Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte
Accueil du site > Témoignages, entretiens, récits et réflexions... > Récit de la rencontre des femmes zapatistes à La Garrucha

Tercer Encuentro de los Pueblos Zapatistas con los Pueblos del Mundo "La Comandanta Ramona y las Zapatistas"

Récit de la rencontre des femmes zapatistes à La Garrucha

Primer Encuentro de las Mujeres Zapatistas

dimanche 13 janvier 2008

La Garrucha. Primer Encuentro de las mujeres zapatistas (28 décembre 2007 - 1er janvier 2008)

I. Avant la parole : arrivée sur les lieux, inauguration et premières impressions

Les rencontres des femmes zapatistes viennent clore l’année 2007, qui fut particulièrement riche en événements : rencontres zapatistes de juillet, rencontre des peuples indigènes en octobre, premier colloque sur les mouvements antisystémiques et commémoration du massacre d’Acteal en décembre.

Il se passe des choses au Mexique... Le gouvernement se durcit, militarise et arme les paysans avec lesquels il négocie, de l’autre côté la résistance ne faiblit pas, au contraire. L’État du Chiapas est prêt à déclencher l’affrontement. Les agressions et violences tournées contre les paysans zapatistes se multiplient dans de nombreuses zones. Le Sub a quitté le colloque en rappelant qu’il était avant tout chef d’une armée.

Nous sommes en temps de guerre.

(J’ai entendu cette phrase plusieurs fois durant les rencontres. Je me retrouve ces derniers jours à la prononcer souvent. C’est quelque chose qui est dans l’air, une tension, une attente...)

C’est en ces temps de guerre que se tiennent les premières rencontres de femmes zapatistes. J’en fais un récit assez détaillé qui suit l’ordre des nuits et des jours.

28 décembre. Je pars au matin avec quelques compagnons internationaux en direction de La Garrucha. San Cristobal-Ocosingo. Nous traversons la ville jusqu’à arriver à la place du marché. D’autres groupes sont en quête de transports collectifs pour La Garrucha. Les habitants regardent les allées et venues des sacs de voyage d’un œil perplexe.

Un Mexicain à l’autre :
- Mais qu’est-ce qui se passe à La Garrucha ?
- Un festival.
La réponse me fait rire. Mais finalement, dans la forme, c’est très proche de la réalité...

Deux heures et demie de route dans des paysages magnifiques avant d’arriver au Caracol de La Garrucha. Il y a déjà foule sur la place principale, que nous appellerons centre - et même centre-ville - des gens venus de partout vautrés dans leur sac, attendant qu’on les oriente... D’autres sont installés depuis la veille. Ce n’est pourtant que le début. Camions et autobus bondés venus de nombreux États du Mexique continueront d’arriver durant les deux prochains jours.

Inscriptions, badges, deux compañeras qui ont bien chaud sous leur passe-montagne nous emmènent vers un lieu où tendre des hamacs et monter des tentes. L’espace est libre encore, dans trois heures on ne verra plus la couleur de la terre...

Le Caracol a été transformé pour les rencontres. Des maisons de pierre et des baraques de bois ont été construites pour héberger les compañeros et les visiteurs venus d’ailleurs. L’auditorium où s’écoute de jour la parole féminine devient de nuit un gigantesque dortoir. Sur le joli chemin vallonné qui mène aux latrines, installées environ un kilomètre plus loin - ça en fait enrager plus d’un-e, moi je trouve la promenade plaisante -, on voit la place fumer de tous les feux des comedores.

Après s’être inscrits, les gens de la société civile nationale et internationale (tels que nous appelle la voix féminine qui fait très régulièrement les annonces au micro) errent... On mange un plat de frijoles avec du riz ou du poulet grillé, on étudie les stands de livres, affiches, tee-shirts et autres décorations zapatistes, on s’assoit sur l’herbe sur la place principale, on fume et on discute avec son groupe dans sa langue d’origine ou dans cet espagnol aux accents du monde entier qui m’enchante... Les physiques contrastent. Représentants de tous les pays d’Europe, d’Amérique du Nord, du Sud, Australiens, sans doute quelques Asiatiques. Font défaut, ça n’étonnera pas grand monde, le continent africain et le monde arabe... Grande variété de looks (a)politiques du siècle passé : dreadlocks, tatouages, treillis, rangers, piercings, pics de cheveux noirs dressés sur tête maquillée blanche, vêtements de cuir noir et chaînes. Les compas assis sur les bancs des comedores regardent le spectacle d’un œil tout à fait impassible... Je voudrais me glisser dans leur esprit un instant pour savoir ce qu’ils peuvent penser de cette faune...

Première impression des rencontres des femmes zapatistes : un festival coloré ou le monde entier se donne en spectacle... C’est un peu troublant, il faut bien l’avouer, mais je me refuse à un quelconque jugement de fond pour l’instant, je suis moi aussi part de ce spectacle.

