Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte
Accueil du site > Communiqués et déclarations de l’EZLN > Sur les projets gouvernementaux au Chiapas

Sur les projets gouvernementaux au Chiapas

Communiqué du CCRI-CG de l’EZLN

dimanche 11 février 2007

COMMUNIQUÉ DU COMITÉ CLANDESTIN RÉVOLUTIONNAIRE INDIGÈNE -
COMMANDEMENT GÉNÉRAL DE L’ARMÉE ZAPATISTE DE LIBÉRATION NATIONALE.
MEXIQUE.

Février 2007.

Voici la parole de L’EZLN en ce qui concerne ce que le mauvais gouvernement prépare en ce moment même dans l’État du Chiapas contre les communautés indigènes zapatistes.

Premièrement. Comme l’ont dénoncé les communes autonomes et les différents conseils de bon gouvernement, les campagnes du gouvernement prétendument lancées contre le narcotrafic ne sont qu’une mascarade, tout comme la farce qui a mené M. Calderón Hinojosa au pouvoir.

Dans les communes administrées par des municipalités officielles, il est notoire que les trafiquants de véhicules volés et les planteurs et trafiquants de drogue jouissent de la protection des autorités locales.

Quand l’armée fédérale procède effectivement à la destruction de plantations de marijuana, elle ne détruit que les plants adultes, épargnant les jeunes pousses, ce qui lui permet d’avoir un prétexte pour revenir et ainsi tenter d’intimider les communautés zapatistes.

De plus, les autorités fédérales ignorent tout du territoire du Chiapas car elles situent ces plantations et prévoient leur destruction comme si celles-ci se trouvaient en territoire zapatiste, alors que tout le monde sait qu’elles se trouvent sur des communes soumises à l’autorité du PRI et du PRD et habitées par leurs partisans.

Dès la naissance de l’EZLN, les zapatistes ont interdit la plantation, la vente et la consommation de stupéfiants (de même que la vente et la consommation d’alcool). Les autorités civiles des communes autonomes zapatistes ont fait de même, ratifiant ces mesures.

Alors que M. Luis H. Àlvarez - ancien mandaté pour la paix sous le mandat de Fox, et au demeurant incompétent, et actuellement bureaucrate « indigéniste » du cabinet de Calderón Hinojosa - a déclaré en d’innombrables occasions que l’EZLN appartenait au passé, qu’elle ne jouait plus aucun rôle et qu’elle avait disparu, la présence de l’armée fédérale au Chiapas non seulement n’a pas diminué, mais elle s’est renforcée.

Si nous n’existons plus, si nous appartenons « au passé », si nous ne jouons plus aucun rôle, pourquoi donc assiste-t-on au maintien et au renforcement de la militarisation de la région, et, comme à l’époque de Zedillo et d’Albores, pourquoi les groupes paramilitaires sont-ils toujours aussi présents ?

Les opérations lancées contre le narcotrafic et la contrebande de véhicules volés ne sont qu’un prétexte pour augmenter encore la militarisation des campagnes du Chiapas, où la présence de l’armée est déjà totalement disproportionnée.

Au Chiapas, c’est un délit d’être zapatiste ou de militer pour la défense des droits humains et la protection de l’environnement. Autrement dit, c’est un délit de vouloir protéger et entretenir les bois, de punir et d’empêcher le narcotrafic et le trafic de bois précieux, de condamner la vente de véhicules volés et d’améliorer les conditions de vie des communautés indigènes par des programmes en matière d’éducation, de santé, de logement et de commercialisation.

Par contre, être trafiquant, faire des coupes illégales et trafiquer avec les bois précieux, trafiquer des véhicules volés, menacer de mort les habitants et appauvrir encore les communautés, c’est être... chef de régiment ou policiers, député, maire ou fonctionnaire du gouvernement chiapanèque ou du gouvernement fédéral.

Deuxièmement. Le gouvernement fédéral, le gouvernement du Chiapas et les autorités municipales officielles forment en ce moment de nouveaux groupes paramilitaires, en l’occurrence sous couvert d’« organisations indigènes ». C’est le cas de l’organisation dénommée OPDDIC (Organisation pour la défense des droits des indigènes et des paysans), dite aussi OPDIC.

L’OPDDIC est dirigée par un certain Pedro Chulín, priiste et promoteur notoire de groupes paramilitaires (dont le MIRA, le Mouvement indigène révolutionnaire antizapatiste) financés par les autorités et entraînés et approvisionnés en armes par l’armée fédérale. M. Pedro Chulín a entamé sa longue liste de méfaits sous le mandat du gouverneur Albores Guillén, dit le « Croquetas », et a joui depuis de la complicité des gouvernements successifs du Chiapas et de celles des partis politiques parlementaires.

