Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte
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C’est quoi l’Autre Campagne ?

jeudi 27 juillet 2006

C’est quoi l’Autre Campagne ?

Il s’agit d’une campagne lancée sur l’initiative des zapatistes et de beaucoup d’autres groupes et individus au Mexique et dans le monde, qui nous convie à nous unir pour construire un Mexique et un monde meilleurs, au sein d’un mouvement civil et pacifique, en se passant des partis politiques et de la corruption des gouvernements et des campagnes électorales, en vue d’abolir les injustices dont nous souffrons aujourd’hui tous et toutes dans l’ensemble de notre vie - au travail, dans la rue, chez nous, etc.

L’Autre Campagne n’est pas là pour nous donner des leçons sur la manière de faire les choses, elle en appelle à l’imagination et à la créativité, elle émane des besoins et des caractéristiques des participants, de tous ceux qui sont fatigués de voter et cherchent d’autres façons de s’organiser et de participer politiquement. L’Autre Campagne appartient à qui la fait sienne.

Le 1er janvier 2006, "la Otra", comme on l’appelle aussi, a entamé un circuit qui l’amènera à parcourir l’ensemble du Mexique par la tournée du délégué Zéro, le sous-commandant insurgé Marcos, parti en quête de la parole, des aspirations, des problèmes et de l’histoire de tous les Mexicains et de toutes les Mexicaines, d’abord en les écoutant, en construisant de nouvelles relations et en faisant de la politique autrement. Six mois après le début de sa tournée, "la Otra" s’est développée et s’est consolidée avec la rencontre d’autres personnes qui veulent changer leur vie par d’autres moyens. Elle a cependant rencontré aussi beaucoup de doutes quant à un tel processus - Où va-t-on ? Comment ? Pourquoi ? -, qui m’ont donné envie d’apporter des réponses aux questions que l’on se pose de façon répétée.

On peut donc dire de "la Otra" que :

1) En ce qui concerne le processus électoral mexicain de 2006, l’Autre Campagne n’oblige personne à voter ou à ne pas voter, personne n’a demandé aux autres de s’abstenir. C’est envisagé mais cela ne figure nulle part dans les engagements de cette campagne. Il ne s’agit pas d’encourager l’abstention, mais d’encourager l’emploi du dialogue et du débat de tous les choix politiques possibles dans nos vies, ainsi que l’auto-organisation, de la façon qui conviendra le mieux à chacun et à chacune ;

2) On ne cherche pas à fonder un nouveau parti politique, mais un espace, un lieu qui engage à mettre en commun et où il y ait place pour toutes les personnes et toutes les organisations, pour toutes les manières de faire de la politique qui ont été rejetées ou négligées par le concept que l’on a actuellement de la politique, notamment à cause de la suprématie de la politique parlementaire, aujourd’hui totalement obsolète. De même, l’Autre Campagne n’est pas seulement pour Ceux-qui-ont-la-cote-auprès-des-zapatistes, elle crée des ouvertures pour que Tout le monde puisse parler et participer et lui donner un sens en partant de sa propre condition et de la pratique que l’on a là où on est ;

3) La Otra énonce les problèmes, elle ne les résout pas. "Le processus électoral a déjà commencé et il y aura quelqu’un pour venir vous dire que si vous soutenez ce processus vos problèmes seront résolus. Nous, nous venons vous dire que nous n’allons absolument rien vous résoudre et que nous ne venons pas non plus vous apporter des solutions : non, nous venons vous apporter des problèmes, et aussi une invitation à tous nous unir aux compañeros qui se lèvent ailleurs dans ce pays pour construire le nouveau Mexique ; [...] non pas pour soutenir l’un ou l’autre des candidats mais pour que nous nous engagions envers nous-mêmes, pour dire ’je vais orienter mes efforts de ce côté et pas de cet autre où on me promet de tout me résoudre avec un sondage ou avec un spot publicitaire’" (Déclaration du délégué Zéro, le 19 janvier 2006) ;

4) La Otra cherche une manière de faire la politique autrement. On peut y participer directement, et tout le monde décide, de lui-même, pour et avec tout le monde, dans le respect, le consensus et sans hiérarchie. C’est-à-dire que l’on ne décide pas par le vote et personne ne dit aux autres ce qu’il faut faire : on décide tous ensemble en se mettant d’accord ;

