Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte
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Situation dans les zones sinistrées du Chiapas (parties I, II et III)

Des compañeras et compañeros présent(e)s au Chiapas

mercredi 26 octobre 2005

Au réseau européen de soutien aux zapatistes

Nous sommes six compañeros de différents collectifs européens qui visitons une zone affectée par l’ouragan « Stan » où se trouvent des bases d’appui zapatistes, après une entrevue avec le Conseil de bon gouvernement de La Realidad.

Nous sommes allés à Belisario Domínguez, d’où nous nous sommes rendus à la communauté de Che Guevara qui appartient à la Commune rebelle autonome Tierra y Libertad. Celle-ci recouvre une trentaine d’hectares repris à un grand propriétaire terrien qui se les était appropriés, il y a dix ans de cela.

Les communautés de cette commune, réparties entre les secteurs Sierra [Montagne], Costa [Côte] et Fronteriza [Frontière - avec le Guatemala], sont rattachées au Caracol de La Realidad.

Nous y avons rencontré les 11 familles zapatistes qui y vivent, 48 personnes au total, réfugiées dans une seule maison. Il était très tard quand nous sommes arrivés, mais elles nous attendaient, réveillées. Le lendemain matin, elles ont partagé avec nous le peu d’aliments qu’elles avaient - envoyés par le Conseil - et nous ont accompagnés pour aller voir leur communauté en ruine.

Nous nous sommes d’abord rendus sur une plage déserte, occupée auparavant par la maison et par les plantations du promoteur de santé qui y vivait : il n’en reste pas une trace, absolument plus rien. Il y avait aussi un centre de santé qui dispensait des soins aux habitants des trois secteurs (quoique, nous a-t-on dit, chaque village a son promoteur de santé).

Un peu plus loin, nous avons découvert le centre de formation, entièrement dévasté. C’est là qu’étaient formés les promoteurs de santé et d’éducation des trois secteurs. Il avait fallu un an d’efforts et d’organisation pour le monter et il ne fonctionnait que depuis trois mois. Le centre était aussi équipé de dortoirs, d’une cuisine et d’une salle de bains. De l’école autonome, on ne voit plus que le toit, le reste a été entièrement enseveli.

On nous a aussi montré la tombe d’une femme très âgée qui ne pouvait plus marcher et que les habitants n’ont pas pu évacuer à temps. La seule victime, pour l’instant. Un autre « compa », qui n’a pas voulu quitter les lieux, refusant d’abandonner son maïs et ses quelques biens, est à l’hôpital, grièvement blessé.

De retour à la maison où s’entassent ces onze familles, on nous raconte ce qui s’est passé : « Au bout de trois jours de pluies, l’eau a commencé à frapper. Nous n’avons eu le temps de ne rien emporter, à part les vêtements que nous portions et nos enfants. Derrière nous, les maisons ont commencé à s’effondrer. »

« Dans la communauté, à ce moment-là, il y a avait des promoteurs en formation, et, tous ensemble, plus de 60 personnes, nous avons dû grimper dans les collines, en pleine nuit. Derrière nous, on entendait le bruit que faisait la tôle des toits en étant emportée. Mais la colline elle-même a commencé à s’écrouler et nous avons dû nous enfoncer plus loin. Nous avons passé toute la nuit agrippés à des arbres, sous la pluie battante. »

« Le matin suivant, nous avons envoyé deux commissions. L’une pour vérifier l’état dans lequel se trouvait la communauté, qui était entièrement dévastée, et l’autre pour s’enfoncer plus loin dans la montagne pour chercher un endroit où nous pourrions rester. Un homme nous a ouvert sa maison et nous a offert des vêtements et de quoi manger. »

Deux jours après, nous ont-ils raconté, ils sont retournés au village et se sont installés dans la paroisse, avec d’autres de Belisario Domínguez, affectés eux aussi, qui s’étaient dit que « c’en est fini des zapatistes ! ». Ils ont eu des problèmes, parce que les priistes les ont accusés, leur disant que c’était à cause de leur présence que les secours n’arrivaient pas. Alors, ils sont partis et se sont réfugiés chez le cousin de l’un d’eux, tandis que les promoteurs ont pu retourner dans leurs communautés. C’est à ce moment-là qu’ils ont reçu les aides du Conseil de bon gouvernement, les seules qu’ils aient reçues.

