Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte
Accueil du site > Communiqués et déclarations de l’EZLN > Le sous-commandant Marcos et l’Autre Campagne avec le peuple Yaqui, (...)

L’Autre Campagne dans le nord

Le sous-commandant Marcos et l’Autre Campagne avec le peuple Yaqui, Sonora.

Paroles du délégué Zéro au peuple Yaqui et à ses autorités

mardi 24 octobre 2006

Le sous-commandant Marcos et l’Autre Campagne
avec le peuple Yaqui, Sonora, le 24 octobre 2006.

Paroles du délégué Zéro au peuple Yaqui Vicam.

Bien, ceci pour vous informer que, selon ce que nous avons vu jusqu’à maintenant, nous pouvons dire que le gouverneur Bours est une crapule qui trompe le peuple du Sonora et qui trompe le reste du pays. Il maintient les peuples indiens du Sonora dans l’oubli le plus complet.

Là où il y a des carences, où l’on manque de système d’évacuation, où l’on manque d’électricité, où l’on manque de revêtements de sols, c’est dans les villages indiens et des gens pauvres du Sonora. Et tout ce qui est fait l’est pour le bénéfice des grands propriétaires terriens. C’est le même qui ôte toute aide aux paysans et les oblige à vendre la terre et à l’abandonner pour devoir partir aux États-Unis pendant qu’il s’empare de grandes étendues de terre.

Ce que nous avons vu dans tout l’État, c’est que le señor Bours gère l’État du Sonora comme si c’était une hacienda [grande propriété terrienne], qu’il en était le contremaître et comme si tous les habitants du Sonora étaient des peones [ouvriers agricoles]. Ce n’est pas possible qu’on aille dire ailleurs qu’au Sonora, les gens vivent bien et contents.

Nous avons vu ce qui se passe, ce qui est fait aux Yaquis, ce qui est fait aux Seris, ce qui est fait aux Papagos. Et pas seulement à eux, mais aux gens, aux migrants qui viennent d’autres régions du pays, qui sont traités comme s’ils étaient des peones acasillados [péons à demeure, paysans qui résident sur les terres du patron], y compris avec des tiendas de raya [magasins du patron où l’employé achète à crédit avec sa paie]. Il n’est pas possible que ce gouverneur se présente comme un exemple de gouvernement d’un État alors que les gens du Sonora sont oubliés.

Nous avons écouté les Yaquis et nous avons écouté leur douleur et leurs demandes et nous appuyons totalement celles qui exigent que le gouverneur accomplisse son devoir, qu’il pare au plus nécessaire. Ils veulent colporter l’idée que les Yaquis sont belliqueux et nous, ce que nous voulons colporter, c’est que les gens sont travailleurs et qu’ils veulent exiger leurs droits et le gouvernement ne veut pas les respecter. Il pense qu’il va résoudre le problème seulement à l’aide de déclarations à la presse. Il a appris ceci de cet abruti de Fox qui avait fait la même chose : ne rien faire d’autre que des déclarations à la presse en pensant que cela résoudrait les problèmes.

Nous croyons donc, en tant que zapatistes, que nous pouvons nous unir avec les peuples indiens du Sonora et de tout le nord-est du Mexique. Et enfin, ensemble avec le Congrès national indigène, obtenir pour nos peuples le respect de nos droits et de notre culture. C’est l’objectif que nous poursuivons.

Quand nous sommes arrivés ici, il y a un moment, nous avons reçu du respect et de l’affection. Ce n’est pas ce que dit la presse, ce n’est pas ce que dit le gouverneur. Le peuple Yaqui nous a reçus comme si nous étions leurs frères et leurs sœurs. Et nous voulons tous les remercier ici de l’affection que nous avons reçue parce que nous savons qu’elle vient de tous, du peuple Yaqui et de ses chefs.

Quand nous sommes arrivés ici, que nous attendions la cérémonie - le protocole - nous avons vu au-dessus de cette construction un drapeau bleu, blanc et rouge avec une étoile, un soleil et une lune. Pardon, avec une croix, un soleil et une lune. Et ce que nous avons obtenu jusqu’alors, c’est d’aller porter la parole des Yaquis partout. Le jour, elle sera un soleil afin que chacun le voit, et la nuit ce sera une lune afin qu’elle modère aussi la lutte qui existe chez d’autres peuples de notre pays et d’autres régions du monde.

