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Les paramilitaires de l’Opddic fomentent des provocations contre les zapatistes

Hermann Bellinghausen

vendredi 23 février 2007

Les paramilitaires de l’Opddic fomentent des provocations contre les zapatistes

Pedro Chulín, leader de l’Opddic, offre son « soutien total » au gouverneur Juan Sabines. Ses protecteurs ont des intérêts dans les ressources forestières, dénonce une observatrice internationale.

San Cristobal de las Casas, Chiapas, 17 février.

L’Organisation pour la défense des droits indigènes et paysans (Opddic) a rencontré une grande facilité à s’étendre dans certaines zones du territoire chiapanèque. Depuis une position politique secondaire, Pedro Chulín Jiménez, « leader moral » (comme le nomme la presse progouvernementale) du groupe, paraît tirer les ficelles de la provocation contre les communes zapatistes.

Député fédéral suppléant d’Elmar Darinel Díaz Solórzano, député du PRI par majorité relative du district 3 d’Ocosingo qui occupe le siège L-449 au Congrès de l’Union, Chulín est devenu député local, conseiller municipal de la commune d’Ocosingo et président de l’organisation qu’il a fondée en mai 1998, un mois à peine après le 11 avril, jour où, à la tête d’un groupe civil armé, conjointement avec la force publique et les agents de l’Institut national de migration, il avait attaqué et détruit le siège de la commune autonome Ricardo Flores Magón dans la communauté de Taniperla, d’où il est originaire.

Il s’est ensuite associé au groupe paramilitaire « fantôme » Mouvement indigène révolutionnaire antizapatiste (MIRA) qui opérait dans les gorges d’Ocosingo depuis le gouvernement intérimaire de Julio César Ruiz Ferro, prédécesseur de Roberto Albores Guillén, lui-même mentor politique de Chulín. La création de l’Opddic l’a conduit à l’activité politique ouverte. Pourtant, les actions violentes de l’organisation se sont généralisées jusqu’en 2002, alors que gouvernaient déjà le président Vicente Fox et le gouverneur [du Chiapas] Pablo Salazar Mendiguchía.

Le 13 juillet 2002, la commune autonome Ricardo Flores Magón prévenait « du risque que se forme et se renforce un nouveau groupe paramilitaire sur ce territoire, avec pour base opératoire l’ejido [forme de propriété sociale de la terre] Arroyo Granizo où un groupe de personnes regroupées dans l’Opddic cherchaient la division et commettaient des délits contre la population. Dirigée par Pedro Chulín Jiménez, leader reconnu du MIRA, cette organisation armée qui a grandi sous la protection de l’armée fédérale et de l’impunité que lui offre le gouvernement, pourrait bien aujourd’hui être protégée sous l’apparence de l’Opddic.

Des semaines auparavant, Arroyo Granizo avait commencé à souffrir d’agressions de personnes appartenant au PRI, quand « les ejidatarios [membres de l’ejido] qui avaient cessé d’assister aux assemblées » ont établi un siège alterné. La première chose qu’ils ont prise a été une prison illégale sur le terrain de l’école communale. Le 29 juin, l’assemblée du peuple a dénoncé : « Les membres de l’Opddic qui se sont autoproclamés autorités de l’ejido sont les mêmes qui commettent des délits dans la communauté : vols, violences sexuelles sur mineurs, menaces, ivresse, consommation de drogues et nuisent beaucoup à notre village. De plus, avec leurs actions, ils divisent notre communauté et tentent de nous faire nous affronter entre frères indigènes. L’assemblée se rend compte qu’ils se sont convertis en un groupe créé par le mauvais gouvernement pour détruire la paix du peuple et de l’ejido. Ils sont aussi les promoteurs du gouvernement pour installer dans nos communautés les politiques du Plan Puebla-Panama qui a été rejeté par l’assemblée générale de l’ejido. »

Dans la communauté de majorité zapatiste et de Xi’nich, les tricolores se sont fait passer pour les autorités de l’ejido, leurs « policiers » utilisent des uniformes militaires et pratiquent des exercices et des patrouilles. En mai de cette année, deux membres de l’Opddic, Alberto Sánchez Gómez et Rosendo Vázquez Mendoza, ont violé séparément deux fillettes de la communauté mais ont « échappé » à la justice, protégés par leur organisation.

En août de cette année, le groupe de Chulín a attaqué le poste de vigilance et la communauté zapatiste de Nuevo Guadalupe Quexil (commune autonome San Manuel) dans ce qui fut la première de plusieurs agressions armées durant cette période, tout en maintenant son noyau dans les gorges de Taniperla et de Las Tazas.

Mais cela a duré jusqu’en 2005, quand il s’est rapproché ouvertement du gouvernement foxiste au travers du commissaire pour la paix Luis H. Alvarez et qu’il s’est approprié la structure priiste à Ocosingo, Altamirano et Chilón, que l’Opddic est passée à l’offensive, violentant son propre parti en période électorale. Un chroniqueur également tricolore accusait en 2006 : « Chulín s’est perdu dans sa propre ambition personnelle et le plus grave, c’est que désormais, peu lui importe d’exposer les indigènes d’Altamirano pour les confronter physiquement avec les miliciens de l’EZLN » (Erisel Hernández Moreno, Chiapas Hoy, 8 mai).

Mais ça a porté ses fruits. Ce 14 février, Pedro Chulín a confirmé ses choix progouvernementaux en déclarant à la presse locale : « La politique avec laquelle Juan Sabines Guerrero a commencé à gouverner est la plus appropriée, et nous nous y joignons, nous, les indigènes qui recherchons un futur meilleur pour le Chiapas. » En tant qu’organisation indigène et paysanne, il a ajouté : « Nous offrons notre soutien total au nouveau gouvernement ; nous voyons à l’intérieur de nos communautés le calme et le travail, conséquences du développement et c’est pour cela que nous n’avons aucun doute en nous joignant au projet. »

L’observatrice internationale Mary Ann Tenuto Sánchez, connaissant bien la situation dans les gorges depuis plusieurs années, écrit ce matin dans les médias alternatifs : « Ceux qui tirent les ficelles à l’Opddic et qui y injectent de l’argent sont ceux qui ont des intérêts économiques dans les ressources naturelles de la forêt Lacandone : bois précieux (acajou et cèdre), eau (pour générer de l’énergie ou pour mettre en bouteilles), pétrole, écotourisme et biodiversité. »

Hermann Bellinghausen,
La Jornada, 18 février 2007.

Source : http://www.narconews.com/Issue45/article_fr2560.html
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