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Montes Azules : Transnationales propres contre Indiens prédateurs

Alex Tranjera

jeudi 1er août 2002

Montes Azules : Transnationales propres contre Indiens prédateurs

Depuis le mois de mars dernier, les menaces d’expulsions qui pèsent sur une trentaine de communautés indiennes de la réserve de la Biosphère de "Montes Azules" (Chiapas), se sont ravivées.

Incident banal dans une région que l’on sait conflictuelle, car située au coeur de la zone de contrôle de l’EZLN ?

Pas exactement, si l’on prend la peine de se pencher sur les enjeux géostratégiques et financiers convergeant vers cette petite tache verte, qui concentre à la fois les plus forts taux de pauvreté parmi la population et est une des plus riches de l’Amérique Centrale en matière de biodiversité .

Bien qu’ayant cherché à se faire discrète, en utilisant les bus d’une ligne commerciale, l’arrivée de plusieurs centaines d’effectifs de la Police Fédérale Préventive (PFP) ne passe pas inaperçue à San Cristóbal de Las Casas. À la mi-mars, le collectif CIARS [1] lance une première alerte. En effet cette date, qui correspond à la saison sèche est la période de tous les dangers, celle qui facilite les incursions militaires rendues plus malaisées dès l’arrivée des premières pluies (en mai). C’est aussi celle des incendies de forêts dont il est alors bien commode de rendre responsables, les Indiens, qui à la même époque, préparent sur brûlis, leurs terres pour les semailles.

Et la montagne accoucha d’une souris....

Les craintes du collectif CIARS qui s’est fait porte-parole des communautés menacées, remontent à mai 2000. À cette époque, plusieurs organisations de défense de l’environnement, notamment le WWF et Conservation International, affirmaient dans un communiqué que 170 incendies menaçaient de détruire 10.000 ha de forêt au cœur de la réserve de Montes Azules et enjoignaient le gouvernement de l’État de prendre des mesures pour expulser les populations de 32 villages, coupables, selon elles, de l’"écocide". De hauts responsables de la SEMARNAP [2] abondèrent alors dans le sens des organisations conservationnistes. Et pour cause, il semble que celles-ci aient exercé auprès des autorités mexicaines, un chantage au financement.

Fort heureusement, l’attention se trouva à ce moment accaparée par l’élection de Vicente Fox et la pression retomba. Pourtant, cette affaire marquera le début d’une polémique qui, décrite schématiquement, oppose les défenseurs des droits des Indiens à occuper leurs terres ancestrales, aux défenseurs de la faune et de la flore.

Or certains éléments permettent aujourd’hui de jeter un regard différent sur le sens de ces évènements. Étrangement, le rapport officiel publié par la SEMARNAP en août 2000, faisait état de.... 398 ha incendiés dans la région. Un tel écart (de 10.000 à 398 ha) ne permet évidemment pas d’invoquer une erreur statistique. D’autre part, on se souvient que deux ans plus tôt les incendies qui avaient, cette fois bien réellement, dévasté certaines zones de la forêt Lacandone, n’avaient pas provoqué l’émoi du ministère de l’environnement mexicain. On se rappelle aussi que les feux ont coïncidé avec de fortes incursions de l’armée, dans le but de démanteler les municipalités autonomes zapatistes, en particulier celui de Ricardo Flores Magon, dont le chef lieu Taniperla se trouve justement dans la zone d’amortissement [3] de la réserve de Montes Azules (RIBMA) [4] .

Plus troublant encore est le lien établi par Miguel Angel García,-représentant de l’Association "Maderas del Pueblo del Sureste" et aujourd’hui assesseur du Secrétariat des Peuples Indiens (SEAPI) de l’État du Chiapas - avec les incendies qui, en mai 98, détruisirent une partie importante des Chimalapas, région qui chevauche la frontière entre le Chiapas et l’État de Oaxaca (voir encadré).

À qui profite le crime ?

