Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte

Première Rencontre des peuples indigènes d’Amérique

Nous sommes tous gardiens de la Terre

Sebastián Liera

lundi 29 octobre 2007

Nous sommes tous gardiens de la Terre

« Si l’ennemi se mondialise, mondialisons la rébellion ! »

Tel un signe des temps, la Lune reprend la route qui la conduit de sa face toute neuve au croissant, tandis qu’un mariachi yaqui, qui ne ressemble à aucun de ces mariachis que nous aurions vus et entendus auparavant, la salue dans son périple nocturne. La Dame d’argent est contente. On le serait à moins : en bas, sous sa protection, la parole germe dans des luttes qui vont se multipliant, des espoirs qui vont s’additionnant, des joies qui s’alimentent mutuellement, des utopies semées à tout vent et dans la dignité moissonnée.

Près de 600 femmes et hommes délégués de 67 peuples indigènes vivant dans 12 pays de ce continent que les envahisseurs ont appelé l’Amérique ont réécrit leurs histoires de résistance et d’exploitation, de rébellion et d’humiliation. Ce fut d’abord le tour des représentants et représentantes des nations Achumani, Ahniyvwiya (Cherokee), Lakota (Sioux), Ndee (Apache), Kuma (Comanche), Naabeehó dine’é (Navajo), Aqwesasne, Mohawk, Salish, Anisnawbe, Cayuga, Onondaga, Ojibwa, Hopi, Secwepme, Tuscarora, Ktnuxa, Cree, Creek et Gitxaan, ainsi que de dignes femmes chicanas [1] des États-Unis et du Canada qui ont apporté également leur parole, après avoir revendiqué leur identité indigène, bien que dans un premier temps leur intervention n’ait pas été envisagée.

Ce fut ensuite le tour des nations Mayo Yorémé, Maya, Binizaa (Zapotèque), Purépecha, Triqui, Tohono O’odham (Pápago), Ñahñu (Otomí), Chol, Tzeltal, Cuicatèque, Rarámuri (Tarahumara), Ñuu sávi (Mixtèque), Tzotzil, Tehua (Tlapaneco), Mazahua, Nahua, Zoque, Cucapá, Kumiai, Tepehuano, Popoluque, Chichimèque, Cora, Pamé, Amuzgo, Tlahuica, Concaá (Seri), Guarijío, Coca, Paipai, Kiliwa, Wixárika (Huichol) et de nos hôtes Yaqui du Mexique, suivies des nations Guaraní, Kekchí, Tarapacá, Maipú, Aymara, Kichwa, Mam, Lenca, Miskito et Inca d’Amérique centrale et d’Amérique du Sud, toutes venues attester que la gigantesque entreprise de dépossession à laquelle se livre le système d’exploitation capitaliste outrepasse les frontières géographiques aussi bien que les différences culturelles : « Nous ignorions la réalité des peuples indigènes du Nord, nous nous imaginions qu’ils n’avaient pas de problèmes parce qu’ils vivent dans des pays développés ; maintenant, nous savons qu’ils ont des problèmes semblables aux nôtres », avouent Santos de la Cruz et Lauro Carrillo, des Wixaritaris, interviewés par Carlos Aparicio, de Radio Bemba.

Leurs récits se sont succédé jusqu’au soir du 13 octobre et, vingt-quatre heures après que les mouvements indigènes eurent achevé leur rencontre là-haut sur la victoire historique des peuples indigènes du monde, la parole des mouvements indiens remonta d’en bas à leur rencontre pour s’unir dans un souffle commun qui rassemblait rage et conviction : « Nous continuons de résister et nous allons continuer encore », déclare Yolanda Meza, indigène kumiai dont la communauté, La Zorra, située en Basse-Californie, s’est vue envahie par un gazoduc américain. « Et je ne le dis pas timidement, je suis sûre que c’est ce qui va se passer. »

Liberté aux prisonniers écologistes et politiques

Après quoi, le flot de paroles et d’histoires collectives déversées nation après nation fut suivi des premiers accords concernant la guerre de conquête, de spoliation, de mépris et d’exploitation livrée contre ces peuples, ainsi que sur la façon dont ils résistent, sur leurs propositions et leurs revendications. Pour l’Oaxaca, de Santa Lucía del Camino pour être plus précis, où est mort assassiné l’année dernière notre compañero Brad Will, reporter documentaire pour Indymedia New York, les principales exigences - sur lesquelles s’accordèrent également les peuples du Chiapas, du Yucatán, du Tabasco, du Campeche et de l’Oaxaca - ont été la libération des prisonniers et des prisonnières écologistes et politiques ; l’arrêt immédiat de la persécution dont sont victimes les opposants de la lutte sociale et les défenseurs des ressources naturelles ; le respect du régime des terres d’ejido, en opposition totale au Programme d’enregistrement légal des droits d’ejido (plus connu sous le nom de Procede).