Dans les derniers jours, Pedro Chulín et plusieurs membres de son gang ont annoncé qu’ils disposaient des armes suffisantes et de l’autorisation du gouvernement pour provoquer des affrontements avec des bases de soutien zapatistes, et ce, dans le but de fournir le prétexte d’un choc entre populations indigènes pour justifier l’intervention massive des troupes fédérales.

Ce n’est pas tout. L’OPDDIC et Pedro Chulín organisent en ce moment même des coupes illégales et le trafic de bois précieux, offrant des contrats multimillionnaires aux entreprises qui détruisent la forêt tropicale. En outre, lui et les autres dirigeants de l’OPDDIC sont les seuls bénéficiaires de tels contrats, tandis que leurs bases ne reçoivent que des miettes.

L’OPDDIC est une organisation criminelle. Selon une enquête effectuée par l’EZLN, l’OPDDIC est directement responsable du meurtre de plusieurs indigènes (indigènes identifiés par erreur, au départ, comme des membres des bases de soutien zapatistes) survenus en novembre 2006 dans la communauté de Viejo Velasco Suárez. Cette organisation conserve cependant l’impunité grâce à ses liens avec le gouvernement.

D’autre part, dans la lignée de l’organisation paramilitaire « Paz y Justicia » opérant dans le nord du Chiapas, l’OPDDIC n’a cessé de menacer de mort des membres d’organisations non gouvernementales se consacrant à la défense des droits humains et à la protection de l’environnement au Chiapas.

C’est le cas notamment de l’ONG écologiste « Maderas del Pueblo del Sureste » [Bois du peuple du Sud-Est], du Centre pour les droits de l’homme Fray Bartolomé de Las Casas et du Centre pour les droits de l’homme Fray Lorenzo de la Nada, dont les membres ont été ouvertement menacés par l’OPDDIC sans réaction de la part les autorités.

Dans les derniers jours, l’OPDDIC a envoyé des lettres signées par ses dirigeants pour menacer des familles entières d’expulsion ou d’une attaque imminente sous prétexte qu’elles refusaient de s’affilier à leur gang paramilitaire ou parce qu’elles empêchaient le trafic de bois précieux.

Troisièmement. Nous disons clairement à l’OPDDIC, à M. Pedro Chulín et aux autorités gouvernementales que nous sommes prêts et disposés à défendre nos peuples et à faire respecter les lois indigènes protégeant les arbres et la nature de la forêt Lacandone, en interdisant la coupe et le trafic de bois précieux ainsi que la plantation, la vente et la consommation de stupéfiants.

Nous leur disons que s’ils sont disposés à recommencer les hostilités, même en déguisant la guerre d’« affrontements entre indigènes », en se prévalant des poses bellicistes de M. Calderón, qu’ils sachent bien que nous aussi, nous sommes disposés et prêts à le faire.

S’ils pensent parvenir de cette façon à stopper notre projet politique de l’Autre Campagne, nous leur disons qu’ils se trompent. Nous nous sommes préparés pendant des années à cette tentative civile et pacifique de transformation réelle et profonde de notre pays, et même si la guerre doit avoir lieu.

S’ils s’imaginent que leur plan leur permettra d’anéantir les communautés indigènes zapatistes et d’avoir le champ libre pour procéder à la destruction et au pillage de la forêt Lacandone, qui a d’ailleurs suivi un rythme accéléré lors du mandat de Zedillo et de celui de Fox, nous leur disons que nous sommes prêts et disposés à nous y opposer.

Nous avons versé notre sang pour sauver la vie de notre mère la terre, nous verserons notre sang s’il le faut pour la défendre.

Peu importe les effectifs de soldats, de policiers ou de paramilitaires que vous lancerez contre nous, nous prendrons soin de la terre qui veille sur nos morts, au prix de notre liberté et de notre vie s’il le faut.

LIBERTÉ ET JUSTICE POUR ATENCO !
LIBERTÉ ET JUSTICE POUR L’OAXACA !

DÉMOCRATIE !
LIBERTÉ !
JUSTICE !

Des montagnes du Sud-Est mexicain.
Pour le Comité clandestin révolutionnaire indigène -
Commandement général de l’Armée zapatiste de libération nationale.

Sous-commandant insurgé Marcos.
Mexique, février 2007.

Traduit par Ángel Caído.
SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0