Warning: Illegal string offset 'format_dest' in /var/www/vhosts/cspcl.ouvaton.org/httpdocs/ecrire/inc/filtres_images_mini.php on line 736 Warning: Illegal string offset 'format_source' in /var/www/vhosts/cspcl.ouvaton.org/httpdocs/ecrire/inc/filtres_images_mini.php on line 739 Warning: Illegal string offset 'format_dest' in /var/www/vhosts/cspcl.ouvaton.org/httpdocs/ecrire/inc/filtres_images_mini.php on line 736 Warning: Illegal string offset 'format_source' in /var/www/vhosts/cspcl.ouvaton.org/httpdocs/ecrire/inc/filtres_images_mini.php on line 739 Warning: Illegal string offset 'format_dest' in /var/www/vhosts/cspcl.ouvaton.org/httpdocs/ecrire/inc/filtres_images_mini.php on line 736 Warning: Illegal string offset 'format_source' in /var/www/vhosts/cspcl.ouvaton.org/httpdocs/ecrire/inc/filtres_images_mini.php on line 739 Rapport de la visite de la Commission d'observation civile au village de Viejo Velasco Suárez, commune autonome Vicente Guerrero - Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte
Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte
Accueil du site > Résistances > Rapport de la visite de la Commission d’observation civile au village de (...)

Rapport de la visite de la Commission d’observation civile au village de Viejo Velasco Suárez, commune autonome Vicente Guerrero

vendredi 17 novembre 2006

RAPPORT DE LA VISITE DE LA COMMISSION D’OBSERVATION CIVILE AU VILLAGE DE VIEJO VELASCO SUÁREZ, COMMUNE AUTONOME VICENTE GUERRERO, FORÊT LACANDONE, OÚ VIVENT DES BASES D’APPUI DE L’EZLN.

15 novembre 2006.

Le Comité de défense de la liberté indienne Xi’nich, le Centre des droits indiens CEDIAC, le Centre des droits de la femme du Chiapas, Maderas del Pueblo del Sureste, le Centre des droits de l’homme Fray Pedro de la Nada, Santé et développement communautaire A.C., le Centre des droits de l’homme Fray Bartolomé de Las Casas, la Maison de soutien à la femme Ixin Anzetic rendent compte de la visite effectuée le 14 novembre 2006 à la communauté de Velasco Suárez et ses environs immédiats.

Concernant l’attaque et les morts.

Les témoignages recueillis auprès des personnes déplacées de la communauté de Viejo Velasco qui ont vu et été victimes des attaques rapportent que le 13 novembre, à 6 heures du matin approximativement, environ 40 personnes vêtues de civil provenant pour la majorité du village de Nueva Palestina [1], se sont présentées dans la communauté armées de machettes et de bâtons et proférant cris et insultes. Derrière eux, un groupe de plus de 200 personnes en tenue de type militaire ont encerclé les abords de la communauté. Selon les descriptions, certains portaient des casquettes et des chemises bleues avec l’insigne de la police de secteur, d’autres étaient masqués et portaient des uniformes noirs. La majorité des agresseurs portaient des armes de gros calibre, entre autres de type AK 47 (appelées au Mexique “Corne de bouc”) et R15 ainsi que des escopettes (fusil à canon scié) et des “22 long rifle”.

D’autre part, il semble que certains des attaquants appartenaient à la communauté lacandone [2], car d’après ce qu’on pu observer les victimes, ils portaient les cheveux longs et étaient en tenue civile. Il faut souligner qu’immédiatement après l’attaque, un hélicoptère a survolé la communauté assaillie. À 10 heures du matin, 4 autres hélicoptères ont atterri à Viejo Velasco. L’un appartenait à la PGR et -selon les témoins - des trois autres qui portaient le sigle de la SSP (Seguridad Pública - corps de police), sont descendus des représentants de la police judiciaire de la région Selva afin de récupérer deux des cadavres.

