Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte
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Paroles prononcées à San Cristóbal de las Casas

dimanche 1er janvier 2006

PAROLES PRONONCÉES À SAN CRISTÓBAL DE LAS CASAS, LE 1er JANVIER 2006

Paroles du commandant Tacho

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Frères et sœurs,

Bonsoir, compañeros et compañeras de nos bases de soutien réunis aujourd’hui en ce lieu, au pied de cette cathédrale. Avec la permission des compañeros du Comité clandestin révolutionnaire indigène - Commandement général et du compañero Sous-commandant insurgé Marcos, je voudrais vous adresser ces quelques paroles :

Frères et sœurs ouvriers et ouvrières,
À nos frères paysans et à nos sœurs paysannes du Mexique,
Frères et Sœurs,

En ce jour, nous nous adressons à vous pour vous dire que la situation des travailleurs de la campagne et de la ville est toujours plus grave et plus difficile, alors même que nous, les paysans et les ouvriers, nous représentons la plus grande partie de la population mexicaine attachée à la production et la main d’œuvre la plus mal payée.

Nous sommes indispensables à notre pays mais, pourtant, nous sommes ceux dont on respecte le moins les droits qui nous reviennent, en tant que paysans mexicains. Non seulement notre production est mal payée dans ce pays, mais en plus nos terres sont de mauvaises terres et nous ne disposons d’aucunes ressources pour pouvoir travailler correctement et améliorer cette production. Avec difficulté, nous parvenons à faire produire ces mauvaises terres que nous avons, mais rien ni personne ne garantit notre labeur. Les pluies, la sécheresse, les tempêtes, etc., peuvent détruire facilement le fruit de nos efforts, mais personne ne vient voir comment nous nous en sortons.

C’est nous, les paysans qui faisons produire la Terre mère et qui souffrons le plus de tout. Aussi le travail des paysans mexicains est-il dans une situation toujours plus critique, forçant beaucoup de compañeros mexicains à émigrer pour trouver un moyen de faire vivre leur famille. C’est encore pire maintenant avec la concurrence effrénée que le Traité de libre-échange américain entraîne dans l’agriculture mexicaine. À chaque jour qui passe, les paysans sont jugés plus incompétents, parce que nous ne pouvons pas suivre, avec des ressources restées les mêmes que celles d’il y a 500 ans, parce que le plan engagé par le Traité de libre-échange [1] n’est pas fait pour le bien du peuple.

Le Traité de libre-échange est un plan de destruction de l’agriculture mexicaine, c’est le feu vert donné à l’entrée de produits étrangers et de graines transgéniques dans notre pays. Pour qu’une telle chose soit légale, on a été jusqu’à modifier l’article 27 de la Constitution mexicaine [2], et pour que nos terres puissent être accaparées légalement et que nous soyons à nouveau transformés en serfs des grands propriétaires, on lance le programme de privatisation de la terre, à travers le Programme Procede [3]. Tout cela fait partie du plan néolibéral contre la paysannerie mexicaine. Malgré cela, beaucoup de paysans résistent comme nous et travaillent les champs pour survivre, pour survivre en cultivant ce que la Terre mère nous concède naturellement. Et le peu que nous pouvons vendre à un prix misérable est destiné aux grands riches, qui en retour trompent ceux qui font produire à la terre et à la nature et les obligent à consommer ce qu’eux produisent.

Dans une telle situation, comment ose-t-on parler de bonne santé, de bonne éducation, de bonne alimentation et de logement digne, alors que de partout on nous étrangle ? Dans le système actuel de parti d’État, le pouvoir et ses complices, les nouveaux patrons étrangers, nous ont acculés à la misère avec leurs stratégies et leurs planifications de mirifiques projets de développement de l’agriculture. Ces plans et ces projets n’ont d’autres buts que d’en finir avec nos semences naturelles, des semences que nous produisons nous-mêmes sur nos terres depuis des siècles. Ces plans et ces projets font partie de leur stratégie pour nous acculer à acheter de nouvelles semences et des fertilisants, ce qui fait que quand nous ne pourrons plus nous passer de ces fertilisants et de ces semences nous serons bien obligés de dépendre des aliments de base produits par de nouveaux patrons. C’est une véritable stratégie. Autrement dit, on accule les paysans à une totale dépendance alimentaire, mais ce n’est qu’une partie de leur plan car en vérité, ce que veut la bourgeoisie, c’est nous déposséder tous, sans distinction, de nos terres.