Ceci est notre engagement, notre engagement n’est pas d’écouter la parole d’autres mais directement celle que nous donne les Yaquis, et notre engagement est de porter la situation du peuple Yaqui, de l’injustice et de l’arbitraire du gouvernement afin qu’elle soit connue dans tout le pays et dans le monde entier.

Merci compañeros, merci compañeras.

Paroles aux autorités Yaquis Vicam, Sonora.

J’apporte le salut des communautés indigènes zapatistes du sud-est mexicain au peuple Yaqui et à ses chefs. Nous ne sommes pas venus pour apporter une parole de commandement ou d’ordre. Nous sommes venus pour apporter notre oreille et notre cœur ouvert pour apprendre des Yaquis, de leur douleur et de leur lutte. Nous ne venons pas dire qui commande ici. Selon notre pensée, en terre Yaqui commandent les Yaquis. Ce n’est pas le gouvernement des riches qui commande, ni non plus les zapatistes.

Nous venons d’une race indigène de racine maya. Là-bas, dans les montagnes du sud-est mexicain, nous recevons le mépris et la moquerie, et la mort, de la part des riches et de leur gouvernement. Notre sang se répand sur notre terre sans que personne s’en rende compte, sans que les gouvernements nous écoutent. Les riches et leur gouvernement humiliaient nos hommes, déshonoraient nos femmes et tuaient nos enfants. Alors nous avons pensé que ça suffit, que y’en a assez, que ya basta. Et nous sommes sortis de la montagne tels des ombres pour sous soulever en armes et récupérer notre terre. Et nous avons repris notre terre, nos rivières, notre air, nos montagnes. Nous avons lutté contre les gouvernements et leurs armées, nous les avons chassés de nos terres.

Dans nos terres, ce n’est pas moi qui commande, ce sont mes chefs hommes et femmes indigènes qui commandent, ce sont eux et elles qui, par ma voix, vous saluent et qui, par mes oreilles, vous écoutent. Nous ne sommes pas venus seuls, chefs Yaquis, des gens d’autres couleurs, d’autres régions, sont venus avec nous. Ils ne viennent pas par curiosité ou en touriste. Ils viennent saisir la parole des Yaquis et lui donner des pattes de cerf pour qu’elle aille loin. Lui attacher des ailes afin qu’elle vole vers d’autres pays. Lui fixer des nageoires afin qu’elle aille par-dessus et par-dessous les eaux. Ils viennent pour apprendre, avec nous, la parole des Yaquis, son histoire, sa lutte et sa douleur. Nous ne venons pas apporter une parole de division, ni empoisonner l’âme des Yaquis. Nous venons seulement apporter notre cœur et notre oreille.

Nous avons vu dans chaque région que nous avons visitée la grande douleur sur la terre indienne. Nous étions avec les Kumiais et nous avons vu qu’ils vivaient mal, et qu’ils étaient traités comme des criminels parce qu’ils pêchent dans les eaux qui sont les leurs depuis 9 000 ans. Nous avons vu les Cucapas aussi, à qui on retire les terres et qu’on empêche de cultiver. Nous avons vu les Seris, nous avons vu les O’odhams et partout où nous rencontrons un peuple indien, nous voyons la pauvreté juste à côté de grandes constructions, de bons services et de bonnes rues pour les riches. Et pour les humbles, il n’y a rien.

Et nous voyons que les gens qui travaillent sont les gens de notre couleur, ceux qui vivaient ici avant les espagnols, ceux qui maintiennent notre culture, et ceux qui maintiennent ce pays par leur travail. Et les riches et leur gouvernement ne travaillent pas et sont riches : ils vivent bien et dans de bonnes maisons. Et nos peuples et nos communautés sont oubliés.

Nous sommes venus le dire aux Yaquis qui nous ont parlé avec leur cœur. Que les personnes qui viennent portent leur parole loin, afin que partout l’on connaisse la lutte des Yaquis et leurs revendications. Afin que nous, les zapatistes, nous apprenions à appeler les Yaquis compañeros, frères, compañeras, et sœurs de lutte.