Cependant, et comme le dira ensuite Juan Dionicio, délégué ñahñu, la situation n’est pas désespérée, et il propose de fomenter et promouvoir, entres autres, le tequio (le travail en commun), les projets d’autonomie et de gestion ainsi que les assemblées communautaires ; également une éducation différente de l’enseignement officiel et reposant sur la philosophie issue de la cosmogonie propre à chacun de ces peuples afin de préserver les langues maternelles et de récupérer les formes d’adoration et les rites ancestraux ; mais aussi de tisser des réseaux fraternels contre les expulsions et les expropriations à même d’appeler à des mobilisations simultanément dans l’ensemble du pays.

Boycott continental des jeux Olympiques d’hiver

À Magdalena de Kino, où se déroulait la rencontre préparatoire qui fut sans doute la plus suivie par les médias - étant donné la présence de la Commission Sexta de l’EZLN et de son délégué Zéro, alias le sous-commandant insurgé Marcos -, de jeunes déléguées et délégués de 21 nations indiennes des pays du nord du continent ont su dynamiser la rencontre grâce à leurs chants, leurs cris de guerre, leur musique et leurs danses émaillées de slogans tels que « Si l’ennemi se mondialise, mondialisons la rébellion ! », « Nous sommes tous gardiens de la Terre et, si on la détruit, c’est nous que l’on détruit » ou « La terre ne se vend pas, on la défend avec notre vie ».

Les récits des expulsions, des expropriations et de la spoliation se sont succédé, chacun comportant des détails particuliers, comme aussi les propositions, mais la réunion préparatoire organisée en territoire Tohono O’odham s’est illustrée par les nombreuses déclarations ouvertement anticapitalistes : rejet pur et simple des lois et des projets expansionnistes tels que l’Alena (Accord de libre-échange nord-américain, le TLCAN en espagnol), la lutte pour une Amérique sans frontières et la création d’un réseau de coopération fraternelle qui comporte la construction de moyens de communication alternatifs contre les forces d’occupation du gouvernement des États-Unis et de celui du Canada, qui se livrent à un véritable génocide des peuples indigènes, en collusion avec des entreprises multinationales.

Cependant, la revendication qui fera peut-être le plus parler d’elle en raison de son probable impact médiatique consiste à l’appel au boycott continental des jeux Olympiques d’hiver que les mauvais gouvernements voudraient organiser en 2010 en Colombie britannique, connue également sous le nom de Vancouver, territoire appartenant à la Tribu Tortuga. Notons que ce territoire n’a jamais été cédé par cette tribu, et encore moins vendu, et que la construction de routes et de centres urbains inhérents au projet entraînerait inévitablement la destruction de son écosystème, sans compter qu’il se traduirait par une dette immense et impossible à solder pour les générations futures.

« Notre lutte n’appartient pas qu’à nous et ne se limite pas qu’à notre lutte »

À 1 h 30, heure locale de la ville la plus grande et la plus peuplée de la planète, l’assemblée de la rencontre préparatoire de San Pedro Atlapulco a convenu de soumettre à la plénière de Vícam une condamnation énergique de la répression sans cesse croissante du gouvernement fédéral et en particulier de la militarisation et paramilitarisation du Mexique, dans les zones urbaines comme dans les zones rurales. Condamnation à laquelle s’ajoute l’exigence de la libération immédiate des prisonniers et des prisonnières politiques de San Salvador Atenco et de l’Oaxaca. Les participants refusent également les mégaprojets, comme ceux prévu par le Plan Puebla-Panama, imposés par la force. Les peuples indigènes continueront à résister aux manœuvres des entreprises multinationales qui propagent l’emploi de semences transgéniques, de produits agrotoxiques et de biocombustibles qui finiront par créer des « déserts verts », où il ne pourra pas exister d’autre vie que celle de ces monocultures, et rejettent de même la privatisation et monopolisation de « nos sources de vie », tout particulièrement « nos eaux et nos montagnes », comme le montrent les luttes menées contre l’entreprise pétrolière Milénium 3000 à Cuautla (deux des principaux opposants, Jonathan González et Silvia Espinoza, ont perdu la vie tout récemment lors d’un accident que l’on soupçonne fortement d’être un attentat).