Cérémonie d’ouverture. La foule s’écarte pour laisser le passage à l’armée des femmes zapatistes qui traverse en rang la place centrale pour accéder à la scène. Elles se rangent en lignes. La commandante Everilda salue le public et remercie les gens d’être venus du monde entier pour participer à ces premières rencontres, en hommage à la commandante Ramona, voix de la résistance des femmes au sein de la lutte de l’EZLN. Une autre commandante évoque les derniers instants de Ramona, qui fut vaillante jusqu’au bout. Everilda rappelle que les femmes se sont réunies ici pour organiser la lutte contre le capitalisme et le néolibéralisme. Les rencontres sont le résultat de mois de travaux collectifs en assemblées et ateliers pour que les femmes zapatistes (commandantes de l’EZLN, responsables régionales et locales, membres des conseils autonomes et des juntas de buen gobierno, promotores, etc.) puissent venir s’exprimer sur les thèmes qui seront traités durant les prochains jours (traduction rapide) :

Comment les femmes vivaient avant et comment vivent maintenant les femmes zapatistes, comment elles se sont organisées pour gagner leurs droits, quelles responsabilités elles ont acquises, comment elles se soutiennent dans la lutte, quels changements ont lieu maintenant, comment elles luttent avec leurs filles et fils zapatistes.

Le programme détaillé est aussi annoncé, les horaires sont précis et suivent un ordre quasi militaire : heures de réveil, de travail, de repas, de repos, de bain (rire de la foule), etc.

Les soldates se mettent au garde à vous pour entonner l’hymne mexicain, puis l’hymne zapatiste, qu’une partie de la foule chante en chœur. Encore du spectacle, me dis-je, regardant une jeune femme occidentale le bras tendu en avant pour vociférer le refrain à pleins poumons...

Ce sont pourtant des moments fondateurs où la collectivité se soude, mais ça, j’en prendrai vraiment la mesure le dernier soir...

La commandante souhaite une bonne nuit à la foule, à qui l’on va laisser la musique pour qu’elle puisse se distraire. Nouveaux rires, ovation, l’armée des 200 (je crois que c’est à peu près le chiffre) femmes en passe-montagne fait son demi-tour, quitte la scène, traverse à nouveau la place du Caracol en rangs serrés et quitte les lieux. Nous restons un peu ébahis de ce premier déploiement, mais la musique du bal vient vite nous tirer de notre stupeur... Il faut danser les nuits au Caracol de La Garrucha, ça fait partie du programme... On danse, on boit du riz au lait et des cafés très sucrés dans les comedores en partageant les premières impressions... En tant qu’unique représentante du CSPCL, je m’octroie le droit de rejoindre le groupe des médias libres du Mexique et du monde (Radio Ocupa, Regeneracion Radio, Indymedia Chiapas, Allemagne, Lyon... Vientos de Abajo, Libertas Anticorp, Narconews, Piradio, etc.) qui se réunit pour organiser les sessions d’ordinateurs et Internet. Je me joins à la section texte (deux Catalanes, une Italienne, une Mexicaine du DF, une Française de Lyon) qui se donne pour mission de réaliser des entrevues des commandantes durant les rencontres. Dans l’enthousiasme du moment, nous nous rendons directement à la junta pour voir ce qu’il en est. Ça ne s’annonce pas si facile... La junta explique qu’il serait bon de communiquer les questions avant... que les commandantes et les participantes en général vont être très occupées... que durant trois jours elles ne vont parler que de leur situation de femme et que peut-être (pointe d’ironie) nous trouverons les réponses à nos questions durant leurs interventions... Mais nous pouvons revenir demain pour une réponse définitive. Nous quittons les lieux un peu refroidies mais pas résignées, et discutons femmes occidentalo-modernes de questions que l’on pourrait poser aux femmes zapatistes... Un des lieux de tension des rencontres naît à ce moment, dans ce désir frustré d’un échange direct qui se heurte à un discours nécessairement surveillé, dans l’envie toute simple d’un partage des femmes de la Terre sur leurs difficultés, sur leurs droits, sur leur vie quotidienne qui peut difficilement voir le jour...

Il est environ 2 heures du matin, après quelques verres de riz au lait en cette bonne compagnie, je rejoins ma casa de campaña pour essayer de dormir, ce qui revient à peu près à s’allonger sur la piste de danse d’une discothèque... Musique au volume maximal jusqu’a 3 ou 4 heures du matin. Vers 6 h 30-7 heures, les annonces au micro viennent écourter le sommeil des gens épuisés de la société civile nationale et internationale, qui doivent se réveiller parce que bientôt va commencer le travail... Ces annonces sont répétées à haute fréquence durant environ deux heures... À ce rythme, les zapatistes auront la peau de la société civile et internationale avant la fin des rencontres...