C’est ainsi qu’un siècle après la révolution on voudrait remettre les paysans à genoux devant leurs maîtres. C’est pourquoi, en ce jour, nous, les zapatistes, nous voulons dire à nos frères paysans et à nos sœurs paysannes qu’il faut nous unir pour nous battre contre un ennemi commun, un ennemi qui a mené contre nous une guerre silencieuse, par tous les moyens, y compris les maladies qui peuvent être facilement soignées, la dysenterie, les vomissements et les fièvres.

Nous les paysans, nous devons faire un effort et nous organiser pour ne plus mourir, dans cette véritable guerre de faible intensité, de maladies que l’on peut facilement soigner. Le Plan Procede est un plan contre les ouvriers et contre les paysans : ce qui était connu auparavant comme un bien appartenant à la nation, aujourd’hui on le vend et on le livre aux mains étrangères. C’est pour ça que nous savons bien dans quelle difficile situation vous vous trouvez dans les usines, frères et sœurs ouvriers et paysans. Vous êtes confrontés tous les jours, à chaque heure, aux patrons et à leurs contremaîtres. Nous savons pertinemment que votre situation et vos conditions de vie sont semblables aux nôtres, les paysans.

En tant qu’ouvriers, vous n’avez pas de sécurité d’emploi, on vous menace de licenciement dès que vous défendez vos droits. Les lois des gouvernants, et encore moins celles des patrons, ne vous protègent en rien, parce que si vous réclamez justice et augmentation salariale, sécurité sociale ou un emploi garanti, on vous met à la porte sans justification, même si les lois disent que vous avez de tels droits. En réalité, ces lois ne sont pas respectées parce qu’elles sont faites pour profiter aux patrons, aux dépens du peuple travailleur. Qu’il suffise de donner comme exemple « feu » Fidel Velázquez (mal nommé, parce que son cadavre fait encore des ravages) et Rodríguez Alcaine. Sans être ouvriers, ils ont fait en cheville avec les patrons des lois prétendument en faveur des travailleurs, démontrant ainsi qu’ils se fichent pas mal des travailleurs et de leurs droits et qu’ils ne luttent pas pour le peuple mais pour leurs propres intérêts.

C’est pourquoi nous vous appelons à vous unir et à nous rejoindre, à nous battre ensemble, paysans et paysannes, travailleurs de l’enseignement et de la santé et de tous les autres secteurs de la production.

Frères et sœurs, tous et toutes, nous devons crier que nous ne voulons pas nous faire avoir, et pour cela il faut nous organiser, nous unir tous et toutes ensemble dans la lutte. L’heure est venue. Le moment est venu pour tout le monde de crier « Ya basta ! » Parce que personne n’arrêtera les exploiteurs si nous ne le faisons pas nous-mêmes. C’est pourquoi, en ce jour, compañeros et compañeras travailleurs et travailleuses de la campagne et des villes, nous lançons notre Autre Campagne pour écouter vos paroles et votre pensée et savoir si vous allez laisser les privatiseurs du monde entier nous baiser la gueule dans tous les sens avec la façon dont ils veulent posséder notre existence.

Nous, les zapatistes, nous ne sommes pas d’accord pour nous faire avoir. Nous ne sommes pas d’accord pour les laisser continuer à nous exploiter. Vous allez nous dire, Frères et sœurs travailleurs et travailleuses, si nous avons tort. Aussi commençons-nous aujourd’hui à écouter vos paroles.