Les communautés menacées n’ont certes, aucun doute sur le fait que leur expulsion servirait un plan contre-insurrectionnel destiné à attaquer le cœur de la résistance zapatiste. La région reste une des plus militarisées du Chiapas. Mais ils sont également conscients que les divisions que tentent d’exploiter l’adversaire, sont aussi le produit des politiques agraires mises en oeuvre pendant les décennies précédentes.

La saga du peuplement de la forêt Lacandone et les conflits qu’elle a provoqués est particulièrement bien mise en relief par le professeur de l’UNAM, Andrés Barreda, qui, en juxtaposant des cartes, montre que la création de la zone de protection forestière et en général l’organisation territoriale de la région, a été déterminée par les options politiques et surtout économiques des divers gouvernements depuis les années 50. De sexennat en sexennat, on peut ainsi constater que l’évolution des frontières des zones protégées suit tour à tour celle des intérêts des compagnies d’exportation de bois précieux, de la prospection minière et pétrolière et plus récemment celle des transnationales de la biotechnologie.

Les concessions et privilèges maintenus pour les latifundistes, éleveurs et négociants de bois précieux ont entraîné des vagues d’émigration successives vers la forêt Lacandone.

Dans les années cinquante et soixante, le mouvement s’accentua car l’élevage extensif promu au rang de politique d’État, incitait les éleveurs à « déborder » sur les parcelles des paysans pauvres. La colonisation de la forêt fut alors encouragée par le gouvernement fédéral, comme moyen de protéger les grands propriétaires des pressions exercées par les paysans sans terre. C’est ainsi qu’au début des années 70, le département des affaires agraires et de la colonisation (DAAC), destina 590.164 ha de terres nationales aux habitants, qui déjà nombreux, s’étaient installés dans la forêt, souvent à proximité des exploitations de bois ou des grandes plantations dont ils fournissaient la main d’oeuvre.

Diviser pour régner : Indiens authentiques contre envahisseurs.

Dans un communiqué daté du 23 février 2002, adressé à la Commission Civile Internationale d’Observation pour les Droits Humains, les autorités du Municipe Autonome Ricardo Flores Magón, dénoncent les pressions réitérées pour obtenir le départ des communautés et brossent la rétrospective d’un conflit créé de toutes pièces par des acteurs extérieurs mais dont les conséquences rejaillissent aujourd’hui sur la population de la région.

« L’installation des premières familles s’est faite sans aucune aide du gouvernement de l’époque. Livrés à leur propre sort, les Indiens sont envoyés dans la jungle qui semble les absorber » relate le document.

Par la suite, des centaines de communautés s’épuisèrent en démarches administratives pour obtenir la légalisation des dotations agraires. Certaines les attendront pendant plus de 15 ans, d’autres ne les obtiendront jamais.

Parallèlement, en 1963, le gouvernement autorisa généreusement de nouvelles concessions à Aseraderos Bonampak et Maderera Maya, des entreprises paraétatiques d’extraction de bois, qui se livrèrent à une déforestation massive.

Mais le pavé dans la mare de confusion qui régnait déjà, fut lancé en 1972, lorsque le président Echeverria signa une résolution présidentielle, attribuant 614.314 ha de forêt à 66 familles d’Indiens lacandons, qui officiellement n’en avaient sollicité que 10.000.

Le territoire attribué ne correspond d’ailleurs pas à celui de leur lieu de résidence, dans certains cas il s’en trouve même assez éloigné et il s’avère bientôt que, pendant les décennies suivantes, la communauté lacandone, servira de prête nom à une des compagnies extractrice de bois, rebaptisée « Compañia Forestal Lacandona S.A. » (COFOLASA).

Mais face à l’opinion publique, grâce à la restitution « aux authentiques habitants », de la forêt Lacandone, une dette historique semblait désormais payée.

