Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte
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En écho à la Sixième Déclaration de la forêt Lacandone

CSPCL

lundi 10 avril 2006

En écho à la Sixième Déclaration de la forêt Lacandone de l’EZLN
invitation à une rencontre autour de nos luttes

« Nous ne sommes pas une somme d’êtres dispersés de par le monde, mais un ensemble de désirs et de passion qui se créent, s’accroissent et se fécondent mutuellement »
Orateur purépecha au 3e Congrès national indien, Nurio, Michoacán, mars 2001.

En juin 2005, les zapatistes du Chiapas nous envoient la Sixième Déclaration de la forêt Lacandone. Loin, au Mexique, des hommes et des femmes qui luttent contre l’oppression depuis douze ans proclament une nouvelle phase de leur rébellion. Ils nous y parlent d’autonomie, de la nécessaire solidarité de tous ceux qui, "en bas et à gauche", luttent contre le monde capitaliste. Ils proposent des rencontres à travers tout le pays, mais aussi nous appellent tous à travers le monde à des échanges, nous invitent à nous raconter, à nous voir, à faire le point de nos résistances, à tisser ensemble nos rébellions. Au niveau national, le lancement de "l’Autre Campagne" qui a été précédé d’un large processus de consultation de multiples organisations mexicaines, s’oppose au marketing électoral des politiciens et propose un débat politique. À travers "l’Autre Campagne" s’établit un dialogue grâce auquel, depuis la base, peuvent s’élaborer de nouvelles pratiques politiques.

Mais l’initiative des zapatistes ne s’arrête pas là puisque, au niveau international, ils lancent l’idée d’une nouvelle rencontre intercontinentale des luttes face à la globalisation néolibérale. Et surtout ils demandent à ce que chacun (collectifs, organisations, individus) apporte sa contribution pour « la conception, l’organisation, la réalisation, y compris le lieu et les dates » de la rencontre.

Face à la brutalité toujours plus forte de ceux qui prétendent diriger nos vies, il nous semble nécessaire de faire écho ici à l’appel des zapatistes. Déjà nous rencontrer, apprendre à nous connaître, à écouter la parole de chacun dans le respect de sa différence avec pour première ambition de voir quelle solidarité nous pouvons construire entre nos luttes contre la logique répressive et destructrice du système capitaliste.

"Ici, tout va bien !" hurlent les corbeaux de la croâssance. L’impossible économie tourne à plein et personne ne trouve de boulot. Les catastrophes sont une affaire, l’insécurité un business, la peur un bon créneau. Il nous faut surveiller, enfermer les autres, et nous enfermer nous aussi pour éviter les contagions. "La planète chauffe", c’est le slogan de Gaz de France, et "Égoïste" le nom d’un parfum. Invitation au cynisme, « communiquez à haut débit » scande Bouygues sur les murs de la station de métro Châtelet, à Paris, insulte à l’humanité interdite de tags.

De quelque côté que se portent les regards, un autre possible, un autre futur est à imaginer, penser, créer. La liste est longue. Voici seulement quelques éléments pour amorcer le dialogue avec vous, entre nous. Sous forme de questions, car c’est tous ensemble que nous aurons à essayer d’y apporter une réponse.

Banlieues, les nouvelles classes dangereuses ?
En novembre 2005, les révoltes se propagent comme une traînée de poudre. Révoltes muettes... la parole silencieuse des ghettos, de ceux que l’on tente de faire passer pour les nouvelles classes dangereuses. Cette parole, c’est un refus en bloc ! Il n’y a pas de liste de revendications ; est-ce bien : le feu sans la parole... ou le feu est-il une des paroles ?
Et y sommes-nous sommes sourds ?

Immigration et exploitation des pays du Sud
Été 2005, les habitats précaires des immigrants brûlent ; pour y remédier, on les jette dehors, femmes et enfants, le jour de la rentrée. D’autres, à Melilla, s’écrasent contre les grilles de l’Europe. Sans papiers, sans rien, alors que le colonialisme prédateur continue son œuvre de pillage dans les pays du Sud.
À l’heure de la mondialisation et des échanges effrénés de marchandises, il n’y a donc que les hommes qui ne peuvent plus franchir les frontières sans contrainte ?

Vies précaires
Après avoir cassé les acquis des luttes sociales, amputé les services publics, criminalisé les grévistes, on chasse les chômeurs ; on brandit la précarité et on culpabilise "l’assisté" pour briser toute velléité contestataire.
Fin 2005, le RMI est passé à 408 euros par mois...ce n’est pas le prix d’une chambre à Paris, il est où l’abus ?...
Parallèlement, les conditions d’accès aux prestations sont devenues plus strictes, les contrôles et la traque des "tire-au-flanc" plus durs... Jusqu’où prétend-on chasser les précaires ? À quand le contrôle judiciaire pour les chômeurs, le bracelet électronique pour les RMIstes ?