II. Avant la parole : les unes et les autres, les femmes et les hommes

Le 29 décembre 2007, vers 6 h 30 du matin, après quelque repos dans des tentes, des hamacs ou sur des planches de bois, la société civile nationale et internationale est gentiment, mais fermement, invitée à se réveiller... Les annonces au micro rythment la tournée : réveil en continu durant deux heures, rappel de l’obligation à porter son badge au risque d’être expulsé du Caracol, pauses, reprises, etc.

Un ordre presque militaire s’impose, les femmes zapatistes n’ont rien laissé au hasard dans l’organisation de l’événement. C’est vrai que pour gérer les déplacements d’environ trois mille créatures, il faut une main (ou mille mains) de fer...

Organiser. C’est un des maîtres mots de la rencontre. Organiser les allées et venues, la parole, l’espace et le temps, la lutte, la répartition des sexes...

Je me lève à la première injonction de la voix féminine. Je dois retrouver ma commission texte avant le début du "travail" (les séances de parole sont appelées ainsi) pour une autre visite à la junta de buen gobierno. Les filles sont déjà un peu fatiguées, il en manque une à l’appel. Nous mettons rapidement sur feuille les questions que nous aimerions poser à une commandante (comment concilier les changements advenus ces dernières années et le mode de vie traditionnel, comment cumuler les charges du foyer et les responsabilités politiques, comment les époux et les fils voient-ils et soutiennent-ils les femmes, les femmes elles-mêmes ne sont-elles pas récalcitrantes à certains changements, etc.). Nous frappons à la porte de la junta, les trois mêmes personnes que la veille nous reçoivent. Ils sont assez décontractés, ils ne portent pas le passe-montagne, ce qui dans ce contexte, me surprend un peu. Nous présentons à nouveau notre requête, tournée de manière à susciter la sympathie : nous sommes de collectifs différents, mais nous sommes prêtes à réaliser une ou deux courtes entrevues ensemble, une question chacune, de femmes à femmes, de manière à ne pas abuser du temps des commandantes qui doivent être, nous le comprenons bien, très occupées...

La jolie jeune femme, vaguement narquoise, nous explique qu’il n’a pas été possible de demander aux commandantes si elles étaient d’accord. Les deux compas qui l’entourent acquiescent. Elle nous rappelle que les rencontres ont pour but de répondre à la plupart de nos interrogations sur la vie des femmes... Il y aura d’ailleurs un espace de questions à la fin de chaque séance de travail. Les deux compas acquiescent.

Soit. Mais nous ne cédons pas. Nous reviendrons en fin d’après-midi pour obtenir notre réponse. Il me semble que la junta de buen gobierno cherche à nous décourager... Les autres filles sont plus optimistes. Attendons l’issue de la première journée et nous aurons des questions plus précises à poser sur les prises de parole mêmes.
Soit.

10 heures. Il est temps de se mettre au travail. Il fait déjà très chaud. La foule a commencé à envahir l’auditorium. Une rangée est entièrement occupée par les caméras vidéo des médias libres ou d’individuels. Beaucoup enregistrent le son. Je suis impressionnée par la qualité du matériel. Au milieu de la jungle tseltale, en territoire rebelle zapatiste, l’énormité des instruments a quelque chose de déplacé, presque d’anachronique... Le monde "avancé" vient déposer aux pieds des indigènes ses dernières inventions high-tech... Tradition et ultramodernité, une des contradictions que le mouvement a appris à résorber et dont il fait une force. Je me cherche une place pour brancher ma vieille caméra numérique, de toute façon, comme je n’ai pas de pied, il me sera impossible de filmer en continu. Les gens s’installent sur les bancs, un espace, à droite de la scène, est réservé aux femmes zapatistes. Il n’y a clairement pas assez de place pour tout le monde. Rappel à l’ordre de la voix féminine au micro : les hommes peuvent écouter le travail de DEHORS, les places assises dans l’auditorium sont réservées aux femmes... Rires et rumeurs dans la salle, n’est-ce pas là une forme de discrimination... ? Les hommes sont invités à quitter la salle presto... Cette séparation a des implications : on entend très bien de dehors, c’est juste qu’on brûle durant des heures. Il faudra être un homme sacrément résistant pour entendre la parole des femmes...

Les écriteaux affichés un peu partout dans le Caracol circonscrivent d’ailleurs précisément le rôle des hommes : (traduction rapide)

Les hommes ne peuvent raconter, traduire, exposer, se faire porte-parole ou représentant durant les assemblées des 29, 30 et 31 décembre. Le 1er janvier, les choses retourneront à la normale. Les hommes peuvent seulement participer à la cuisine, au nettoyage des latrines et du Caracol, aux activités des enfants et au ramassage du bois.