Outre le fait que cette authenticité fait l’objet d’une querelle d’anthropologues, -certains affirmant qu’ils auraient en fait été exterminés aux temps de la conquête et que les lacandons d’aujourd’hui sont, en réalité, originaires de l’État de Campeche- le choix de désigner les lacandons comme uniques propriétaires d’une immense région, spolie de leurs droits agraires des milliers de ch’oles, tsotziles et tseltales, qui s’en revendiquent également comme les habitants premiers. Cela concerne plus de 60 communautés, dont certaines avaient déjà obtenu leur certificat de dotation agraire et d’autres en attente de l’obtenir.

À la suite d’une vague de répression, quelques communautés acceptèrent d’être concentrées à Nueva Palestina et Frontera Corozal. Ces deux villages, sont actuellement bénéficiaires de divers projets de développement et d’écotourisme -financé par USAID- obtenus grâce aux bons soins de Conservation International.

La création de la zone de protection forestière (2.600.000 ha) et de la Réserve de la Biosphère de Montes Azules (331.200 ha), en 1978, n’a résolu en rien les conflits dans la forêt Lacandone et n’a pas non plus contribué à offrir aux populations qui l’habitent, une perspective de développement respectueuse de l’environnement.

Au contraire, sa démarcation correspond à la zone où les géologues de PEMEX avaient identifié de possibles gisements pétroliers. Située au coeur de la zone de protection forestière, la réserve de la Biosphère, qui englobe la moitié du territoire lacandon, correspond à la région de moindre intérêt pour la prospection.

Les changements effectués postérieurement dans la démarcation des sites protégés, illustrent l’évolution des attentes initiales. Ainsi à l’extrême sud, la zone de Marqués de Comillas, incluse un temps dans la région à conserver, apparaît en 93, comme une des plus affectée par la déforestation. En revanche de nouvelles réserves ont été créées dans la frange encastrée entre l’Est de la RIBMA et la frontière du Guatemala, dont le potentiel s’est révélé plus décevant.

Les ambitions convergent, les intérêts s’affrontent...

Avec le développement de l’industrie basée sur les biotechnologies, la richesse en biodiversité qu’offre la région se convertit en objectif commercial prometteur et amène de nouveaux acteurs à lui porter un intérêt croissant.

Comme par le passé pour les entreprises pétrolières ou d’extraction de bois, le contrôle de la région par les transnationales pharmaceutiques ou celles liées au business du transgénique, se convertit en priorité.

Plusieurs obstacles restent pourtant à écarter : D’une part, disputer le morceau au lobby pétrolier qui reste extrêmement puissant, de l’autre écarter les communautés organisées qui constituent des « empêcheuses de pirater en rond ».

Si comme on l’imagine, l’argument écologique n’est pas exempt d’arrières pensées, mais se conçoit facilement lorsqu’il se tourne contre l’industrie pétrolière, il est plus difficile à manier, lorsqu’il s’agit de présenter des populations qui ont conservé les secrets de la nature depuis des temps ancestraux, comme les principaux prédateurs de l’environnement.

C’est ce qui explique, l’implication massive de grands groupes comme PULSAR, INTEL, les fondations PACKARD, FORD ou encore « Cementos Mexicanos », dans le financement de certaines ONG’s qui grâce à cette manne promeuvent des programmes de développement soutenable dans les communautés.

Le directeur de Conservation International - Chiapas, décrit ainsi les motivations des généreux donateurs : « (...) Nous sommes aidés par Cementos Mexicanos. Cette industrie est très contaminante, c’est pour cela qu’ils s’impliquent. Nous avons l’intention de leur présenter un programme de capture de carbone, que nous négocions actuellement avec quelques communautés, par exemple celle de Frontera Corozal qui possède des aires de pâturages déforestées, sur lesquels pourraient être installées des plantations forestières pour endiguer la contamination. Ce mécanisme des puits de carbone n’a pas encore été clairement expliqué. (...) Nous analysons actuellement le pour et le contre, afin de ne pas risquer d’affecter la productivité des terres des communautés. (...) Il s’agit de l’installation de plantations agro forestières ou régénération naturelle. (...) La Banque Mondiale est sur le point d’impulser un nouvel instrument économique (sic) dénommé « Biocarbon » qui consiste à apporter des fonds en échange du maintien d’aires forestières reconstituées et qui ne sont pas des zones protégées. (...) »

Il est intéressant de souligner qu’un projet de mise en bourse des puits de carbone est actuellement à l’étude. Les entreprises polluantes reçoivent en outre des fonds publics pour la gestion de ces puits de carbone. Le principe « pollueur - payeur » s’inverse ainsi au profit de celui de « pollueur payé » [5] .