L’Armée zapatiste de libération nationale, au nom de nos compañeros et de nos compañeras, jeunes, enfants et anciens des bases de soutien, nous appelons nos compañeros ouvriers et paysans à s’organiser et à participer directement à cette Autre Campagne, pour lutter ensemble pour les droits qui nous reviennent en tant que travailleurs de la campagne et de la ville. Pour construire ensemble un Programme national de lutte et une autre manière de faire la politique, en accord avec la Sixième Déclaration de la forêt Lacandone. Nous sommes persuadés que c’est seulement ensemble et organisés que nous ferons régner la justice, en obtenant la garantie que les droits des ouvriers et des paysans seront respectés.

Vivre pour la patrie ou mourir pour la liberté !

Vallée de Jovel.
Merci beaucoup.

Paroles de la commandante Kelly

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Bonsoir, compañeros et compañeras,

Au nom de mes compañeras commandantes et de mes compañeros commandants du Comité clandestin révolutionnaire indigène - Commandement général de l’Armée zapatiste de libération nationale, nous voudrions adresser ces quelques mots à toutes les personnes réunies aujourd’hui en ce lieu afin de vous remettre notre délégué Zéro, le compañero sous-commandant insurgé Marcos. C’est ici en effet que débute notre circuit à travers de nombreux endroits pour aller rencontrer toutes celles et tous ceux qui n’ont pas pu, pour une raison ou une autre, participer à nos réunions préparatoires de la Sexta, et pouvoir écouter attentivement leur parole. Nous en profiterons aussi pour inviter toutes les femmes, jeunes ou non, toutes les femmes au foyer et les travailleuses de ce pays, le nôtre, que l’on appelle le Mexique, à adhérer à la Sexta et à l’Autre Campagne. Pour pouvoir ainsi monter aux hommes phallocrates que nous aussi nous pouvons lutter et participer pour conquérir et défendre nos droits, et que c’est notre devoir, car il est grand temps de changer ce qui a déjà duré trop longtemps et de montrer que nous, les femmes, nous ne sommes pas réduites à exister dans un lit ou au foyer, sans plus. Cessons de ne faire qu’obéir aux hommes et de ne faire que ce qu’ils nous disent de faire, nous aussi nous pouvons porter la culotte. Non, compañeras, aujourd’hui, nous aussi nous entamons la Sexta et l’Autre Campagne. N’attendons pas que d’autres fassent notre travail à notre place, nous aussi nous devons nous organiser et nous battre pour ce qui nous appartient : liberté, démocratie et justice pour chacune d’entre nous.

Compañeras et compañeros, nous vous confions le délégué Zéro. Nous le laissons à votre charge ; nous vous demandons d’en prendre grand soin. Nous resterons vigilants, en attendant que vous nous signaliez où nous devrons aller pour écouter et unir notre parole avec les vôtres, à vous tous, ensemble avec les compañeros pour rendre plus grandes nos paroles au sein d’un programme national de lutte de gauche anticapitaliste.

J’ai dit ce que j’avais à dire. Merci beaucoup.

Paroles de la commandante Hortensia

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Bonsoir.
Frères et sœurs, compañeros et compañeras,

Aujourd’hui, nous voudrions adresser quelques paroles simples à toutes les femmes indigènes et non indigènes du Mexique et du monde, aux femmes de la campagne et de la ville, aux paysannes, aux ouvrières, aux artisanes, aux femmes professeurs, aux étudiantes, aux femmes au foyer, aux infirmières, aux religieuses, aux artistes, aux femmes exerçant des professions libérales et à toutes les femmes en général.

Au nom de toutes les petites filles, de toutes les femmes et de toutes les anciennes des bases de soutien et au nom de toutes les compañeras des différents niveaux de travail de l’Armée zapatiste de libération nationale, notre organisation, nous voulons vous dire qu’il y a 12 ans aujourd’hui que nous avons pris les armes, 12 ans que les femmes des différentes zones et communes de cet État du Sud-Est mexicain, côte à côte avec les compañeros, ont démontré leur valeur et leur courage contre le Mauvais Gouvernement, contre l’armée mexicaine et contre les injustices que subissent les femmes de notre pays, en particulier les femmes indigènes.