Il est important de prendre en compte que cette attaque s’est déroulée sans la moindre considération, dans la mesure ou la majorité des maisons ont été détruites et tous les effets personnels sans exception dispersés à tous les vents. En outre, les traces de sang sur le sol et les impacts de balles relevés sur les murs de planche d’une des maisons ainsi que les témoignages recueillis indiquent qu’une femme, identifiée comme Maria Nuñez Gonzalez a été assassinée à l’intérieur de la maison.

Pendant notre visite à la communauté nous avons rencontré plusieurs personnes déplacées, qui sous l’emprise de l’exaltation et de la confusion, nous ont confié que plusieurs de leurs parents avaient été tués et que certains d’entre eux avaient pu retourner au village pour recouvrir les corps.

Selon les témoignages directs des familles, les personnes dont le décès est avéré sont :

  • Filemón Benitez Pérez, 20 ans.
  • Antonio Mayor Benitez Pérez, 30 ans.
  • María Núñez González, 32 ans.

Concernant Maria Nuñez Gonzalez, il est important de mentionner que, selon les dires de son frère, elle aurait été violée. Si certains indices qui accréditent que cet acte a été commis restent toutefois à confirmer, ils démontrent en tous cas, le degré de brutalité avec laquelle l’agression a été perpétrée.

Concernant les disparus.

Nous avons également recueilli le témoignage de quelqu’un qui a pu observer directement la mort de “Juan Peñate Montejo” un autre des paysans de Viejo Velasco Suárez, dont le corps pour l’heure n’apparaît pas et qui en outre n’a pas été comptabilisé dans la liste des personnes décédées pendant l’attaque, présentée par les autorités. Nous le considérons donc comme disparu. Se basant sur les mêmes critères - leur présence sur les lieux au moment de l’attaque et le fait qu’on ignore ou elles se trouvent actuellement -, nous considérons les personnes suivantes officiellement comme disparues :

  • Mariano Pérez Guzmán (60 ou 65 ans)
  • Miguel Moreno Montejo (50 ans environ)

Les personnes retenues en otage.

Les témoignages mentionnent que pendant l’attaque, plusieurs personnes ont été enlevées par les habitants de Nueva Palestina. Jusqu’à présent nous savons que les personnes retenues actuellement dans cette communauté sont :

  • Pedro Núñez Pérez et sa fille
  • Petrona Núñez González, malade et handicapée

Des versions concordantes rapportées par des habitants d’autres communautés de la zone font état d’une menace selon laquelle “en cas de décès d’une des personnes blessées originaires de Nueva Palestina, les otages seraient lynchés”.

Le 15 novembre aux alentours de 3 heures du matin, les familles des victimes et les membres de cette commission ont présenté conjointement une plainte auprès de l’agent du Ministère Public de service, concernant les personnes disparues et les personnes retenues au cours de l’attaque. Cette démarche a abouti à l’ouverture de l’Acte administratif 1334/CAJ74/2006, de façon erronée selon l’avis des membres de la commission qui estiment qu’en raison de la nature des faits qualifiés comme graves par le code pénal, la procédure correcte aurait du être l’ouverture automatique d’une enquête préliminaire.

Concernant les déplacés.

Après avoir visité la communauté de Viejo Velasco Suárez, nous avons constaté que 23 hommes adultes, 8 femmes adultes et 8 mineurs (5 garçons, 3 filles) se sont vus forcés d’abandonner leur foyer et leur terre, de crainte d’être la cible de nouvelles attaques et agressions. C’est pourquoi, chacune de ces personnes - dans la mesure de ses possibilités - a emporté quelques affaires et cherché refuge dans les communautés voisines, sans savoir pour l’instant d’idée précise sur sa situation future. Toutefois, l’enterrement des morts s’est effectué dans la communauté de San Martín Chamizal.

Concernant les détenus.