Tous les chemins mènent à la Banque Mondiale....

Cette tendance est encouragée par la Banque Mondiale, à travers le Global Environment Facility (GEF), un fond destiné à « soulager » les États de leurs responsabilité en favorisant la gestion des Réserves Naturelles Protégées, par des ONG’s, agissant par ailleurs, en partenariat avec les entreprises privées.

Dans ce cadre, la seconde partie du programme SINAP II [6] , rendu public au Mexique en janvier 2002, destinera 60 millions de dollars à la préservation de 34 réserves naturelles [7] .

L’intérêt de la Banque Mondiale pour les ressources génétiques est affiché dans le document de présentation du programme.

Parmi les promoteurs les plus actifs du GEF, figurent Conservation International et le Fondo Mexicano para la Conservación de la Naturaleza (FMCN) qui comptent parmi leurs donateurs, de grands groupes comme PULSAR-SAVIA et l’agence nord américaine pour le développement USAID.

Mais passent d’abord par Washington....

Les privilèges dont jouissent les lacandons, sont aujourd’hui encore, mis à profit, cette fois par les organisations de protection de l’environnement.

Conservation International, notamment, leur fournit aide et conseil pour mener à bien les procès contre les communautés « en situation irrégulière », c’est-à-dire, justement celles qui se trouvent dans la zone la plus intéressante pour la bio prospection.

Ainsi, en septembre dernier, le représentant de la communauté lacandone, qui occupe le poste de sous secrétaire au développement forestier de l’État du Chiapas réactive les poursuites pénales contre plusieurs communautés de la région de la Biosphère de Montes Azules, pour « délits contre l’environnement », auxquels s’ajoutent des charges pour « usurpation », -un délit puni de façon particulièrement sévère au Chiapas [8] -. Les preuves présentées sont des images satellites « prêtées » par Conservation International, provenant du programme SIMASEL, financé par USAID.

Ces images, qui peuvent atteindre une extrême précision, au point de pouvoir identifier une personne dans son jardin, sont diffusées sur la page de Web de Conservation International. Son directeur présente également d’autres outils censés augmenter la prise de conscience pour la protection de l’environnement : « Le groupe PULSAR, fondé par Alfonso Romo avec d’autres investisseurs mexicains, à partir d’un éventail de projets que nous avions présenté, a financé pendant 4 à 5 ans, une série de produits ayant à voir avec la biodiversité, comme par exemple un CD, l’installation de la station d’écotourisme IXCAN ou des projets en relation avec la recherche scientifique sur les singes ou l’élaboration de cartes géographiques » .

Les dehors aimables, comme par exemple la promotion de l’écotourisme, ont parfois du mal à cacher les intérêts commerciaux -et pour autant stratégiques- des entreprises privées et des organismes nord-américains. Au Chiapas, outre le programme d’observation par satellite SIMASEL, USAID a participé au financement d’ICBG [9] Maya, un programme orienté à la « bio prospection - piraterie ». Cet ambitieux projet de collecte d’espèces, mis en place dans la région des Altos du Chiapas, a pu être stoppé fin 2001, grâce à la mobilisation de COMPITCH [10] , une organisation chiapanèque, regroupant les médecins traditionnels et les sages-femmes, qui a obtenu l’adoption d’un moratoire sur la bio prospection.

Par la suite, les membres de COMPITCH ont reçu la visite d’un représentant de l’ambassade des États-Unis, qui, -sur les conseils du directeur de Conservation International-, venait « s’enquérir » des motifs de l’opposition des Indiens à la bio prospection.