Le 1er janvier 1994, des centaines de miliciennes, d’insurgées et de dirigeantes de l’EZLN prirent les armes et s’emparèrent de plusieurs villes de notre État, tandis que des milliers d’autres femmes des bases de soutien ayant diverses responsabilités dans leurs villages se montraient disposées à se battre pour défendre leurs communautés, leurs droits et leur dignité en tant que femme. C’est ainsi que nous avons commencé notre lutte en ce 1er janvier 1994 et nous continuons et continuerons notre combat, auprès de nos compañeros et avec tous ceux qui ont rejoint notre cause.

Nous allons continuer à lutter pour conquérir la place et les droits qui nous appartiennent en tant que femmes, parce que jusqu’à aujourd’hui nous n’avions ni droit, ni liberté, ni participation totale aux différentes tâches de développement de nos communautés et à la construction de notre autonomie. Partout les femmes continuent de subir l’injustice, le mépris, les mauvais traitements, la ségrégation, l’humiliation et le viol de leurs droits. Cette situation injuste que nous vivons, nous les femmes, nous ne pouvons tolérer qu’elle continue : un jour ou l’autre, il faudra bien que cela change.

Nous voulons dire à toutes les femmes de la campagne et de la ville que l’heure est venue de faire quelque chose pour changer la triste réalité que nous vivons dans cette société. Nous ne devons plus permettre que les mauvais gouvernants imposent plus longtemps leur système social injuste, leur ségrégation et leur racisme envers les femmes. Pour cela, nous vous invitons à profiter de l’occasion offerte par l’Autre Campagne, à laquelle vous pouvez toutes participer, pour que les femmes puissent s’unir, s’organiser et dire ce qu’elles ont à dire sur la société nouvelle que nous voulons construire.

Nous souhaitons que toutes les compañeras qui ont rejoint la Sexta et l’Autre Campagne fassent tout ce qui est en leur pouvoir pour participer, et mener à bien les différents travaux, et qu’elles constituent un exemple pour toutes les autres femmes de notre pays et du monde afin qu’elles aussi puissent s’organiser dans leurs villages, dans leurs quartiers, dans leurs cités et sur leur lieu de travail, où qu’elles soient. Pour que la Sexta et l’Autre Campagne fassent la preuve de la participation directe des femmes car sans cette participation des femmes on ne pourrait pas vraiment affirmer que cette campagne est véritablement « autre », comme on a pu le dire dans certaines communautés.

Nous voulons aussi vous dire que nous allons rencontrer bien des difficultés dans les travaux de l’Autre Campagne, bien des problèmes et des obstacles, mais que nous devrons trouver le moyen de les surmonter. Il nous faudra aussi du courage pour affronter tout ce qui viendra d’en haut, et puis aussi nos propres problèmes, ceux que nous avons à la maison, dans nos villages, dans notre travail, dans nos cités, partout. Nous allons avoir besoin de toutes nos forces pour lutter et pouvoir défendre nos droits en tant que femmes, parce que les hommes ont parfois de la difficulté à permettre que nous nous engagions dans la lutte ou que nous ayons les mêmes droits que les hommes et qu’ils ne nous prennent pas en compte.

Pour obtenir les droits qui nous reviennent, nous les femmes, il faut s’organiser, il faut se défendre et il ne faut demander la permission à personne pour exercer nos droits. La Sexta et l’Autre Campagne seront dès le départ très différentes des autres organisations, parce qu’elles devront être un lieu où les femmes, les petites filles et les anciennes soient respectées et prises en compte au moment de décider de quoi que ce soit. Cela signifie que dans l’Autre Campagne il y a place pour toutes les personnes qui veulent vivre dans la démocratie, la liberté et la justice, et que dans l’Autre Campagne on ne peut exclure personne, sous prétexte que l’on est femme ou différent.

