les 3 et 4 mai 2006 au Mexique ouvraient le chemin à une escalade de la répression et de la criminalisation, à des niveaux qu’on aurait pensés destinés à faire partie du passé. Atenco, ensanglanté, fut leur trophée, et pour le maintenir bien en vue, il leur fallait armer le barillet et mettre en joue ceux dont la si dangereuse dignité pouvait être porteuse de contagion. Et les bêtes ont donc été lâchées contre tout et contre tous. La répression de l’Etat dans son ensemble a peut-être été leur œuvre la plus démocratique, parce qu’il n’y a pas eu un village, une corporation, de quartier, de dignité qui lutte qui n’ait été à l’abri des coups, des gaz lacrymogènes, des balles assassines, de la disparition forcée, des vengeances politiques et de chacune des ignominies qui ont actuellement cours, bien que leurs serviles médias de désinformation s’emploient à les rendre invisibles.

C’est comme cela que nous en arrivons à ces derniers jours, onze après, sous le fardeau de près d’un siècle d’impunité du PRI (le parti au pouvoir). La criminalisation est légale ; nous en avons la preuve à travers la loi Eruviel, dans ce creuset-même de la corruption priiste que constitue l’Etat de México ; l’impunité et les ovations allant à ceux qui volent le plus, à celui qui fait disparaître et qui assassine, que ce soit les étudiants, les journalistes ou les femmes. Plus il y aura de Duartes [1] détestables circulant en toute liberté et de Peña Nietos sans condamnation, plus la vilainerie sera couronnée dans un pays en état de survie et qui, néanmoins, avec la force qui lui reste, réclame ses femmes et ses hommes, ses jeunes et ses enfants pour que nous nous soulevions toutes les fois que cela sera nécessaire, parce que c’est l’unique vie que nous possédons et que nous sommes responsables de la brèche qu’il nous faut laisser pour ceux qui viennent après nous.

De tous côtés, nous restons sur nos gardes contre les menaces. Certains luttent pour la terre, pour notre petit bout de patrie que nous nous évertuons à vouloir libérer de la malédiction capitaliste et pour le droit de continuer à exister ; d’autres luttent pour défendre l’éducation pour tous, et que cela soit un sillon pour la liberté ; d’autres creusent leurs tranchées depuis leur profession, comme les dignes infirmières du Chiapas qui se sont mis en grève de la faim, comme certains des travailleurs dignes à qui il reste une conscience de classe, et qui savent que la lutte n’est pas dans l’obole ni dans quelques centimes de plus pour se vendre comme des esclaves ; des villages comme Arantepacua [2], qui savent que le futur repose dans la lutte malgré les morts, ou l’exemple d’un Cherán [3], qui nous protège de ses feux de camp et qui nous indique le chemin. De nombreuses mères et pères de famille ont rencontré la lutte au moment où ils ont fait disparaitre leurs filles et leurs fils, qu’ils recherchent à chaque exhalation et chaque jour de leur vie.

A Atenco, nous débutons le 21e siècle le front levé. L’histoire nous a mis à l’épreuve, et nous contemple encore depuis un chemin qui promet d’être long. Nous avons décidé de lutter pour la vie. Nous avons décidé de ne pas baisser la tête. Nous avons décidé de ne pas trahir nos enfants et leurs enfants… Le coût n’a pas été des moindres, ni accompagné de remerciements. Pas un jour ne passe sans que nous ne désirions la paix dans nos foyers et entre nos frères de toujours et nos frères de sang, au milieu de tant d’avarice et du manque d’oubli distillés par le PRI dans nos villages, bien qu’ils savent bien que, de ce côté-ci, nous allons continuer à passer la charrue pour que renaisse la dignité et l’amour pour la vie.

Leur guerre d’extermination n’a pas pu en finir avec nos tranchées. « Nous serons plus… » continue-t-on à entendre, comme un écho de Tupac Amaru, avec la persévérance d’un jeune Nezahualcoyotl, pourchassé mais jamais vaincu.