Ils ont déjà commencé à reconstruire. Le plus urgent est de bâtir des logements provisoires et un petit pont en bois. Sur notre demande, les habitants nous ont communiqué ce dont ils avaient un besoin urgent. Pour le pont, il leur faudrait de gros câbles et des poulies. Des vivres : haricot, farine de maïs, sucre, huile. Et puis aussi du chlore, du savon, des produits pour rendre l’eau potable, des tuyaux de plastique, du paracétamol (pour adultes et pour enfants), du naproxen, des thermomètres, des antibiotiques, de l’aspirine... Le promoteur de santé nous a confié qu’après la nuit passée dans la montagne ils ont la fièvre, la diarrhée, la toux, la grippe... surtout les enfants.

La situation est d’autant plus grave qu’ils ont perdu leurs outils pour cultiver, sans compter la déchiqueteuse, le séchoir et les citernes pour le café, le sellier, les abeilles et d’autres animaux. Si rien n’est fait rapidement, ce qui a pu être sauvé de leur récolte risque d’être perdu.

Au bout du compte, la situation est grave, et selon ce que nous ont dit certains compas, dans les communautés où nous nous rendrons dans les jours prochains la situation est pire encore. Malgré cela, nous avons été surpris par la sérénité que dégagent les compas. Même si, comme ils nous l’ont dit : « On va essayer de voir si on trouve un meilleur endroit plus haut, mais... Où serons-nous en sécurité ? Il n’y a plus de sécurité. Nous sommes réduits à zéro. Nous n’avons rien. Mais la vie continue, nous ne pouvons pas faire autrement que lutter. »

Des membres de quatre collectifs d’Europe.
Collectif de solidarité avec la rébellion zapatiste (Barcelone), Campagne "Une école pour le Chiapas" (Athènes), CSPCL (Paris) et "Terres à terres" (Le Havre).

Le 23 octobre 2005.

De Huixtla

Nous écrivons ce rapport de Huixtla, dans la zone côtière, une ville où vivent des familles zapatistes de la Commune autonome rebelle Tierra y Libertad, rattachée au Caracol de La Realidad. Nous y avons constaté l’ampleur du désastre, nous avons appris l’histoire des tricicleros bases d’appui zapatiste et été mis au courant de leurs besoins immédiats.

Le matin, nous entamons notre parcours à bord de trois triporteurs zapatistes, dûment équipés de leur plaque et de leur permis concédés par le Conseil de bon gouvernement. Nous sommes allés voir, une par une, les ruines des douze maisons qu’ils ont perdues et dont certaines ont complètement disparu, ne laissant aucune trace. Tous les habitants vivent dans des colonias, des cités, très pauvres, qui ont été les plus affectés par les pluies. Deux maisons ont disparu dans le quartier de San Francisco, deux autres dans la Colonia Florida, une autre dans la Colonia La Granja, six autres dans la Colonia El Paraíso et une dernière dans la Colonia Progreso.

À chaque endroit, les compas nous expliquaient comment l’eau était arrivée brusquement, avec une force terrible, emportant leur maison et tous leurs biens. Nous avons rencontré une gigantesque ceiba centenaire (un fromager) ravagée par la furie de la rivière, juste à côté de la maison d’une compañera. « La rivière a tout balayé, nous n’avons même pas eu le temps d’emporter le linge et les vêtements. Nous avons pensé que nous aurions le temps, parce que la rivière se gonflait et qu’après le niveau rebaissait, mais d’un seul coup nous avons été piégés et nous avons dû nous échapper en nous encordant, on ne pouvait plus passer. Nous avons vu les maisons s’effondrer pendant que nous nous échappions. Après, nous avons dû passer deux jours dans la rue et dormir devant un hôtel, jusqu’à ce qu’un cousin de mon mari nous héberge », raconte la compañera, mère de cinq enfants, dont le plus âgé a douze ans.

Par la suite, on nous a expliqué que la rivière Huixtla, toute petite et paisible avant, avait enflé et occupé dix fois son lit habituel, et qu’elle s’était divisée en trois bras, emportant tout sur son passage. Le cours de la rivière Cuil a dévié, elle a dévasté des colonies entières. Un monstre fait d’eau, de boue, de débris de maisons, de troncs... a même détruit les deux ponts de la commune, construits par l’État.

