Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte

Forum social mondial de Caracas

vendredi 10 février 2006

Forum social mondial de Caracas 2006

24 et 25 janvier 2006 : Quelques impressions de ces journées passées, entre le désarroi et l’espoir, dans la Caracas altermondialiste...

Aujourd’hui, j’ai marché avec le peuple de Puerto Alegre

Pour moi le FSM de Caracas a commencé d’une manière qui ne laissait présager rien de bon. Le tourisme intellectuel nous a conduit dans l’un des quartiers des « squales », les opposants à Chávez. Ces personnages sont si sympathiques qu’ils n’hésitent pas à vous insulter en pleine rue... Ils nous ont jeté des regards méchants, quand j’ai traversé le quartier avec des compañeros qui ne parlaient pas espagnol, et nous ont traités d’« assassins », de « voleurs » et de « pouilleux ». Il faut le voir pour le croire !

En comparaison avec le Mexique et avec ce que j’ai pu voir au Brésil quelques années auparavant, la marche de Caracas a été petite et plutôt mal organisée. Logiquement, une grande partie des manifestants étaient vénézuéliens, les délégations cubaine et brésilienne constituant le gros des autres participants. Les Colombiens aussi étaient venus nombreux, mais les Mexicains n’étaient qu’une poignée, essentiellement des membres de l’Alliance sociale continentale. Pareil pour les participants des autres pays, venus en petit nombre. Beaucoup de banderoles en faveur de Chávez ou en soutien à Cuba et à la Bolivie. L’ennemi : le pathétique Bush, évidemment. Apportant un peu de couleur, des groupes de femmes, en particulier l’organisation vénézuélienne « Manolita Saénz », dont les membres ont défilé revêtus d’uniformes bleus, en entonnant des chants et des slogans anti-patriarcat...

La gauche institutionnelle s’empare du FSM

À propos du Forum, je dois dire que j’ai trouvé lamentable l’insistance à chanter les louanges du régime de Cuba et de celui du Venezuela, sans compter la victoire électorale d’Evo Morales en Bolivie. Vous me direz qu’il fallait s’y attendre, mais même en connaissant la prépondérance des tendances marxistes au sein du FSM, cette fois on a franchi un pas décisif au regard des gouvernements - processus qui avait commencé en 2003, quand Lula avait remporté les élections au Brésil -, en faisant du développement de la situation dans ces pays une référence pour le Forum social. C’est devenu particulièrement grave quand les représentants de Vía Campesina, sans doute l’organisation la plus importante du Forum, se sont mis à faire ouvertement l’apologie des gouvernements de ces pays, compromettant ainsi l’indépendance du FSM et occultant la diversité qui le caractérise.

Malgré tout, la richesse du Forum n’a pu être entièrement voilée. Ainsi, lors du moment qui m’a semblé le plus émouvant ce jour-là, un groupe venu des USA se planta sur l’estrade pour annoncer (je résume) que c’était « des homeless (SDF), des gens qui meurent de faim parce qu’ils n’ont pas accès à l’assistance médicale, des femmes seules à qui on a enlevé leurs enfants parce qu’elles n’ont pas les moyens de les nourrir, des vétérans de l’armée... Et que maintenant, grâce [aux participants au forum], le gouvernement des États-unis ne pourra plus [les] occulter... » Ils s’étaient présentés comme 80 personnes précaires de passage à Caracas...

En dépit de l’accaparement du FSM par les gauches institutionnelles, le forum reste tout de même un lieu où ceux qui n’ont pas voix au chapitre puissent se montrer et se rencontrer... Comme quoi la dialectique n’est pas morte.

Petit aparté culturel : j’ai été content d’entendre les expressions vénézuéliennes, métissage de parler autochtone et des Caraïbes. Sous cet angle, Primera fut une référence constante. Une note humoristique fut donnée par Santiago Feliú, un Cubain qui arborait un tee-shirt imprimé avec Marcos, le majeur dressé ! Le meilleur, « Actitud Martha María », un groupe de rap composé de femmes superbes qui se sont éclatées en faisant le bœuf avec María du groupe Ojos de Brujo.

Mais en général je trouve que l’ensemble a été un peu terne...

Un autre Forum est-il possible ?

Comment ce Sixième Forum social mondial va-t-il se dérouler ? Le programme, très vaste, prévoit notamment des réunions à l’instigation des « mouvements sociaux », une journée entière à laquelle participeront John Holloway et des groupes et individus d’Europe, avec des ateliers sur les conflits et sur les expériences locales, comme la question de l’eau en Bolivie et en Uruguay...

