Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte
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Nous sommes occupés à tout préparer pour la deuxième étape de notre circuit.

Communiqué du SupMarcos

dimanche 11 février 2007

ARMÉE ZAPATISTE DE LIBÉRATION NATIONALE.
MEXIQUE.

Le 6 février 2007.

À qui de droit,

Ci-joint communiqué concernant de nouvelles félonies, de nouvelles actions frauduleuses (sous couvert de « combattre la délinquance », cette fois) et autres plans pas aussi occultes.

Nous autres, ça va (je sais bien que vous vous en fichez, c’est juste pour vous embêter que je le dis), nous sommes occupés à tout préparer pour la deuxième étape de notre circuit. Il paraît que plusieurs délégués prendront la route et qu’ils n’attendent plus qu’une confirmation de la part du peuple indigène Cucapa, en Basse-Californie, pour annoncer leur départ. Une source (non) fiable dont l’identité ne peut être fournie (mais qui ressemble à s’y méprendre à un scarabée) aurait révélé que ce départ aurait lieu en mars.

Comment ? Ah ! Vous êtes encore consternés d’apprendre que ce qui s’est passé au Yucatán n’est qu’un simple échantillon parmi une multitude de cas semblables ? Je déteste avoir à le répéter, mais je vous l’avais bien dit, je vous l’avais bien dit.

Maintenant, on nous dit que le mouvement d’AMLO et l’Autre Campagne devraient converger (laissez-moi rire), tandis que les partisans de López Obrador se hâtent de recruter les rescapés du naufrage du Yunque, évincé par les conservateurs de Calderón. Et pourquoi pas, tant qu’on y est, une caricature de plus qui dirait que nous tous et nous toutes, ceusses de La Otra, nous faisons le jeu de la droite, à côté d’une autre qui applaudirait la Payán, cette « yunquiste » de choc reconvertie - Ô bonne mère ! - à la « révolution démocratique » ? Ou bien faire un DVD intitulé « Qui est madame Payán ? » et en distribuer des milliers d’exemplaires (histoire de voir si on arrive à convaincre quelqu’un) ? Ou bien fabriquer une tribune peinte en jaune, en noir et... en bleu ? Ou bien un « dialogue national » avec la Rosa comme oratrice principale ? (Ils reçoivent bien des tas de messages « fraternels » du « Napito » machin, c’est pareil, non ?) Ou bien un long essai censé expliquer pourquoi la Convention nationale démocratique de López Obrador doit se rapprocher d’un Yunque orphelin (des fois qu’on dise qu’il n’a plus de jus) ? Ou bien une déclaration malheureuse supplémentaire de Fecal retransmise du cône Sud, qui reprocherait à La Otra son sectarisme, par exemple ? Ou encore, pourquoi pas quelques colonnes bien senties dans les journaux qui relèveraient la portée « historique » et le caractère « innovateur » de la convergence avec la droite la plus réac ?

Ou alors, tiens, une composition parmi d’autres possibles du cabinet flambant neuf du « gouvernement légitime » ? On aurait par exemple Gustavo Iruegas aux Affaires extérieures. Présentons le bonhomme : l’un des architectes du massacre d’Acteal ; partisan de la stratégie (qui a échoué, qu’on se le dise) prônant de « cogner sur l’EZLN pour qu’elle dialogue » ; l’un des messieurs « ne rien voir, ne rien entendre » de la délégation du gouvernement participant au groupe de travail sur la démocratie des Accords de San Andrés, celui-là même qui disait que le PRI ne lâcherait jamais le pouvoir et qu’il valait mieux que les zapatistes se fassent une raison (avant que le PRI perde les élections, quatre ans plus tard, sans qu’il y ait fraude, cette fois) ; le type qui a quitté les troupes de Zedillo pour se jeter dans les bras de Jorgito Castañeda (au fait, vous savez ce qu’il est devenu, celui-là ?... Comment ?... Il attend sa prochaine candidature sur les listes du PRD ?... Ma parole !) ; et aujourd’hui ci-devant « défenseur » de la lutte pour la démocratie.

Sans parler du vaillant combat de l’armée contre le narcotrafic (et la militarisation de la société qui en résulte). Au fait, n’était-ce pas une des promesses électorales de López Obrador ? (Cf. La Jornada, livraison du 30 janvier 2006.) Et maintenant, ils vont se plaindre de ce que Calderón leur « pique » leurs promesses « populistes » ?

Est-ce qu’un programme qui est adopté sans sourciller par la droite peut être un programme de gauche ? À croire que c’est une géométrie non euclidienne, voire impossible (ça me dit quelque chose, tiens).

S’ils ne se dépêchent pas, d’ici à 2011 ils vont tout oublier. Ils vont répéter l’histoire (suivant la méthode « une bonne paire de ciseaux et de la colle », dixit Cullingwood) et vont nous refaire le coup et prétendre que López Obrador est la véritable alternative « de gauche » (ou Ebrard, parce que quand on joue son va-tout il n’y a pas de loyauté qui tienne, demandez à Cuauhtémoc ce qu’il en pense) et que quiconque le critique est de droite... Jusqu’à ce qu’il devienne candidat du PRD (ou quel que soit le nom que portera le nouveau parti). Ils vont recommencer à se gaver de bonbons enrobés de sondages ; ils vont à nouveau s’exciter avec les postes à pourvoir et à nouveau prétendre que le plus important est de « d’abord stopper la droite, le reste ça viendra après » ; ils vont remonter sur leurs tribunes pour « orienter les masses », et ils vont à nouveau voir comment tous les feux de la rampe s’éteignent. Après, ils se repayeront une cuite pour tout effacer et remettre le compteur à zéro (« c’est qu’il faut se préparer pour 2018, mon ami »).

J’ai dit 2011 ? Hum !... J’ai bien l’impression qu’à ce moment-là... Mais bon, ça c’est une AUTRE histoire.

Bien. Salut, et comme le disait je-ne-sais-plus-qui, il manque encore ce qui manque.

Des montagnes du Sud-Est mexicain.
SupMarcos
(en chair et en os)

P.-S. : Aujourd’hui, il n’y a pas de post-scriptum (mais je peux vous passer une caricature géniale. Ça vous intéresse ?)

Mais si, il y a toujours un P.-S. : Pour que vous voyiez que nous ne sommes pas rancuniers, voici quelques « tuyaux » sur les prochains « retournements de veste ».

a) Déguisés en livres à paraître :

Mon séjour au Yunque et Adieu Denis la Malice.

b) Déguisés en déclaration aux journalistes :

« À mon âge, le rapiéçage de la "droitisation populaire prolongée", je ne peux plus assumer. »

« C’est lui (parlant de López Obrador) qui m’a ordonné de me barrer de la réunion. »

c) Remix de mots d’ordre, à utiliser selon le cas

Autocritique : « C’est une erreur de tenir avec López Obrador. »

Cynique : « C’est un honneur d’être dans l’erreur. »

Revanchard : « C’est une rancœur de tenir avec Obrador. »

Mal à l’aise : « C’est une horreur d’être avec Obrador. »

Comment ? Vous n’aimez pas ? Laissez-moi réfléchir et je vous en envoie une Autre. (Euh... Le courrier arrive à Almoloya ?)

Le Sup Reloaded and Improved (quiiii veut du riiiiiz au lait ?)

Traduit par Ángel Caído.
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