Six familles zapatistes ont trouvé leur maison inondée et, bien qu’ils puissent la réoccuper, « l’eau a tout emporté », comme le raconte une compañera de la Colonia El Progreso. Elle est restée chez elle, dans la maison, avec ses affaires, après avoir fait sortir ses cinq enfants. On a dû l’évacuer quand l’eau lui arrivait à la ceinture et qu’elle était prise au piège.

Un autre compa, de la Colonia La Florida, nous dit : « J’ai seulement pu sauver ma famille, c’est ce qui était le plus important. Nous avons vu les maisons s’écrouler et la rivière charriait des cadavres, et même un chango (un singe) qui criait. Les hommes sont restés près des maisons, sur une butte, pendant quatre jours, pour qu’on ne nous vole pas... mais de toute façon on n’a rien pu sauver. Nous étions coupés de tout. » Sa famille a loué une maison, pendant qu’ils se construisent quelque chose, loin de la rivière. Lui travaille avec son triporteur, qu’il a pu sauver parce qu’il l’entreposait dans une autre partie de la ville.

Un autre témoignage nous apprenait ce qui s’est passé le mardi, le 4 octobre : « L’eau est arrivée à 3 heures du matin. Les autorités (officielles) ne nous ont pas prévenus jusqu’à ce qu’il soit trop tard et que la catastrophe se produise. Nous avons pu nous échapper en nous attachant avec des cordes. Nous avons dû percer une brèche dans le grillage de la clôture parce que par la rue c’était impossible. Nous n’avons pu emporter que quelques vêtements et des documents. Nous aurions eu besoin d’un véhicule pour sortir les meubles et les appareils électroménagers, mais personne n’en avait, et ceux qui passaient allaient porter secours à leurs parents et à leurs amis plus loin. »

On nous explique que certains compas qui ont été isolés, coupés de tout pendant six jours, avaient pu passer la nuit avec d’autres victimes de la catastrophe, mais qu’aucun d’entre eux n’a reçu de l’aide, juste des galettes et des biscuits. Et puis... « L’aide a ses préférences, ses amitiés privilégiées... Les riches aussi ont été touchés, mais ce sont eux qui ont reçu le plus d’aide. »

Un compa âgé nous raconte qu’il a perdu connaissance parce que l’eau l’a heurté en plein et que son gendre l’a sauvé en le tirant à lui à travers la cour de la maison. Ils ont tout perdu... « Nous n’avons pas eu droit à la distribution de vivres comme les autres. Heureusement qu’il y a les amis, ce sont eux qui nous ont donné de quoi manger. À part ça, nous n’avons rien reçu sauf ce que nous a envoyé le Conseil [de bon gouvernement]. »

Une image émouvante nous a accompagnés toute la journée d’aujourd’hui. Celle d’un vieil homme aveugle, accompagnée de son petit-fils, qui vivait à El Paraiso, une colonia qui gît maintenant sous les eaux et sous la boue. Il est l’un des plus anciens membres de l’organisation zapatiste dans cette zone.

Plus tard, nous sommes arrivés à l’endroit où sont relogées provisoirement quelques-unes des familles zapatistes affectées. Il n’y a qu’un toit de tôle qu’elles ont acheté avec le soutien du Conseil de La Realidad et une petite maison appartenant à l’une des compañeras. Sur place, les habitants nous ont expliqué leur histoire...

La plupart travaillent avec des triporteurs qui ont même une plaque et les permis concédés par le Conseil de bon gouvernement, comme nous l’avons déjà dit. C’est pour eux une façon de développer leur autonomie dans un contexte urbain. Ils gagnent aussi leur vie avec de petits commerces et en pratiquant la vente ambulante.

Les tricicleros zapatistes nous expliquent que l’année dernière l’administration municipale et la police de la route leur avaient confisqué plusieurs triporteurs, qu’ils ont pu récupérer après sept mois de lutte. Pendant tout ce temps, ils ont vu diminuer leurs revenus, bien qu’ils se soient prêté les triporteurs les uns aux autres. « Nous avons eu nos premiers triporteurs en 1983 (avant de devenir zapatistes), en chargeant les bagages à la gare d’autobus, et maintenant ils veulent nous faire payer. » Le certificat du Conseil de bon gouvernement dit littéralement, comme nous avons pu nous en rendre compte, qu’ils sont exemptés de tout impôt par le Conseil, en leur qualité de base d’appui de l’EZLN et parce qu’ils sont en résistance.