Beaucoup d’hommes, comme certains de mes compagnons de voyage, sont venus en connaissance de cause, pleins de bonne volonté pour participer aux travaux collectifs. Malheureusement, on ne confie pas tellement de tâches aux membres de la société civile nationale et internationale, en résulte un certain désœuvrement, voire une frustration... Au sein de notre microcommunauté de participants, nous rétablissons l’ordre juste des choses : quand ils sont fatigués de la bronzade forcée, les garçons s’occupent des courses et de la cuisine. Je ne suis pas un modèle de femme d’intérieur, mais j’apprécie de trouver le repas prêt après quatre heures de "travail" avec les femmes zapatistes...

Il faut bien admettre qu’il y a quelque chose de jouissif dans cette inversion des tâches habituellement assignées aux unes et aux autres à l’échelle de tout le Caracol... Toutes les femmes zapatistes qui participent aux rencontres ont laissé leur foyer aux mains de leur mari ou autres membres de la famille durant ces quelques jours, ce qui, en soi, est un acte fort. Cette séparation des sexes n’est pas entendue comme une division, les femmes zapatistes rappelleront à maintes reprises qu’il ne s’agit pas de désunir les unes des autres, la lutte doit se faire ensemble, mais elle permet aux femmes de mesurer la valeur de leur parole, aux hommes de prendre conscience du poids de cette même parole. Acte concret et symbolique à la fois, les femmes s’octroient les mêmes libertés et responsabilités que les hommes. À terme, j’ai le sentiment qu’il s’agit d’en arriver à une égale capacité d’écoute et de parole, de commandement et d’obéissance.

Commander en obéissant... c’est un des mots d’ordre des zapatistes qui pourrait trouver un champ d’application idéal ici. En pratique, c’est toujours plus difficile à réaliser, certains participants de la société civile (surtout internationale), en manque d’activité, se la coulent douce et font tout leur possible pour donner au Caracol des airs de Woodstock. Así es... Il faudra songer à organiser des activités pratiques pour internationaux désœuvrés lors des prochaines rencontres...

En attendant, les derniers représentants du sexe masculin quittent les lieux. Nous, femmes de la société civile et internationale, attendons l’arrivée de l’armée féminine zapatiste. Les voilà. La file colorée de petites femmes ventrues, parfois flanquées d’un enfant, portant jupes, pantalons, chemises traditionnelles ou débardeurs et, invariablement, le noir passe-montagne, avance d’un pas sûr et déterminé.

Armée improbable qui me semble redoutable...

III. La parole

Les femmes rentrent dans l’espace de l’auditorium et s’installent, une vingtaine sur l’estrade, environ deux cents du côté droit de la salle. Sur les murs, des peintures aux slogans percutants (¡Celulitis si, anorexia no !). Les femmes du Caracol de la Resistencia hacia un nuevo amanecer (Résistance jusqu’à un nouveau commencement), La Garrucha, ouvrent le bal.

Premier thème : (cómo era la vida antes y cómo es ahora para las mujeres zapatistas) comment était la vie avant et comment est la vie maintenant pour les femmes zapatistes.

Au cœur de toutes les interventions, l’avant et l’après soulèvement zapatiste. En quatorze ans, le mouvement a vieilli et construit son histoire. Le 1er janvier 1994 est la date fondatrice d’une renaissance. Pour montrer les changements des temps, quatre générations vont se succéder au micro. La abuelita Avinia se lance la première, sa voix un peu cassée dans la salle et dans le Caracol aux oreilles de peut-être deux mille personnes, dedans et dehors... Elle conte les temps de la servitude, l’exploitation et les humiliations quotidiennes du travail dans les haciendas. Son très long récit scande les mêmes mots : tortilla, mais, siempre, café, sal, ropa, malo patrón... presque à en devenir litanique. Elle s’excuse régulièrement de ne pas parler mieux le castillano, de dire des choses très simples, et rend grâce à Dieu et à Marcos (...) d’avoir mis fin à cette triste époque. La vitalité de cette vieille dame qui parle si longuement et s’adresse directement à la foule m’impressionne... Les témoignages dénoncent les mêmes violences subies (des conditions de travail inhumaines aux coups et abus sexuels), et saluent l’ère nouvelle. Une jeune fille de dix ans clôt la saga familiale. Elle lit son texte avec fermeté et élan, son castillan est plus sûr. Es toda mi palabra compañeras, muchas gracias... Ce ne sont pas seulement les discours qui disent l’évolution des choses, ce sont les corps, les voix, l’accent et la langue... D’autres niñas en feront la démonstration durant les trois jours, tirant bénéfice de l’éducation nouvelle et de l’expérience des anciens, la jeune génération des femmes zapatistes semble prête à conquérir le monde...