Tandis qu’à Magdalena de Kino les représentantes et représentants ont mis l’accent sur la dépossession et l’exploitation comme résultat du système capitaliste, à Atlapulco on a surtout insisté sur le fait qu’il n’y avait pas que les peuples indiens qui avaient subi de plein fouet les assauts de ce modèle économique. Et que la lutte pour la défense de leurs ressources naturelles, de leurs cultures, de leur vision cosmogonique, de leurs autonomies doit aller de pair avec les luttes d’autres secteurs : ouvriers, étudiants, ménagères, artistes, intellectuels, etc. C’est pourquoi on insiste pour que les résolutions de cette rencontre soient prises en compte lors de l’élaboration d’un plan national de lutte.

Droit coutumier à la communication

Pour finir, au cœur du plateau tarasque, haut lieu du Congrès national indigène, l’assemblée de la réunion préparatoire accueillie par les Purépechas à Santiago Nurío, État du Michoacán, a convenu d’apporter sa parole collective sous forme d’un accord dénonçant la manipulation des partis politiques, qui subvertissent les assemblées communales dans le but de remporter des élections et les transforment en de simples assemblées générales à seule fin de voter des candidats.

On s’accorde aussi sur le fait que les nouvelles générations « ont pris conscience de qui elles sont après avoir souffert de discrimination », que dans les écoles « on interdit notre langue » et que les prêtres catholiques et les pasteurs protestants disent que « nos danses constituent un péché ». De sorte qu’une proposition qui revient constamment est de s’efforcer de créer et de développer des médias alternatifs propres : le droit coutumier à la communication, comme le dira Ernesto Argüelles, porte-parole et délégué de la commission des autorités traditionnelles des huit peuples de la tribu Yaqui.

La Déclaration de Vícam

La nuit étend son voile après avoir poursuivi notre père le Soleil dans sa course à travers le ciel. La sueur reste collée aux peaux brunes, blanches, roses et café au lait, et avec elle la poussière typique de la station de Vícam. Le cycle touche à sa fin. Le frère rarámuri Francisco Palma Aguirre, le sous-commandant insurgé Marcos et Mario Luna, secrétaire des autorités traditionnelles de Vícam, entament l’ébauche du glyphe de leur parole.

Au nom du Congrès national indigène, Palma Aguirre procède à la lecture de la Déclaration de Vícam : « Nous sommes les descendants des peuples, nations et tribus qui les premières ont donné nom à ces terres, nous sommes le produit de notre Terre-Mère et nous éprouvons un respect sacré envers elle, qui nous apporte la vie et nous préserve dans la mort ; par conséquent, nous manifestons devant le monde entier que nous défendrons et prendrons soin de notre Terre-Mère au prix de notre vie. »

Le temazcal matinal commence à faire des ravages dans les corps qui n’ont pas l’habitude de renaître pour la deuxième ou la troisième fois et l’impatience caractéristique de nombreux observateurs commence à se faire sentir.

« La douleur éprouvée lors de l’attaque des envahisseurs qui prétextaient de faux arguments d’uniformité culturelle et d’une arrogante prétention civilisatrice pour saccager nos territoires, détruire nos cultures et éliminer jusqu’au dernier nos peuples n’a pas cessé ; au contraire, elle grandit jour après jour. De pair avec la douleur et le cauchemar qu’entraîne le capitalisme sauvage, la résistance et l’indignation de nos peuples grandissent, elles aussi. »

Sur le côté, une rangée de bicyclettes repose là où il n’y avait peut-être jamais eu que des chevaux ; plus loin, des dizaines de tentes de campagne qui ont fait partie du paysage yaqui l’espace des quatre derniers jours entament le chemin du retour aux sacs à dos, eux-mêmes retrouvant le chemin des épaules des participantes et des participants.

« Nous refusons et condamnons la destruction et le pillage de notre Terre-Mère à travers l’occupation de nos territoires pour y réaliser des activités industrielles minières, agro-entrepreneuriales, touristiques, d’urbanisme sauvage et de construction d’infrastructures ; nous refusons et condamnons de même la privatisation de l’eau, de la terre, des forêts, des mers et des côtes, de la biodiversité, de l’air, de la pluie et des savoirs traditionnels, ainsi que de tout ce qui naît de la Terre-Mère. »

La mémoire est encore remplie de la fête de la nuit précédente, fête dont la répétition constitue une promesse permettant d’attendre le moment où la parole cédera la place à la musique et aux danses de la dernière nuit à Vícam.