Heureux d’avoir gagné une bataille, la COMPITCH comprend qu’elle n’a pas gagné la guerre et craint que Montes Azules ne soit la prochaine cible pour un redéploiement du programme ICBG. Des initiatives similaires observées dans le Petén guatémaltèque, constituent une autre source d’inquiétude.

Les activités de protection de l’environnement s’étendent également à des domaines plus inattendus : le contrôle démographique. C’est ainsi que grâce à l’apport financier de la Fondation Packard, Conservation International en partenariat avec l’ONG mexicaine MEXFAM [11] , ont mis en place le programme « population et environnement » censé pallier au problème de la surpopulation dans les communautés situées aux alentours de la RIBMA.

Le concept de réduire la pauvreté en limitant la reproduction des pauvres, semble d’ailleurs faire école, puisqu’il a été récemment proposé d’instaurer un contrôle de la natalité au Chiapas, dans le cadre de la lutte contre la pauvreté.

Enfin, au cas où subsisteraient des doutes, la déférence du gouvernement mexicain envers les intérêts supranationaux s’est affichée lors d’une conférence de l’ONU célébrée en mars 2002 à New York. Il fut en effet proposé de traiter la protection de l’environnement comme une affaire de sécurité internationale. Une résolution dont, selon le collectif CIARS, les autorités mexicaines pourraient se valoir pour justifier une incursion militaire dans la région de Montes Azules.

Mais les volontés impériales, blessent parfois les sensibilités locales et depuis quelques mois le ton monte entre le gouverneur du Chiapas et le gouvernement fédéral, qui par la voix de son ministre de l’environnement Lichtinger, exerce des pressions répétées pour accélérer le départ des communautés de Montes Azules.

Or, une incursion violente dans la région, signifierait la rupture du fragile équilibre que le gouverneur Pablo Salazar a tenté de maintenir en invitant d’anciens dirigeants issus des mouvements sociaux à faire partie de son gouvernement. C’est le cas de Porfirio Encino, qui avant de se convertir en secrétaire d’État aux affaires indiennes, présidait l’ARIC Indépendante [12] d’Ocosingo, une organisation à laquelle sont affiliées 40% des communautés menacées d’expulsion.

Pressionné par les autorités fédérales, qui le jugent trop peu fiable ; combattu par le PRI local qui prétend conserver dans le sud du pays, l’influence qu’il a perdu ailleurs ; ignoré par les zapatistes et désavoué par de nombreuses organisations qui, en échange de leur soutien, attendaient de lui des faveurs ; Pablo Salazar joue, dans la recherche d’une solution négociée au conflit de Montes Azules, le dernier atout, qui lui permettrait de finir son mandat.

Face à un soutien si aléatoire et si dépendant des manoeuvres politiciennes, les communautés menacées ne disposent pour se défendre que de leur volonté de résistance et de l’appui solidaire de ceux qui, en diffusant l’information, contribuent à déjouer des plans malfaisants, en en révélant la véritable nature.


Encadré : Feux de forêts

(...) Durant la période février-avril 1998, (...) des incendies ravagent la zone orientale des Chimalapas et portent dramatiquement cette région au centre de l’attention médiatique.

Ils détruisent environ 12.000 ha et sont pour la plupart dus à l’inattention des paysans qui brûlent les terres pour les désherber.

Le désastre écologique a vraiment lieu entre le 4 et le 6 mai, laps de temps durant lequel se déclarent, de façon étrange, 17 nouveaux feux sur une ligne horizontale d’approximativement 100 Kms, d’Est en Ouest, presque sur la même latitude. Ces feux "spontanés" affectent le coeur de la forêt dans des lieux totalement inaccessibles, où n’existent ni villages ni activités agricoles ou d’élevage.

Malgré les appels à l’aide, les autorités mexicaines tardent à intervenir et envoient finalement un détachement peu équipé de l’armée. Les premiers secours effectifs n’arrivent qu’au moment où les États-Unis, alertés lorsque la fumée des incendies atteint le Texas (!) après avoir traversé le golfe du Mexique, envoient pompiers et hélicoptères dans la zone.