Après l’atterrissage de l’hélicoptère de la force de Sécurité Publique le 14 novembre, Diego Arcos Meneses, promoteur de santé communautaire d’une communauté voisine a été arrêté dans les environs immédiats du village de Viejo Velasco. Ce dernier manifeste qu’alors qu’en compagnie de sa femme et de son fils, il rentrait de son travail au champ, il a vu plusieurs habitants de Viejo Velasco qui sortaient de la communauté par le sentier, chargés de sacs de toile et de paquets. C’est à ce moment là que des agents du Ministère Public qui venaient d’atterrir l’ont rattrapé sur le chemin, l’ont mis en joue et lui ont ordonné de se coucher à plat ventre. À la suite de quoi, ils lui ont posé plusieurs questions pour finir par lui demander de les accompagner pour faire le tour de la communauté attaquée. Ensuite, après avoir laissé partir sa femme et son fils, ils lui ont ordonné d’aider à transporter le corps de la femme décédée qui se trouvait à l’intérieur d’une maison et lui ont notifié qu’ils l’emmèneraient en qualité de témoin et l’ont fait monter dans l’hélicoptère pour le transférer à Palenque.

Une fois dans les locaux du Ministère Public, ils ont pris sa déposition et exigé de lui qu’il la signe, ce à quoi, il affirme s’être refusé, car ne sachant pas lire l’espagnol et en l’absence de traducteur dans les locaux de la police, il se méfiait de ce que l’agent du Ministère Public pouvait avoir écrit. Pour avoir refusé de signer, Diego Arcos Meneses a subi des violences physiques, sous la forme de coups violents sur le visage et le corps pour être finalement mis en cellule en qualité de prévenu.

Concernant les morts de Nueva Palestina.

En raison du caractère soudain et violent de l’attaque, la mort d’un membre de la sous-communauté [3] de Nueva Palestina a été signalée ainsi que quelques blessés dans les rangs du groupe agresseur :

  • Vicente Pérez Díaz (décédé à l’hôpital de Palenque le 14 novembre 2006)
  • Felipe Díaz López (actuellement interné, en raison de ses blessures dans le même hôpital)

Antécédents.

Le conflit remonte 30 ans en arrière et est à mettre en relation avec le décret contesté, favorisant la dénommée Communauté Zone Lacandone(2 et 4), en vertu duquel ont été bafoués les droits agraires de nombreuses communautés indiennes et paysannes qui réclamaient, depuis bien avant, l’accès à la propriété de la terre.

impacte de ballesC’est ainsi que, depuis 1982, les fondateurs de la communauté de Viejo Velasco Suárez, ainsi que ceux d’autres villages de la zone de “El Desempeño” ont été victimes de plusieurs expulsions avec violence de leurs maisons accompagnées de la destruction de leurs biens.

En 1984, une convention a été signée avec les lacandons, représentés par Mateo Perez, en qualité de Conseiller de Frontera Corozal et Juan Chambor Yuk en tant que représentant légal de la Selva Lacandona. Par ce document, qui avait reçu l’aval du délégué de la Réforme Agraire, Luis J. Garza, les communautés de San Jacinto Lacanjá, Flor de Cacao, Nuevo Tila, Viejo Velasco, Lázaro Cárdenas, Nuevo Progreso, Nuevo Jerusalén et Ojo de Agua Tzotzil s’engageaient à accepter une réinstallation dans la zone connue comme “El Desempeño” mais obtenaient également la reconnaissance de leurs droits agraires. Postérieurement en 2005, une Commission interinstitutionnelle est mise en place à El Limonar, dans le but de trouver une solution pacifique au conflit agraire au niveau régional.

Le 21 novembre 2005, les gouvernements fédéral et de l’État [du Chiapas] se sont engagés à reconnaître les droits agraires et à régulariser la situation de 28 villages, entre lesquels figurait Viejo Velasco Suárez. L’engagement officiel a pourtant été rompu en avril 2006, lorsque le gouvernement a commencé à appliquer une politique de réinstallation forcée tandis que les menaces d’expulsion violentes proférées par les représentants de Nueva Palestina, Frontera Corozal et Lacanjá Chansayab reprenaient de plus belle à l’encontre de 4 communautés en particulier (Viejo Velasco, Flor de Cacao, Ojo de Agua Tsotsil et San Jacinto Lacanjá).

