Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte
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L’EZLN participera à la rencontre de Vicam, mais le voyage de ses délégués dans le centre et le sud du Mexique est suspendu

Communiqué de la Commission Sexta et du CCRI-CG de l’EZLN

lundi 1er octobre 2007

Communiqué du Comité clandestin révolutionnaire indigène
Commandement général de l’Armée zapatiste de libération nationale.

Le 22 septembre 2007.

Au peuple mexicain,
Aux adhérents à la Sixième Déclaration et à l’Autre Campagne,

Frères et sœurs,
Compañeros et compañeras,

L’EZLN souhaite vous communiquer quelques réflexions ainsi que les dernières décisions que nous avons prises.

I. Quelques réflexions

Chiapas

Depuis quelque temps déjà, le gouvernement chiapanèque et le gouvernement fédéral (respectivement aux mains du PAN et du PRD) ont déclenché conjointement les hostilités. Expulsions prétendument légales et officielles, attaques paramilitaires, invasions de terres commanditées et appuyées par les autorités, persécutions et menaces sont ainsi redevenues le lot quotidien des communautés indigènes zapatistes, des communautés qui ont tout fait pour construire leur propre destin et améliorer leurs conditions d’existence, sans jamais perdre leur identité indigène.

Comme à l’époque la plus sinistre du PRI, au temps d’Absalon Castellanos et d’Albores Guillén, dit "Le Croquetas", le gouvernement chiapanèque s’en prend aux pauvres et aux nécessiteux tandis qu’il courtise et favorise le puissant. Comme n’importe quel gouvernement de droite, le cabinet du gouverneur Juan Sabines se livre à une campagne de répression et de spoliation, mais cette fois sous couvert d’être de gauche et avec le double aval des deux "cabinets présidentiels" dont pâtit notre pays : celui de Felipe Calderón Hinojosa (du PAN) et celui d’Andrés Manuel López Obrador (du PRD, mais surtout de son parti à lui tout seul).

Contrairement à ce qui s’est passé en d’autres occasions, ces attaques ont bénéficié du silence complice de voix qui s’étaient pourtant élevées auparavant pour protester et exiger justice. Aujourd’hui ces voix se taisent, pour faire oublier, qui sait, qu’elles avaient applaudi le soutien apporté à Juan Sabines par López Obrador et l’appel tout récent de ce dernier à soutenir les candidats du PRD aux élections municipales et au Parlement chiapanèque.

Nous avons là la confirmation de ce que nous ne cessons de répéter depuis trois ans, à savoir que, en haut, on ignore principes et convictions, mais qu’en revanche les ambitions et les connivences y abondent. Et ce qui se confirme par là, c’est, comme nous l’affirmions, que la gauche institutionnelle n’est qu’une droite honteuse qui se voudrait en outre éclairée.

On voit donc le même crime jugé de façon différente, selon le cas : si c’est le PAN qui déclenche la répression, c’est le tollé général, on sonne la mobilisation pour stopper le fascisme ; si c’est le PRD, alors là, silence complet, il faut aussitôt perdre la mémoire, regarder ailleurs, jongler de manière ridicule avec les mots et applaudir de plus belle. Au Chiapas, on assiste à une véritable régression en matière de politique de gouvernement, mais cela ne se fait pas sous le sceau de la droite orthodoxe, sinon sous celui de la gauche "moderne" et "légitime".

Mexique

Il ne manque certes pas de sujets matière à réflexion sur lesquels donner une opinion et adopter une position, mais nous le ferons ailleurs et sous une autre forme. Pour l’heure, nous nous limiterons à signaler que ce qui est déterminant pour notre pays, ce n’est pas la prétendue "néo-indépendance" du pouvoir législatif vis-à-vis des médias. En haut, la politique est l’art du simulacre et les échéances réelles du crime organisé (autrement dit, de ceux qui gouvernent) ne figurent pas dans les déclarations officielles des hommes politiques.

Ce qu’il nous importe de dire ici aujourd’hui se rapporte à la double tentative, civile et pacifique, à laquelle nous vouons tous nos efforts en tant que zapatistes : la Rencontre des peuples indiens d’Amérique, d’une part, et l’Autre Campagne, d’autre part.

La première de ces initiatives, la Rencontre des peuples indiens, constitue un événement sans précédent. Indépendamment de tout cadre officiel mexicain et international, des délégués et des représentants de peuples originels du continent américain vont se rencontrer pour faire directement connaissance, pour se voir et pour s’écouter, autrement dit pour commencer à se respecter. En outre, le fait que cette rencontre aura lieu sur le territoire assiégé de la Tribu Yaqui, dans l’État mexicain de Sonora, symbolise au mieux notre combat permanent pour avoir une existence visible et pour nous donner nous-mêmes la voix et l’écoute qu’en haut on nous refuse.

Du 11 au 14 octobre prochain, à Vicam, dans le Sonora, les peuples indiens qui ont ajouté à leur peau sombre la couleur zapatiste vont se rencontrer.

Quant à l’Autre Campagne, c’est pour nous la seule tentative sérieuse de construire un mouvement national en bas et à gauche.