Les feux ne seront totalement éteints que le 20 juin, après de fortes pluies.

Les dommages sont estimés à 100.000 hectares partiellement ou complètement détruits.

L’apparition incontrôlée de 68 incendies, en particulier de la ligne de 17 fronts, ne peut être uniquement attribuable à des causes "naturelles" et à des pratiques agricoles. Si ces facteurs entrent en ligne de compte, ils ne peuvent à eux seuls, expliquer un phénomène d’une telle magnitude.

Un des pompiers étatsuniens membre de l’équipe d’urgence a estimé que les feux avaient été allumés avec des bombes incendiaires de type "ping-pong" -habituellement utilisées pour provoquer des "contre-feux"- jetés du haut d’un hélicoptère.

La criminologie établit que pour trouver le coupable d’un forfait, il faut savoir à qui le crime profite.(...)

Certains intérêts politiques et économiques seraient-ils heurtés par l’infatigable lutte des Indigènes pour défendre leur territoire, ses ressources et leur autonomie ?

Ceux qui, malgré tout, ont résisté aux pressions, à l’achat des autorités et aux intimidations auraient-ils été attaqués dans l’essence de leur cause : leur forêt ?

Extrait d’une entrevue avec Miguel Angel García, réalisée en mars 2000 à Mexico, publiée dans le fascicule "Les Chimalapas - Une lutte patiente et tenace des indigènes pour leur autonomie et la préservation de leur écosystème" édité par le Comité Chrétien pour les Droits Humains en Amérique Latine (CCDHAL) Montréal, Québec.


Source : Revue VOLCANS, n°48 (été 2002).

Notes

[1] CIARS : Colectivo de Información y Analisis de la región Selva (Collectif d’information et d’analyse de la région Selva).

[2] SEMARNAP (aujourd’hui SEMARNAT) : Secretaría del Medio Ambiente de los Recursos Naturales y Pesca.

[3] La zone d’amortissement est une frange située sur le pourtour de la réserve naturelle. Sans être classée zone protégée, elle constitue une sorte de zone tampon.

[4] RIBMA : Réserve Intégrale de la Biosphère de Montes Azules.

[5] Un article sur le marché du carbone à été publié dans Libération du 2 avril 2002- voir aussi http://www.transnationale.org/forums/environnement__air/showmessage.asp?messageID=422

[6] Consolidación del Sistema de Areas Nacionales Protegidas : Mis en place en 97, après les changements législatifs, permettant le transfert de l’administration des Réserves naturelles aux gouvernements locaux et autorisant la participation des ONG’s à la gestion.

[7] L’exécution du programme SINAP II est prévue pour 8 ans. De ces 60 millions, 26 proviennent du gouvernement fédéral, 16 du GEF, 15 de l’initiative privée et 1 million d’organismes établis au Mexique.

[8] Réminiscence de l’époque coloniale, le code pénal de l’État du Chiapas est considéré comme un des plus rétrogrades de la Fédération.

[9] ICBG : International Corporation Biodiversity Group regroupe les services de diverses dépendances du gouvernement des États Unis (dans le domaine de la santé, de l’agriculture, de la recherché scientifique). Le programme ICBG Maya se réalisait à travers l’université de Georgia, en collaboration avec le Colegio de la Frontera Sur (ECOSUR) au Chiapas et en partenariat commercial avec une entreprise pharmaceutique du pays de Galles.

[10] COMPITCH : Coordinadora de Medicos, Parteras Indígenas Tradicionales de Chiapas.

[11] Sur la page WEB de MEXFAM ont pouvait notamment lire qu’il s’agit « d’une association civile (...) sans but lucratif, spécialisée dans la diffusion de la pratique de régulation volontaire de la fécondité au sein des secteurs les plus nécessiteux de la population mexicaine, les plus pauvres dans les villes et dans les campagnes, les jeunes et les hommes.

[12] ARIC : Asociación Rural de Interés Colectivo.

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