Les tranchées surgissent bien au-delà d’Atenco, et se logent aux flancs des collines : depuis Acolman, à Santa Catarina, à Tezoyuca, San Luis Tecuautitlan-Temascalpa, Ocopulco-Chiautla, San Miguel Atepoxco-Nopaltepec, Chipiltepec, San Martín de la Pirámides, Chimalpa Tepexpan, San Pablo Tecalco, Chapingo, et dans tous ces villages qui se joignent et qui construisent une forcé capable de mettre un terme à la spoliation [4].

Le rugissement de leurs avions mortifères nous oblige à nous réveiller chaque jour côte à côte avec d’autres villages frères. Parce que ce n’est pas seulement l’ejido et la terre communale, ce sont aussi les collines qui y reposent, les étangs, les sources d’eau, ce sont nos villages et leur vie commune qui a été cultivée durant des siècles, et qu’ils veulent du jour au lendemain enterrer dans la tombe du progrès néo-libéral.

Suite à la dernière fraude du PRI qui nous a été imposée à Atenco il y a un mois de cela, pour attribuer les lauriers aux plus offrant à travers la représentation du commissariat ejidal, nous nous retrouvons encore plus obligés à réviser et à redéfinir « ce que nous avons fait, ce que nous n’avons pas fait et ce que nous allons faire », car céder la terre, permettre qu’ils nous envahissent et nous résigner à l’extermination ne sera jamais une option.

Nous savons sans conteste que ce ne sera à nouveau pas facile, bien au contraire ; et que personne ne va nous offrir aucune victoire. Il faudra les construire. Il faudra être audacieux et apprendre du chemin parcouru, de ses sentiers, ses écueils et ses chemins sans issue.

Nous aurons besoin comme toujours de vos mains, de votre accompagnement et de votre solidarité. De votre expérience et de vos outils avec lesquels vous luttez depuis la connaissance et dans la pratique.

Depuis cette patrie en lutte, depuis Atenco, nous adressons une embrassade au digne peuple du Venezuela qui résiste aux griffes de l’empire nord-américain. Tout comme Cuba, leur ferme drapeau nous couvre d’espérance et de plus de digne rage pour croire en un autre monde possible.

Ils ne nous ont pas vaincus. Nous ne nous sommes pas rendus.

Seigneurs de l’argent : à Atenco c’est le village qui décide de son destin, pas quelques-uns de vos employés serviles.

Enrique Peña Nieto : le jour où tu as ordonné de faire un trophée de notre village d’Atenco ensanglanté, tu t’es condamné toi-même.

ATENCO VIVE.

PEÑA NIETO DEGAGE, MORT AU PRI

ZAPATA VIVE, LA LUCHA SIGUE

LA TERRE NE SE VEND PAS, ELLE EST A AIMER ET A DEFENDRE

Front des Villages en Défense de la Terre (FPDT)

source : blog d’Atenco

traduction 7NubS



[1Javier Duarte de Ochoa, gouverneur de l’Etat de Veracruz entre 2010 et 2016 et soupçonné de Accusé de détournements de fonds, d’enrichissement illicite et de blanchiment d’argent, les sommes concernées de chiffreraient en centaines de millions de dollars. Après avoir été longtemps protégé par les autorités mexicaines malgré l’assassinat de nombreux journalistes enquêtant sur sa gestion, il est finalement recherché, devenu fugitif avant d’être finalement arrêté au Guatemala en avril 2017

[2Depuis la répression sanglante contre leur village, les habitant.e.s d’Arantepacua ne cessent de se mobiliser pour obtenir justice pour les personnes assassinées et contre le mensonge d’Etat au sujet de la répression

[3La communauté de Cherán qui s’est soulevée en avril 2011 contre l’impunité des cartels qui dominaient cette région de l’Etat du Michoacan, a depuis 6 ans créé sa ronde de vigilance communautaire, expulsé les partis politiques de la bourgade et mis en place une mairie collective basée sur des principes de démocratie directe.

[4Récemment, une alliance de villages en lutte s’est mise en place dans tout l’est de l’Etat de Mexico.