Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte
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Massacre dans les Montes Azules

Al Giordano

vendredi 17 novembre 2006

Massacre dans les Montes Azules

Les Communautés indigènes et les organisations des droits de l’homme avaient informé le gouvernement de l’État [du Chiapas] et fédéral des menaces, mais les autorités n’ont pas agi.

13 novembre 2006.

Aujourd’hui, lundi 13 novembre, des paramilitaires présumés ont commis un massacre dans la région forestière de Montes Azules au Chiapas, en tuant neuf femmes et hommes, ainsi que deux enfants, tous indigènes.

Ceux qui ont été assassinés, selon un document manuscrit reçu par Narco News des communautés civiles zapatistes de la région sont :

- Marta Pérez Pérez
- María Pérez Hernández
- María Nuñez González
- Petrona Nuñez González
- Pedro Nuñez Pérez
- Eliver Benítez Pérez
- Antonio Pérez López
- Dominga Pérez López
- Felicitas Pérez Parcero
- Noilé Benítez (8 ans)
- Un nouveau-né pas encore baptisé

Les détails du massacre, dans un secteur très isolé, loin des centres urbains et médiatiques, sont encore incomplets, mais les signes d’alarmes qu’une violence de cette ampleur couvait dans la région avaient largement été portés à la connaissance des fonctionnaires de l’État du Chiapas et fédéraux. Ils avaient été particulièrement alertés par des organisations des droits de l’homme depuis juillet et août, mais au lieu de prendre des mesures positives, la police et les autres groupes n’ont fait qu’aggraver les problèmes depuis lors.

Les personnes qui sont mortes vivaient et travaillaient dans l’ejido Dr. Manuel Velasco Suárez II, connu comme Vieux Velasco Suárez, une communauté paysanne établie en 1984 par le biais d’un accord avec le gouvernement mexicain. Eux et leurs générations passées, avaient vécu dans d’autres parties de la forêt Lacandone, qui avait été déclarée "réserve naturelle" en 1972. Hier comme aujourd’hui, la caution écologique est apparue comme ayant plus à voir avec le pillage de la mère nature qu’avec sa protection : la création de la biosphère de Montes Azules a servi à donner au gouvernement mexicain le monopole sur l’exploitation du bois et d’autres ressources naturelles. Comme partie du spectacle et du simulacre environnementale, 66 familles du groupe indigène Lacandon - une population qui se monte aujourd’hui à une centaine, descendant des peuples mayas de la péninsule de Yucatán qui ont émigré au Chiapas il y a des siècles - ont été déclarées comme les seules administratrices de plus de 600 000 hectares de forêt tropicale, mais à la condition qu’ils cèdent les droits économiques de la terre au gouvernement.

Depuis lors, des membres d’autres peuples indigènes mayas - particulièrement Tzeltal et Ch’ol - ont vécu assiégés par le gouvernement, par ses groupes policiers, par ses forces armées, par les Lacandons, et les autres communautés de Tzeltales (du village de Nueva Palestina) et Ch’oles (du village de Frontera Corrozal) qui se sont alliés et ont tiré profit de la situation. Les communautés indigènes restantes de la région ont été attaquées en permanence depuis lors. Les conflits dans la zone ont conduit à l’accord de 1984, qui a créé Viejo Velasco Suárez et d’autres communautés cultivées/* */de manière communautaire, protégées, hypothétiquement, par la loi : Flor de Cacao, Nuevo Tila, Ojo de Agua et San Jacinto Lacanjá, toutes situées dans la même région des anciens temples et ruines mayas de Yaxchilán, près du gigantesque fleuve Usumacinta, qui constitue la frontière du Mexique avec une grande partie du Guatemala.

Les onze morts du massacre d’aujourd’hui se produisent - comme souvent pour les massacres - à un moment où le gouvernement fédéral mexicain est retourné aux mauvais vieux jours de la répression à grande échelle (à Atenco en mai passé et actuellement à Oaxaca). Dans des moments comme ceux-là, les paramilitaires et les groupes policiers sont encouragés par les signaux envoyés d’en haut, et ils augmentent leurs agressions historiques contre ces communautés - spécialement indigènes - perçues comme des obstacles aux intérêts économiques.

Le gouvernement fédéral de Vicente Fox et son ministre de l’Interieur Carlos Abascal ("le boucher d’Oaxaca") a été averti cette année de la bombe à retardement de violence qui menaçait Viejo Velasco Suárez et d’autres communautés dans la région des Montes Azules.