Au cours de l’année 2006, plusieurs ONG, entre lesquelles le Centre de droits de l’homme Fray Bartolomé de las Casas, le Comité de défense de la liberté indienne Xin’ich et Global Exchange émirent divers communiqués d’alerte destinés à faire part aux instances gouvernementales fédérales et de l’État des craintes que les communautés de Nueva Palestina, Frontera Corozal et Lacanjá Chansayab mettent à exécution les menaces d’expulsions contre le village de Viejo Velasco Suárez et les trois autres communautés mentionnées (Ojo de Agua Tzotzil , San Jacinto Lacanjá et Flor de Cacao).

Récemment un groupe de la sous-communauté Nueva Palestina s’est présenté à Viejo Velasco Suárez avec une attitude provocatrice, allant jusqu’à couper l’arrivée d’eau potable à la communauté, pendant que les habitants de Viejo Velasco exigeaient pour leur part qu’ils quittent les lieux. Le samedi 11 novembre, les membres de ce groupe de 8 personnes, originaires de Nueva Palestina ont signé un document par lequel ils s’engageaient à ne pas revenir provoquer d’incidents violents. C’est tout le contraire qui s’est produit, car ils sont revenus tous les 8 accompagnés de centaines d’hommes armés, pour commettre les abus et les atteintes aux droits humains décrits dans ce document.

Concernant la Commission civile.

Dans la tournée du 13 novembre, plusieurs des ONG participantes ont reçu des appels téléphoniques d’un représentant communal de Viejo Velasco Suárez, ayant survécu à la répression, expression par laquelle il se référait à l’agression armée contre la communauté. Des bilans préliminaires faisaient état de 14 morts, dont 2 enfants, ce qui a constitué le motif pour former cette commission intégrée par divers représentants d’organisations de défense des droits de l’homme, afin de se rendre sur les lieux.

Une fois sur place, nous avons pu recueillir des informations de première main et constater que les chiffres avancés dans un premier temps manquaient de précision. Toutefois il faut tenir compte du fait qu’en raison de la surprise causée et le degré d’agressivité déployé lors de l’attaque, les membres de la communauté se sont tous dispersés, fuyant dans la nature dans toutes les directions. Cela explique que les survivants qui se sont retrouvés plus tard dans d’autres communautés, constatant des absences, aient donné pour morts ceux qui manquaient à l’appel.

Traduction : Lisa Trenza.

Notes

[1] Nueva Palestina, Frontera Corozal, Lacanjá Chansayab font partie de ce qu’on appelle les “Biens communaux de la forêt Lacandone”. Cette instance définit juridiquement les ayants droits à la propriété de l’immense territoire (614 000 ha) de la forêt Lacandone. Ce droit de propriété, concédé par décret présidentiel en 1972 à 66 familles se réclamant de l’ethnie des Lacandons qui était sensé rétablir ces derniers dans leurs droits ancestraux a surtout permis au gouvernement d’exploiter la zone de façon éhontée (notamment le bois) et a du même coup privé de leurs droits agraires des milliers de communautés indiennes et paysannes établies de longue date dans la zone. Cette mesure est aujourd’hui encore la principale source de conflits dans la région. A cela s’ajoute un enjeu majeur pour une partie de la classe politique alliée aux intérêts de divers acteurs économiques nationaux et internationaux : la nécessité de s’assurer le contrôle politique de cette zone, classée réserve de la biosphère depuis 1978, dont l’exploitation des richesses en biodiversité et le potentiel touristique suscitent bien des convoitises.

[2] Les lacandons sont reconnaissables des autres peuples Indiens vivant au Chiapas... ils jouissent aussi d’un statut particulier.

[3] Voir note 2. La communauté lacandone est titulaire de la propriété. Toutefois, à la suite du conflit provoqué par le décret présidentiel, quelques communautés ont accepté de se regrouper dans deux communautés : les tzeltales à Nueva Palestina et les ch’oles à Frontera Corozal, acquérant ainsi administrativement le statut de « sous-communauté » au sein des « Biens communaux de la forêt Lacandone ».

SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0