Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte
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Lettre de la Rencontre de Barcelone

jeudi 28 juillet 2005

Lettre de la Rencontre de Barcelone

À nos frères et sœurs zapatistes
Aux sociétés civiles nationales et internationales

De la Rencontre européenne des personnes et des groupes en solidarité avec le Chiapas qui s’est tenue à Barcelone, du 22 au 24 juillet 2005.

Nous vous écrivons cette lettre de la réunion convoquée d’urgence après l’alerte rouge déclenchée par l’EZLN le 19 juin dernier et la publication de la Sixième Déclaration de la forêt Lacandone, en juillet, pour vous communiquer nos réflexions, nos accords et nos engagements. En ce même mois de 1936, nos grands-pères et nos grands-mères ont stoppé le soulèvement militaire d’alors et construit un processus qui est entré dans l’histoire de ceux et celles d’en bas, processus qu’ils ont partagé avec de nombreuses personnes dans le reste du monde dans une lutte commune contre le fascisme. Ils l’ont payé très cher.

Comme cela se passe avec toutes les choses faites avec précipitation, tous les groupes et toutes les personnes qui forment ce réseau n’ont pas pu être présents. D’Autriche, du Danemark et de Grèce, ainsi que d’autres lieux, nous avons reçu un salut et des messages de soutien. Ces personnes resteront à l’écoute de ce qui aura été dit ici. Le résultat a été positif. Nous avons eu droit à un peu de tout. De dures discussions, des rencontres et des incompréhensions, et aussi des accords. Mais nous avons parlé du fond du cœur et nous nous sentons tous et toutes satisfaits d’avoir pu construire en commun à partir de nos doutes, de nos incertitudes, de nos craintes et de nos espoirs, un processus à vos côtés.

Il y a déjà douze ans que vous et nous, nous marchons ensemble dans ce réseau. Comme dans tous les contes très longs, il y a eu et il y a des visages nouveaux, des changements, des défis et des moments de joie. Nous avons beaucoup appris mais, heureusement, nous nous sommes aussi beaucoup trompé. C’est pour cela que nous sommes là, que nous continuons.

Nous nous sentons interpellés par votre parole et par la Sixième Déclaration. Vous y parlez aussi du monde et de notre réalité (l’européenne). Une réalité dans laquelle, après des luttes très intenses, contre la guerre et contre la précarité, des luttes des migrants pour leurs droits, des luttes des femmes, des luttes contre l’oubli, pour l’humanité et contre le néolibéralisme, de nouvelles questions se posent et de nouveaux chemins sont cherchés, comme c’est le cas pour vous. Et comme vous, nous voulons le faire en ouvrant la porte à d’autres pour changer ensemble et faire que ce "en bas, à gauche" prenne tout son sens.

Comme vous, nous voyons comment le pouvoir cherche à parler comme s’il le faisait d’en bas, comment il attaque l’autonomie des mouvements pour les étiqueter et leur faire une place en haut, à ses côtés, ou comment il tue par le silence et par l’abandon, quand ce n’est pas directement.

Les chemins d’en bas à gauche se retrouvent à nouveau face à face et à débattre de cette transition et de ce changement auxquels vous nous avez invités à participer. Comme à chaque fois que vous prenez la parole, chacun le comprend à sa manière et interprète parfois ce qu’il veut y trouver. C’est pour cela que nous aussi, en le lisant avec le cœur, et certainement comme tant d’autres, nous avons de nombreux doutes ; de l’irritation ou du mécontentement, non.

Nous sommes passés de la syncope due à l’alerte rouge au désarroi, et même à la dépression, pour certains, mais nous avons su y remédier en parlant et en écoutant, ça va déjà mieux.

Et maintenant, quoi ?

Eh bien ! Nous allons continuer. Nous avons réanimé le réseau zapatiste européen par cette Rencontre. Nous nous sommes engagés dans le processus auquel vous nous avez invités à participer, un processus que nous faisons nôtre.

Pour cela, nous retournerons chez nous et nous commencerons à poser des questions et à discuter du défi qui se présente à nous et nous nous reverrons bientôt pour partager ce que nous aurons entendu et pour commencer à donner forme à ce que vous appelez Rencontre intergalactique. Autrement dit, la tachycardie repart de plus belle.

Merci pour l’embrouille dans laquelle vous nous avez plongés.

Mas de la Guineueta, dans le quartier combatif de Nou Barris, Barcelone, en ce septième mois de l’an 2005.

À la mémoire de toutes les personnes d’en bas mortes à cause de la guerre contre l’humanité dans le monde entier et en reconnaissance pour tous ceux et pour toutes celles qui luttent et résistent.

P.-S. : En plus de tout ça, nous continuerons avec tout le reste.

(Participant-e-s de) Collectif zapatiste de Séville. MID Mallorca, Baléares. Plate-forme de solidarité avec le Chiapas, Oaxaca et le Guatemala de Madrid. École populaire de prospérité de Madrid. Ixim-Solidarité avec le Chiapas, d’Irun, Navarre. Le Caracol Maya de Badía del Valles, Catalogne. Reus Société civile. Réseau de soutien au Chiapas rebelle, Italie. Groupe Caminos de Madrid. Commission confédérale de solidarité avec le Chiapas CGT, Espagne. Collectif Caracoles de Marseille. M.C.O. d’Olot, Catalogne. Collectif de solidarité avec la rébellion zapatiste de Barcelone. Collectif Chiapas Ariège. Comité Chiapas Pau-Oloron. Collectif zapatiste de Grenade. Collectif de soutien zapatiste de Saragosse. Brigade Terrassa Chiapas, Catalogne. C.S.P.C.L, Paris. Solidarité directe avec le Chiapas, Zurich. Collectif de solidarité Chiapas-Mexique, Toulouse. Association Ya Basta, Italie. Jeunesses communistes, Italie. Parti de la Refondation communiste, Italie. Aritjol de Palafrujell, Catalogne. La Garriga Société civile, Catalogne. Casal de Joves de la Guineueta, Catalogne. Amigos de Chiapas, Trento, Italie. Groupe B.A.S.T.A, Münster, Allemagne. Roma Nordest Social Forum, Italie. Coopération internationale-Italie. Centre de documentation sur le zapatisme de Madrid. CAREA, Allemagne. Plate-forme de solidarité avec le Chiapas de Bilbao. Groupe de santé de Barcelone. CNT de Fraga, Catalogne.

Et des personnes d’Argentine, de Catalogne, d’Espagne, de France, d’Italie et du Mexique.

Traduit par Ángel Caído.