Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte
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Sur Pablo Salazar et aux marcheurs de Xi’Nich et des Abejas

Communiqués du CCRI-CG de l’EZLN

lundi 11 décembre 2000

À la presse nationale et internationale

Messieurs et Mesdames

Voici une lettre pour les marcheurs et un communiqué. Il paraît que cela va être long. Et je ne le dis pas pour les abondants commerces sur une paix inexistante au Chiapas, mais pour ce qu’a déclaré doña Xochitl : la réforme constitutionnelle sur les droits et la culture indigènes va prendre, au moins, environ deux ans ! (et ensuite ils disent que les zapatistes veulent prolonger la solution du conflit). Et bien, pas question ! Au moins deux ans de plus sans voiturette, télé ou supérette.

Bien. Salutation, et je ne reviens pas commencer à l’heure une conférence de presse. Ne croyez pas que je n’aie pas deviné le sarcasme dans vos notes.

Depuis les montagnes du Sud-Est mexicain.
Sous-commandant insurgé Marcos.
Mexique, décembre 2000.

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SUR LA PRISE DE FONCTION DE PABLO SALAZAR

Mexique, 8 décembre 2000.

Frères et sœurs

Premièrement. Aujourd’hui 8 décembre 2000, le gouverneur en rébellion don Amado Avendaño Figueroa, termine son mandat de six ans à la tête de l’exécutif de l’État du Chiapas. Durant son mandat, l’aujourd’hui ex-gouverneur Avendaño souffrit de persécutions, de calomnies et, étant candidat, d’un attentat contre sa vie. Cependant, il s’est maintenu ferme et, malgré les menaces et chantages, a continué son travail sans simagrées.

Parmi ses réussites figurent la diffusion des demandes zapatistes dans le monde entier, son opposition à la militarisation et à la paramilitarisation des communautés, son désaveu de la stratégie de simulation du gouvernement zedilliste et son attachement à une éthique politique qui pourrait servir de modèle à beaucoup.

Les communautés zapatistes indigènes, par l’entremise de l’EZLN, rendent publique aujourd’hui leur reconnaissance à l’ex-gouverneur du Chiapas. Il peut être satisfait d’avoir accompli son devoir. Nous lui souhaitons beaucoup de succès maintenant qu’il retourne à la profession qui le rendit célèbre dans le monde comme un homme honnête et droit : le journalisme.

Deuxièmement. Aujourd’hui, le nouveau titulaire de l’exécutif d’État, M. Pablo Salazar Mendiguchía, prend possession de son poste. Comme le pouvoir exécutif fédéral, M. Salazar Mendiguchía a désormais la possibilité de contribuer, premièrement, à la reprise du dialogue et, ensuite, à ce que celui-ci avance avec sérieux et responsabilité jusqu’à atteindre la fin de la guerre et le début de la construction de la paix avec justice et dignité.

Troisièmement. Lors de la prise de possession de son poste, selon ce que nous avons appris par une "transmission radiale", M. Salazar a dit avoir l’intention de mettre en avant diverses actions faisant partie de son programme de gouvernement. En devenant réelles, ces mesures aideraient à la détente nécessaire au dialogue, bien que, en ce qui concerne la libération des zapatistes prisonniers, il soit nécessaire de rappeler que, outre ceux du Chiapas, ils se trouvent des sympathisants de l’EZLN dans les prisons du Tabasco et du Queretaro.

Quatrièmement. L’EZLN réitère son appel à la société civile nationale et internationale afin qu’elle se mobilise en exigeant du gouvernement fédéral l’accomplissement des trois signes établis : reconnaissance constitutionnelle des droits et culture indigènes en accord avec l’initiative de la Cocopa ; liberté pour les zapatistes prisonniers dans toute la république et retrait total des sept positions de l’armée fédérale dans la zone de guerre.

Démocratie !
Liberté !
Justice !

Depuis les montagnes du Sud-Est mexicain.
Pour le Comité clandestin révolutionnaire indigène Commandement général de l’Armée zapatiste de libération nationale.
Sous-commandant insurgé Marcos.
Mexique, décembre 2000.

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AUX MARCHEURS DE XI’NICH ET DES ABEJAS

Décembre 2000.

Aux marcheurs de Xi’Nich et des Abejas qui sont arrivés à la ville de Mexico.

Frères et sœurs

C’est avec une espérance silencieuse que nous vous avons vus quitter ces montagnes indiennes du Sud-Est mexicain. En silence encore, nous avons écouté vos pas arriver sur les terres sœurs d’Oaxaca et de Veracruz. Déjà loin, nous avons applaudi ceux qui vous recevaient. Nous avons aussi applaudi ceux qui vous ont nourris et protégés.

Notre parole est de nouveau ouverte, le tambour de nos cœurs résonne au rythme de vos pas et, avec les vôtres, nos yeux s’entrouvrent à la vue de la ville des palais, de la maison des gouvernements, oui, mais aussi a la vue des combattants de toutes origines.

Depuis des siècles cela a été notre histoire.

De grandes marches jusqu’au palais du seigneur qui gouverne avec peu d’oreille et beaucoup de langue.

Beaucoup de pas pour que notre parole ancienne soit écoutée.

Beaucoup de pas pour nous rendre compte que, bien que le puissant n’entende pas, l’autre qui comme nous est différent nous écoute, l’homme et la femme que nous devinons frères bien que le sang et l’histoire qui nous aient nourris soient différents.

Il y eut beaucoup de pas. Beaucoup de pas avec vous. Beaucoup d’autres suivront. Il en sera ainsi jusqu’à ce que le puissant comprenne que, dans notre chemin et dans nos pas, non seulement avance l’histoire, mais que le lendemain est aussi en marche.

Salut, frères et sœurs de Xi’Nich et des Abejas ! Salut à votre pas ! Par lui nous marchons aujourd’hui les pas d’hier et les pas de demain.

Depuis les montagnes du Sud-Est mexicain.
Sous-commandant insurgé Marcos.
Mexique, décembre 2000.

Traduction C. G.

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