Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte
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Chronique du Mexique en luttes, 15 novembre 2006

Annick Stevens

jeudi 16 novembre 2006

CHRONIQUE DU MEXIQUE EN LUTTES, 15 NOVEMBRE 2006

Oaxaca

L’APPO (Assemblée populaire des peuples d’Oaxaca) annonce qu’elle empêchera le gouverneur de l’État, Ulises Ruiz, de rendre son deuxième rapport d’activités au Congrès. Cette cérémonie, en effet, vise à montrer qu’il y a gouvernabilité, ce que conteste l’APPO. Le programme de gouvernement présenté mercredi passé par Ruiz au ministre de l’Intérieur comprenait six points : réconciliation, réforme de l’État, réactivation économique, sécurité, révision des structures de gouvernement et avancée dans l’accomplissement des accords passés avec les enseignants. Cependant, aucun détail n’a toujours été fourni quant à savoir comment seront accomplis ces six engagements.

Les étudiants de l’Université autonome Benito Juárez d’Oaxaca refusent de reprendre les cours, ainsi que de démanteler les barricades qui entourent le campus. Le recteur a annoncé lui-même que les cours étaient suspendus jusqu’à nouvel ordre, mais il avait demandé la levée des barricades en échange d’une protection policière pour les étudiants militants, protection que ceux-ci estiment "incongrue" étant donné la répression violente que la police a exercée sur eux il y deux semaines. Trois étudiants sont toujours incarcérés ; la section locale de la Ligue des droits humains demande leur libération ainsi que la présentation en vie de 31 personnes disparues lors des assauts policiers subis par la ville. Pour marquer leur détermination, 2 000 étudiants ont effectué une marche depuis la Cité universitaire vers le camp principal de l’APPO, au couvent de Santo Domingo.

Dans une petite ville de l’État, des professeurs ont fait prisonniers six militants du PRI qui cherchaient à remplacer les professeurs de la section 22 du syndicat, toujours en grève.

L’ex-maire de Mexico, Andrés Manuel López Obrador, ainsi que des députés du PRD organisent vendredi prochain une rencontre nationale "pour la défense d’Oaxaca" ; ils exigent le retrait de la PFP et la démission du gouverneur comme préalable à toute négociation et souhaitent promouvoir des actions pour éviter de futures violences et terreurs à l’encontre des populations en lutte.

Chiapas

Lundi dernier, des indigènes lacandons, militants du PRI, ont entrepris de chasser par la force des indigènes tzetales et choles, sympathisants de l’EZLN, de certaines terres revendiquées par les deux parties dans la réserve écologique des Montes Azules. Selon le Centre des droits humains Fray Bartolomé de las Casas, proche des zapatistes, l’affrontement a fait 14 morts, 10 du côté des sympathisants de l’EZLN et 4 du côté des Lacandons. Le ministère fédéral de la réforme agraire et le gouvernement du Chiapas avaient, au terme d’une négociation, attribué ces terres aux Lacandons et obligé les autres indigènes à les évacuer.

Lutte pour la présidence

La tension monte à l’approche de l’entrée en fonction du nouveau président de la République, qui doit avoir lieu le 1er décembre au Palais législatif. Le PRD, dont fait partie le candidat Andrés Manuel López Obrador (AMLO), évincé par une fraude électorale plus que probable, a réaffirmé son intention d’empêcher à tout prix cette cérémonie. Le PAN, parti du président, veut faire protéger les lieux par l’armée, ce qui est refusé par les autres partis, y compris le PRI qui estime "lamentable" qu’un acte constitutionnel comme la transmission de pouvoir doive se faire sous la protection de l’armée et de la police ; le PRI demande que des négociations politiques soient faites avec le PRD pour que les choses se passent sans violence. L’APPO annonce sur son site Internet qu’aura lieu le 1er décembre une marche d’un million de personnes vers Mexico, à la fois pour exiger la démission de Ruiz et pour rejeter la présidence de Calderón.

Le porte-parole de l’actuel président a demandé que la voix de la majorité soit respectée, puisqu’en démocratie c’est la majorité qui commande, et puisque la majorité a voté pour Calderón. AMLO, de son côté, a déclaré que le gouvernement de Calderón serait une mascarade et un pur appareil bureaucratique, car tel est un gouvernement "sans l’appui du peuple". Il a ajouté que le parti pris de la majorité des médias, "vendus à la droite néofasciste", est une preuve que le pays n’est pas une démocratie. Il maintient que le 20 novembre aura lieu sa propre entrée en fonction comme "président légitime", avec le cabinet qu’il a constitué et avec le programme qu’il a annoncé pour gouverner "pour le peuple et avec le peuple".

La hiérarchie catholique abonde dans le sens de la présidence, méprisant les accusations de fraude électorale. Pour rappel, les indices de fraude sont surtout le nombre beaucoup plus important de votes que de votants officiels dans certains États, des bizarreries dans la progression du décompte des voix, une partialité évidente de l’IFE (Instituto Federal Electoral, institution créée en 1988 pour garantir la transparence du processus, mais qui a été immédiatement assujettie au gouvernement en place, ses membres faisant exclusivement partie du PAN et du PRI) - tout cela sans parler d’une campagne électorale véritablement haineuse et diffamatoire envers le candidat du PRD. Un article extrêmement détaillé, et dont la conclusion est accablante pour le PAN, a paru à ce propos dans "La Chronique des Amériques" (juillet 2006, n° 26, Observatoire des Amériques, Université du Québec à Montréal) : Les élections présidentielles mexicaines : parodie électorale ou tragédie démocratique  ?, par Émilie E. Joly.

Les sénateurs du PRD, reprenant l’ensemble des irrégularités commises lors des élections, demandent la démission de tous les membres de l’IFE.

Annick Stevens, à partir de "La Jornada".

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