La terrible force des eaux a emporté deux triporteurs. Cinq autres sont doublement à l’amende : ils sont confisqués et bouclés dans les installations du gouvernement mais, en plus, maintenant ils sont ensevelis.

Ils nous racontent eux aussi qu’ils ne possèdent pas de terres, que ce sont les riches qui les ont et que beaucoup de ces terres sont en friche et ne servent à rien.

Évoquant les besoins les plus urgents, ils nous expliquent que certaines familles pourront réintégrer leurs maisons une fois déblayé toute la boue et la terre, mais qu’en attendant ils auraient besoin d’aliments de base (haricot, farine de maïs, sucre et huile...), d’outils et de casseroles pour faire la cuisine, de tuyaux en plastique, de récipients pour conserver l’eau, etc.

Les douze familles qui ont perdu leur maison ont aussi besoin de tôle pour les toits, de matériaux de construction, d’outils pour travailler le bois, etc.

Une des priorités pour qu’ils puissent reconstruire eux-mêmes leurs maisons, c’est de respecter leur moyen de subsistance et de leur rendre leurs triporteurs.

En dépit de tout ce qui est arrivé, le sentiment de camaraderie, le courage et la bonne volonté qui caractérisent ces compas se voient renforcer dans ces circonstances dramatiques. C’est ainsi qu’ils ont terminé leur récit par un salut fraternel aux compas des autres zones zapatistes et à leurs frères des autres pays. « Nous sommes toujours là et nous vous saluons à tous. Vous êtes les bienvenus, si vous voulez nous rencontrer vous nous trouverez ici. »

Des membres de quatre collectifs d’Europe :
Collectif de solidarité avec la rébellion zapatiste (Barcelone), Campagne « Une école pour le Chiapas » (Athènes), CSPCL (Paris) et « Terres à terres » (Le Havre).

Le 24 octobre 2005.

De Tapachula

Au troisième jour de notre visite des zones affectées par l’ouragan « Stan », nous arrivons à Tapachula, ville à laquelle il était impossible d’accéder, il y a quelques jours encore. Des familles membres des bases d’appui zapatistes y vivent, dispersées dans plusieurs cités et quartiers de la ville tels que les quartiers Girasoles, 5-Février, Franboyanes, Los Reyes, Santa Clara et Democracia, ainsi que dans d’autres communes voisines, comme Cacahuatán.

Pour nous y rendre, nous avons dû franchir la rivière Coatán. Sur des centaines de mètres le long de ses berges, tout n’est que désolation. La ville n’a pas meilleure mine, mais, de façon incompréhensible, cette zone n’est pas déclarée zone de catastrophe, alors que nos yeux le démentent à chaque instant. Visiblement, les habitants non plus ne sont pas d’accord, pas plus que les avenues ravagées, les maisons ensevelies, les parents qui pleurent leurs défunts. Personne, en fait. La vue dantesque offre un contrepoint aux affiches officielles qui semblent ironiser en déclarant : « Le gouvernement de Pablo (Salazar) fait de Tapachula la ville que nous méritons. »

Nous n’avons pu voir la maison que d’un seul compa, Martín, les autres étant au travail ou ne pouvant être localisés. Les compas y avaient sept machines à écrire, un micro-ordinateur, deux réfrigérateurs, des lits... tout est enseveli aujourd’hui. Juste à côté, il y avait l’école autonome avec ses tableaux, ses pupitres, ses cahiers... elle a souffert beaucoup de dégâts, la moitié du bâtiment est enterré.

Le compa raconte : « Je n’ai pas pu sortir, j’ai passé quatre jours là-haut (sur le toit) sans avoir rien à manger ni rien. Et il pleuvait sans arrêt. Un homme a été emporté par le courant, il agitait les bras... Nous ne l’avons pas revu. » Il ajoute qu’à Cancún la catastrophe n’a pas été aussi importante parce que les autorités ont prévenu à temps. Les habitants ont pu barricader portes et fenêtres et s’enfuir. Indigné, il demande : « Pourquoi ne nous a-t-on pas prévenus, à nous ? » Il donne lui-même la réponse en disant que c’est parce que, eux, à Cancún, ils produisent, tandis que lui et les autres, non. « Mais les gens ne s’en rendent pas compte, de ça. C’est normal, parce que le gouvernement ne veut pas que ça se sache. Ça te donne sacrément envie d’aller leur casser la tête à ceux du gouvernement, mais on se retient parce qu’on est zapatistes. »

