Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte
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Manifeste de mars 2007

Voix d’Oaxaca construisant l’autonomie et la liberté

VOCAL

jeudi 15 mars 2007

Voix d’Oaxaca construisant l’autonomie et la liberté (VOCAL)

Les membres actuels de VOCAL sont des individu(e)s autonomes, des collectifs libertaires, des lieux autogérés, des antiautoritaires, des organisations magonistes, des collectifs zapatistes, des groupes anarchistes, des barricadières et barricadiers, des membres de l’APPO et des adhérent(e)s à l’Autre Campagne. Tous et toutes participent à l’actuel mouvement social dans l’Oaxaca.

VOCAL se veut un lieu de convergence et d’union des tentatives autonomes du peuple d’Oaxaca en lutte, de tous ceux qui, appartenant ou non à des regroupements tels que l’Assemblée populaire des peuples de l’Oaxaca (APPO), participent activement au mouvement social actuel et veulent que ce mouvement reste fidèle à ses principes d’autonomie et d’indépendance vis-à-vis des partis politiques, en revendiquant l’assemblée souveraine comme la manière la plus juste et la plus harmonieuse pour réussir à nous comprendre, à nous organiser de façon autonome et à nous autogouverner. Un lieu où les accords du peuple ne se fondent ni sur la prédominance de la majorité sur une minorité ni sur aucune autre façon d’imposer son point de vue comme celle communément exercée par le pouvoir de ceux d’en haut, mais sur le respect mutuel entre toutes les composantes du peuple.

Dans un tel lieu, nous nous proposons donc de lutter pour construire, consolider et relier des autonomies, estimant que l’autonomie des peuples, des groupes, des collectifs, des individus, des organisations et autres constitue une alternative réelle d’opposition au système de gouvernement autoritaire actuel. L’autonomie entendue comme la construction d’autres réalités montrant qu’il existe une autre manière de changer les choses à la source, dans laquelle les peuples décident de leurs propres modes de vie, et non au sein d’institutions qui ne font que réformer l’oppression et la répression, comme le font les partis politiques qui produisent des tyrans, homme ou femme, des caciques et un autoritarisme chez tous ceux et toutes celles qui y accèdent à travers des postes qui leur confèrent une quelconque autorité. Aussi les activités de VOCAL ne se limiteront-elles pas aux périodes électorales, attendu qu’avec ou sans des élections l’autonomie fait son chemin à travers l’organisation et le projet d’une autre société possible.

Au stade actuel du mouvement, tandis qu’une période électorale qui a été présentée comme une possibilité de faire triompher notre lutte est sur le point de commencer, nous pensons qu’il est indispensable que tous les enfants, toutes les femmes, tous les hommes, tous les peuples et régions de notre État qui ont participé d’une manière ou d’une autre à ce grand mouvement, pour revendiquer précisément l’indépendance et l’autonomie vis-à-vis des partis politiques, viennent avec nous renforcer, auprès de tous ceux qui partagent ce point de vue, l’idée que cette circonstance n’est qu’une étape, qu’il nous faudra sortir de cette période d’élection plus fort(e)s et plus mûr(e)s afin d’affronter les assauts des gouvernements du pouvoir au service des intérêts des maîtres de l’argent, les véritables responsables du malheur des peuples, comme Ulises Ruiz Ortiz et Felipe Calderón, notamment.

L’assemblée de l’Oaxaca de l’APPO qui s’est tenue les 10 et 11 février 2007 a disposé que l’APPO en tant que mouvement ne participera pas à ces élections, décision qui respecte les principes de l’APPO, en ce sens qu’elle ne se veut pas un parti politique. Il a été convenu que les organisations qui le souhaiteraient seront libres de participer en toute autonomie à ces élections, mais qu’aucun candidat ne pourra utiliser ni le nom ni les liens unissant son organisation avec l’APPO pour faire campagne et que les conseillers [de l’APPO] qui participeraient au processus électoral devront démissionner de façon irrévocable dès l’instant ou leur candidature serait acceptée sur les listes d’un parti politique - la participation de l’APPO à ces élections se limitant exclusivement à appeler à un vote de sanction contre les candidats d’Ulises Ruiz Ortiz et des ses alliés.