Nous voulons aussi dire à toutes les femmes du Mexique et du monde qui n’ont pas rejoint l’Autre Campagne que nous les invitons aussi à s’organiser et à lutter d’une façon ou d’une autre car les injustices, l’exploitation, le mépris et la violation des droits humains des femmes sont une réalité partout. C’est pour cela qu’est nécessaire la participation des femmes d’une façon ou d’une autre, pour pouvoir en finir avec la situation injuste qui existe au Mexique et dans de nombreux pays du monde entier.

Enfin, nous voulons aussi dire à toutes les femmes qui ont déjà rejoint la Sexta et l’Autre Campagne qu’elles continuent et qu’elles s’organisent bien dans les travaux qui vont devoir être effectués, afin qu’ensemble nous puissions lutter pour nos droits, pour la liberté et pour la justice, pour que nos fils et nos filles n’aient plus à connaître le mépris, l’humiliation et l’exploitation et pour en finir avec la situation dans laquelle nous maintiennent les mauvais gouvernants et les puissants de ce monde.

J’ai dit tout ce que j’avais à dire.

Démocratie, liberté et justice !

Pour le Comité clandestin révolutionnaire indigène - Commandement général de l’EZLN.
Chiapas, Mexique, 1er janvier 2006.

Paroles du sous-commandant insurgé Marcos

Partie 1 (5’37) : Si vous ne pouvez pas l&#8217;écouter, <a href='http://chiapas.indymedia.org/local/webcast/uploads/marcos_parte_1.mp3' class='spip_out' rel='external'>télécharger-le</a>

Partie 2 (6’46) : Si vous ne pouvez pas l&#8217;écouter, <a href='http://chiapas.indymedia.org/local/webcast/uploads/marcos_parte_2.mp3' class='spip_out' rel='external'>télécharger-le</a>

Bonsoir. Avant de commencer, je voudrais inviter à venir nous rejoindre sur l’estrade une personne qui a joué un rôle très important dans l’histoire de l’Armée zapatiste de libération nationale. C’est à lui que l’EZLN doit le premier germe, tandis que moi je lui dois un peu plus que la vie, je lui dois de m’avoir montré le chemin et la marche à suivre, et le but. Certains d’entre vous le connaissent comme l’architecte Fernando Yañez. Nous, les zapatistes, nous le connaissons sous le nom de commandant German.

Nous avons demandé à ce camarade de prendre la direction du siège d’Enlace Zapatista, qui servira de liaison pour que l’EZLN et sa Commission Sexta restent en contact avec les autres compañeras et compañeros de l’Autre Campagne. Il nous secondera également dans les relations que nous entretenons avec diverses organisations politiques de gauche anticapitaliste au Mexique et dans le monde.

Aussi voudrais-je d’abord m’adresser aux compañeros et aux compañeras de l’Armée zapatiste de libération nationale.

(Paroles dites en tzotzil)

Bases de soutien, responsables au niveau local et régional, autorités autonomes, miliciens et miliciennes, insurgés et insurgées, chefs militaires et commandants et commandantes du Comité clandestin révolutionnaire indigène, Commandement général de l’Armée zapatiste de libération nationale,

(Paroles dites en tzotzil)

Voici notre parole petite adressée à vous tous, hommes, femmes, enfants et anciens de l’Armée zapatiste de libération nationale, bases de soutien, responsables au niveau local et régional, autorités autonomes, miliciens et miliciennes, insurgés et insurgées, chefs militaires et commandants et commandantes du Comité clandestin révolutionnaire indigène, Commandement général de l’Armée zapatiste de libération nationale,

Nous allons entamer le chemin pour respecter la parole que nous avons donnée dans la Sixième Déclaration de la forêt Lacandone. Il a été décidé que c’était à moi de partir le premier afin de reconnaître le parcours que nous allons devoir effectuer, de repérer les éventuels dangers et apprendre à reconnaître les visages et la parole de ceux qui sont compañeros et compañeras mais ont d’autres manières d’être et d’agir. Afin d’unir notre lutte zapatiste avec la lutte des travailleurs de la campagne et de la ville de notre pays, que l’on appelle le Mexique.

