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Victoire de la lutte contre la construction du nouvel aéroport de Mexico !

communiqué d’Atenco et de la plateforme organisationnelle contre le nouvel aéroport

samedi 3 novembre 2018

Ce 29 octobre 2018, les résultats de la "consultation sur l’aéroport" organisée par López Obrador ces 4 derniers jours ont donné pour résultat le rejet par près de 70% des votants du chantier actuel de construction du NAIM sur les terres de l’ancien Lac de Texcoco, sur une participation totale de près d’un million de personnes.

Une mobilisation importante et un clair rejet par près de 750 000 personnes du chantier actuel de construction du nouvel aéroport, démarré fin 2014 sous le gouvernement d’Enrique Peña Nieto, responsable de la répression d’Atenco, et auquel il faudra ajouter toutes celles et ceux qui, au Mexique et dans le monde, se sont mobilisés contre la construction de ce chantier pharaonique totalement écocidaire, sans pour autant avoir pu ou voulu participer à la "consultation citoyenne" extrêmement biaisée organisée par le futur président du Mexique, qui devrait entrer en exercice début décembre 2018.

Suite à l’annonce faite par López Obrador, le lundi 29 octobre, d’annuler le mégachantier aéroportuaire de Texcoco et le déplacement du projet à Santa Lucia, un communiqué vient d’être émis ce 30 octobre par le Front des Villages en Défense de la Terre d’Atenco et la plateforme organisationnelle contre le nouvel aéroport, afin de rendre publique leur position au sujet de la décision prise par le prochain gouvernement d’annuler la construction à Texcoco du nouvel aéroport de Mexico :

ANNULATION DÈS MAINTENANT ! Communiqué du 30 OCT 2018

Les axes de la nouvelle étape de la lutte sont : la restauration du lac de Texcoco, des zones affectées par le NAICM et du système hydrologique de la Vallée ; le projet alternatif de développement de la région ; la restitution des terres ejidales et d’usage collectif ; la reconstruction du tissu social ; et le renforcement du processus de lutte contre les mégaprojets ainsi que la satisfaction des exigences du peuple mexicain.

Aux médias

Aux organisations et aux peuples en lutte

A tout le peuple mexicain

Dans nos petites mains calleuses, de paysannes et de paysans, de femmes et d’hommes désireuses de travailler de manière modeste et juste, impossible de faire tenir tout ce que nous voulons offrir à nos frères de lutte, de classe, du Mexique et des autres patries du monde, pour tout ce vous nous avez offert durant ces 17 années de jours, de nuits et d’âpres batailles, mais aussi de dignités indomptables.

Nous n’avons rien d’autre à offrir que notre gratitude, notre amour et notre espoir pour la vie ; nous n’avons rien d’autre que l’engagement loyal de lutter à vos côtés, au coude à coude, afin de continuer à ce que se relève la même patrie humanité.

Au vu des résultats de la consultation qui a été convoquée et de la décision exprimée par le gouvernement élu au sujet du nouvel aéroport, nous déclarons :

La défaite écrasante du projet aéroportuaire à Texcoco nous remplit d’allégresse, car elle représente la concrétisation d’une lutte de 17 ans durant laquelle nous, les villages qui sommes en résistance, avons passé des moments très difficiles, de répression, de persécution, d’insomnie, de faim, d’isolement, d’incompréhension. Des frères et des soeurs ont laissé la vie au cours de cette lutte. Ce sont les peuples qui ont parcouru ce long chemin de résistance ; ce sont les gens simples qui ont mis en jeu leur sang et leur sueur afin de vaincre un projet mortifère. C’est grâce à la lutte inlassable des villages de la zone orientale de la vallée de México, pour la défense de leur patrimoine ancestral, qu’aujourd’hui nous pouvons parler d’un triomphe indiscutable de la vie.

Ce n’est définitivement pas la victoire d’un Parti, ni d’un personnage politique. Ce que le peuple veut et ce qu’il nécessite du nouveau gouvernement, c’est de la valeur et du courage pour gouverner et répondre la tête levée et tournée vers le peuple. Et nous, ce que nous disons à ce même peuple, c’est que dès maintenant, nous assumions la valeur et le courage de défendre, d’exiger et de construire un nouvelle patrie où les mégaprojets, les profondes blessures, toute l’impunité et les créatures du grand capital et de leurs gouvernements tyranniques se brisent sur la dignité et la mémoire des plus nombreux, de ceux qui ne sommes pas prêts ni d’être domestiqués par l’hégémonie de quelques-uns, ni de nous vendre, ni de renoncer à une vie de justice pleine et entière.