Des alertes précoces

Le 19 juillet de cette année, le Centre de droits de l’homme Fray Bartolomé de Las Casas, a publié une alerte intitulée "Menaces d’expulsion et harcèlement des Peuples indigènes dans la forêt Lacandone". Connue comme "le Centre Frayba", cette organisation a été fondée par l’ancien évêque catholique Samuel Ruiz et est respectée partout dans le monde grâce à son travail honnête et minutieux.

L’organisation des droits humains a prévenu qu’elle avait reçu des rapports que :

"... le samedi 14 juillet un détachement de la Sécurité publique s’est intallé près de la communauté de Ojo de Agua el Progreso, en menaçant d’expulser violemment les familles de cette communauté, des familles qui défendent leur droit à la terre comme peuples indigènes... Nous qui vivons à San Jacinto Lacanja, Flor de Cacao et Viejo Velasco sommes aussi menacés d’expulsion."

Le centre Frayba a indiqué dans son alerte du 19 juillet :

"De l’avis de Frayba c’est un problème historique avec une série d’irrégularités et de maladresses de la part des institutions et des fonctionnaires qui méprisent les accords antérieurs, manipulent les parties en conflit en créant plus de problèmes, menacent d’expulsion violente pour obliger les communautés et les organisations" à s’asseoir à la table des négociations "ou ne respectent pas les engagements donnés durant les négociations avec les communautés en conflit."

Le centre Frayba a demandé à ce que les autorités du gouvernement prennent des mesures pour "garantir la sécurité et l’intégrité personnelle des familles" des quatre communautés indigènes menacées, qu’ils respectent les accords de 1984 et les autres qui leur ont accordés leurs terres, et que soient respectés les traités internationaux qui garantissent ces dites protections pour les peuples indigènes.

Quelques semaines après, les représentants de cette organisation, avec une délégation de nord-américains de Global Exchange, ainsi que l’ONG Maderas del Pueblo et Xi’Nich, sont partis en mission dans les communautés touchées pour aller voir les faits. Global Exchange a publié un rapport détaillé de sept pages, qui explique beaucoup le contexte historique du conflit et, aussi, de manière intéressante, les difficultés et les obstacles rencontrés durant leurs tentatives pour visiter les communautés.

Le rapport a conclu :

"Bien que les raisons précises de l’exclusion de ces quatre communautés du processus de légalisation des terres ne soient pas claires, les facteurs géographiques et politiques nous donnent un indice important. Trois des communautés - Flor de Cacao, San Jacinto Lacanja, Ojo de Agua el Progresso - sont situées dans un terrain où il y a encore des bois précieux que la communauté lacandone veut exploiter, selon Miguel Angel García, de Maderas del Pueblo. Elles se trouvent aussi sur les rives du fleuve Usumacinta, une des sources les plus importantes d’eau potable dans la région. "Le Plan Puebla-Panama", la proposition du gouvernement pour la "modernisation" économique du pays, prévoit aussi la construction de barrages hydro-électriques sur l’Usumacinta. En outre, beaucoup des individus qui ont témoigné croient que la raison pour laquelle la communauté lacandone et les comuneros veulent la terre pour eux-mêmes, est pour qu’ils puissent l’exploiter à des fins touristiques, puisque l’emplacement archéologique de Yaxchilan est proche, et la communauté lacandone investit fortement dans l’activité touristique. La quatrième communauté, Viejo Velasco, étant donné son affiliation avec l’EZLN, peut aussi être perçue par le gouvernement mexicain comme un obstacle à la maximisation des profits. En effet, peu après notre visite à El Desempeño, des fonctionnaires du gouvernement ont délogé violemment la communauté de base d’appui civil à l’EZLN Ch’ol de Tumbala, qui était aussi en train d’assurer ses droits sur la terre. Les fonctionnaires du gouvernement fédéral, de l’État du Chiapas et local devraient prendre des mesures immédiates pour garantir l’intégrité et la sécurité de Ojo de Agua el Progreso, Flor de Cacao, San Jacinto Lacanja et Viejo Velasco. Ces communautés ont droit - tant sous la convention de 1984 que les accords conclus lors de la table ronde de Limonar - à la sécurité des terres. Le gouvernement local, de l’État et fédéral devrait agir immédiatement pour arrêter les menaces d’expulsion illégale et faire revenir les familles qui se sont enfuies de leurs terres, si elles le souhaitent. L’égalité et la justice ne nécessitent rien de moins."