Nous ne voulons pas commander ici, nous ne demandons pas une charge. Nous demandons que les Yaquis luttent et commandent ici, que leurs chefs continuent à mener le peuple sur le bon chemin et qu’ils arrivent à reconquérir la terre qui leur appartenait, les rivières qui leur appartenaient et l’air qui était le leur ; comme le nôtre est à nous. Nous ne cherchons pas à faire une seule organisation et qu’un seul commande. Nous pensons que chacun commande chez lui. Et où vivent les Yaquis, les Yaquis commandent ; où vivent les Mayos, les Mayos commandent ; et où vivent les Tzeltales et les Tzotziles et les Tojolabales - c’est-à-dire au Chiapas - c’est nous qui commandons. Pas moi Marcos, mais nos communautés.

Nous ne reconnaissons pas le gouvernement des riches. Nous vous reconnaissons comme nos compañeros et nos frères de lutte. Nous vous demandons avec le cœur de nous donner votre parole, comme nous l’a donnée le compañero et le compañero... les compañeros secrétaires chefs, pour qu’elle soit connue par d’autres dans d’autres régions.

Parce que dans d’autres régions du Mexique, on dit que les Yaquis vivent bien, qu’ils sont contents, qu’au Sonora tout va bien, comme s’il n’y avait pas de problèmes. Et nous, ce que nous avons vu, c’est qu’au Sonora, la terre fait souffrir autant qu’au Chiapas, que sur la terre des Purepechas et sur la terre des Nahuatls. Et sur toutes les terres des peuples indiens du Mexique. Cela va faire 515 ans que les espagnols sont arrivés. Et les gringos [états-uniens] sont arrivés aussi, et les japonais, et les coréens, et les français. Encore une fois, dans ce pays commandent les étrangers. Et les gens qui construisent la terre, qui la travaille, à chaque fois se font tout prendre.

Nous ne voulons pas que les Yaquis soient seuls dans leur lutte, nous ne voulons pas la diriger. Nous voulons les soutenir quand ils se soulèvent. Nous voulons qu’ils nous soutiennent quand nous nous soulevons. Nous voulons nous unir avec les pauvres - qui sont nombreux, qui sont la majorité - pour changer ce pays et bâtir une nouvelle constitution où soient respectés les droits et la culture indigène.

Que le territoire des Yaquis ne se limite pas à cette colline, mais qu’il continue jusque là où il arrivait avant qu’arrivent les espagnols. Et que les Yaquis - hommes et femmes - vivent avec dignité, pas les riches. Et que nous les zapatistes, nous vivions avec dignité, pas les riches. De la même façon, les Purepechas, les Nahuatls, les ouvriers, les étudiants, les femmes.

C’est cela que nous demandons, non pas commander, non pas prendre une charge de gouvernement. Nous voulons conclure un marché : nous faire compañeros pour nous soutenir mutuellement. Non pas pour faire la guerre mais pour une lutte pacifique. Pour que si une demande des Yaquis n’est pas exécutée par le gouvernement, alors que tout le Mexique le sache et que tout le Mexique la soutienne, ainsi que le monde entier.

Si il y a une méchanceté des riches et de leurs gouvernements contre le peuple Yaqui, nous allons tous protester. C’est ce que veut l’Autre Campagne. Elle ne veut pas de charge, elle ne veut pas commander ici. Elle veut reconnaître le peuple Yaqui et ses chefs. Que son gouvernement, en plus du reste, décide ici ce qui va être fait et comment cela va être fait.

Ce que nous ne pouvons accepter, c’est que dans tout le pays les riches étrangers à chaque fois nous volent notre terre. Ils veulent seulement que nous soyons pauvres. Ils veulent que nous mourions, que nous quittions ces terres et partions dans d’autres pays, ou que nous mourions comme femmes, comme enfants, comme anciens, comme hommes, comme peuple. Voilà ce qu’ils veulent. Et nous, nous ne voulons pas. Nous voulons résister et reprendre ce qui est à nous.

Ceci est la parole que nous apportons, c’est ce que nous demandons : que les Yaquis parlent et que leur parole aille loin.

Merci compañeros.

Adieux Vicam, Sonora.

Nous voulons remercier les Yaquis qui nous ont donné à manger et nous ont reçus dans leurs maisons. Nous espérons que nous allons apprendre de leur exemple et l’emporter très loin.

Nous voulons les remercier, au nom de tous les compañeros et compañeras, pour l’affection et le respect que nous avons reçu. Nous les porterons toujours dans notre cœur.

Et si Dieu le veut, un jour, vous viendrez là-bas, dans notre terre, et nous vous traiterons avec le même respect et la même affection.

Merci compañeros, merci compañeras.

Traduction en français : caro, le 8 novembre 2006.
Source : Narco News

SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0