Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte

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Lettre depuis les ruines de l’usine Danone Bonafont

dimanche 5 septembre 2021

flyer A5 :

flyer recto-verso pour impression :

DEPUIS LES RUINES DE L’USINE D’EMBOUTEILLAGE D’EAU BONAFONT AU MEXIQUE, PROPRIÉTÉ DE LA MULTINATIONALE FRANCAISE DANONE :

Lettre des villages unis de la région cholulteca, fin août 2021

Compas qui nous écoutez dans l’Europe rebelle, recevez nos salutations combatives.

Nous sommes des villages nahua qui habitons la vallée des volcans Matlalcueyatl, Iztaccihuatl et Popocatepetl. En raison des conditions hydrologiques de notre région, depuis les années 70, de nombreuses entreprises se sont installées sur notre territoire, provoquant la détérioration des nappes phréatiques et affectant gravement notre mode de vie, car en tant que villages paysans, nous dépendons de l’eau pour irriguer les aliments que nous produisons. En outre, les entreprises ont pollué nos rivières avec leurs déchets toxiques, ont tué les poissons, les crabes, les écrevisses, les tortues et autres animaux associés aux plans d’eau.

C’est pourquoi nos parents et grands-parents ont entamé une lutte contre les entreprises et les mauvais gouvernements pour défendre la vie, le territoire et l’eau.

Le 22 mars, nous avons bloqué les entrées de l’usine d’embouteillage d’eau de Bonafont, qui appartient au groupe Danone. Pendant 4 mois, nous avons cherché des solutions pacifiques avec les gouvernements et l’entreprise, notre demande étant que l’usine d’embouteillage soit retirée de notre territoire. N’ayant obtenu aucune réponse ni des gouvernements ni de l’entreprise le 8 août, jour anniversaire de notre général Emiliano Zapata, nous avons décidé de prendre possession de l’usine avec comme revendication de faire de ces installations un espace communautaire pour la reconstruction intégrale de nos peuples, sur la base des 13 revendications zapatistes : santé, éducation, alimentation, logement, terre, travail, indépendance, information, égalité, liberté, démocratie, justice et paix. Cet endroit s’appelle la Maison des Peuples (Altepemecalli, dans notre langue nahuatl). Là où ceux d’en haut détruisent, nous, les peuples originaires, nous construisons.

Nous savons que nous sommes face à une entreprise qui a tout le système en sa faveur. Les lois sont conçues pour permettre le vol de l’eau et la destruction de la nature. Pendant ce temps, ces mêmes lois nous persécutent pour défendre la terre mère. Actuellement un dossier d’enquête a été ouvert par le bureau du procureur avec l’intention d’emprisonner deux de nos camarades qui se trouvent accusés de différents délits, certains n’ayant même rien à voir avec la prise de l’usine. Pour nous il n’y a aucun délit, au contraire : c’est de notre obligation de défendre la nature, tout comme l’avait fait nos grands-parents.

Les mauvais gouvernements ont donné la permission de piller et de détruire nos villages, nous les défendrons avec nos vies si nécessaire.

Nous vous demandons d’être attentifs à notre lutte et à d’éventuelles campagnes de solidarité contre tout acte de répression. Nous vous invitons également à visiter La Casa de Los Pueblos, un espace que nous avons arraché aux griffes des capitalistes et qui sert maintenant à renforcer la lutte de tous ceux d’en bas.

ZAPATA VIT, LA LUTTE CONTINUE !

Bien à vous :

les villages unis de la région de la Cholulteca et des volcans