Si quelque chose devait m’arriver, sachez que je suis fier d’avoir combattu à vos côtés, vous avez été pour moi les meilleurs maîtres et les meilleurs dirigeants et je suis certain que vous continuerez d’orienter sur le bon chemin notre lutte et que vous continuerez d’enseigner à tous à être meilleurs grâce à la parole digne. Nous sommes tel le vent, nous ne craignons pas de mourir dans la lutte. La bonne parole a déjà été semée dans une bonne terre, une bonne terre qui est ce cœur qui est le vôtre et où fleurit désormais la dignité zapatiste.

Merci, compañeros et compañeras de l’Armée zapatiste de libération nationale qui m’avez accompagné.

Compañeros et compañeras de l’Autre Campagne, je voudrais évoquer la mémoire d’un camarade mort au combat il y a douze ans, au cours des premières heures de janvier 1994, et qui a vécu pour ce jour où la parole de l’Armée zapatiste de libération nationale serait accompagnée par des hommes, des femmes, des enfants, des anciens, des organisations, des collectifs, des groupes et des personnes qui n’appartiennent pas tous à l’Armée zapatiste de libération nationale. En prononçant son nom, je veux évoquer le souvenir de tous les compañeros et de toutes les compañeras qui ont péri au cours de ces douze ans de lutte. Au nom du Sous-commandant insurgé Pedro, j’évoque leur mémoire et je voudrais demander une minute de silence pour tous les compañeros et toutes les compañeras qui sont morts.

(Une minute de silence)

Compañeros et compañeras de l’Autre Campagne, je voudrais profiter de cette occasion pour vous expliquer quelque chose, à vous tous qui êtes venus ici nous rejoindre et aux autres compañeros et compañeras qui ne sont pas là aujourd’hui mais qui font partie de ce mouvement que nous commençons à former dans l’ensemble de notre pays, le Mexique.

Quand notre marche a débouché sur le boulevard, à mesure que nous avancions les autorités éteignaient les lampadaires de cette rue, la rue principale. C’est une chose à laquelle il va falloir s’habituer. Eux, là-haut, ils vont tenter de faire l’obscurité autour de nous. En disant nous, je ne parle pas de l’Armée zapatiste de libération nationale mais de nous, ceux de l’Autre Campagne et tous les gens qui ont adhéré à la Sixième Déclaration. Et c’est exactement comme quand nous avons traversé cette ville dans la pénombre, pas à pas, lentement, en faisant attention où nous mettions les pieds, c’est comme ça que devra commencer l’Autre Campagne. Le moment viendra où ils baisseront les bras, comme c’est arrivé dans cette marche, et où les lumières resteront allumés et brilleront d’autres feux, de ceux que nous parviendrons à leur donner avec nos luttes et avec nos paroles circulant de l’un à l’autre, en bas et à gauche.

Le destinataire principal de la Sixième Déclaration de la forêt Lacandone en a accusé réception, quelques mois seulement après son émission. Le grand pouvoir de l’argent mexicain a signé ce que l’on peut interpréter comme une « Contre-sixième Déclaration », bien qu’elle se soit fait connaître sous le nom de Pacte de Chapultepec, ratifié dans la citadelle qui porte le même nom. Auparavant, la classe politique mexicaine s’était réunie et exhibée, dans tout son ridicule, au Palais des beaux-arts. Ces gens qui nous demandent de tout oublier, d’oublier nos besoins et nos luttes, et de tout déposer entre leurs mains pour qu’ils décident à notre place, c’est là qu’ils prennent leurs décisions, dans les citadelles et dans les palais de ce pays.