Pendant ce temps, sur l’initiative du journal El Libertario, le Forum social alternatif fait acte de présence dans les rues avec de nombreux stands d’information et des affiches. Les participants insistent pour dire que leur rencontre sera totalement autogérée et sans liens avec le pouvoir. Un bel enjeu. Mais le hic, c’est que ledit programme se résume à deux feuilles volantes et à une vingtaine d’activités... chose compliquée à organiser quand on pense que le FSM a un programme gros comme le journal du dimanche avec ses suppléments, et toute l’infrastructure de Caracas à sa disposition... Ce qui frappe aussi l’attention, c’est que, en tout cas sur son programme, le FSA ne rompt pas avec le schéma orateur/public, les activités prévues étant annoncées avec la présence de personnalités. En parlant du loup, il est prévu qu’y participent Holloway, Douglas Bravo (ex-guérillero vénézuélien) et des compas brésiliens proches des idées situationnistes, ainsi que des gens de Autonomía, groupe mexicain. Nous essaierons d’y aller pour voir ce qui se passe...

Mais pour l’instant, l’Autre Forum n’est qu’un mirage...

Le 25 janvier. La coordination du FSM expose ses points de vue sur l’avenir du Forum.

Dans la première des activités « cogérées », qui se déroulent dans de grands auditoriums, généralement sous la forme de table ronde où sont échangées des informations, nous avons eu droit à l’exposé des divers points de vue sur l’avenir du FSM. Les représentants des forums sociaux d’Afrique et d’Asie y ont souligné l’importance d’organiser des rencontres dans d’autres régions du globe, pour permettre à plus de personnes et d’organisations de connaître les enjeux du forum. Ils évoquèrent également les difficultés qu’il y a à organiser des forums continentaux, à cause des obstacles posés par les gouvernements autoritaires de cette région du globe. Le délégué du forum de Karachi a insisté sur les dangers que représentent les guerres et le réarmement en Asie. Il a aussi annoncé que le forum avait dû être suspendu en raison du tremblement de terre au Pakistan, qui a fait près de 100 000 morts, mais qu’il espérait qu’il aurait lieu en mars 2006.

C’est entre les représentants d’Amérique latine que le véritable débat a eu lieu.

Tout d’abord, au nom du Comité organisateur au Venezuela, Jacobo Torres, a consacré l’essentiel de son intervention à soutenir l’indépendance du Sixième Forum social mondial vis-à-vis de tout « étendard », quel qu’il soit, et en particulier vis-à-vis du gouvernement de Chávez. Il a admis que l’organisation locale avait commis des erreurs et avait des limites, notamment que « le peuple du Venezuela n’a pas la culture du Forum que peut posséder celui du Brésil ». Après ce qui s’était passé la veille, lors de la marche ouvrant le forum, où les orateurs n’ont perdu aucune occasion de se déclarer solidaires des processus « révolutionnaires » en cours, de telles déclarations des organisateurs au niveau local ne sont certainement pas dénuées d’importance - comme on dit, « il n’y a pas de fumée sans feu ». Je pense que personne n’a pu ignorer la « couleur » chaviste que prenait le forum à Caracas, ce qui n’est pas sans créer des tensions au sein de son conservateur Comité international.

Au cours de son intervention, Torres déclara aussi que les mouvements sociaux devaient consolider leurs acquis dans le cadre de l’offensive contre le néolibéralisme, contre la guerre et contre la militarisation, et appela à « se relier aux processus réels » - à savoir, avec les prétendus gouvernements progressistes. Autrement dit, le Forum n’a pas d’étendard, mais ce ne serait pas mal de lui en coller un...

Irene León est intervenue, au nom du premier Forum social des Amériques qui s’est tenu à Quito, en 2004. Elle a rappelé les vertus du FSM, haut lieu de la diversité en quête d’alternatives, et posé plusieurs questions épineuses que la coordination mondiale digère en ce moment même : « Qu’est-ce que le Forum ? Que veut-il être ? Une foire annuelle de rencontres et de débats d’alternatives ? Un lieu où entériner des luttes communes ? Comment comprendre l’autogestion et l’autonomie du FSM ? » S’appuyant sur le fait que la diversité [des points de vue, etc.] tend à confluer dans la lutte contre le néolibéralisme, Irene León insista beaucoup sur l’importance que revêt la tentative de trouver, collectivement, une réponse à ces questions - évitant quant à elle de se prononcer.

