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FAISONS TOMBER LE MUR. COMMUNIQUE DU CNI-CIG EN SOUTIEN A LA CARAVANE DES MIGRANTS

jeudi 25 octobre 2018

FAISONS TOMBER LE MUR. COMMUNIQUE DU CNI-CIG EN SOUTIEN A LA CARAVANE DES MIGRANTS

Le Congrès National Indigène et le Conseil Indigène de Gouvernement ouvrons notre cœur et notre rage. Nous appelons à la solidarité urgente envers nos frères et sœurs qui subissent le déplacement forcé du fait de la destruction que les grands capitaux sèment dans chaque recoin du monde, destruction qui se transforme en violence, spoliation et pauvreté.

Nous appelons de manière respectueuse les réseaux de soutien au CIG, à la Sexta nationale et internationale et aux organisations des droits humains à manifester par tous les moyens possibles leur soutien à la caravane de nos sœurs et frères migrants, que nous accompagnons dans leur traversée, leur résistance et leur rébellion, afin de rompre avec eux les barrières et les murs du pouvoir.

Le chemin de nos sœurs et frères porte en elle la tragédie systémique de notre monde et le profond dégât provoqué par le capitalisme à notre terre-mère, et à travers elle, à tous les peuples. Le déplacement forcé, l’exode de centaines, de milliers, de millions de personnes a commencé il y a des années de cela et prend corps et surgit aujourd’hui sous la forme d’une caravane de migrants. Mais cela n’est qu’un des symptômes de l’effondrement qu’en chacune des langues dans laquelle nous parlons au sein du Congrès National Indigène, nous dénonçons depuis longtemps. L’effondrement depuis lequel nous appelons à l’organisation afin de résister et nous révolter.

Ce qui doit être stoppé, ce n’est pas le cheminement de l’humanité, c’est l’invasion du grand capital. Les chemins, nous ne pouvons les ouvrir qu’avec et entre toutes et tous.

Cordialement

Octobre 2018

Pour la reconstitution intégrale de nos peuples
Jamais plus un Mexique sans nous

Congrès National Indigène
Conseil Indigène de Gouvernement


Honduras : le nouvel exode

Article de Luis Hernández Navarro publié dans le quotidien La Jornada le 23 octobre 2018.

Le Honduras, écrivait Gregorio Selser, est une république mise en location par l’empire, c’est le porte-avion états-unien en Amérique centrale. Aujourd’hui c’est, de plus, un navire emblême de la “narcopolitique” continentale qui prend l’eau. Les milliers de honduriens qui font partie de la Caravane des Migrants sont les passagers de ce bateau qui cherche la terre ferme pour rescaper du naufrage.

Ironie de la globalisation néo-libérale, ces migrants qui cherchent à parvenir aux Etats-Unis fuient la violence et l’extorsion des bandes criminelles situées au Honduras et formées des déportés de l’oncle Sam. Des “cliques” qui sèment la terreur avec des armes amenées en contrebande depuis ce pays, et qui se consacrent à l’exportation de drogues vers les consommateurs états-uniens.

Ces migrants rêvent de traverser les frontières pour atteindre la métropole qui les transforme en victimes au sein de leur propre patrie, parce que c’est là-bas, aux Etats-Unis, qu’ils espèrent trouver un emploi afin de gagner leur vie dignement, ce que chez eux leur dénie le capital transnational, qui leur suce le sang et les condamnent à la tragédie.

Selon les statistiques officielles (contestées par plusieurs observatoires citoyens), chaque jour 14 personnes sont assassinées au Honduras. Le taux d’homicide annuel est de 56.7 pour 100 000 habitants. San Pedro Sula, la deuxième ville du Honduras, capitale administrative et lieu de départ de la Caravane des Migrants le 12 octobre dernier, a été durant plusieurs années la ville la plus violente du monde. Le taux d’homicides y est de 142 pour 100 000 habitants. La principale cause des crimes est le narcotrafic.

La vague de migration dont la caravane forme la crête, est précipitée par la violence. Les pandillas (gangs), l’insécurité et la criminalité poussent les gens avec peu de ressources et les mineurs non accompagnés, qui auraient préféré rester sur leur terre pour vivre, à abandonner le pays.