Nous avons pu constater que, au sein de l’APPO comme en dehors, la population mobilisée partage cette idée de la nécessité de conserver l’indépendance et l’autonomie de notre mouvement vis-à-vis des partis politiques, l’histoire de notre pays ayant largement démontré qu’à différents moments et dans différentes circonstances les partis politiques ont réprimé et censuré les intérêts légitimes du peuple. Dans le cadre des accords convenus, l’APPO a jugé qu’elle ne croyait pas que les partis politiques répondent aux besoins du peuple et a réaffirmé que la lutte du peuple de l’Oaxaca va au-delà de tout processus électoral.

Les peuples de l’Oaxaca sont conscients de l’importance de leur mobilisation et de leur organisation comme principal outil pour obtenir la victoire. C’est pourquoi nous croyons qu’il faut continuer à se mobiliser dans l’ensemble de l’Oaxaca et faire tous et toutes cause commune, rassembler les différentes manières de concevoir la société et la résistance, et que, de par sa diversité et son caractère pluriel, VOCAL est un appel à stimuler encore cette lutte.

La fraternité entre enfants, femmes, hommes et le peuple en général ne se réalise pas dans une marche ou dans un meeting, où la différence entre ceux qui prennent toujours la parole et ceux qui ne font qu’écouter existe nécessairement, non, ce lien doit se créer au sein des quartiers, des écoles, des villages, des communautés et des régions, par le débat et par l’action, et c’est au peuple mobilisé qu’il revient d’entamer un tel dialogue, et à l’APPO, aux collectifs et aux personnes qui participent en toute indépendance à cette lutte, mais c’est surtout du peuple qu’émanent l’organisation et la possibilité de représention de cette lutte.

Nous voulons ce qui aujourd’hui aux yeux des gouvernements et des patrons criminels et exploiteurs constitue le pire des délits : nous voulons la justice et la dignité, nous voulons ne plus avoir peur d’exprimer nos idées, nous voulons ne plus être victimes de ségrégation pour la couleur de notre peau, notre pensée, notre langue ou nos goûts, nous voulons des aliments sains que nous obtenons par notre travail et ne plus être volés par les riches, nous voulons employer notre énergie créatrice pour le bien commun, nous voulons la libération de nos prisonniers et de nos prisonnières. Nous voulons la liberté de choisir notre façon de vivre et que personne ne nous impose ses mensonges, sa violence et sa manière de gouverner, et nous savons que ce que nous voulons est correct et juste.

Nous voudrions devenir frères et sœurs dans cette lutte par en bas, avec tous ceux et toutes celles qui, à la ville ou dans l’arrière-pays, ont comme nous opposé résistance à tous les maîtres du pouvoir et de l’argent, nous voulons jumeler nos expériences de lutte avec le moindre recoin de notre État, nous voulons dialoguer et échanger avec toutes les femmes et tous les hommes de l’Oaxaca.

Les Afro-Mexicain(e)s, Zapotèques, Mixtèques, Huaves, Triquis, Chatines, Chontales, Mixes, Mazatèques, Chinantèques, Cuicatèques, Ixcatèques, Choches, Nahuas, Amuzgos, Zoques, Tacuates, et des habitant(e)s des colonias, des barricadiers et barricadières, des enfants, des instituteurs et institutrices, des ouvriers et ouvrières, des paysan(ne)s, des migrant(e)s, des émigrant(e)s, des jeunes, des étudiant(e)s, des homosexuel(le)s, des bisexuel(le)s, des lesbiennes. Tous ceux et toutes celles qui se battent pour un monde meilleur.

Traduit par Ángel Caído

P.-S.