À l’issue de chaque thème, le programme prévoit un temps de questions. Moment très attendu car, après plusieurs heures d’écoute, on a envie de participer activement, de questionner les femmes sur des points précis. La commandante recommande de poser des questions en des termes simples. La première question se fait oralement, la communication ne passe pas... Les questions seront donc posées à l’écrit sur de petits bouts de papier qui traverseront la salle, de main en main, jusqu’à arriver aux commandantes. La question est lue à deux reprises, une participante se lève pour y répondre, se contentant en général de deux ou trois mots, du type : Hay que organizar (il faut s’organiser), Hay que seguir... (il faut continuer...), parfois un unique Si ou No... Le public prend le parti d’applaudir chaque réponse. Du coup, la séance de questions tourne parfois à la farce...

Pourquoi les hommes ne peuvent-ils pas rentrer dans l’auditorium ?
Parce que c’est une rencontre de femmes.
(Applaudissements)

Parfois, les questions sont comiques tant elles sont théoriques et compliquées, dans ce cas les compañeras passent au papier suivant. En ce qui concerne les questions délicates, et il y en aura (par exemple sur les relations et violences conjugales, l’avortement...), elles sont en général éliminées d’office grâce à un très pratique : Disculpa compañeras, el tiempo se acabo... (Excuses, le temps des questions s’achève). Fin de l’échange, suite du programme...

Sur la question de l’avortement, il y aura tout de même une double réponse de la part des femmes de La Garrucha assez révélatrice :

L’avortement est-il permis aux femmes zapatistes ?
Première réponse d’une jeune femme, claire et nette :
- Non.
Rumeurs dans la foule.
Pourquoi ? Pourquoi ? On peut savoir pourquoi ?
Une autre compañera se lève et, plus diplomate, ajoute :
Ça peut arriver, parfois, en fonction de la situation, cela dépend...
Soulagement et applaudissements...

L’échange est source de frustration, car il n’est pas échange. Pour des raisons de langue, les femmes ne sont pas toujours en mesure de répondre à des questions, et cela se comprend. D’autre part, il y a comme une surveillance, un contrôle du discours qui ne permettent pas de jouer le jeu des questions/réponses. Nous sommes en zone de résistance et, devant une foule internationale, on ne peut sans doute pas prendre le risque de heurter les sensibilités ou de mettre en avant certaines faiblesses. Il me semble pourtant que les avancées des droits des femmes en quatorze ans sont telles qu’il ne devrait pas y avoir à cacher quoi que ce soit de la réalité quotidienne des femmes. Personne (je le crois et l’espère) ne s’attend à ce que les femmes zapatistes vivent de la même manière que les Occidentales ou revendiquent exactement les mêmes choses. Ce serait une absurdité...

Avec le petit groupe de la section "texte", nous nous heurtons au même problème. Notre harcèlement de la junta aboutit le troisième jour à un "non" définitif, il ne sera pas possible d’interroger les commandantes, parce qu’elles sont fatiguées, occupées et parce que, en substance, elles n’ont rien à ajouter à ce qui a été dit durant les sessions de travail.

Soit. En fin de compte, il faut juste accepter qu’il ne s’agit pas d’un échange entre femmes du monde entier et femmes zapatistes, mais d’une présentation de ce qui a changé et de la situation actuelle. C’est énorme en soi, mais il y a une part de déception...

Après une pause de trente minutes, les interventions reprennent. Trois miliciennes en uniforme livrent leur expérience. Elles se disent prêtes à reprendre les armes... Leur témoignage est riche, mais, elles aussi, on aimerait les questionner plus précisément sur la place des femmes dans l’armée, leur entraînement, leur relation avec les hommes...

Viennent des promotoras (professeurs) dans les domaines de la santé et de l’éducation. Puis des membres de la junta, et de différents conseils régionaux.

L’éducation autonome, par le biais des promotoras, développe et revendique ce que les écoles d’État cherchent à tuer : la fierté de la langue et de la culture indigènes, le refus de la peur et de la honte, la conscience collective et la nécessité de la solidarité dans la résistance au mal gobierno, et de manière générale au système néolibéral et capitaliste. Les classes se fondent sur le partage des connaissances entre élèves et promotores, et ont pour but d’encourager au lieu de décourager les enfants (animar y no desanimar).

Le système de santé se développe en cherchant à concilier la médecine occidentale et moderne, diffusée grâce à des formateurs extérieurs, et les vertus de la médecine traditionnelle, transmise de génération en génération. Les promotoras forment d’autres promotoras et se réunissent pour discuter des moyens de lutter contre les maladies et infections répandues, qui touchent beaucoup de femmes, de faire connaître les règles d’une bonne alimentation et d’une hygiène de base. La discrimination pratiquée aujourd’hui encore dans les cliniques et hôpitaux à l’encontre des indigènes ajoutée à la difficulté pour les pauvres d’accéder à des soins rendent indispensables les progrès constants dans ce domaine.