L’Autre Campagne et la Sixième Déclaration de la forêt Lacandone ont défini clairement notre démarche et le cap que nous allons suivre. Le nôtre à tous. Nous pouvons dire maintenant que le 1er janvier 2006 les forces conjointes de l’Autre Campagne se sont emparées de San Cristóbal de Las Casas, symbole de la superbe et de l’orgueil de ceux d’en haut.

Nous voulons tout particulièrement saluer nos frères indigènes de la colonia La Hormiga. Ils ont été expulsés de leurs communautés, accusés de croyances religieuses ou de pratiques différentes. Et cette même ville les a rejetés, oubliant que ce sont ces frères, et les nôtres, les zapatistes, qui ont élevé cette cathédrale et ce palais et qui ont construit ces rues et ces maisons dans lesquelles ils ne peuvent pas entrer. Des rues qu’ils ne pouvaient emprunter librement, obligés de marcher au milieu comme le bétail. La Sixième Déclaration veut aller rencontrer et écouter tous ceux qui font marcher les machines, parler avec et passer des accords avec tous ceux qui font accoucher la terre, qui apportent les services et les produits partout, et qui au bout du compte restent sans rien.

Nous ne recherchons pas les mobilisations massives. Si nous avons commencé de cette manière aujourd’hui, c’est pour envoyer un signal à tous les compañeros et à toutes les compañeras de l’Autre Campagne, un message : après plusieurs jours de marche, des milliers d’hommes, de femmes, d’enfants et d’anciens de l’Armée zapatiste de libération nationale sont arrivés dans cette ville et sont venus jusqu’ici, pour vous dire que nous, dans la Sexta et dans « La Otra », nous donnons tout ce que nous avons. La vie est la moindre des choses que nous possédions. Notre autorité morale, notre prestige, ce que nous avons obtenu, tout cela nous le mettons en jeu dans cette campagne. Nous vous répétons la question que nous vous avons posée auparavant : « Et vous, qu’est-ce que vous vous jouez dans l’Autre Campagne ? » Espérons que ce soit le cœur et la parole que nous souhaitons pouvoir écouter et à qui nous demandons de l’aide pour pouvoir écouter la parole d’autres. Ça a l’air facile de rassembler plusieurs milliers d’indigènes, nous avons pu le faire grâce au soutien des Conseils de bon gouvernement ; mais ils sont des centaines de milliers à ne pas avoir pu venir, compañeros et compañeras.

Je voudrais saluer ici tout spécialement mes compañeros insurgés et mes compañeras insurgées qui sont en alerte rouge depuis le 19 juin de l’année dernière et restent sur le qui-vive, prêts à toute éventualité pour faire ce qui est notre devoir, défendre les nôtres. Ces milliers d’hommes et de femmes que l’on reconnaît facilement à leur courte stature et à la couleur sombre que l’on devine sous leur cagoule ne sont pas entrés massivement dans notre organisation. Pour que l’Armée zapatiste de libération nationale prenne forme et grandisse, nous avons parlé avec eux, nous sommes allés les écouter là où ils travaillaient, là où ils souffraient. Pas dans de grandes manifestations, pas dans des marches mais sur leur lieu de travail, sur ces lieux où on subit le racisme et où croissent la dépossession, l’exploitation et le mépris d’un système qui porte un seul nom bien qu’il ait de nombreux visages : le système capitaliste.

La Sixième Déclaration et l’Autre Campagne ont tracé une ligne bien nette avec laquelle nous vous demandons de vous définir de gauche et anticapitaliste. Pas du centre ni de moyen-centre, ni de droite modérée, ni de gauche réaliste et institutionnelle, mais de gauche - comme nous disons, nous : là où se trouve le cœur et où est l’avenir, ou disons le lendemain. Nous voulons remercier tous les compañeros et toutes les compañeras qui ont adhéré jusqu’ici à la Sixième Déclaration et qui ont rejoint l’Autre Campagne, désormais ce sont des compañeros et des compañeras.

