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Évaluation du rapport d’observation civile réalisée dans le village de Viejo Velasco Suárez

Centre des droits de l’homme Fray Bartolomé de Las Casas

jeudi 16 novembre 2006

San Cristóbal de Las Casas, Chiapas 15 novembre 2006.
Bulletin de presse N°32

Évaluation du rapport d’observation civile réalisée dans le village de Viejo Velasco Suárez (par le Centre des droits de l’homme Fray Bartolomé de Las Casas).

Aujourd’hui nous rendons public le rapport de l’observation réalisée les 14 et 15 novembre, par diverses organisations civiles - parmi lesquelles ce centre des droits de l’homme - à Viejo Velasco, un village, appartenant à la commune autonome [1] Vicente Guerrero où vivent des bases d’appui de l’Armée zapatiste de libération nationale (EZLN).

Le rapport établit que les faits mentionnés à Viejo Velasco, le 13 novembre, présentent les caractéristiques d’une attaque préméditée, similaire à celles qui se sont produites dans la région Nord et celle des Altos du Chiapas entre 1995 et 2000. Des groupes de civils armés, vêtus d’uniformes de style policier ou militaire et portant des armes de gros calibre, attaquaient les populations provoquant des morts, des disparitions et des déplacements forcés. Cela en présence complice de l’armée mexicaine, dans le cadre d’une stratégie contre insurrectionnelle visant l’EZLN.

Dans le cas présent, les témoignages des survivants font état d’un scénario similaire :

  • Un groupe fourni de personnes lourdement armées et vêtues d’uniforme, identifiées comme des tzeltales et des lacandons membres de l’instance “Biens Communaux de la forêt Lacandone” [2] sont venus agresser les habitants tzeltales de Viejo Velasco, après que leurs sympathisants aient au préalable quitté le village (en effet, les tzeltales membres des “Biens Communaux” de Viejo Velasco avaient abandonné l’endroit depuis le samedi 11 novembre).
  • La police de secteur (dépendant du Ministère de la Sécurité publique de l’État du Chiapas) et les fonctionnaires représentant le Procureur de la République (PGR) arrivent en hélicoptère peu après l’attaque, sans procéder à aucune arrestation, se limitant à la levée des cadavres.
  • Stratège du plan de campagne contre insurrectionnel, l’armée mexicaine pourtant cantonnée tout autour de la communauté de Viejo Velasco, dans les villages de Cintalapa, Crucero San Javier, Frontera Corozal (également connu comme Frontera Echeverria) et Crucero Chancala, était absente au moment des faits.

Il convient de ne pas sous-estimer les événements qui ont eu lieu le 9 novembre dernier à quelques 15 kilomètres de Viejo Velasco, dans la communauté de Busiljá, rattachée administrativement à la municipalité d’Ocosingo. Selon les témoignages recueillis par le Centre Fray Bartolomé auprès des habitants, ce jour là, vers 19 heures, 6 hommes armés, portant l’uniforme de la police de secteur ont menacé diverses familles de Busiljá par des coups de feu, ce qui a provoqué la fuite de 18 personnes (6 hommes et 12 femmes), tandis que celles qui sont restées restent exposées aux menaces. Ces faits se sont produits alors que trois patrouilles de la police de secteur étaient présentes sur les lieux.

Les victimes accusent leurs agresseurs d’être des membres de leur communauté, membres de l’Organisation pour la défense des droits des indiens et des paysans (OPDDIC) liée au Parti de la révolution institutionnelle (PRI). Ils affirment en outre que les uniformes leurs sont fournis par la police de secteur avec laquelle “ils se mettent systématiquement d’accord”.

L’OPDDIC est dirigée par Pedro Chelín Jiménez, chef présumé du groupe paramilitaire MIRA (Mouvement indien révolutionnaire antizapatiste) qui a opéré activement dans la région d’Ocosingo pendant le sexennat du président Zedillo [1994 -2000 Ndt].

Au regard des faits, notre attention se porte sur la désignation récente à la direction de la police de secteur de l’État du Chiapas, de Luis Mucel Luna, général de division retraité, titulaire d’une maîtrise en administration pour la défense et la sécurité nationale délivrée par le Collège de la Défense nationale et d’un diplôme de post-grade du Collège interaméricain de défense situé dans le fort J.Lesley McNair à Washington (États-Unis).

Les événements de Viejo Velasco et Busiljá ne sont pas de simples affrontements entre membres de différentes communautés mais bien des attaques dont les caractéristiques dénotent la préméditation ainsi que la complicité par action ou omission de la part d’autorités gouvernementales avec des groupes ayant intérêt à exacerber artificiellement les différends au niveau local. Ce type d’actes n’avait plus été constaté au Chiapas depuis la fin du sexennat du président Zedillo en 2000.

Il reste encore à déterminer si les faits de Viejo Velasco et Busiljá s’inscrivent dans la fin du sexennat en cours ou constituent les prémisses de celui qui commence. Ce qui est certain, c’est que la violence directe de l’État, dans une logique de lutte contre insurrectionnelle, peut être réactivée à tout moment si les conditions politiques l’exigent.

Nous lançons un appel à la société civile à rester attentive à ces événements ainsi qu’au gouvernements fédéral et de l’État afin que :

  • Une enquête impartiale et appropriée soit réalisée dans le but d’identifier et de déterminer les responsabilités des agresseurs directs ou indirects dans le cas de Viejo Velasco comme dans celui de Busiljá.
  • Les membres de “Biens Communaux de la forêt Lacandone” et de l’OPDDIC soient désarmés.

Notes

[1] Les communes autonomes sont des instances d’administration des affaires locales créées par les zapatistes rassemblent diverses communautés dans une région déterminée. Elles sont différentes du découpage municipal institutionnel, dépendant des autorités de l’État (Ndt.)

[2] Cette instance définit juridiquement les ayants droits à la propriété de l’immense territoire (614 000 ha) de la forêt Lacandone. Ce droit de propriété, concédé par décret présidentiel en 1972 à 66 familles se réclamant de l’ethnie des Lacandons qui était sensé rétablir ces derniers dans leurs droits ancestraux a surtout permis au gouvernement d’exploiter la zone de façon éhontée (notamment le bois) et a du même coup privé de leurs droits agraires des milliers de communautés indiennes et paysannes établies de longue date dans la zone. Cette mesure est aujourd’hui encore la principale source de conflits dans la région. À cela s’ajoute un enjeu majeur pour une partie de la classe politique alliée aux intérêts de divers acteurs économiques nationaux et internationaux : la nécessité de s’assurer le contrôle politique de cette zone, classée réserve de la biosphère depuis 1978, dont l’exploitation des richesses en biodiversité et le potentiel touristique suscitent bien des convoitises. (Ndt)

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