Résistance au désastre programmé
Les multinationales tentent de franchir une nouvelle frontière en confisquant ce qui appartient à tous : l’eau, la capacité à produire son alimentation (OGM, contrôle des semences...). Et pourquoi pas demain l’air, puisqu’il faut lutter contre l’effet de serre ?
Que faire : respirer moins, filtrer l’eau, manger bio ? Sera-ce suffisant ? La réponse n’est-elle pas plutôt collective ? Ne faut-il pas plutôt se réapproprier les moyens de production et de distribution ?

Minorités, cultures, identités
Femmes, enfants, vieux, homosexuels, handicapés, fous, noirs, jaunes, rouges, lesbiennes, transsexuels, basanés, frisés, barbus (ou moustachus), prisonniers, gauchers, délinquants, malades, fumeurs, drogués, clochards, SDF... Les discours officiels cherchent à nous acheter ou à nous rejeter. Au nom de la paix sociale, on nous insère, on nous étiquette, on nous classe.
Comment exister, comment faire vivre, créer nos cultures en dehors des cadres établis ? Comment esquisser un monde où chacun puisse dessiner lui-même sa place ? Où puissent résider toutes les identités, tous les mondes ?

Contrôle policier de la société
Novembre 2005, la loi prévoit de faire passer la garde à vue de quatre à six jours.
Biométrie, carte à puce, caméras, digicodes, écoutes, surveillances, dénonciations : notre environnement quotidien est peu à peu colonisé par des techniques de contrôle et de fichage plus insidieuses. Surveiller et punir ? Comment combattre ces mécanismes de suspicion généralisée ?

Printemps 2006 : le mouvement anti-CPE s’amplifie et se généralise
Occupations, manifs, blocages, rassemblements spontanés... Les jeunes et les travailleurs s’unissent contre les bas salaires, le temps partiel subi, le chômage, la précarité... Mais cette révolte ne dépasse-t-elle pas l’abrogation du CPE ? L’objectif n’est-il pas plutôt de faire reculer l’offensive capitaliste et de créer, malgré la répression et la tentative de criminalisation de la jeunesse, une alternative dans la lutte ?

Ces questions, nous nous les posons, nous sommes nombreux à nous les poser, dispersés aux quatre coins de l’Hexagone.
Nous pensons qu’il est urgent de nous voir, de nous regarder, de nous entendre, de réfléchir collectivement. La Sixième Déclaration, "l’Autre Campagne", c’est aussi l’occasion de créer ces échos, ces dialogues, ces échanges, cette mise en parallèle des luttes des Indiens de tous les continents. C’est pourquoi nous vous invitons à une première rencontre ouverte, les 6 et 7 mai 2006, au CICP. Nous proposons que cette première rencontre soit déjà l’occasion de nous connaître, de raconter où nous en sommes chacun, comment nous essayons de construire nos luttes et, également, notre vision de la Sixième Déclaration, ce qu’elle apporte et ce que nous pouvons en retirer ici. Nous n’avons pas d’idées préconçues et encore moins de solutions préparées sur le comment construire un espace où se rencontrent les différentes résistances au capitalisme. Nous pensons que c’est à nous tous, ensemble, de l’imaginer, dans un esprit de solidarité et de respect des différences de l’autre, en cherchant à voir plutôt ce qui nous rapproche que ce qui nous sépare. Tous ensemble peut-être arriverons-nous à construire un autre futur. Il est certain que ce ne sera pas le cas en restant isolé.

Nous proposons une première rencontre les 6 et 7 mai 2006
au CICP, 21 ter, rue Voltaire, Paris XIe, M° Rue-des-Boulets.

Samedi 6

13 heures - 20 heures : réunion plénière, où chacun est invité à faire partager les luttes qu’il mène, dans une atmosphère d’attention et d’écoute collective.

20 heures : auberge espagnole, vous êtes tous conviés à apporter ce que vous aimeriez partager.

Dimanche 7

14 heures : nous proposons à ceux qui le souhaitent de poursuivre la rencontre autour de tables de discussion plus petites, rassemblant ceux qui veulent mettre en commun leurs résistances sur des thèmes de travail dégagés la veille.

Nous vous y invitons, ainsi que celles et ceux autour de vous qui, "en bas et à gauche", résistent et luttent contre le néolibéralisme et pour l’humanité.

Voici nos contacts :
Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte (CSPCL)
33, rue des Vignoles - 75020 Paris - France
Réunion (ouverte) le mercredi à partir de 20 h 30
http://cspcl.ouvaton.org
cspcl(a)altern.org

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