Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte
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Déclaration du Congrès national indigène de la région Pacifique Centre

Déclaration de Zirahuén (État de Michoacán, Mexique)

samedi 25 juin 2005

Congrès national indigène de la région Pacifique Centre
Déclaration de Zirahuén (État de Michoacán, Mexique)

Émise par les communautés et organisations indigènes convoquées et présentes à la seizième réunion du Congrès national indigène de la région Pacifique centre, les 18 et 19 juin 2005, dans le Caracol zapatiste "Éruption de rébellion sur le lac bleu de Zirahuén" de la communauté purépecha de Zirahuén, dans l’État de Michoacán :

Ratifiant que le Congrès national indigène constitue l’espace que construisent les peuples indigènes du Mexique pour communiquer et marcher ensemble dans les pas du mouvement indigène national et de sa lutte pour la reconstitution intégrale et l’autodétermination au sein de l’État national ;

Confirmant que l’exercice de notre autonomie dans les faits et la construction de normes propres, fondées sur des principes communaux, sont le chemin pour construire de nouvelles relations sociales opposées à l’individualisme et à l’actuel État néolibéral qui soutient le capital ;

Signalant que l’actuelle structure politique nationale fondée sur le système des partis a exclu et continue d’exclure les formes de gouvernement et d’organisation propres de nos peuples ;

Avec, en mémoire, Efrén Capiz Villegas, Pedro de Haro Sánchez et Juan José Rendón Monzón, grands frères qui nous ont transmis un exemple ferme de lutte, de dignité et de sagesse pour poursuivre la longue résistance commencée il y a plus de cinq cents ans pour les droits, les terres et territoires, les cultures et l’autonomie de nos peuples ;

Reconnaissant la dignité de la communauté purépecha de Zirahuén qui se bat pour ses terres, ses montagnes et ses eaux, dans l’esprit que nous a transmis le général Emiliano Zapata et saluant sa volonté de confirmer sa vocation d’autonomie par la constitution du Caracol zapatiste "Éruption de rébellion sur le lac bleu de Zirahuén", dans le but de pouvoir exercer pleinement les droits qui lui reviennent et de résister aux agressions de l’État mexicain et des grands capitaux qui ont des vues sur ses terres, où ils veulent développer des projets touristiques et urbains, menaçant de destruction les territoires et la biodiversité de la région du lac ;

Signalant l’importance de l’union avec la communauté indigène de Zirahuén et des noyaux villageois qui en dépendent, des communautés indigènes de la région et du congrès national indigène lui-même ;

Et considérant que les politiques néolibérales actuelles développées par l’État mexicain et les multinationales à notre encontre nous ont menés vers une attaque frontale pour nous dépouiller de ce qui constitue notre identité, notre culture, notre territoire, notre autonomie et notre manière de vivre, tels la terre, les territoires, les lieux sacrés, le maïs, l’eau, la biodiversité, les savoirs traditionnels, la vision du monde, les coutumes, la culture et l’autogouvernement, entre autres ;

Nous avons décidé de faire la déclaration suivante :

Nous soutenons de façon pleinement solidaire la revendication d’autodétermination des Purépechas et nous faisons nôtre la lutte entamée par le Caracol zapatiste "Éruption de rébellion sur le lac bleu de Zirahuén" dans le but d’exercer son autodétermination et son autonomie dans les faits conformément aux accords de San Andrés et aux principes des Caracoles zapatistes.

L’eau, le maïs, la terre, la biodiversité, les savoirs traditionnels et le territoire dans son ensemble sont sacrés et reviennent historiquement de droit à nos peuples, qui constituent la partie vitale de notre autonomie née de la coutume indigène ancestrale.

Nous rejetons profondément les lois et initiatives de loi réformées et créées par l’État mexicain ces derniers mois pour privatiser tout ce qui naît de la terre-mère et des savoirs traditionnels, telles que la loi de Biosécurité des organismes génétiquement modifiés, la loi des Eaux nationales, la loi de la Propriété industrielle, la loi fédérale de l’Accès aux ressources génétiques et biologiques, la loi des Mines et la loi de Consultation des peuples et communautés indigènes.

Nous manifestons notre refus des programmes destinés à fragmenter et à privatiser les territoires et à détruire l’organisation communale, comme le Programme de certification des droits ejidales et communaux (PROCEDE et PROCECOM), le Programme de paiement pour les services environnementaux et les ordonnances territoriales de nos peuples.

Nous, les peuples indiens qui constituons le Congrès national indigène, avons décidé de ne pas respecter ces ordonnances illégitimes qu’on veut nous imposer et qui, comme telles, sont lettre morte dès leur naissance, reconnaissant comme constitution suprême des peuples indiens les Accords de San Andrés.

Nous nous opposons fermement à la participation de l’État mexicain comme amphitryon dans la formulation des stratégies de privatisation de l’eau en mars 2006, au forum mondial de l’eau, au cours duquel les multinationales concevront des mécanismes locaux pour s’approprier les eaux superficielles, souterraines et la mer territoriale.

Nous nous opposons à ce que l’eau produite sur nos territoires soit contrôlée par des transnationales et à travers les Conseils de bassin et les organismes privés qui gèrent les eaux potables des villes, au moyen de programmes comme le PROMAGUA.

Nous appuyons l’initiative du Plan La Realidad Tijuana proposé par l’Armée zapatiste de libération nationale pour faire face au Plan Puebla Panama, à l’Aire de libre commerce américaine (ALCA) et autres mégaprojets qui veulent nous envahir, nous dépouiller et polluer nos territoires en faveur des grands capitaux.