« Nous dénonçons le fait que la guerre capitaliste de conquête et d’extermination renforce comme jamais auparavant l’exploitation des membres de nos peuples, dans les grandes plantations et dans les ateliers de travail précaire et clandestin ou en tant que migrants devant s’exiler dans des villes et des pays éloignés de leurs communautés d’origine où ils sont employés dans les pires conditions, qui constituent de véritables cas d’esclavage et de travaux forcés. »

Le Soleil notre père s’est retiré et cède le pas à quatre étoiles qui surgissent non pas sur la toile de fond de la nuit, qui a déjà pris possession de son domaine, mais sur un linceul tricolore qui s’étend pour la deuxième fois sur ces terres.

« Nous refusons l’installation des grandes chaînes multinationales qui privent nos communautés de leurs ressources économiques, de même que nous refusons les politiques néolibérales qui ont affaibli nos économies communautaires, aboli notre souveraineté alimentaire et provoqué la disparition de nos semences autochtones. Nous déclarons que, face aux graines transgéniques à l’emploi de produits chimiques dans l’agriculture, nous continuerons de semer nos propres graines originelles, de développer notre agriculture traditionnelle de veiller à l’entretien de notre Terre-Mère. Nous lançons un appel à l’unité de tous les peuples indigènes d’Amérique afin d’affronter la guerre de conquête et d’extermination capitaliste et de consolider notre libre détermination. »

Un mot qui remonte aux origines de l’humanité

Vient le tour de Marcos, qui saluera en yorémé, en espagnol et en anglais les autorités traditionnelles de la tribu Yaqui de Vícam, ainsi que les dirigeant(e)s, les représentant(e)s, les délégué(e)s et autorités des peuples premiers d’Amérique venus participer à cette Rencontre et les femmes, les hommes, les enfants et les anciens de la tribu Yaqui, pour finir par les observateurs et les observatrices du Mexique et du monde, et les travailleurs et les travailleuses des moyens de communication.

« La souffrance de nos peuples a été nommée par ceux et celles qui l’éprouvent depuis 515 ans : les quatre roues du chariot de l’argent, pour reprendre les mots du peuple yaqui, qui recommencent à rouler sur le chemin fait du sang et de la douleur des peuples indiens de ce continent, comme autrefois. Comme il y a 515 ans Comme il y a 200 ans. Comme il y a 100 ans. Quelque chose a changé cependant. Jamais auparavant la destruction n’avait atteint de telles proportions et n’avait été aussi irrémédiable. Jamais auparavant la stupidité des mauvais gouvernants que subissent nos pays n’avait été aussi patente et aussi totale. Jamais auparavant la brutalité employée contre les terres et les gens n’avait atteint un tel degré et n’avait été aussi incontrôlable. Car ce qui se passe, c’est qu’ils sont en train de tuer la terre, la nature, le monde. »

Loin derrière, on annonce bientôt que le camion venu d’Atlapulco est sur le départ. Les gens qui sont venus dans leur propre « meuble », comme on appelle les voitures par ici, ne sont pas pressés, pas plus que ces femmes et ces hommes dont la marche en avant se poursuit depuis au moins 515 ans.

« Les faux chefs, les mauvais gouvernements, sont des idiots qui fêtent les maillons de la chaîne qui les entrave. Chaque fois qu’un gouvernement bénéficie d’un prêt du capital financier international, il le présente comme une victoire, l’annonce à grand frais de publicité dans les journaux, les revues, à la radio et à la télévision. Nos gouvernements actuels sont les seuls, dans toute l’histoire de l’humanité, qui célèbrent leur esclavage, en sont contents et le bénisse. On nous dit que c’est la démocratie qui veut que le commando de la destruction soit à la disposition des partis politiques et des caudillos. "Démocratie électorale", voilà le nom que les chefaillons donnent à leur lutte pour s’arroger le droit de vendre la dignité et pouvoir prendre les rênes de la catastrophe mondiale. En haut, au sein des gouvernements, on n’héberge aucun espoir, ni pour nos peuples indiens, ni pour les travailleurs des campagnes et de la ville, ni pour la nature.