Pour finir, nous avons pu écouter Candido Grzybowski, membre de IBASE Brésil, un des porte-parole « historique » du FSM en sa qualité de membre du comité international, qui a débuté son intervention en affirmant l’absolue nécessité pour le Forum d’affronter réellement les débats actuels et d’opter pour une orientation précise.

Selon lui, notre stratégie doit être de faire en sorte que les participants au Forum évoluent vers une culture citoyenne capable de transformer le pouvoir et l’économie. (Super ! Un objectif on ne peut plus enviable) Il s’agirait d’incorporer la diversité au système et de développer de nouvelles méthodes politiques pour travailler ensemble, méthodes qui tiennent compte de la liberté de tous les participants sans pour autant tomber dans la fragmentation. Ça a l’air tortueux mais je comprends d’autant mieux que Grzybowski se prononce contre toute subordination du FSM à un agent extérieur, fusse-t-il un gouvernement « progressiste », et qu’il faut donc à son avis rester fidèle à la Déclaration de principes du Forum.

Il a aussi énoncé plusieurs problèmes auxquels doit faire face le Forum.

- Personne ne peut être remplacé : chacun et chacune doivent donner leur avis, dire quel avenir ils veulent créer et quel avenir ils proposent pour le Forum ;

- La discussion des différences doit être encouragée et il n’y a pas à craindre la confrontation d’idées. Force est de constater que la méthode employée jusqu’ici n’a pas apporté grand-chose en ce sens (je ne vous le fais pas dire !) ;

- On ne sait toujours pas comment réagir aux changements de gouvernements ni affronter la nouvelle situation. C’est pourtant une question qui devra être résolue car elle provoque de graves tensions au sein du Forum ;

- Le FSM doit certainement avoir une influence politique, cependant pour Grzybowski il ne s’agit pas que le Forum adopte une ligne commune unique d’action, mais bien plutôt que différentes initiatives puissent être lancées par des organisations et qu’elles soient suivies (ou non) librement par d’autres participants au Forum.

Voilà où en est la discussion dans les hautes sphères du FSM de Caracas. Si l’existence d’un Comité international que personne n’a nommé et qui ne représente pas la diversité des participants constituait d’emblée un problème majeur, désormais les pressions de toutes sortes exercées par des organisations et des forces qui pensent que le « tocsin » de leur projet politique a enfin sonné avec l’arrivée au pouvoir des Lula, Chávez, Kirshner, Vázquez et autres Morales, provoquent de graves tensions qui accentuent le risque d’un éclatement (ou explosion) du Forum social mondial... On verra bien comment tout cela va évoluer... Demain, Holloway au Forum social alternatif. (Savoir de quoi il retourne pour pouvoir critiquer...)

http://mexico.indymedia.org/tiki-read_article.php?articleId=62

Holloway à Caracas

Pendant que les grands discutent, les jeunes écoutent... et réfléchissent.

Le 26 janvier 2006. Les participants au Forum ont accouru en nombre pour écouter John Holloway. Dans le cadre du Forum social alternatif organisé conjointement par le journal El Libertario et par d’autres organisations du Venezuela, l’auteur de Changer le monde sans prendre le pouvoir a pris la parole, dans une salle bondée et surchauffée.

John Holloway précisa d’emblée qu’il était venu à Caracas pour savoir ce qui s’y passait et que le plus important était donc de dialoguer sur la situation au Venezuela. Suit un résumé de son intervention.

Notre point de départ est un NON, un refus : nous ne sommes pas d’accord avec ce qui se passe actuellement, ce qui nous entraîne à recommencer à envisager une transformation radicale du monde.

L’histoire montre que s’emparer du pouvoir et de l’État n’est pas une bonne méthode pour pouvoir effectuer une telle transformation. L’État, en s’autonomisant de la société, se constitue en un mode d’organisation de cette société qui repose sur l’exclusion.

Devant un tel échec répété, surgit la question de savoir comment changer le monde sans prendre le pouvoir, même s’il nous faut commencer par admettre que nous NE CONNAISSONS PAS la réponse à cette question. Raison pour laquelle une nouvelle politique [Holloway ne parle donc plus d’une « antipolitique »] implique d’avoir à écouter, de poser des questions et d’essayer de construire des organisations qu fonctionnent sur un schéma horizontal (de base).