Tout est question d’organisation, de lutte solidaire contre un État qui, dans tous les domaines, cherchent à aliéner et à diviser. L’effort coûte du temps et des souffrances, mais va avec la volonté d’une autonomie réelle.

Durant les trois jours, les femmes livrent leurs expériences, expliquent leur rôle dans telle ou telle assemblée, chacune portant au-dessus de son passe-montagne et tressé dans ses cheveux le ruban distinctif de son Caracol : bleu pour La Garrucha, rouge pour Morelia, blanc pour La Realidad, jaune pour Oventik et vert pour Roberto Barrios.

Je ne suis pas en mesure de faire un compte rendu détaillé de toutes les interventions. Me revient le récit aux accents de légende sur la naissance du mouvement zapatiste : une femme âgée se souvient comment des hommes descendirent des montagnes il y a vingt ans pour écouter les maux des paysans indigènes et leur proposer de lutter ensemble contre le système oppresseur. Comment la lutte clandestine s’organisa, les hommes et les femmes se réunissant dans le silence et la nuit, se communiquant les lieux de rencontre au moyen de différents codes vestimentaires. Comment ils apprirent à connaître l’ennemi, les moyens de résister, le maniement des armes... Aujourd’hui dans les terres autonomes, la résistance se vit et se pratique au grand jour. Si les femmes n’avaient pas participé à l’effort de guerre, leur place au sein de la communauté n’aurait pas pu changer. Dans ce sens aussi, le soulèvement armé est fondateur de leur nouveau rôle. Depuis cette date, elles travaillent à développer leurs droits et leurs responsabilités politiques et sociales.

Vingt heures de réunions plénières sur les mêmes thèmes (l’avant et l’après, comment les choses changent, comment les femmes se soutiennent, leurs fonctions dans différents types de conseils et assemblées...) en trois jours. Les témoignages se succèdent, se répètent, et se recoupent nécessairement. La fatigue et l’ennui percent à certains moments, je sors alors par la porte du fond pour prendre l’air et écouter moi aussi du dehors... Parfois, plus que le contenu, ce sont les voix, dans tout ce qu’elles disent de l’être, qui retiennent mon attention. Des voix cassées et tremblantes d’émotion qui déchiffrent mal les mots écrits sur les feuilles, des murmures qui viennent en aide aux voix qui s’éteignent, des voix puissantes et sûres qui récitent un texte appris par cœur, des voix de jeunes filles et des voix de vieilles dames... Il y a aussi des différences entre les Caracoles, les femmes au ruban rouge de Morelia ont une aisance et une capacité à emporter le public surprenantes. Il y a aussi, plus que tout, la question de la langue. À écouter les unes et les autres lutter avec l’espagnol, s’excuser de ne pas "hablar la castilla" et torturer ce castellano dans tous les sens, je me rends compte qu’elles inventent un nouveau langage. Le langage dans leur bouche s’accentue différemment, se mêle de mots, et donc de réalités, indigènes, et se féminise ; tous les termes n’existant qu’au masculin trouvent enfin un équivalent féminin (promotora, jovena, medica...). D’une certaine manière, elles défont la langue de domination, la langue qui durant tant de siècles a été instrument d’aliénation, et créent à l’intérieur un langage qui leur est propre.

L’écoute est vraiment un travail exigeant, quand je sors d’une session je suis épuisée, à l’extérieur il y a comme une vie parallèle... Je croise un grand blond qui traverse la place en serviette de bain, une partie de la communauté internationale bronze au soleil, joue au basket, fume, boit et mange dans les comedores. À la pause déjeuner, mes compagnons hommes me décrivent la clinique, le centre d’activités pour les enfants... Lieux que je n’aurai pas le temps de visiter... Le soir ont lieu des activités culturelles : une pièce de théâtre, des chants et danses de différentes régions. Contraste étonnant avec les femmes en passe-montagne d’entendre les femmes d’Oaxaca (je crois) aux cheveux orange entonner des chants de la Terre Mère...

Puis le bal...

C’est dire que les journées sont remplies, l’emploi du temps est suivi à la lettre, le bruit et l’animation ne cessent jamais, pas un instant de répit... Il y a tant de monde qu’il est difficile de retrouver les gens que l’on connaît, on se noie dans la foule. Par moments, la lassitude me gagne, j’ai l’impression d’écouter une parole unique, de me trouver dans un festival touristico-politique où la vitrine du zapatisme s’offre à une population internationale en mal d’amusement et de conscience...

Heureusement, le 30 au soir, les compañeras décrètent une relâche. Afin de se reposer en vue de la fête du lendemain, il n’y aura pas de musique jusqu’à 3 heures du matin... La soirée est plus calme. En allant et venant dans les allées du centre, j’ai l’occasion de rencontrer des représentants des médias libres, une Française qui vit à Oaxaca et me fait un point détaillé sur la situation, un Mexicain qui me parle de la lutte des indigènes du Campeche, des Barcelonais d’un autre collectif de solidarité, etc. Vues sous cet angle, les rencontres sont véritablement un lieu de rencontres... À côté de la parole des femmes zapatistes, et une fois éliminée la faune qui squatte la pelouse, l’espace d’échange rendu possible par l’événement est immense.

