Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte

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En mémoire de FATIMA

solidarité avec les travailleuses agricoles de Huelva

lundi 8 mars 2021

Ce 8 mars, les femmes indigènes zapatistes nous partagent un très beau texte, "CELLES QUI NE SONT PAS LA"... "Parce que nous n’oublions pas, parce que nous ne pardonnons pas, pour elles et avec elles, nous luttons".

Suite à l’incendie d’un immense bidonville situé dans la municipalité de Palos de la Frontera, Andalousie, destination vers laquelle les zapatistes nous ont proposé d’organiser une flotille navale lors de leur prochaine arrivée en Europe, nous redécouvrons l’horreur des fincas du sud de l’Europe, où la grande majorité de nos fruits et légumes sont produits (les fraises pour ce qui concerne la région de Palos de la Frontera/Huelva, aujourd’hui principale zone d’exportation mondiale).

De proche en proche, nous découvrons aussi les résistances et les combats menés sur place, au quotidien. Et notamment celui du collectif de travailleuses agricoles Jornaleras en lucha. Ci-dessous, la traduction d’un texte qu’elles avaient écrit suite à la perte d’une de leurs compañeras.

FATIMA

traduction d’un article du site Jornalera en Lucha· - 6 décembre 2020

Aujourd’hui est un jour triste pour nous, à un mois d’intervalle à peine, le cancer a une fois de plus emporté une de nos camarades journalières.

Fatima est arrivée dans notre province dans l’un des contingents de travailleuses avec un contrat d’origine du Maroc pour travailler à la cueillette des fraises, considérées comme un simple produit nécessaire pour générer de la richesse, une main-d’œuvre bon marché à exploiter facilement. Sans que rien d’autre ne compte, sans même la prendre en compte en tant que personne.

C’est précisément pour cette raison qu’une fois sa maladie détectée, et une fois son processus de traitement et de souffrance entamé, l’entreprise pour laquelle elle travaillait l’a totalement ignorée, comme c’est le cas de tant de ses collègues, la laissant totalement abandonnée à son sort, sans ressources, dans un pays dont elle ne connaît pas la langue et où elle n’a pas accès aux droits les plus élémentaires au-delà des soins médicaux, dans lequel elle rencontre également de nombreuses difficultés.

Bien qu’elle ait un contrat de travail, qu’elle soit "assurée" et qu’elle paie des cotisations de sécurité sociale, elle a été jetée à la rue comme un chien sans même avoir le droit de toucher son congé de maladie.

C’est pourquoi elle a à peine pu survivre, manger et se procurer ses médicaments pendant plusieurs mois, grâce au soutien que nous avons pu lui offrir au Collectif des travailleuses journalières de Huelva en lutte, et de l’Association ASISTI Cuenca Minera, qui l’a accompagnée dès le premier moment. Aussi, et surtout, grâce à la solidarité et au sens de la communauté de ses compatriotes, qui ont un véritable master en soins et en soutien mutuel quand il s’agit d’apporter de l’attention quand il y en a le plus besoin, en raison du besoin et des situations auxquelles ils sont constamment confrontés.

Fatima avait 37 ans et a laissé au Maroc trois enfants et une famille qu’elle n’a pas pu saluer avant de mourir. Mais surtout, la mort de Fatima dans des conditions aussi inhumaines et indignes pour une personne, a une fois de plus exposé ce misérable et sordide système de recrutement à la source qui ne vise qu’à tirer profit d’une main-d’œuvre vulnérable, cherchée là où les besoins sont les plus grands.

Messieurs les patrons des fruits rouges de Huelva, vous vous vantez de ce plan socio-éthique appelé PRELSI, auquel collaborent des organisations féministes aussi importantes que Femmes en zone de conflit, et qui est censé avoir été créé pour protéger l’intégrité de ces femmes. Mais, néanmoins, c’est la réalité que l’on retrouve sans cesse, et non, il ne s’agit pas de cas isolés. Combien de temps encore comptez-vous continuer à nier ces preuves, et à inventer ce plan inutile que vous avez créé pour couvrir votre honte ?

Aujourd’hui, depuis le Collectif Jornaleras de Huelva en Lucha, nous dénonçons à nouveau les atrocités commises contre nos camarades marocaines. Nous attendons que les personnes qui occupent les différents postes responsables de ce type de situation décident de prendre position une fois pour toutes, et de contribuer à mettre un terme à ces barbaries ou, au contraire, de continuer à être les participants et les complices des atteintes aux droits de l’homme qui sont commises contre nos camarades depuis des décennies.

Chère Fatima, nous n’avons pas pu satisfaire le désir de t’accompagner sur ta terre lorsque tu avais suffisamment récupéré pour boire du thé et danser au rythme de la musique arabe, mais nous promettons de ne pas cesser ce combat inlassable jusqu’à ce qu’aucun camarade ne meure à nouveau dans ces conditions.

Que la terre soit bonne pour toi amie, tu seras toujours dans nos cœurs.


NOTE : Ci-dessous, un appel à financiation solidaire du collectif "Jornaleras en lucha"

"Pouvoir dénoncer et raconter publiquement ce qui se passe est essentiel et, pour ce faire sur le terrain, il est nécessaire de conserver son indépendance. C’est pourquoi nous avons pensé qu’un crowdfunding à Goteo serait le meilleur moyen d’obtenir un soutien pour pouvoir terminer les accompagnements pendant la durée de la campagne des fruits rouges".

https://www.goteo.org/project/jornaleras

Face à l’abandon total que nous subissons de la part des agents qui devraient veiller sur nos droits, face à la situation intenable que nous connaissons dans les serres et aux conditions de vie difficiles auxquelles notre secteur nous soumet, nous nous sommes organisées pour créer Jornaleras de Huelva en Lucha (Travailleuses journalières de Huelva en lutte). Nous travaillons ensemble à partir du féminisme, de l’environnementalisme et de l’antiracisme, déterminées à mettre fin à des décennies de précarité et d’oppression.

Une partie essentielle de notre travail est la médiation syndicale, le conseil et le soutien juridique. Pour pouvoir recueillir les plaintes, se rendre sur les lieux de travail pour informer sur nos droits (du travail, sociaux et d’accès à la santé), dénoncer les abus devant l’inspection du travail et les tribunaux, etc.

Jusqu’à présent, nous avons pu compter sur nos propres ressources pour effectuer ce travail d’information et de médiation. Les fonds qui ont permis la libération des compañeras seront épuisés en avril et nous ne pourrons même pas terminer le travail de la campagne de cette année.

Huelva est une très grande province, les champs et les campements sont très dispersés, pour pouvoir continuer à impacter sur le système qui nous opprime toutes, nous avons besoin qu’au moins une compañera soit libérée.

Pouvoir dénoncer et raconter publiquement ce qui se passe est essentiel et pour faire cela à la campagne, il est nécessaire de maintenir l’indépendance. Nous avons donc pensé qu’un crowdfunding à Goteo serait le meilleur moyen d’obtenir un soutien pour pouvoir terminer les accompagnements pendant la durée de la campagne des fruits rouges.

Soutenez-nous pour continuer à lutter pour les droits de toutes !