La “Mara Salvatrucha” et la pandilla “Barrio 18” se disputent quartiers, territoires et routes de transport de drogues. Ce sont des bandes multinationales du crime organisé. Chaque année, des milliers de honduriens doivent abandonner leurs maisons et leurs terres pour fuir l’extorsion et le harcèlement.

Ces “cliques” ont été alimentées et renforcées par des criminels déportés des Etats-Unis. Ce sont les rejetons de la globalisation. Beaucoup de leurs membres sont les enfants de ceux qui ont migré du fait de l’effet combiné des désastres naturels et de la politique de Washington qui a appauvrit le pays et empêché la crissance économique de ce pays. Le mélange de discrimination, ségrégation, pauvreté et embrouilles avec les gangs états-uniens dans un pays qui leur était inconnu a poussé de nombreux jeunes latinos à former leurs propres bandes pour se défendre.

Les pandillas du Honduras sont alliées aux “cartels” de la drogue mexicains. Sinaloa, Jalisco “Nouvelle génération”, les Zetas et le Golfe ont passé des pactes avec les groupes criminels locaux afin de transporter la cocaïne, l’heroïne, les métaanfétamines et les précurseurs chimiques. Pour ces cartels, le Honduras est bien plus qu’une zone de transit ; c’est une base d’opérations. Ces cartels participent aussi au trafic des migrants à destination des Etats-Unis.

Honduras est le deuxième pays le plus pauvre d’Amérique latine : 68.8% de sa population vit dans la pauvreté et 44.2% dans une situation de pauvreté extrême. Les maquiladoras emploient, avec des salaires misérables, 120 000 personnes, dans leur majorité des femmes de 18 à 30 ans. Dix familles contrôlent l’immense majorité de la richesse nationale. Les Etats-Unis sont les maîtres et les seigneurs de ce territoire. Les zones économiques spéciales y aggravent la situation.

En 2009, un coup d’état soutenu par Washington a renversé le président Manuel Zelaya (https://bit.ly/2CxaHVS), qui se rapprochait un peu trop des gouvernements progressistes du continent. En 2013 et 2017, des fraudes électorales ont été perpétrées afin d’éviter le triomphe de candidats progressistes qui cherchaient à faire que leur pays cesse d’être une république bananière (https://bit.ly/2CUFXyP).

La caravane des migrants est une réponse à cette situation dramatique. Elle a surgit d’une auto-convocation, et non de la convocation d’un parti politique. “Nous ne partons pas parce que nous le voulons, c’est la violence et la pauvreté qui nous expulse”, disent ses participants. “Nous ne sommes pas des criminels, mais des migrants”, “nous voulons travailler” assurent-ils.

Cette caravane est la dernière vague d’une tempête qui a commencé à se maniferster sous la forme de déplacements massifs de migrants qui franchissent les frontières, depuis au moins une vingtaine d’années. Elle est formée de femmes enceintes, de mineurs, de jeunes et de moins jeunes. Au lieu de quitter leur pays de manière cachée, en solitaire, exposés à la violence criminelle et à l’extorsion des polices mexicaines, sous la dépendance des passeurs, les membres de la caravane ont décidé de voyager en plein jour, en groupe, accompagnés par des personnes qui sont dans des situations similaires. Comme une avalanche, leur exemple commence à être reproduit : il y a aujourd’hui au Mexique 7000 honduriens dans la caravane, et beaucoup plus qui souhaitent arriver.

Le rôle honteux du gouvernement mexicain, transformé en police migratoire des Etats-Unis, est une offense pour tout le pays et hypothèque la souveraineté mexicaine. De fait, c’était déjà le cas auparavant : chaque année ce sont près de 200 cercueils de citoyens de ce pays, assassinés au Mexique, qui retournent au Honduras, et plusieurs autres milliers qui sont portés disparus. Le nouvel exode du Honduras nous rappelle qu’aucun être humain n’est illégal.

Traduction 7NubS

Source : La Jornada