Après avoir exposé ces quelques points, Holloway proposa quatre éléments pouvant orienter le débat sur la manière de comprendre cette révolution :

1. La révolution est l’émancipation du pouvoir faire par rapport au pouvoir sur, la révolte de l’activité créative sur le travail aliéné ;

2. Plus que par moments ponctuels, la révolution s’effectue par des « fissures » qui vont s’agrandissant : il s’agit d’instants de refus de l’autorité et simultanément de moments de création « d’autre chose ». Nous pourrions désigner de telles fissures sous le nom de « dignités », entendues comme l’affirmation de ce que pourrait être la société humanisée. La révolution se conçoit comme la création, l’expansion et la multiplication de telles fissures ;

3. La révolution doit rompre avec le tempo du pouvoir. La révolution ne se situe pas dans l’avenir mais au contraire ICI ET MAINTENANT. Cependant, il faut également penser à une temporalité secondaire et comprendre que la révolution est simultanément un processus à long terme ;

4. Le sujet de la révolution est ce NOUS QUE NOUS SOMMES TOUS. Un « nous » qui est une critique de la séparation, une critique de l’État comme lieu de cette séparation-exclusion-représentation. On constate un changement dans la composition de genre des luttes : les femmes y jouent un rôle prépondérant, en nombre mais aussi et surtout en terme de créativité. Dans une telle situation, nous devons penser à notre schizophrénie, à nos propres contradictions. La révolution est donc AUSSI contre chacun et chacune d’entre nous ; la pureté n’existe pas.

Holloway acheva son intervention sur deux questions :

- Est-il bien certain que l’expérience vénézuélienne montre que la révolution ne peut se faire qu’en prenant le pouvoir ?
- S’il s’agit de changer le monde sans prendre le pouvoir, quelle devra être notre relation avec les personnes qui pensent au contraire qu’il est indispensable de s’en emparer ?

John Holloway reçut une réponse de l’auditoire très émouvante, par le tonnerre d’applaudissements autant que par la quantité des personnes qui participèrent au débat qui s’ensuivit. Dans la deuxième partie de cette discussion, il y eut un peu de tout : des critiques sévères envers le gouvernement de Chávez, l’expression de diverses sympathies au contraire envers ce que fait ce gouvernement et quelques questions portant sur la violence, sur les contradictions existantes entre décision individuelles et le collectif. Il y eut aussi quelques délires, cette session du FSA s’étant déroulée dans une chaleur étouffante, et surplombée en permanence d’une pancarte improvisée affirmant :

« Aucune révolution n’est financée par les multinationales. »

Loin de l’exubérance et des foules immenses du FSM « officiel » (et de la clim’ !), le Forum social alternatif poursuit son chemin et toutes les personnes qui y ont participé sentent bien l’importance qu’a eu le fait de poser un tel défi aux coutumes de la gauche institutionnelle...et ont simultanément pu constater la taille de ce défi et l’ampleur de la tâche.

http://mexico.indymedia.org/tiki-read_article.php?articleId=67

FSM : vendredi, 27 janvier 2006.

Jour de Chávez... Jour de la résistance indigène

Les organisateurs du FSM avaient réservé le vendredi à l’intervention du président Hugo Chávez, tandis que des peuples indigènes se mobilisaient contre les concessions minières sur leurs terres.

Comme nous l’avons évoqué dans les résumés antérieurs, la querelle concernant les rapports du FSM avec les partis politiques et les prétendus « gouvernements progressistes » ne cesse de s’accentuer. La Déclaration de principes du Forum interdisant aux chefs d’État de participer directement, des journées ou manifestations « spéciales » sont organisées, au sein desquelles un espace est réservé pour que l’on puisse adresser un message au Forum. Ce soir-là, c’était le tour de Chávez...

Pour les mêmes raisons, et profitant de la présence de centaines de journalistes de la presse du monde entier, des indigènes et des paysans soutenus par certains groupes et organisations Venezuela organisèrent une manifestation en plein cœur de Caracas.

Dans le texte appelant à cette manifestation, on pouvait lire :

« Dans l’État de Zulia, les projets du consortium de l’État vénézuélien (CORPOZULIA) et des compagnies minières transnationales, qui prévoient d’extraire plus de charbon et de construire de nouvelles routes et de nouveaux ponts, font peser une grave menace sur l’existence même des eaux, des forêts et des terres cultivées par les paysans, et menacent aussi la survie des indigènes ; notamment les peuples Barí, Yukpa, Añúu et Wayúu du bassin des fleuves Socuy, Maché et Cachiri, dans la Sierra de Perijá, où les Andes forment un coude. »

Un des graves problèmes auxquels se voient confrontées certaines communautés Barí et Wayúu est celui que créent ces compagnies en interdisant le libre passage des habitants, qui sont devenus de fait des prisonniers dans leurs propres terres. Des indigènes Yukpa sont ainsi expulsés des terres qu’ils occupent depuis des temps immémoriaux, par des mercenaires en armes, dans l’indifférence totale des autorités locales et des autorités fédérales.