Sur ces terres qu’ils ont appelé le Nouveau Monde, ils ont imposé leur géographie. Dès cet instant, il y eut un Nord, un Sud, un Orient et un Occident, qui se sont accompagnés du sceau du pouvoir et de la barbarie. Les sept points cardinaux de nos ancêtres - l’en haut, l’en bas, le devant, l’arrière, le côté, l’autre côté et le centre - sombrèrent dans l’oubli et à leur place s’installa la géographie d’en haut avec ses divisions, ses frontières, ses passeports, ses "green cards", ses "minutemen", sa police de l’immigration, ses murs frontières. Ils imposèrent aussi leur calendrier : pour ceux d’en haut, les jours de repos et de relâchement ; pour ceux d’en bas, les jours de désespérance et de mort. Et le 12 octobre, ils commémorent l’anniversaire de la découverte de l’Amérique, alors qu’en réalité c’est la date qui marque le début de la guerre la plus longue de l’histoire de l’humanité, une guerre qui dure depuis déjà 515 ans et qui a pour but la conquête de nos territoires et l’annihilation de notre sang. »

Une fois les paroles prononcées par Marcos traduites pour aller résonner à d’autres oreilles et dans d’autres langues, les compas de Radio Bemba, après huit heures d’émission continue et quatre jours de travail titanesque, consulteront leur montre en priant pour que ce ne soit pas l’heure de leur « Heure nationale ».

« Ce que d’aucuns nomment "un songe", "une utopie", "une chose impossible", "de doux désirs", "du délire" ou "de la folie" ici, sur la terre du Yaqui, on l’a évoqué sur un autre ton, dans une autre idée, et il y a un nom pour dire ce dont nous avons parlé et que nous avons écouté dans tant de langues, de temps et de manières. Il existe un mot qui remonte aux origines de l’humanité, qui montre et définit les luttes des hommes et des femmes de tous les endroits sur cette planète. Ce mot, c’est "LA LIBERTÉ". C’est ce que nous voulons en tant que peuples, nations et tribus originels : LA LIBERTÉ. Or la liberté est incomplète sans la justice et sans la démocratie. Rien de tout cela ne peut être fondé sur le vol, la spoliation et la destruction de nos territoires, de notre culture, de nos peuples.

« [...] Dans le calendrier que nous commençons à égrener, dans la géographie que nous avons convenue, une gigantesque subversion se poursuit. Aucun manuel n’enseigne ses méthodes et ses moyens, on les trouvera dans aucun livre de recettes, auprès d’aucun dirigeants de pupitre d’écrivain ou d’académie. En revanche, il y a l’expérience des peuples originels, à laquelle s’ajoute aujourd’hui le soutien et la détermination des travailleurs de la ville et de la campagne, des jeunes hommes et des jeunes femmes, des personnes âgées, des autres amours, des petits garçons et des petites filles ; de toutes celles et de tous ceux qui savent que ce monde n’aura plus aucune chance d’exister si ce sont ceux d’en haut qui gagnent cette guerre. La rébellion qui secouera ce continent n’empruntera pas les voies et le pas des rébellions antérieures qui ont changé le cours de l’histoire : elle sera autre. Alors, quand s’apaisera le vent dont nous aurons pris la forme, le monde n’aura pas achevé son long voyage, bien au contraire, avec toutes, avec tous, l’occasion apparaîtra de construire un lendemain où toutes les couleurs que nous sommes auront leur place. »

La pointe de la flèche

« Nous supportons la critique véhémente, déclare Mario Luna au nom des hôtes de cette rencontre. Le mensonge, la fatigue, les intempéries. Tout cela ne représente aucun sacrifice quand nous le partageons avec tous les autres, avec nos frères, avec nos amis. Vous tous, nous vous remercions de votre venue. Quant à ceux qui nous critiquent, nous leur avons montré que quand les groupes indigènes se proposent de faire quelque chose, rien ni personne ne les arrête. Sœurs, frères, comme son nom l’indique, Vícam n’est pas une destination, c’est le départ du nouveau cap et des nouvelles perspectives que nous allons construire ensemble. Nous déclarons terminés les travaux de cette journée qui s’achève, mais dès cet instant nous commençons à travailler sur la suivante. »

Mario en a profité pour demander quelle heure il pouvait être : il est 19 h 45, heure de la Montagne. Sur le firmament, la Dame d’argent couronne le haut du linceul tricolore tandis que notre père le Soleil attend patiemment le moment de renaître ; au centre, une croix noire vient compléter les symboles de ce blanc escorté par le bleu du ciel et par le rouge du sang qui coule sous les peaux réunies, emportant vers d’autres terres le même espoir, la même dignité, la même tendre rébellion.

Sebastián Liera

Traduit par Ángel Caído.

P.-S.

Ce témoignage est disponible, librement téléchargeable et diffusable sous forme de brochure au format PDF.

Notes

[1] Chicana, chicano (parfois écrit xicana, xicano) : nom donné à la communauté mexicaine résidant aux États-Unis comme on dit « ricains » ; tantôt péjoratif, tantôt revendiqué par les migrants eux-mêmes.

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