Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte
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Aux travailleurs de la presse nationale et internationale

Communiqué de la commission Sexta de l’EZLN

lundi 26 décembre 2005

AUX TRAVAILLEURS DE LA PRESSE NATIONALE ET INTERNATIONALE

Le 26 décembre 2005.

Aux travailleurs et aux travailleuses de la presse nationale et internationale,

Gentes Dames et Damoiseaux :

Dans l’improbable éventualité où certains et certaines d’entre vous auraient l’intention ou l’obscur objet du désir de couvrir une partie du circuit qu’effectuera le dénommé « Délégué Zéro » (ma pomme, quoi) à travers les 32 entités fédérales de ce douloureux pays nommé Le Mexique, nous vous communiquons que, pour notre part (autrement dit, la part de l’EZLN), il ne sera demandé aucun accréditation particulière et l’accès ne sera interdit à aucun média d’information ou de désinformation (il y en a, inutile de protester).

Je suppose que la plupart d’entre vous seront pris(es) par la couverture des ennuyeuses campagnes électorales, que vous souffrez déjà à essayer de sortir quelque chose de cohérent d’un tel cirque à trois pistes principales (autrement dit les sondages, n’ayez pas l’esprit mal tourné) et que vous aimeriez faire « autre chose », mais que les implacables directeurs et directrices de rédactions vous menacent en vous disant que l’information sur les trois cinglés (autrement dit les trois sondeurs, j’insiste) est plus importante que toute « autre campagne ».

Je n’y objecterai rien, je vous comprends et compatis à votre douleur (?).

Pour que votre cœur ne soit pas peiné, vous pourrez toujours aller consulter le site Internet pour savoir quelque chose de « La Otra », sans compter que notre participation à « La Otra » sera très « autre » et que, d’après ce que l’on me dit, il s’agira d’un circuit désabusé à travers toute la République, tandis que les campagnes électorales soulèveront la fureur et l’enthousiasme du public (à ce qu’il semble, y compris de ceux qui n’apparaissent dans aucun sondage).

Qui plus est, pour que vous voyiez que je me tiens au courant, je vais partager avec vous une « brève » : le bruit court que la tournée du Sub-Zéro (à gauche et, puisque c’est le Sub, en bas, ben tiens) servira à vérifier que le pouvoir de convocation des zapaflons et des zapaflonnes (et dudit Zéro - ventru, comme doivent l’être tous les zéros -) est dans les choux et que vous avez commis une erreur en ne vous ralliant pas aux louanges de la « victime favorite » (par opposition au « méchant favori »). Selon des sources bien informées qui ont préféré rester anonymes (sans doute parce qu’elles n’existent pas), c’est un fait connu du susdit Zéro en personne, qui pense donc passer son temps à s’empiffrer des denrées régionales qui abondent, croit-il, dans le moindre recoin du pays. Et même que, selon la consigne néolibérale « fat is beautiful » et la très tirée par les cheveux « eau minérale, non, atole [1] bien épais, oui ! », il veut mettre en faillite la florissante industrie de l’anorexie « tout compris ».

Hum ! Oui, je sais que de telles « brèves » ne sont même pas bonnes pour la section gastronomie, mais c’est que notre budget ne nous permet pas de faire de la publicité commerciale dans les médias (ce qui n’est pas plus mal, car personne ne voudrait de nous pour une pub sur, par exemple, des produits amaigrissants).

Malgré tout, en supposant que vous parveniez à convaincre vos directeurs ou directrices de vous donner ne fusse qu’un encadré en pages intérieures (même si c’est dans la section « lingerie » avec beaucoup d’X) nous vous avertissons qu’en matière de traitement de la presse nous respecterons au pied de la lettre les dispositions adoptées par les compas de « La Otra » dans chaque État.

Nous leur recommandons d’ailleurs de n’exclure personne (sans compter que la presse ne sera certainement pas nombreuse) et de ne vous demander qu’une chose, c’est de respecter les horaires et les lieux mis à votre disposition. Même si en ce qui nous concerne nous connaissons bien le bon comportement, la maturité et le sens de la mesure qui vous caractérisent, nous pensons que l’ensemble de « La Otra » devrait pouvoir le constater par elle-même.

Quoi qu’il en soit, je vous préviens que j’effectuerai ma sortie le 1er janvier 2006 (année qui, comme tout le monde le sait, est une année qui a commencé au moins en janvier 2004), du Caracol de La Garrucha, tôt le matin. Dans la soirée de ce premier jour, les zapatistes de l’EZLN et les compas de « La Otra » tiendront une cérémonie à San Cristóbal de Las Casas.

Le 2 janvier, commencera formellement, dans cette même ville de coletos, notre circuit à travers le Mexique. Nous poursuivrons à partir de là et, « avec quelques kilos en trop » (j’espère), nous retournerons sur nos pas vers la fin juin, toujours en 2006.

D’autre part, ne croyez pas que j’ai ignoré les demandes d’interviews que certains et certaines d’entre vous m’ont fait parvenir. Non, c’est plutôt qu’il valait mieux laisser un peu de temps passer afin que vous reconsidériez votre décision, parce qu’en ce moment ces interviews n’intéresseraient sûrement aucun institut de sondage, et encore moins juste après la « trêve de Noël ».

Bien.

Salut, et comme il est presque sûr que je ne verrais de vous que vos signatures (si vous les signez) au bas des articles, des reportages et des photos concernant les sondages électoraux, je vous mentirais un peu : vous allez me manquer.

Des montagnes du Sud-Est mexicain,
Le prétendu Sub-délégué Zéro (en bas, à gauche) de la Commission Sexta de l’Armée zapatiste de libération nationale,
Le SupMarcos, éructant avec sans-gêne après s’être envoyé un « Marcos very heavy Pozole Reloaded »
(nota bene : la recette est un secret, mais ça donne « beaukchou d’forche »),
Mexique, décembre 2005.

Traduit par Ángel Caído.

Notes

[1] Boisson sucrée élaborée à base de lait ou d’eau et de farine.