Oaxaca de Juárez, État d’Oaxaca, le 16 mars 2007.

Au peuple de l’Oaxaca,
Aux peuples du monde,

Avec ce bulletin, nous voulons dénoncer et éclaircir les faits survenus le 15 mars, Journée internationale de protestation contre la brutalité policière. Dans le cadre des journées contre la brutalité policière organisées par "Voces Oaxaqueñas Construyendo Autonomía y Libertad" (VOCAL), hier, à 16 heures, un meeting avait lieu devant le siège de la Commission des droits de l’homme de l’Oaxaca. Ce rassemblement a aussitôt été décrié par Mme Jennifer Aguilar, qui, sans consultation préalable des bases de l’APPO, a désavoué la manifestation et a pris à partie organisateurs et participants, qu’elle a qualifiés de troupes de choc du gouvernement, de partisans du PRI, de nervis, de groupes violents et d’infiltrés cherchant à diviser le mouvement actuel dans l’Oaxaca.

Sachant que la grande diversité d’opinions et de pensée qui existe au sein de l’Assemblée populaire des peuples de l’Oaxaca (APPO) fait qu’il est peu probable que cette assemblée désavoue cette forme de protestation, la situation nous a énormément surpris. Les déclarations de Mme Jennifer Aguilar ont entraîné l’intervention musclée des forces de l’ordre commandées par Aristeo López, chef de la police municipale, qui a été vu inspectant en plusieurs occasions les lieux en cyclomoteur. Cette intervention totalement disproportionnée était visiblement prête à être déclenchée en vue de réprimer la manifestation, la police encerclant le lieu du rassemblement, et a débouché, pendant plus d’une demi-heure, sur la persécution dans les rues de la ville de personnes qui abandonnaient les lieux.

Les déclarations de Mme Jennifer Aguilar constituent une tentative manifeste de criminalisation de la jeunesse et de tous ceux qui cherchent la manière de changer les choses sans passer par des élections et des structures hiérarchiques autoritaires qui essaient de manipuler le mouvement actuel. Nous répétons que VOCAL est un regroupement qui veut écouter et jumeler les peuples en résistance, les communautés traditionnelles et autres mouvements autonomes dans l’Oaxaca, à travers le travail sur place, l’échange entre les peuples et la manifestation pacifique de nos idées. Comme le démontrent les activités culturelles - ateliers de peinture pour les enfants et les jeunes, tags, musique, danse folklorique, fresques murales, projection de la vidéo "Pesadilla Azul" (Cauchemar bleu), théâtre de rue, performance et veillée populaire - que nous avons organisées avec le peuple de Zaachila et avec sa radio communautaire, le 14 mars.

La grandeur et la légitimité du mouvement populaire se doivent à la participation honnête et spontanée du peuple qui s’organise de lui-même et prend l’initiative des protestations, comme on a pu le voir avec la participation radicale du peuple lors des occupations et de la levée de barricades, de sorte qu’aucune organisation ni aucun individu autoritaires prônant les structures hiérarchiques ne peut monopoliser la lutte et l’insatisfaction sociale, car on court en outre le risque que ces organisations justifient aux yeux du gouvernement la répression contre celles et ceux d’Oaxaca qui ont choisi de lutter de manière autonome et indépendante.

Nous demandons à tous les peuples de l’Oaxaca, du Mexique et du monde de soutenir et de montrer leur solidarité avec l’espace autonome de lutte qu’est VOCAL et au sein duquel nous recherchons, de manière fraternelle et coude à coude avec l’ensemble du peuple de l’Oaxaca, à faire destituer et châtier le tyran Ulises Ruiz Ortiz et à réaliser un changement profond et véritable pour le bien de nos peuples de l’Oaxaca, dans le respect de l’autonomie et des us et coutumes des peuples et des personnes.

Voces Oaxaqueñas Construyendo Autonomía y Libertad (VOCAL)

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