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« Ça n’apportera rien de bon à personne »

Hermann Bellinghausen

vendredi 10 juin 2005

Affirment des zapatistes de la communauté indigène Roberto Barrios opposés à un projet d’écotourisme, qui constitue un facteur de division entre indigènes, ajoutent-ils.

Le conseil autonome de la commune rebelle Trabajo a fait savoir que la communauté indigène Roberto Barrios rejette définitivement la construction d’une station balnéaire au bord des cascades de la rivière Bascán, situées dans cette communauté.

Le conseil a également dénoncé les pressions et les menaces effectuées par les représentants du gouvernement officiel impliqués dans ce projet touristique non seulement contre les bases de soutien zapatistes, mais aussi contre les représentants de l’ejido appartenant à différents partis politiques.

Sans mentionner explicitement l’appartenance à un parti des promoteurs de ce projet lancé par le gouvernement (il s’agit de membres du PRI militants dans l’organisation « Paz y Justicia »), le conseil municipal et le commissaire de l’ejido autonome de Roberto Barrios ont porté plainte contre Francisco Gómez Pérez, responsable de « divers projets du gouvernement » mais surtout d’avoir fomenté de telles divisions et d’avoir menacé et agressé verbalement un certain nombre de femmes.

Dans trois documents circulant dans Internet, datés du début du mois de juin, le conseil autonome et la communauté Roberto Barrios livrent au public le récit des derniers événements :

« Le 26 mai, le délégué de l’ejido Gómez Pérez s’est réuni dans l’enceinte de la maison de l’ejido avec les femmes affiliées au PRI, pour parler du programme d’aides gouvernementales “Opportunités”. Selon les époux de ces femmes agressées verbalement par Gómez Pérez, le problème tourne autour du projet d’écotourisme. » Le délégué en question « chercha à faire signer de force à leurs femmes un document autorisant la réalisation du projet dans la communauté Roberto Barrios ».

Cette question préoccupe gravement la communauté. Selon les autorités autonomes, « Une fois de plus, les femmes, intimidées par crainte de perdre leurs allocations dans le cadre du programme “Opportunités”, allocations que le délégué de l’ejido menaça de leur ôter, ont cédé à ses arguments, ce qui provoque de nouvelles divisions entre les femmes de la communauté. Les femmes se rendent compte de la façon dont ce responsable de l’ejido bafoue les droits humains et exigent des autorités compétentes qu’elles prennent des mesures [contre] de tels abus. »

Quelques jours plus tard, le 29 mai, « lors de l’assemblée générale qui a lieu à la fin de chaque mois, Pedro Pérez Cruz, commissaire de l’ejido, et les membres représentant les autorités de l’ejido, fit passer en premier dans l’ordre du jour un point concernant le projet d’écotourisme, puis obligea tous les membres de l’ejido à signer des accords en vue d’un tel projet ».

Selon les zapatistes de cette communauté, qui est également le siège du Caracol rebelle de la Zone Nord de l’État, « la majeure partie de la communauté est opposée à ce projet ». Ils précisent que « monsieur Gómez Pérez, représentant des divers projets du gouvernement, a obligé sous la menace des femmes à signer un document permettant de réaliser ledit projet ». Si elles n’avaient pas cédé, « les femmes étaient menacées d’être exclues de tous les programmes d’aide du gouvernement ».

Le conseil autonome ajoute que c’est de cette façon que « les autorités et les personnes qui y ont des intérêts font pression sur notre communauté pour pouvoir réaliser un projet si ambitieux. De toute façon, la communauté refuse le projet d’écotourisme déjà mentionné sur la rivière Bascán, parce qu’il n’apporte rien de bon à personne. Avec un tel projet, la seule chose que les entreprises impliquées vont provoquer, c’est de nouvelles divisions et confrontations au sein de la communauté ».

Les autorités rebelles tiennent à signaler qu’elles « continueront de protéger les ressources naturelles situées au sein du domaine municipal - bois précieux, rivières, lagunes, animaux et végétation - et ne permettront pas que l’on pille les richesses de ce territoire. En vertu de quoi nous dénonçons de tels faits et nous demandons à la société civile mexicaine et internationale de faire quelque chose pour protéger les peuples indigènes contre le pillage des richesses naturelles ». Dès le 22 mai, les bases de soutien zapatistes de cette communauté, réunies en assemblée, avaient signé un document stipulant que, au nom de la majeure partie des habitants, elles refusaient « définitivement » le projet d’une station balnéaire et les investissements qu’entraînerait sa construction, attendu que les ressources naturelles autour de la rivière Bascán « [leur] appartiennent depuis de nombreuses années ».

Elles tiennent à rappeler que « dès les premiers instants de notre prise de possession, nous nous étions engagés à préserver les ressources naturelles qui se trouvent à l’intérieur de notre commune ».

Le procès verbal de la décision prise par la communauté mentionnait « bois précieux, lagunes, rivières et animaux (sauvages) » car tout cela abonde sur les terres prodigues de cet ejido. « Nous ne permettrons pas le pillage de ce qui se trouve sur nos terres », peut-on y lire encore, et les autorités rebelles expliquent que le but d’un tel document est d’exiger « que l’on respecte nos droits de propriété sur le liquide vital que nous consommons quotidiennement ».

En accord avec la majorité des habitants légitimes de l’ejido, passant outre les différences politiques, les zapatistes ont répété que « le projet d’écotourisme a provoqué des divisions entre nous ».

Et de conclure : « En toute logique, nous avons minucieusement étudié si ce projet des entreprises apportait quelque chose de bon à qui que ce soit, mais ce n’est pas le cas car il ne fait que nuire aux zapatistes et aux non-zapatistes de ce secteur. »

Hermann Bellinghausen.

Traduction d’un article paru dans le quotidien La Jornada le 10 juin 2005.