Mais le meilleur est à venir, c’est vraiment le dernier jour que se rejoignent les paroles des femmes du monde entier...

IV. L’extraordinaire et le normal

31 décembre 2007. 6 h 30. La société civile nationale et internationale doit se réveiller. Promenade jusqu’aux latrines, où je croise comme d’habitude les compas avec ou sans passe-montagne, et les premiers levés. Vue magnifique sur le Caracol et les montagnes qui l’entourent, encore baignées dans la brume et le silence de la nuit. Entre deux annonces au micro, il y a du calme...

Avant que commence l’ultime journée de travail, je me mets en quête d’un carnet, j’ai terminé le mien hier. Entre les livres, posters, cartes postales et agendas 2008, il n’y a rien qui ressemble à un carnet pour écrire. Je ne me décourage pas ; à la dernière épicerie, le jeune vendeur finit par me céder un carnet bleu magnifique avec une couverture en dur et, en prime, écrite de sa main, le début de l’histoire d’Hansel et Gretel... C’est sans doute bon signe.

10 heures. Nouvel appel, il est temps de reprendre le chemin de l’auditorium. Je jette en œil en passant à l’écriteau qui définit le rôle des hommes durant les rencontres. Le 1er janvier 2008, la situation retourne à la normale... (El 1 de enero del 08 vuelve a lo normal), qu’est-ce que ça veut dire exactement, les choses retournent à la normale ?

Les dernières compañeras du Caracol de Roberto Barrios parlent de la différence entre l’avant et l’après, des progrès de la médecine, de l’éducation, de la préservation et du développement d’une éco-agriculture, de l’artisanat. Il est question aussi de la résistance aux projets du gouvernement, comme le Procampo (programme gouvernemental d’assistance aux paysans) et de la résistance à tous ceux qui essayent de les chasser de leurs terres, aussi bien les membres du PRI (Parti révolutionnaire institutionnel) que les paramilitaires de l’OPDDIC (Organisation de défense des droits indigènes et des paysans). Les femmes se battent pour les terres sur lesquelles elles ont les mêmes droits que les hommes. Une autre jeune fille, Marina, je crois, décrit sa situation d’écolière, les difficultés et les manques matériels qu’il faut encore affronter aujourd’hui. Sa foi dans le mouvement zapatiste est entière, et son enthousiasme est contagieux.

Il me semble que le discours s’ouvre, que j’entends davantage les problèmes actuels et les solutions envisagées pour les résoudre. Le contraste aujourd’hui entre les générations me paraît plus marqué. Certaines interrompent leur lecture presque à chaque mot, la voix se brisant sur la langue méconnue, l’émotion rendant l’effort plus difficile. Et pourtant elles parlent devant 500 personnes assises à les écouter... Je prends conscience assez tardivement de ce que cela représente, pour elles, les femmes zapatistes, d’être là. Elles ont travaillé à préparer la rencontre durant des mois, elles ont provisoirement abandonné mari et enfants, ont parcouru des distances énormes pour se retrouver au Caracol du Nouveau Commencement, seulement entre femmes, à partager leurs expériences et les présenter à un public venu du monde entier pour les écouter, elles, les femmes zapatistes. Au-delà de la mise en scène et du contrôle du discours, ce qui se passe est tout de même extraordinaire... Des femmes paysannes sortent de leur maison et de leur réserve pour taper du poing sur la table et montrer ce qu’elles ont souffert, gagné et accompli en quatorze ans, et toutes les ambitions qu’elles ont pour l’avenir. Une femme de Morelia l’a dit lors d’une séance de questions, je le comprends mieux maintenant : "Sachez que chacun des travaux nous a coûté beaucoup d’efforts et de souffrances. Mais nous sommes fières de les présenter ici devant vous." Et si elles rendent souvent grâce à Dieu, elles se rendent aussi grâce à elles-mêmes...

L’après-midi, la scène s’ouvre au monde. D’abord les compañeras lisent les messages envoyés par des femmes d’autres États du Mexique, d’Espagne, de Turquie... Puis les représentantes de différentes organisations prennent le micro. Des femmes de Via campesina, une femme du Chihuaha luttant pour les disparus, une femme du DF, du Mouvement des sans-terre brésilien, deux Italiennes dénonçant la construction en Italie de la plus grande base militaire américaine en Europe.

Les voix encore se succèdent, aux accents différents. Les femmes viennent avec leurs armes : la générosité, l’humour, la force... Elles réclament justice sociale, droits à la terre, respect des droits des femmes et punition des crimes à leur encontre, lutte contre le système néolibéral dévastateur.