Au nombre des principales revendications des peuples indigènes et des organisations paysannes et écologistes : ne plus accorder aucune concession minière dans des territoires affectant les peuples autochtones, et que l’organisme responsable des exploitations minières renonce expressément par écrit aux parcelles qu’il a déjà commencé à attribuer ; que le cabinet présidentiel annule toutes les concessions accordées ; enfin, que l’on renonce au projet de construction du port Puerto América et que cessent les activités minières de Transcoal dans différentes régions.

La marche à laquelle nous avions été conviés est partie vers midi de la Place Bolivar, pour progresser ensuite lentement à travers les rues de Caracas, sans aucune surveillance des forces de police en uniforme et dans la désorganisation la plus complète - ou alors c’est le style local (?). Les peuples indigènes marchaient en tête, une centaine de compas, suivis de plusieurs centaines de personnes, notamment les troupes de deux grandes organisations de « chavistes » [partisans de Chávez] qui hurlaient alternativement le mot d’ordre central de la manif (« Non au charbon ! ») et des slogans en faveur du président vénézuélien. Le cortège, qui avançait d’une manière étrange, effectuant de brusques changements de direction, a enflé peu à peu. Des compas ont calculé 3 ou 4 000 manifestants.

Peu après que la marche s’était ébranlée, une camionnette surgit, équipée d’une sono et d’une radio itinérante qui transmettait les déclarations des porte-parole indigènes. Il y avait aussi bon nombre de compañeros de l’association des médias des communautés.

Le parcours prévu n’a pas été respecté. Après avoir débouché sur la Place Venezuela, le cortège a poursuivi sa route jusqu’au siège principal du FSM. Disons tout de même qu’un grand nombre de manifestants étaient des participants du Forum « officiel ».

Les compas indigènes sont intervenus à plusieurs reprises au cours de la marche, surtout pour demander au président Chávez de satisfaire leurs revendications. L’un d’eux a insisté pour signaler que cette manif n’était pas pour s’opposer à Chávez.

L’impression que j’en ai retiré, c’est qu’il s’agissait d’une mobilisation défensive de la part des peuples indigènes, sur lesquels s’exercent toutes sortes de pressions : tout le monde veut sa part du gâteau et cherche à apporter de l’eau à son moulin, y compris les organisations « chavistes », qui disent venir apporter leur soutien mais qui sont aussi là pour montrer que le régime chaviste est capable de résoudre les conflits. D’autre part, les compas d’El Libertario ont tendance à surestimer la portée de telles mobilisations, qui sont dans une large mesure contestataires, mais non anticapitalistes, ni anti-Chávez. (C’est seulement une impression, qu’il faudrait creuser avec les copains d’ici.)

En empruntant ces chemins de traverse, qui se veulent différents du FSM, j’ai abouti à la conclusion (provisoire) que le régime chaviste tire sa légitimité vis-à-vis de la population de ses victoires sur la droite fasciste et factieuse (« golpiste ») et de ses actions en matière de protection sociale et de combat de la pauvreté, grâce notamment à la récupération des revenus pétroliers - il semble que le pétrole soit désormais exploité par une sorte de joint-venture d’un consortium État + multinationales. J’entrevois aussi une tendance à l’« uniformisation » et à la création d’organisations sociales « proches » du régime, dans le but de gérer le conflit politique...

Quant à l’opposition à la gauche au Venezuela, elle est pratiquement inexistante et cherche à se développer, en résistant aux pressions visant à la récupérer par absorption, tout en ayant à faire face au rejet de ceux qui la tancent de « contre-révolutionnaire ».

Pour terminer, deux « flashes » d’information :

La seule chose notable dans le discours de Chávez du vendredi, c’est que ce dernier n’a cessé d’exhorter le FSM à éviter qu’un événement aussi important ne se convertisse en « folklore » et d’inviter les dirigeants des mouvements sociaux présents à Caracas à concocter ensemble « un plan d’action universel et unitaire » pour encourager les luttes dans le monde entier... Quand je vous disais qu’il n’y a pas de fumée sans feu...

À propos de la marche. Un des leaders indigènes a déclaré au mégaphone : « Nous ne venons pas ici pour notre plaisir, nous devons nous serrer la ceinture et avoir faim pour pouvoir venir nous faire entendre... »

La lucha sigue...

http://mexico.indymedia.org/tiki-read_article.php?articleId=68

Traduction : Angel Caído.