5) Elle veut rendre compte des exigences de la population et des minorités, pas seulement celles des indigènes, donc, mais aussi celles des femmes au foyer, des ouvriers, des paysans, des lesbiennes, des homosexuels, des femmes et autres groupes défavorisés et victimes d’exclusion. Elle propose de même de dresser un programme de lutte nationale en écoutant les besoins des gens et donc dans le but de faire une nouvelle loi, ce qui signifie une nouvelle Constitution ;

6) Elle accorde une grande importance à l’histoire de chacun, celle qui est constamment oubliée, pariant sur le fait que si on commençait à connaître dans l’ensemble de notre pays l’histoire de chacune des organisations ou la manière dont vivent certains quartiers ou certaines personnes - leurs souffrances, leurs difficultés, leurs défaites, leurs victoires -, on va apprendre à se connaître et à se respecter, à créer des liens très forts entre Nous ;

7) Elle ne s’adresse pas "aux endroits où il y a déjà des gouvernements autonomes ou des révoltes armées qui ont engagé des négociations pour la paix ou plus de mille communautés rebelles en résistance. Elle s’adresse aux endroits où une lutte est menée par des individus, des habitants, des syndicats, des familles, des groupes culturels ou des groupes gays, hip-hoppers, des artisans, des routiers... Et aussi aux employés de services de prestations touristiques, aux migrants, aux personnes qui ont des contrats précaires et autres esclaves contemporains" (Sergio Zermeño, La Jornada, 19 janvier 2006) ;

8) Elle crée des espaces de dialogues pour Tout le monde. "Les espaces de dialogue dans lesquels voyagent et vont voyager les zapatistes, en principe, au cours des six premiers mois de cette campagne, ne sont pas des lieux où ils vont débattre avec des groupes de la gauche non institutionnelle les stratégies pour parvenir à un consensus sur une voie anticapitaliste dans laquelle devrait s’engager notre pays dans un avenir à moyen terme [...], mais des lieux (de rencontre) avec les gens simples et courants, avec les millions d’habitants de notre pays qui ne vont pas envisager les choses de façon programmatique ou élaborée mais qui sont inquiets pour leur survie immédiate" (Sergio Zermeño, La Jornada, 19 janvier 2006) ;

9) Elle ne cherche pas un nouveau dirigeant mais l’union de Tous. "La Otra  » appartient à tous ceux et à toutes celles qui s’y inscrivent, pas seulement à l’EZLN. Même si ce sont les zapatistes qui en ont eu l’idée, ils ont longuement insisté sur le fait qu’elle appartient à tous les participants et à toutes les participantes, à ceux et à celles qui veut avoir sa place et voix au chapitre dans La Otra : « Nous allons nous mettre en route pour remplir nos engagements de la Sixième Déclaration de la forêt Lacandone. Je suis chargé de partir le premier pour reconnaître le chemin que nous allons parcourir, en repérer les dangers et apprendre à reconnaître les visages et la parole de qui est un compañero et qui est une compañera. Pour unir notre lutte zapatiste avec celle des travailleurs de la campagne et de la ville dans ce pays, le nôtre, qui s’appelle le Mexique" (Déclaration du délégué Zéro, le 2 janvier 2006) ;

10) La Otra est anticapitaliste et de gauche, "d’en bas et à gauche". Autrement dit, elle cherche à créer des relations sociales différentes de celles établies par le capitalisme (sexisme, racisme, exclusion sociale, exploitation au travail, destruction de l’environnement, etc.), mais pas du haut d’une centrale dirigeante ou d’un poste au gouvernement : elle veut le faire en partant des gens, de leur environnement immédiat et à partir de leurs besoins. Elle vise en outre un profond changement structurel de la société qui se fonde sur les principes historiques de la gauche : une voie juste, digne et dans l’équité pour tous et pour toutes.

Mofles.
flesmofles(a)riseup.net
Subversion sonore / Laboratoire d’action directe
Mexique. Janvier 2006.

Traduit par Albert Zweistein, le 21 juillet 2006.

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