Il est par ailleurs remarquable que ceux et celles qui n’avaient pas assez de mots pour critiquer notre initiative encore tout récemment utilisent aujourd’hui les mêmes termes que ceux que nous employons pour parler de la classe politique et de la nécessité de nous écouter et de nous organiser en bas.

Pour manifester clairement notre engagement aux côtés de ceux qui sont aujourd’hui nos compañeras et nos compañeros, en plus des rencontres que nous organisons sur notre territoire pour que les gens puissent mieux nous connaître, une ou plusieurs délégations de l’EZLN font régulièrement des voyages pour se rendre en divers lieux où on lutte, afin de faire plus ample connaissance.

C’est ainsi que nous avons effectué un premier circuit dans l’ensemble du Mexique, l’année dernière, et que, dernièrement, dans le cadre d’une première ébauche d’un programme national de lutte qui recueille le sentiment et la pensée de toutes les personnes qui forment l’Autre Campagne, nous avons également effectué un deuxième voyage dans le nord du Mexique.

Comme nous l’avons fait en d’autres occasions, chaque fois que nos délégués doivent quitter notre territoire pour aller rencontrer d’autres gens ailleurs dans notre patrie, l’EZLN s’adresse aux autres organisations politico-militaires qui existent pour leur demander respectueusement de ne pas effectuer d’actions qui pourraient compromettre la vie et la liberté de nos délégués pendant leurs activités de caractère civil et pacifique.

En chaque occasion, nous avons été entendus et nous avons bénéficié du respect de ces organisations révolutionnaires, et parfois nos initiatives politiques ont joui de leur sympathie.

Il s’agit d’organisations avec lesquelles nous différons quant à la vision du monde, à l’organisation, à la méthode, les analyses ou l’histoire, mais cela ne nous empêche pas de les reconnaître et de les respecter. Leur existence comme leur persistance se doivent aux terribles conditions de vie dont souffre le peuple mexicain ainsi qu’à l’absence d’un espace politique qui nous permette de participer et de lutter. Actuellement, une de ces organisations révolutionnaires, l’Armée populaire révolutionnaire (dont le sigle est l’EPR), a entamé une campagne politico-militaire dans le but d’exiger que soient présentés vivants deux de leurs camarades de combat.

Leur exigence de présenter ces disparus vivants est non seulement légitime, mais elle constitue aussi une dénonciation de l’actuelle "guerre sale" avec laquelle a renoué cet amant éperdument épris des uniformes qu’est Felipe Calderón Hinojosa.

En tant que zapatistes, nous ne pensons pas être en droit de demander à l’Armée populaire révolutionnaire de déclarer une trêve et de suspendre la campagne qu’elle a lancée pour sa juste et légitime demande de voir présentés ses camarades disparus, uniquement pour permettre à notre délégation de se rendre dans des territoires où est elle est présente et exerce une influence.

D’autre part, l’agitation stupide dont font systématiquement preuve les diverses personnes chargées officiellement de la répression n’ayant fait que redoubler avec les actions récemment menées par l’EPR, on est en droit de penser que, dans l’hypothèse où l’Armée populaire révolutionnaire accéderait à déclarer une telle trêve pour permettre à nos délégués de réaliser leurs travaux, le gouvernement militaire de Felipe Calderón pourrait fort bien organiser un attentat qu’il attribuerait à l’EPR en arguant de rivalités inexistantes entre nos deux organisations.

Un fonctionnaire du gouvernement affirmait récemment que les disparitions que dénonce l’EPR n’étaient pas l’œuvre du gouvernement mais celle d’une autre organisation révolutionnaire, alors que l’on sait pertinemment que c’est le gouvernement qui a arrêté les personnes en question et qui les retient. C’est donc le gouvernement qui doit les présenter vivants.

II. Nos décisions

Compañeras et compañeros,

En vertu de tout ce qui précède et que nous avons tenté de résumer au mieux, nous avons décidé ce qui suit.

Premièrement. La Commission Sexta de l’EZLN suspend le voyage que nos délégués devaient effectuer, dans le cadre de la deuxième étape de l’Autre Campagne, dans les États du centre et du sud du Mexique, voyage annoncé pour les mois d’octobre, novembre et décembre 2007. À la place, la Commission organisera des actions civiles et pacifiques pour la défense des communautés zapatistes.

Deuxièmement. L’EZLN remplira les engagements qu’elle avait pris, en qualité de membre de la commission organisatrice, concernant la Rencontre des peuples indiens d’Amérique. Une délégation de la direction zapatiste se rendra donc expressément sur le territoire de la Tribu Yaqui, à Vicam, État de Sonora, Mexique, les 11, 12, 13 et 14 octobre, afin de participer à cette réunion de première importance pour l’avenir de la lutte des peuples originels de notre continent.

Liberté et justice pour Atenco !
Liberté et justice pour Oaxaca !
Pour le Comité clandestin révolutionnaire indigène
Commandement général de l’Armée zapatiste de libération nationale.
Commission Sexta de l’EZLN.
Des montagnes du Sud-Est mexicain,
sous-commandant insurgé Marcos.
Mexique, septembre 2007.
Traduit dans l’urgence par Ángel Caído.
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