L’organisation internationale de droits humains a envoyé ses résultats au président mexicain Vicente Fox, à son ministre de l’Interieur Carlos Abascal, au gouverneur du Chiapas Pablo Salazar Mendiguchía et à plusieurs bureaucrates subordonnés à chacun d’eux..

Au lieu d’effectuer des actions pour corriger les maux, les gouvernements de l’État et fédéral ont poussé la marche des événements - et ils ont donné des signes d’impunité aux opposants à ces communautés qui les ont violemment menacés - qui ont provoqué, aujourd’hui, le massacre de onze indigènes civils.

Agressions en augmentation

Selon une chronologie manuscrite des événements produits depuis, reçue aujourd’hui par Narco News, dont les communautés affectées sont auteurs, les agressions contre elles ont augmentée après qu’aient été informés les gouvernements de Fox et de Salazar :

- 19 septembre : "à 16 h 30, des comuneros de Nueva Palestina sont venus armés avec des machettes, des fusils, des pelles, haches et pierres". Ils ont détruit la maison d’une famille. À 20 heures, ils ont tirés des balles dans un bâtiment où dormaient des femmes et des enfants.

- 4 octobre : des comuneros de Nueva Palestina ont attaqué avec des pistolets deux paysans dans leur champs de haricots, en détruisant les cultures.

- 8 octobre : des membres de la communauté Nueva Palestina alliée avec le gouvernement se sont réunis et ont décidé d’attaquer les habitants de Viejo de Velasco Suárez.

- 9 octobre : l’attaque a été menée à terme et la maison d’une famille a été détruite ; cet après-midi ils ont séquestré un membre de la communauté qui a été "gravement blessé" dans l’altercation.

Et dans un autre document manuscrit envoyé à Narco News, daté du samedi 11 novembre, des membres de la communauté expliquent que les comuneros de Nueva Palestina ont coupé leur approvisionnement en eau, obligeant la communauté de Viejo Velasco Suárez à venir recupérer l’eau et à chasser onze des comuneros envahisseurs de leur communauté. Le document contient les noms et les signatures des hommes expulsés.

Il dit :

"Nous demandons aux Palestinas, aux gouvernements de l’État et fédéral de respecter cet accord pour en finir avec la violence dans les deux parties de notre communauté. Nous rendons responsable le gouvernement de tout ce qui arrive...

"Le mercredi 1er novembre 2006, les Palestinas ont commencé à fermer le robinet de la conduite d’eau jusqu’à aujourd’hui, samedi 11 novembre de l’année en cours. C’est pour cela que les groupes originaires de cette communauté réalisent l’action suivante... nous nous dissocions totalement des groupes de Palestina et ne voulons pas qu’ils continuent à nous harceler dans la communauté de Viejo Velasco, où chacun d’eux signe son engagement à partir et ne jamais revenir pour ne pas causer davantage de problèmes avec les résidents d’origine."

Selon un e-mail que nous venons de recevoir des familles des morts :

"Les agresseurs ont été des habitants de la communauté Nueva Palestina, et de même que pour les tristes événements du massacre d’Acteal (du 22 décembre 1997 aussi au Chiapas), les parents des victimes confirment qu’il y a maintenant plusieurs barrages de police aux alentours".

Selon un communiqué d’aujourd’hui au soir de Maderas del Pueblo, les attaquants étaient de Nueva Palestina et sont arrivés à l’aube : "4 subcomuneros du groupe assaillant, qui sont arrivés à la communauté fortement armés et avec des intentions de déloger violemment les familles installées là."

Deux jours après, aujourd’hui, six femmes, trois hommes et deux enfants de cette communauté affligée sont morts. À l’heure de l’impression, plusieurs organisations des droits de l’Homme et le Conseil de bon gouvernement de Roberto Barrios, des bases civiles de l’EZLN, ainsi que l’Autre Journalisme avec l’Autre Campagne, enquêtent sur les détails d’un autre massacre annoncé.

Traduit par Nath.

http://www.narconews.com/Issue43/articulo2339.html

P.-S.

Il semble que l’estimation du bilan concernant le nombre de morts ait évolué. Voir à ce propos le rapport de la Commission qui est allé dans le village. Voir également le correctif apporté par Narco News le vendredi 17 novembre.

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