S’il y a bien une chose que les zapatistes peuvent afficher avec fierté, c’est leur loyauté envers leurs compañeros et leurs compañeras. C’est pourquoi dans cette première étape nous allons privilégier la rencontre avec nos camarades de lutte. Je dis ça parce que beaucoup d’entre vous s’attendent à de grandes mobilisations et à de grandes manifestations mais vont s’apercevoir que le délégué Zéro préfère aller discuter avec les personnes qui se sont déjà définies dans la Sexta et ont opté pour l’Autre Campagne, qu’il va aller les écouter et leur demander respectueusement de nous aider à apprendre comment parler aux travailleurs de la campagne ou de la ville où ces personnes s’agitent et avec qui elles ont construit leur autorité morale et politique. Je parle donc des organisations politiques de gauche, communistes, libertaires, anarchistes ; de ceux qui ne se sont pas encore définis ou qui en dépit de ces définitions ont encore beaucoup de choses à dire ; des groupes, collectifs culturels, médias alternatifs, organisations non gouvernementales, organisations de droits des femmes, des homosexuels, des lesbiennes, des autres différents, de tout ce que nous sommes et que nous, nous voulons symboliser par un poulet qui est né un peu chétif et qui est très « autre », notre pingouin, qui doit être par-là à vadrouiller - il est venu sur la moto et ça lui a donné des nausées. Nous voulons donc vous dire que notre priorité est de nous rapprocher de nos compañeros, de mieux les connaître et de nous faire mieux connaître d’eux, car notre propre expérience nous enseigne que de la connaissance naît le respect, et les compañeros et les compañeras doivent tous se respecter mutuellement. Nous invitons qui veut à rejoindre la Sexta et nous garantissons deux choses : une, que ça ne va pas se terminer très vite et qu’on y obtiendra aucune récompense ; et deux, que tout le monde y aura une place, que l’on soit grand ou petit, rouge, noir ou blanc, gros ou maigre. De toute manière tout le monde y aura sa place et nous, toujours à notre place comme zapatiste au sein de l’Autre Campagne, nous défendrons cet espace parce c’est pour ça qu’a été rédigée la Sixième Déclaration et c’est pour ça que va commencer l’Autre Campagne. Nous commencerons demain, ici, à San Cristóbal de Las Casas, avec les compañeros et les compañeras des Sextas Coletas ou de l’Autre Campagne de San Cristóbal et dans tous les Altos. Ensuite, nous irons à Palenque, puis à Tuxtla et à Tonalá, à Huixtla et pour finir à Moisés Gandhi où nous laisserons le Chiapas pour rejoindre le Yucatán et Quintana Roo.

Régulièrement, et quand cela en vaudra la peine, nous vous informerons de nos activités et de ce que nous allons faire. Nous demandons que tout le monde comprenne bien cette première étape. Nous savons que vous vous attendiez à de grandes manifestations ou à nous voir participer à des tables rondes et à des signatures de livres ou nous entretenir avec de grands intellectuels ou des grands médias, et que vous allez découvrir que nous préférons être des compañeros, que nous préférons parler avec cette personne qui est tout au fond et qui n’arrive peut-être même pas à écouter ce que je suis en train de dire, et à l’écouter, et que pour nous sa parole est importante.

Compañeros et compañeras, pour la première fois nous ne terminons pas un 1er janvier au cri de « Vive l’EZLN ! », mais comme des compañeros et des compañeras.
Vive l’Autre Campagne !
Merci.

Traduit par Angel Caído.

Notes

[1] Alena : Accord de libre-échange nord-américain dont le sigle au Mexique est TLC (Traité de libre commerce).

[2] Rappelons que, depuis 1910, cet article garantissait la propriété « sociale » de la terre, bien qu’il ait été constamment bafoué.

[3] Procede, Programa de Certificación de Derechos Ejidales y Solares Urbanos, est un programme mis en place en 1992 et qui autorise la vente de terrains agricoles communaux à des propriétaires privés, modifiant ainsi l’accès à la terre des paysans.