Il n’a pas été plus tendre envers les aides officielles : « Pendant deux jours, il n’y a qu’un seul hélicoptère qui s’est pointé, quand Fox et Pablo sont venus traîner leurs basques, à déverser leurs mensonges. » Le pire, d’après ce qu’il nous dit, c’est qu’il a entendu à la radio qu’il avait pu emporter avec lui sur le toit que les hélicoptères n’évacuaient que les enfants des fonctionnaires, des artistes et des fils à papa. « Les petits des marranos (des cochons) étaient plus propres que les refuges, où il n’y avait rien. » Et d’ajouter : « Ça m’enrage de savoir que même les gens qui sont pour le gouvernement, ils ne les aidaient pas. C’était humiliant, ils leurs donnaient une poignée de lentilles pour cinq personnes. Si nous, les zapatistes, on avait de quoi, on donnerait tout aux pauvres, qu’ils soient avec notre lutte ou non. Nous, nous n’attendions rien d’eux. S’ils étaient venus me chercher, je ne serais pas descendu (du toit), je ne lutte pas depuis hier. »

Le prix des denrées de base a presque quintuplé. Le prix d’une demi-douzaine d’œufs, par exemple, est passé de 20 à 90 pesos. Du coup, c’est cocasse de lire des annonces du style « les programmes d’aide sociale ne s’échangent pas contre des votes ou de l’argent. Ne vous laissez pas duper ! ». Surtout juste après qu’on nous a raconté que les gens proches du gouvernement réceptionnent les aides matérielles et font du trafic. Par ailleurs, selon ce qu’il nous dit encore, les dirigeants corrompus du PRI racolent les clients et passent de maison en maison en disant que les aides sont arrivées. À l’approche des élections, curieusement. « C’est maintenant qu’ils essaient de se rallier les habitants, en profitant de leurs besoins, mais les gens sont furieux. »

Comme à l’accoutumée, les compas ne pensent qu’à tenir le coup et continuer. « On a beaucoup de boulot devant nous. Ça n’est pas facile, mais on y arrivera, lentement, parce que nous n’avons pas de moyens. Dans la lutte, il s’agit de vivre. Survivre, on le fait déjà. » Il nous explique aussi qu’être en résistance signifie également, entre autres, ne rien donner au gouvernement et ne rien recevoir de lui. « Le seul gouvernement que nous reconnaissions, c’est celui du Conseil de bon gouvernement. Nos affaires, nous les réglons d’abord avec le Conseil autonome, puis avec le Conseil de bon gouvernement. Ça prend du temps, mais c’est notre chemin. »

Accompagnés de Martín, nous avons pris place à bord de la Compamobile, « la chacharina », un véhicule avec la plaque délivrée par le Conseil, et traversé toute la ville pour aller au marché. Là, nous avons discuté avec des compas qui gagnent leur vie en vendant les aliments qu’ils emportent sur leurs triporteurs, eux aussi équipés de la plaque du Conseil. Nous étions complètement étourdis car cette rencontre avait lieu dans un marché bondé et le moindre recoin occupé par des stands, et aussi parce que c’était en ville. En ce qui les concerne, ils n’ont pas été directement affectés par les pluies, mais des parents à eux, si, et ils nous ont confié qu’ils n’avaient aucune nouvelles de leurs compañeros et ignoraient dans quelle situation ils se trouvaient.

Quand nous leur avons expliqué que nous venions de différents pays européens et que nous communiquions leur situation à travers nos collectifs respectifs, Martín fut visiblement saisi d’émotion et nous a dit que le fait que nous soyons là est un véritable rêve pour eux. Au moment de se dire au revoir, il nous a offert ces quelques mots : « Nous, nous nous battons pour ceux d’en bas, pour les endormis, pour les sans-voix. C’est à nous qu’il revient de le faire, il n’y a d’autres moyens. L’ennemi est ailleurs, pas ici. Il vaut mieux crever de faim que vivre à genoux, mais ce n’est pas de faim que nous allons mourir. Nous sommes tous comme un seul bras. »

Des membres de quatre collectifs d’Europe :
Collectif de solidarité avec la rébellion zapatiste (Barcelone), Campagne "Une école pour le Chiapas" (Athènes), CSPCL (Paris) et "Terres à terres" (Le Havre).

Chiapas, le 25 octobre 2005.

Traduit par Ángel Caído.

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