L’inoubliable femme d’Atenco brandit sa machette en dénonçant les violences. Ses camarades lèvent leur machette aussi, le sentiment de révolte envahit la salle, les cris et chants de résistance (La lucha sigue, la lucha sigue sigue...) résonnent durant une bonne dizaine de minutes. La dernière à parler se présente comme une travailleuse sociale homosexuelle, elle vient représenter les trabajadoras sexuales. Elle dénonce les abus, les violences, les discriminations dont ces femmes sont constamment victimes en raison de leur vulnérabilité. Témoignage émouvant qui, parce qu’il clôt la parole des femmes d’ailleurs, témoigne de l’ouverture d’esprit, au moins affiché, des zapatistes. Toutes les paroles de lutte sont libres et entendues. C’est d’ailleurs sur ce message que veulent finir les compañeras. La lutte des femmes zapatistes est solidaire de toutes les luttes de femmes et d’hommes du monde entier contre l’ennemi commun : le système capitaliste néolibéral qui écrase les libertés et les droits des individus et des peuples. Elles insistent sur la nécessité de continuer, de s’organiser malgré les difficultés et les souffrances. La lutte continue, elles se sentent fortes, encore plus fortes aujourd’hui qu’elles ont exposé leur travail au monde entier et à elles-mêmes.

Elles trouvent le moyen de s’excuser d’avoir reçu la société civile si humblement, et se disent fières d’avoir parlé pour ce public.

Ce sont les dernières paroles...

Tonnerre d’applaudissements. Ovations. Cris et chants.

Dans ce moment, la formation critique et les fantômes du lourd passé européen - la peur de l’unanimité, des joies partagées, du culte de l’homme qui étouffe la pensée individuelle, du discours contrôlé - se dissipent et je sens que je suis enfin part intégrante de cet événement...

Tonnerre d’applaudissements, vivats et acclamations en chants de lutte, elles restent impassibles, les yeux noirs baissés dans l’ouverture du passe-montagne, elles restent impassibles alors que la foule s’hystérise.

Sentiment que toutes dans la salle nous saisissons l’instant rare où les cœurs s’unissent dans l’espoir incommensurable d’un ailleurs peut-être déjà présent ici...

Sous les vivats, l’armée féminine zapatiste de libération nationale quitte pour la dernière fois l’auditorium.
File colorée jupes chemises traditionnelles débardeurs modernes sous passe-montagne noir,
petites femmes ventrues, parfois flanquées d’un enfant, qui avancent d’un pas militaire sûr.

Armée improbable que je crois de plus en plus redoutable...

S’ensuit la fête, plus commémoration du soulèvement zapatiste que fête de nouvel an. Les discours des autorités sont ceux de commandants et commandantes. En ces temps difficiles, les zapatistes proclament leur force et leur volonté de poursuivre leur résistance face à un État qui voudrait les croire morts. On rend justement hommage à ceux qui sont morts dans la lutte, mais qui sont toujours vivants... Une jeune commandante nomme un par un les sœurs et frères morts au combat et pour chacun la foule crie : PRÉSENT !

C’est dire le nombre de personnes qui s’agitent au creux des montagnes, entre vivants morts et vivants vivants...

1er janvier 2008. 2 heures du matin. Temps de guerre.

Bal aux mille couleurs, formes et tailles du monde, l’orchestre joue constamment les quatre mêmes chansons à la mode. La musique résonne au creux des montagnes du Caracol de La Garrucha. Les indigènes paraissent petits et menus à côté des géants occidentaux.

Ils font à l’intérieur de leurs grands pas mille petits pas. (Mille petits pas qui mènent plus loin, je crois, que des pas de géants...)

Ils se sont apprêtés pour la fête, gélatine et jolies robes parfois décolletées sous le passe-montagne...

Je danse avec un adolescent zapatiste qui me raconte qu’il va se faire faire un visa pour les États-Unis. Les Catalans obtiennent un hip-hop d’une DJ de Mexico City et se lancent dans un street break dancing. Les Mexicains chilangos de la capitale s’enflamment. Les compañeros s’écartent et attendent le retour de leur musique sans jeter un œil à la tête qui entre deux mains tourne sur la terre...

Le lendemain, la société civile nationale et internationale réunit ses tonnes de sacs et attend le départ des autobus et collectifs. Le Caracol se désemplit. Les écriteaux vont être retirés des murs et troncs d’arbres.

1er janvier 2008. Les femmes zapatistes ont pris un tel élan qu’elles ne devraient pas retourner à leur vie quotidienne dans un état tout à fait normal...

"Es toda mi palabra compañeras, muchas gracias..."

Métie Navajo

P.-S.

Ce témoignage est disponible, librement téléchargeable et diffusable sous forme de brochure au format PDF.

SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0