Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte
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Oaxaca

Appel d’un partisan de l’autonomie individuelle et collective

Raoul Vaneigem

mercredi 15 novembre 2006

Appel d’un partisan de l’autonomie individuelle et collective

Considérant que les habitants d’Oaxaca ont le droit de vivre comme ils le veulent dans la ville et dans la région qui sont la leur ;

Considérant qu’ils ont été victimes d’une agression brutale des policiers, des militaires et des escadrons de la mort à la solde d’un gouverneur et d’un gouvernement corrompus dont ils ne reconnaissent plus l’autorité ;

Considérant que le droit de vivre des habitants d’Oaxaca est un droit légitime et que l’illégalité est le fait des forces d’occupation et de répression ;

Considérant que la résistance massive et pacifique de la population d’Oaxaca atteste à la fois sa résolution de ne pas céder à la menace, à la peur, à l’oppression, et sa volonté de ne pas répondre à la violence des policiers et des tueurs paramilitaires par une violence qui justifierait le travail de souffrance et de mort accompli par les ennemis stipendiés de la vie ;

Considérant que la lutte du peuple d’Oaxaca est la lutte de millions d’êtres revendiquant le droit de vivre humainement et non comme des chiens dans un monde où toutes les formes de vie sont menacées par les intérêts financiers, la loi du profit, les mafias affairistes, la transformation en marchandises des ressources naturelles, de l’eau, de la terre, des espèces végétales et animales, de la femme, de l’enfant et de l’homme asservis dans leur corps et dans leur conscience ;

Considérant que la lutte globale entreprise au nom de la vie et contre l’emprise totalitaire de la marchandise est ce qui peut empêcher le peuple d’Oaxaca de céder à ce désespoir qui sert toujours fidèlement le pouvoir parce qu’il paralyse la pensée, ôte la confiance en soi, entrave la faculté d’imaginer et de créer des solutions nouvelles et de nouvelles formes de lutte ;

Considérant que la solidarité internationale se contente trop souvent de rabâchages émotionnels, de discours humanitaires et de déclarations creuses où seule la fatuité de l’orateur trouve un objet de satisfaction ;

Je souhaite qu’un soutien pratique soit apporté aux assemblées populaires d’Oaxaca afin que ce qui n’est pas encore une Commune puisse le devenir. Car ce qui est en train de s’ébaucher se situe dans la lignée de la Commune de Paris et des collectivités andalouses, catalanes et aragonaises de 1936-1938, où l’expérience autogestionnaire jeta les bases d’une société nouvelle.

À cette fin, je fais appel à la créativité de chacun pour aborder des questions qui, sans préjuger de leur pertinence et de leur intérêt, sont de nature à apparaître, à tort ou à raison, dans la constitution d’un gouvernement du peuple par le peuple, c’est-à-dire d’une démocratie directe où les revendications individuelles soient prises en considération, examinées sous l’angle d’une harmonisation possible et dotées d’une accréditation collective qui permette de les satisfaire.

- Si tant est qu’il soit possible et souhaitable que les parents des victimes de la répression et de l’occupation policière se constituent partie civile contre le gouverneur et les instances responsables des assassinats et des violences, comment leur garantir un soutien international ?

- Comment empêcher les emprisonnements, l’action des paramilitaires, le retour de la région entre les mains sanglantes des corrompus ?

- Au-delà du sursaut d’indignation suscité par la barbarie policière et mafieuse, comment aider la population d’Oaxaca à donner des garanties effectives à cette aspiration qu’elle ne cesse d’exprimer : nous ne voulons plus être en proie à aucune violence ?

- Comment agir en sorte qu’aucune oppression ne s’exerce sur le droit de vivre des individus et des collectivités attachées à la défense de ce droit universel ?

- Quel soutien la solidarité internationale peut-elle apporter à la résistance civile d’Oaxaca en sorte que cette résistance civile devienne simplement la légitimité d’un peuple à se gouverner directement lui-même par le recours à la démocratie directe ?

Et dans une perspective de plus longue échéance :

- Si celle-ci le souhaite, comment pouvons-nous aider la Commune d’Oaxaca à collaborer à l’organisation de l’approvisionnement en nourritures et en biens d’utilité individuelle et collective ?

- Comment pouvons-nous aider les associations populaires à assurer elles-mêmes et sans dépendre des pouvoirs "d’en haut" la gestion des transports, des services sanitaires, de la fourniture en eau, en électricité ?

- Quel appoint international peut-il être fourni au projet d’"éducation alternative" qui, après la longue grève des enseignants, s’esquisse en Oaxaca ?

- Ne se trouve-t-il aucune association scientifique qui puisse faciliter le développement d’énergies naturelles et non polluantes dans la région d’Oaxaca ? Le but serait double. D’une part, éviter que celles-ci soient implantées autoritairement au profit de l’État et des multinationales - comme cela s’est passé dans l’Isthme. D’autre part, rappeler que la préoccupation énergétique et environnementale n’a de sens pour nous que dans sa relation avec l’autogestion. Car mises au service de communautés autogérées, elles ne permettent pas seulement de se rendre indépendants des mafias pétrolières et technologiques, elles instaurent peu à peu cette gratuité que leur caractère renouvelable et leur source inépuisable garantissent, une fois couverts les frais d’investissement. Et cette idée de gratuité des énergies, qui implique aussi la gratuité des moyens de transport, des soins, de l’éducation, est, plus encore qu’une arme absolue contre la tyrannie marchande, le plus sûr garant de notre richesse humaine.

Chaque fois qu’une révolution a dédaigné de considérer comme son objectif prioritaire le soin d’améliorer la vie quotidienne de tous, elle a donné des armes à sa répression.

Mexique, le 2 novembre 2006.
Raoul Vaneigem

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