La lutte contre l’aéroport de Texcoco n’est pas encore terminée, et la lutte pour restaurer le lac commence à peine. Nous connaissons trop bien leurs manigances, et nous ne leur accordons pas même la confiance la plus infime : Peña Nieto a d’ors et déjà annoncé qu’il ne suspendrait pas les travaux de construction, et les chefs d’entrperises se préparent d’ors et déjà à mener la bataille légale contre l’annulation. La victoire pleine et entière n’est pas encore acquise, et nous ne lèveront pas le pied tant qu’ils n’auront pas retiré tous leurs engins et toutes leurs ordures. Jusqu’à ce que tombe le mur de délimitation du projet et que nous récupérions la superbe vue sur nos champs, nous ne cesserons pas d’être sur le qui-vive. Pour toutes ces raisons, nous exigeons l’annulation légale et immédiate des chantiers liés au projet de nouvel aéroport, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur du polygone.

Nous considérons que notre lutte de 17 ans a pu être gagnée grâce à tout le soutien des différentes forces sociales, depuis les citoyens et citoyennes agissant individuellement, les collectifs, les étudiants, les académiciens, les quartiers populaires, les organisations sociales et civiles, les communautés et les peuples originaires, c’est-à-dire grâce à tout le peuple mexicain. Le triomphe est de tout le monde, parce que la Vallée de México nous appartient à tous, et c’est dans ce sens que nous voulons vous faire savoir qu’à partir de cette nouvelle étape, nous travaillerons aux objectifs de lutte suivants :

  • La restauration écologique du lac de Texcoco au travers de l’instauration d’un programme hydrologique et de la restauration des zones gravement affectées par l’extraction minière. Il doit y avoir un programme de restauration de la zone, afin de pallier à tous les dégâts qui ont été provoqués. Ce programme doit être conçu et réalisé conjointement avec les communautés affectées, car il n’est pas possible de corriger une imposition par une autre. Restauration des dégâts faits aux communautés et aux personnes qui ont été affectées par l’imposition de ce projet mortifère.
  • La conception d’un plan de développement alternatif de la région avec la finalité de ce que ce soient les propres acteurs sociaux touchés par la construction du NAICM qui élaborent leur propre projet de développement, basé sur leur autonomie, leur indépendance politique et leur projet futur, avec le soutien technique et les financements de l’Etat national.
  • Sur la question territoriale et agraire, la restitution des terres d’usage collectif et ejidales qui ont été spoliées au travers de pratiques frauduleuses et qui se trouvent actuellement en litige, afin qu’elles soient restituées à leurs propriétaires légitimes et ne puissent pas être hypothéquées au bénéfice du capital immobilier. De la même manière, que soient révisées les concessions des entreprises minières qui opèrent dans la zone, afin de s’assurer immédiatement de leur fermeture, que leur soient retirées la concession, et qu’elles soient sanctionnées au niveau administratif, civil, pénal et environnemental pour l’écocide occasionné.
  • Pour la partie sociale, depuis 2001 les différents gouvernements ont mis en oeuvre une série de mécanismes de spoliation et de violence politique, ce qui a occasioné une grave détérioration de la paix et de l’harmonie interne dans tous les villages affectés par le mégachantier, raison pour laquelle nous considérons comme prioritaire le lancement d’un processus de reconstruction du tissu social qui doit être reconstruit avec differents acteurs de la société civile et impulsé en tant que politique étatique fondamentale, afin de parvenir à la réconciliation et la paix dans notre pays.
  • Nous considérons que l’étape franchie par le peuple mexicain afin de faire tomber le NAICM doit servir à dynamiser d’autres processus de lutte contre l’extraction minière, le fracking, les mégaprojets, les éoliennes, la défense de l’eau, de la terre, de l’environnement, la lutte contre la mal nommée réforme éducative, la justice et la présentation en vie des disparus, entre les nombresues exigences du peuple mexicain, raison pour laquelle nous convoquons tous les citoyens, collectifs, organisations sociales, civiles, communautés et peuples originaires à la rencontre “Depuis le lac : en défense de l’eau, de la terre et de la liberté”, qui aura lieu le 24 novembre 2018 à Atenco, avec la finalité de contribuer au processus d’unification du mouvement social mexicain.

Nous avons pour notre part lancé un appel au peuple du Mexique afin qu’il exprime par tous les moyens possibles son rejet du projet de nouvel aéroport à Texcoco. La consultation convoquée par le gouvernement élu a été un espace supplémentaire par lequel les gens ont pu exprimé leur rejet du projet de Peña Nieto. Nous nous félicitons de ce résultat et pensons qu’il représente un rejet éclatant de la continuation du chantier aéroportuaire.