Nous nous basons, comme principes dans la lutte de nos peuples contre l’État néolibéral privatiseur, sur les postulats de la "communalité", de la démocratie directe et des décisions prises en assemblées, du "commander en obéissant" et du "servir, ne pas se servir", du respect envers la terre-mère, du travail collectif et de toutes les formes d’échanges solidaires et réciproques intercommunautaires inscrites dans notre coutume ancestrale.

Nous affirmons que nous reconnaissons et soutenons la commune autonome de Suljaa, la communauté autonome de Bancos San Hipólito, le Caracol zapatiste "Éruption de rébellion sur le lac bleu de Zirahuén", les conseils de bon gouvernement (JBG), les Caracoles et les communes autonomes zapatistes.

Nous ne reconnaissons aucune instance nationale ou internationale créée par le gouvernement mexicain ou non, qui tourne le dos à nos peuples et au Congrès national indigène, élabore des initiatives et des propositions pour la reconnaissance des droits indigènes et prétend observer et donner un suivi au respect de nos droits.

Nous réprouvons toutes les formes de répression envers les communautés indigènes et le peuple en général, et nous exigeons la liberté immédiate et inconditionnelle de Pedro Páramo Caballero de la communauté indigène de el Tico, commune de Zinapécuaro, au Michoacán, et de tous les prisonniers politiques, indigènes et non indigènes, détenus injustement dans plusieurs prisons du pays.

Nous réexprimons la solidarité des peuples et organisations qui constituent le Congrès national indigène avec la communauté autonome de Zirahuén et nous serons prêts face à toute provocation, répression ou harcèlement qui viendra des caciques, du mauvais gouvernement ou des transnationales.

Nous invitons tous les peuples indigènes de la région et du pays à participer à la prochaine réunion du congrès national indigène, dans la région du Pacifique Centre, qui aura lieu début septembre dans la communauté wixárika de Tuapurie, dans l’État de Jalisco.

Nous ratifions les accords pris, dans le cadre de cette réunion, par la commission agrandie de suivi du Congrès national indigène, et nous appelons les peuples indigènes de tout le pays à continuer à construire l’espace de nos peuples.

Zirahuén, Michoacán, le 19 juin 2005

JAMAIS PLUS UN MEXIQUE SANS NOUS

Congrès national indigène de la région du Pacifique Centre

Communautés et organisations indigènes

MICHOACÁN : SANTA CLARA, TURIÁN EL BAJO, AGUA VERDE, COL. EMILIANO ZAPATA, IXTARO, COPANDARO, CUANAJO, NAHUATZEN, TAREJERO, COMACHUEN, PARACHO, CHERAN, TARECUATO, GAMBARA, TANHUATO, SAN PEDRO BOCANEO, LA CANTERA, NURÍO, HUANCITO, PICHATARO, TINGAMBATO, SAN JUAN TUMBIO, PURUANDIRO, ACHOTÁN, BARILLERO, UNION DES COMUNEROS EMILIANO ZAPATA.

JALISCO : SAN SEBASTIAN TEPONAHUAXTLÁN ET TUXPAN DE BOLAÑOS, SANTA CATARINA CUEXCOMATITLÁN, SAN ANDRÉS COHAMIATA, TUXPAN.

DURANGO : BANCOS DE SAN HIPÓLITO

ÉTAT DE MÉXICO : SAN ANTONIO PUEBLO NUEVO, ANALCO

DISTRICT FÉDÉRAL : MILPA ALTA, SAN FRANCISCO TLALNEPANTLA

OAXACA : UNIÓN HIDALGO, GUELATAO, ASUNCIÓN LACHIXILA, SAN JUAN MIXTEPEC, CONSEIL CITOYEN D’UNIÓN HIDALGO

VERACRUZ : UNION PAYSANNE ZAPATISTE-COMITÉ DE DÉFENSE PAYSANNE, COMITÉ DES DROITS DE L’HOMME DE LA MONTAGNE NORD DE VERACRUZ (HUAYACOCTLA)

YUACATÁN : FORUM MAYA PÉNINSULAIRE

ORGANISATIONS ACCOMPAGNATRICES : UNION DES COMMERÇANTS LOCATAIRES EMILIANO ZAPATA, RADIO TAXIS PARAISO MICHOACÁN, ZIRAN ZIRAN, CAMARÚ, AJAGI, PUENTE A LA ESPERANZA, XOCHIMILCO ZAPATISTE, CENTRO PRO-MEXICA DE SOUTIEN AUX COMMUNAUTÉS INDIGÈNES, UACI-U. DE G. MOUVEMENT POUR LA PAIX, FZLN, CUL, UPREZ, GROUPE MAGUEYES, REAL ZAPATISTE EN MOUVEMENT POUR LA LIBÉRATION NATIONALE, SOCIÉTÉ CULTURELLE DE URUAPAN, UCOPI, COMITÉ CITOYEN DE LUTTE, GROUPE FUEGO Y VIDA, CUIRETA URICUA.

MAISONS DES ÉTUDIANTeS DE MICHOACÁN : "VISIONARIO TATA LAZARO CARDENAS DEL RIO", CHE GUEVARA, AVOCAT DES INDIENS ET DES PEUPLES INDIENS EFREN CAPIZ VILLEGAS, LUCIO CABAÑAS, ROSA LUXEMBOURG, I. ARRIAGA, 2 DE OCTUBRE, AMÉRIQUE LIBRE, RÉSIDENTS UNIVERSITAIRES, JOSEFA ORTIZ DE DOMINGUEZ, NICOLAITA, MADRE LATINA, GENARO VAZQUEZ, LIBERTADORES DE AMERICA, EFREN CAPIZ, LENIN, COORDINATION NICOLAITA FACULTÉ DE DROIT

Traduit par Martine Eugénie, que nous remercions.