Cependant, nous voulons mettre au clair que notre rejet du projet de Texcoco ne constitue pas un aval accordé au projet de Santa Lucía. Selon notre opinion, le problème de la saturation des opérations actuelles de l’actuel aéroport n’est pas un problème prioritaire dans la définition de la qualité de vie de millions de mexicains, et ne doit pas être nécessairement résolu par la construction d’une infrastructure aéroportuaire supplémentaire (mais bien plutôt par le meilleur usage des infrastructures actuellement existantes au centre du pays, comme le signale la proposition de renforcer le Système Métropolitain Aéroportuaire) et surtout : c’est un problème qui peut et doit se résoudre sans que cela implique la spoliation des peuples et des dégâts incontrôlés sur l’environnement.

Une fois annulé le projet de Texcoco, il faut que s’ouvre un processus de dialogue incluant où les principaux interlocuteurs soient les communautés potentiellement affectées par n’importe quelle décision.

En 2006 le village d’Atenco a été brutalement réprimé, et Peña Nieto (alors gouverneur) avait dit avec fierté que c’était lui le responsable de cette décision. C’est comme cela qu’il avait acheté son billet pour la présidence : en se montrant comme un fidèle protecteur des affaires des riches de ce pays, avec un mépris absolu pour les gens simples, et sans aucun scrupule pour utiliser la force brute. Aujourd’hui, Peña Nieto se dirige vers les poubelles de l’histoire comme ayant été le président le plus honni de tous les temps, tandis que les villages qu’il a réprimé se lèvent à l’annonce d’une nouvel victoire. La dignité, c’est ce que les villages opposent aux gouvernements corrompus ; un sentiment inconnu pour ceux qui sont accoutumés à servir le Dieu argent.

En contraste avec les réjouissances populaires provoquée par l’annulation du projet, de leur côté les seigneurs de l’argent se lamentent, méconnaissant la volonté du peuple, menaçant d’une déstabilisation financière (créée par eux-mêmes), et d’entreprendre une guerre juridique.

Accoutumés à imposer leur volonté sans que personne ne leur mette un frein, ils réclament avec cynisme que leur a été arraché le droit à imposer leurs décisions, et répudient le fait que la décision d’annulation de l’aéroport à Texcoco soit “basée sur l’opinion populaire”, celle dont ils ne se sont jamais souciés, raison pour laquelle ils ont provoqué tellement de dégâts à nos communautés.

Ils jouent au chantage, en se prévalant des 1500 millions de dollars investis dans le projet au travers des fonds de retraite, alors que c’est eux qui ont mis en danger la sécurité de ces économies en investissant l’argent des travailleurs. Ils prétendent aujourd’hui socialiser les pertes d’une affaire qui, si elle avait continué, n’aurait provoqué des bénéfices que pour quelques-unes des personnes représentées par les associations de patrons et de chefs d’entreprises.

Ils parlent de leur “préoccupation” pour les emplois perdus avec une effronterie sans égale, car ils obligeaient ces mêmes employés à travailler sans sécurité sociale, sans équipement convenable, et parfois, sans même leur verser de salaires.

Les seigneurs de l’argent menacent “que le feu ne soit pas allumé, afin de ne pas avoir à venir l’ éteindre”, mais le feu de la dignité des villages, lui, est déjà allumé...

Aujourd’hui, ont perdu ceux qui imposent sans cesse et qui veulent nous faire croire que c’est très grave pour le pays, alors que ce n’est même pas grave pour leurs fortunes personnelles : les 16 mexicains les plus riches pourraient payer la dette exterieure, tandis que nous sommes 96 millions à vivre dans la pauvreté. Il n’y a donc pas à croire leurs mensonges : vous les dilapidateurs et les spoliateurs, vous ne faites que cesser de gagner quelques millions de plus, mais nous, les villages qui luttons, nous avons gagné le droit de vivre comme nous le voulons : debout, et avec dignité.

¡ZAPATA VIVE, LA LUCHA SIGUE !
¡VIE, EAU, TERRE ET LIBERTÉ !

Ville de México, 30 octobre 2018.

Depuis le Front des Villages en Défense de la Terre

Plateforme organisationnelle contre le nouvel aéroport et l’aérotropolis

traduction 7NubS


Au sujet de la consultation organisée par López Obrador, voir aussi la position des zapatistes et du Congrès National Indigène sur la lutte contre le projet d’aéroport